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Le Caire

DÉJÀ VOUS û7'ir.z élevé un luoiniiucuf iuipàn'ssaô/e à notre cher . l/i^c/', () P Alger qui s'en va, qui demain ne sera plus. Qua-nd des industriels imùéciles auront achevé de le défigurer et de le détruire, quand tant d^ artistes qui y rei.nennent encore Pabandonnei-ont tout à fait en détournant la tète, les images que vous en avez gravées deviendront sans prix, pour nous tous qui P aimions.

Maintenant vous venez de promener, d'' Egypte en Palestine, les verres de vos surprenants appareils et vous avez Jixé entre des feuillets de livre les plus fugitifs aspects des choses de là-bas. Rn des teintes sans nom et infiniment variées, qui donnent P illusion du soleil ou de la nuit , vous avez rendu et éternisé tout: les horizons fuyants des déserts, avec leurs mirages, avec les vagues silhouettes qui s\' meuvent, les splendeurs mortes des villes; les grandes lignes et P inexprimable majesté des mosquées saintes, aussi bien que les infimes détails de leurs découpures et de leurs faïences ; les attitudes et les gestes arabes , avec les regards, les furtives expressions d'yeux qui indiquent tout P insondable lointain des pensées ; enfin, les

ktmih'cs des soh'S et des matins purs, les âelairages âtiuviges (]ui ne durent qu'une seconde et les fantasmagories des ciels lunaires.

Ce que f admire, bien plus encore que voire procédé un peu magique, c\'st le goiit qui a guidé le choix exquis de vos images, jfe m'incline devant cette aitvre d\irt que vous venez défaire ; hélas, elle rend presque inutile P effort de tous ceux qu'avait charmés avant vous cet Orient profond et qui, par les moyens anciens, s\pnisaie?it à l'exprimer, soit avec des pinceaux et des couleurs, soit avec des sonorités, des mots. A quoi bon peindre ou décrire après que vous avez passé par là...

PiEE^RE Loti

(Hcndajx'-I'oiiljrjtic, Scylcmlvc i'Sf)3)

wicKiaw; Il

J'aime le Caire, ville des grandes Pyramides — CCS témoins prodigieux d'une stupéfiante antiquité — ville des califes superbes et des fastueux rhamelouks; perle d'Islam, comptant plus de deux cents mosquées que coiffent d'innombrables minarets.

J'aime le Caire, ville européenne aux squares verdoyants, aux avenues ombreuses que bordent des palais, des villas et de somptueux hôtels — dernière expression du luxe et du confort de notre époque.

J'aime la cité riveraine du vieux Xil des Pharaons, ville de tous les contrastes, de tous les souvenirs et de toutes les espérances

Isolée... debout sur un socle de granit rose aux hiéroglyphes dorés, entourée des fleurs les plus rares, se tenait ^ w 1* ' ^^ droite, immobile, la fiancée offerte au Xil par le Pharaon, ''-<tLi^'t ^y^i P^'^ ^'^^ prêtres et par le peuple d'Egypte, offrande humaine ■' "C^^^ik "î Vl^ 5^^ < qui se renouvelait tous les ans, cruelle sans doute, mais t>k -— ,--^î-» ^^ superbement symbolique.

M I-'irréprochable corps de la vierge aux chairs ambrées I C,J^^^^^"^~~^--^^^R se devinait sous les tissus précieux; ses chevilles délicates disparaissaient sous de lourds anneaux rehaussés de turquoises gravées en Médie ; ses bras d'adolescente étaient serrés dans de larges cercles d'or reliés par des chahiettes aux bracelets merveilleux qu'elle portait à ses poignets tombants; un étincelant diadème, atcf aux cornes de bélier portant le disque et les plumes d'autruche, couronnait son front pur; des deux cotés la coiffure s'élargissait suivant l'antique coutume égyptienne; ses beaux cheveux noirs étaient tressés avec des bandelettes d'azur et d'or, piqués de perles et de rubis aux entrelacs. De la tête aux pieds, la délicieuse enfant était couverte d'un voile rouge transparent, semé d'étoiles brillantes... vapeur pourprée...

Le visage de la vierge était impassible, résigné; ses grands yeux noirs, comme attirés par l'invisible infini, regardaient dans le vide. Les prêtres du grand Phtah l'avaient jalousement préparée au sacrifice suprême. Elle ne quitterait la vie, aux applaudissements du Pharaon et de tout le peuple assemblé sur les rives, que pour des épousailles divines, ineffables, éternelles... céleste extase !

Soudain le Xil franchit la vieille digue de iMénès. Le flot se précipite follement, tumultueux, terrible. Il saisit la vierge par les hanches et la renverse. Dans un mouvement de gracieuse épouvante elle étend les bras vers le ciel. Ses vêtements

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s'entrouvrent et le peuple la voit un instant comme une statue de bronze dore, dont la gorge éblouissante éclate sous le beau soleil d'l;gypte, dernière caresse dOsiris !

