PSYLLES
Les charmeurs ont été renommés de tout temps en Égypte; Strabon parle de leur habileté dans l’art de fasciner les reptiles les plus venimeux, et aujourd’hui encore leur manière de conjurer les serpents a surpris plus d’un voyageur.
Les psy lies ne font point partie de ces sortes de baladins ou d’escamoteurs que l’on rencontre dans les rues du Caire, et qui jonglent avec des serpents, des scorpions, des lézards, etc.; ils ont la spécialité de rechercher les serpents qui se sont introduits dans les maisons, et qu’ils prétendent attirer à eux par une vertu particulière. Armés d’une courte baguette, ils visitent minutieusement l’appartement où le reptile se tient caché, font claquer leur langue, sifflent, crachent sur le sol et prononcent l’évocation suivante s
« Je t’adjure, au nom du Dieu vivant, si tu es ici, parais! Je t’adjure parle plus grand des noms, obéis, parais! sinon, meurs!... » Le serpent le plus entêté ne résiste pas à cette injonction ei arrive en rampant sous la main du charmeur.
Voulantun jour expérimenter le pouvoir des psylles, nous en fîmes venir un pour nous débarrasser, soidisant, d’un de ces reptiles dont la présence nous incommodait. Le charmeur, en homme qui connaît son métier et qui veut gagner honnêtement son argent, explora soigneusement tous les coins et recoins de la maison : arrivé dans la cuisine, il prêta l’oreille avec attention, et déclara d’un ton parfaitement convaincu que l’hôte dangereux que nous redoutions était là... A peine l’évocation habituelle était-elle commencée, que nous vîmes apparaître un petit serpent qui nous regarda d’un air surpris, puis se dirigea docilement vers son maître. D’un coup de pincettes le reptile fut coupé en deux; le charmeur se fâcha; nous lui avions tué son gagne-pain. En effet, l’animal était dressé à ces sortes d’exercices, et ses crochets venimeux avaient été arrachés.
On peut donc souvent à bon droit soupçonner les charmeurs de supercherie. Ils trouvent le moyen, avant l’opération, d’introduire adroitement des serpents dans les maisons où il sont appelés à exercer leur talent. Comme ces animaux, disent-ils, craignent la lumière du jour, ils vont les évoquer dans les pièces les plus obscures de l’appartement, où, à
CARACTÈRE, CROYANCES, SUPERSTITIONS. 51 l’abri d’une surveillance rendue presque impossible, ils peuvent déposer dans quelque endroit les serpenls qu’ils tiennent cachés sous leurs aisselles. Cependant, en dehors de ces tours de jonglerie, il faut convenir que lespsyllesde profession ont une certaine influence sur les serpents, témoin ce fait : M. T... avait rapporté de la Haute-Égypte un énorme serpent qu’il tenait enfermé dans une caisse. Un psyllefut mandé; il s’agissait de fasciner l’animal, qui était dans un complet état d’inertie, et de le rendre sensible aux incantations du charmeur. Les évocations ordinaires n’avaient produit aucun effet. Alors le charmeur, ayant placé sur une table la caisse ouverte, se retira à l’extrémité de la chambre et se mit à chanter sur un rhythme lent et monotone ; ensuite il sortit une flûte de sa poche et en tira des sons doux, tantôt graves et mélancoliques, tantôt aigus et plaintifs, qui allaient en s’affaiblissant peu à peu et semblaient se perdre dans un écho lointain. IVous écoutions avec une sorte d’extase sympathique involontaire; on eût dit que nous subissions aussi les effets du charme. La flûte continuait toujours... Au bout de dix minutes, le serpent, revenu de son engourdissement, déroula son long corps et tomba lourdement sur le tapis... Le psylle s’avança doucement en poursuivant toujours sa mélodie, et comprima fortement avec son pouce la tête de l’animal qui s’étendit raide comme frappé de catalepsie.
MOEURS, COUTUMES