THEOPHILE GAUTIER
L'artiste grandit, la critique tombe.
Mais nous, tes fervents, û maître vainqueur, Nous voulons écrire aux murs de ta tombe Que ton clair génie eut aussi du cœur.
Nous savons le coin où se réfugie, Sous les fleurs de pourpre et d'or enfoui, Le discret parfum de ton élégie, Bleu myosotis frais épanoui.
Oui, nous l'envions, ce sceptre de rose Sur un jeune sein morte un soir de bal ; Et notre tristesse est souvent éclose En nous rappelant l'air du carnaval.
Nous avons aussi perdu notre amante; Nous l'avons poussé, ce soupir amer Du pêcheur qui pleure et qui se lamente, Seul et sans amour, d'aller sur la mer.
Celle que tout bas tu nommes petite, Celle à qui tu dis : Le monde est méchant, Nous a bien prouvé, l'enfant hypocrite, Qu'elle avait un cœur, en nous trahissant.
De ses yeux d'azur la larme tombée, Diamant du cœur par ta main serti, Nous l'avons tous bue, à la dérobée, Sur un billet doux qui nous a menti.
Et sur les joujoux laissés par la morte. Aujourd'hui muets et si gais jadis, Nous prions encor pour que Dieu supporte Le bruit des enfants dans le paradis.