Furieusement emportée, la divine vision s'abime, et le peuple ne voit plus que rétincellcmcntder(//t/'qui disparait. Une petite main crispée cherchant l'insaisissable s'élève encore au-dessus du tourbillon fauve et disparaît à son tour. Plus loin, encore, un lambeau de voile rouge surnage, dernière trace visible. Puis, c'est un chaos bouillonnant, à l'écume jaunâtre.

I.e \il avait entraîné sa fiancée. 11 l'avait cachée dans son lit mille fois séculaire, la recouvrant de son limon fécondant... son baiser à lui ! Baiser qu'il donne chaque année à cette terre d'Egypte qui lui doit tout.

Ainsi s'accomplissait ce sacrifice solennel depuis la plus haute antiquité jusqu'à une époque récente.

Le jour arriva cependant où l'inhumaine coutume se transforma. I.a vierge sacrifiée fut alors remplacée par une figure en terre molle, que le Ilot emportait et délitait, mariant l'argile de la statue au limon du fleuve. Le symbole survivait au .sacrifice.

L'Egypte c'est le Nil... sans \il pas d'Egypte. L'étendue des cultures est subordonnée à l'extension de la crue. Là où s'arrête l'eau commence le désert. La limite est même si nettement accentuée, qu'il est possible, en certains endroits, d'avoir un pied dans un champ cultivé et de poser l'autre sur le sable infertile. D'une année à l'autre, cette démarcation peut se déplacer considérablement, fertilisant ou laissant arides des contrées entières, suivant que le Nil aura donné ou refusé ce que l'on attendait de lui. Les joies et les déceptions que les inondations réservaient il y a des milliers d'années à l'Egypte des Pliara(Mis, le vieux Nil les réserve encore à l'L^gypte des Khédives. Le Nil inonde les siècles !

Descendant des grands lacs intérieurs, après avoir fertilisé toutes ses rives dans la Haute-Egypte, il arrive aux terres basses, où ses bras forment un Delta immense, embrassant un pays tout entier, l'un des plus riches du monde.

La capitale d'une aussi belle contrée devait fatalement se placer au sommet de ce Delta, là où se trouve la clef régulatrice des inondations. .\Iemphis, la grande, la prodigieuse Memphis, s'éleva à cet endroit psychologique, où les rois du pays pouvaient reprendre d'une main, sous forme d'impcSts. ce que de l'autre, ils avaient donné aux fellahs sous forme d'irrigations.

(iomme la vieille Cirthage, l'antique Memphis tomba; et ses ruines devinrent des carrières dans lesquelles les cités voisines trouvèrent des matériaux tout taillés.

Au-dessus de ses ruines, comme au-dessus des débris de la capitale punique, les champs d'orge et de blé étendent chaque année leurs beaux tapis verts parsemés de coquelicots rouges : tapis qui se tissent d'or à l'époque des moissons. Fondée à Mcii-Xojri (la bonne place) par Menés, qui détourna le fleuve pour la bien situer. Mcmphis, la vilîe magnifique, encore visible il y a sept siècles, fut totalement bousculée et ruinée par les louilles méthodiques des Arabes conquérants, que guidait la soif de l'or.

Seule, sa nécropole nous a été conservée, alors que la prodigieuse cité s'est endormie en Osiris.

Ht quelle nécropole ? Le plus grand cimetière du monde, qui s'étend sur une longueur de 73 kilomètres, et sur lequel plus de quatre-vingts pyramides sont visibles, dominant un nombre infini de grottes funéraires à fiiçades taillées dans le roc sur la pente de la montagne et de tombes de toutes sortes visibles, ou encore recouvertes par le sable du désert.

Les Grecs des premiers siècles ont d'ailleurs dit des Egyptiens « que leurs » maisons étaient des auberges et leurs tombes des maisons éternelles, l'existence » étant pour eux un court voyage et la mort la vraie vie. «

« Qiii a bu l'eau du Kil, en veut boire encore ! » Ce vieux dicton a du vrai : l'attirance est indéniable. Demandez-le plutôt aux mânes de César ou à celles d'Antoine ?

Au moment où les aigles romaines allaient flotter sur la vieille Lgvpte à la place des étendards des Ptolémée, une fleur de mal venait de s'épanouir, éclose dans le limon du Delta.

Cléopâtre !

l{trange figure ! Séduisante, irrésistible, redoutablcmcnt pétrie de voluptés, elle énerva dans ses étreintes les plus fiers capitaines. Lâche à Actium, héroïque dans sa mort, elle fut à la fois Mécène et Messaline ; initiatrice d'une renaissance des lettres et des sciences, elle poussa la prodigalité, au milieu d'une orgie, jusqu'à boire la poussière des perles de sa couronne, mêlée dans la coupe d'or au vin de Thasos, chanté par Virgile... mépris superbe de la beauté triomphante pour des bijoux superflus !

Tour à tour, César et Antoine furent envoûtés par l'incomparable magicienne. Antoine y joua et y perdit ses légitimes prétentions à l'empire du monde.

La belle, l'admirable Cléopâtre, Vénus sur la terre ! fit son entrée dans.... riiistoire sous la forme d'un vulgaire paquet de bardes, furtivement introduit par un esclave dans la tente du commandement et déposé aux pieds de César.

Quel coup de théâtre! quelle scène à faire!

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