‹ Le cahier rougeChapitre 43 sur 52 · A UN LILAS · texte numérisé non relu

A UN LILAS

J e vois fleurir, assis à ma fenêtre, L'humble lilas de mon petit jardin, Et son subtil arôme qui pénètre Vient jusqu'à moi dans le vent du matin.

Mais je suis plein d'une colère injuste, Car ma maîtresse a cessé de m'aimer, Et je reproche à l'innocent arbuste D'épanouir ses fleurs et d'embaumer.

126 LE CAHIER ROUGL.

Tout enivré de soleil et de brise, Ce favori radieux du printemps, Pourquoi fait-il à mon cœur qui se brise Monter ainsi ses parfums insultants?

>s'e sait-il pas que j'ai cueilli pour elle Les seuls rameaux dont il soit éclaira? Est-ce pour lui chose si naturelle Qu'en plein avril elle me laisse ainsi?

— Mais non. j'ai tort, car j'aime ma souffrance. A nos amours jadis tu te mêlas; Au jardin vert, couleur de l'espérance, Fleuris longtemps, frêle et charmant lilas!

Les doux matins qu'embaume ton haleine.

Les clairs matins du printemps sont si courts ! Laisse-moi croire, encore une semaine, Qu'on ne m'a pas délaissé pour toujours.

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