‹ Le Caire et ses environsChapitre 11 sur 69 · CARACTÈRE, CROYANCES, SUPERSTITIONS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE, CROYANCES, SUPERSTITIONS

très loin. On en voit plusieurs qui jour et nuit restent debout et dorment le dos appuyé contre un mur; d’autres sont sans coiffure et laissent croître leur chevelure tantôt en désordre, tantôt peignée avec soin. On en rencontre de presque nus, portant simplement sur les épaules une peau de mouton ou de gazelle; par opposition, il en est d’autres qui sont vêtus d’une grande robe recouverte d’un manteau ouaté composé de mille petites pièces d’étoffe de toutes nuances.

Les ouelys ont la réputation de faire des miracles; ils ont un chef appelé Qoulb, c’est-à-dire « l’axe » , autour duquel se meuvent tous les membres de la corporation. Le Qoutb est doué d’un caractère surnaturel et peut se transporter, par le seul acte de sa volonté, en tel lieu qu’il lui plaît; il daigne parfois apparaître à quelques privilégiés pour les investir d’une mission occulte ou leur révéler certaines prophéties; mais ces apparitions sont de courte durée; le plus souvent il se contente de faire entendre des paroles mystérieuses qui sont toujours interprétées suivant les besoins de la situation. Le Qoutb se tient de préférence à la Mekke, sur la terrasse de la sainte Kaabali, du haut de laquelle il chante à minuit une invocation àDieu. Lorsqu’il vient au Caire, ildemeure près de la porte de Zoueyleb ; il reste invisible, mais sa présence est toujours connue; elle est annoncée par quelque révélation secrète ou par quelque phénomène atmosphérique ou cosmographique; ainsi dans

les mille et une façons dont les naïfs ont interprété la comète de 1882, l’une était l’arrivée au Caire du chef des ouelys.

CnARMES.

Tous les Arabes chez lesquels l’instruction n’a pas encore pénétré ont une confiance illimitée dans les talismans : les maux, les accidents de toutes sortes doivent disparaître devant la personne qui porte un hegab suspendu au cou ou au bras. L’amulette protectrice la plus estimée est un petit sachet de cuir contenant la copie de quelque passage du Qoran, précieusement enveloppée dans un chiffon de soie. La poussière recueillie sur le tombeau du Prophète, l’eau de la fontaine sacrée de zemzetn dans le temple de la Mekke, sont des talismans d’une grande réputation. Quelques parcelles du tapis qui recouvre la Kaabah, appliquées sur le corps d’un malade, doivent apporter un grand soulagement à ses souffrances; son état doit s’améliorer de jour en jour, et bientôt la guérison complète vientprouver les effets du charme... à moins que le malade n’ait été condamné à mourir. Les femmes font beaucoup de cas d’un mélange de drogues préparées, vendues seulement les dix premiers jours du mois de Moharrern, et que l’on appelle melhh moubarek (sel béni) ; c’est un préservatif souverain

CARACTÈRE, CROYANCES, SUPERSTITIONS, il

contre le mauvais œil. Le mauvais œil ( nazârah ) est très redouté ; aussi ne peut-on jamais prendre assez de précautions pour conjurer les maléfices qui menacent l’être qui vous est cher. Si l’on remarque chez les enfants une malpropreté écœurante, c’est uniquement dans le but d’empêcher un étranger de s’écrier par exemple : Quel bel enfant! ou de lancer toute autre exclamation de ce genre, dont les effets seraient des plus pernicieux pourceluiqui enauraitété l’objet. Cependant si involontairement on s’est rendu coupable du nazârah, on peut annuler ses effets en disant mach’ Allah (la volonté de Dieu).

Les marchands du Caire placent devant leurs boutiques des inscriptions pieuses pour se mettre sous la protection divine. On y lit presque toujours les formules consacrées : La ilaha ïla Allah ou Mohammed rasoul Allah , c’est-à-dire : « Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu et Mohammed est l’apôtre de Dieu » ; ou bien : B’ism Illah er-rahman’ errahîm, « Au nom du Dieu clément et miséricordieux « .

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