‹ Le Caire et ses environsChapitre 16 sur 69 · ENFANCE · texte numérisé non relu

ENFANCE

Le but principal du mariage, en Egypte, est la progénilure ; la stérilité est regardée comme une malédiction du ciel ; aussi la venue d’un nouveau-né est-elle toujours le sujet d’une grande joie dans la famille.

Immédiatement après sa naissance, l’enfant est remis entre les bras d’une personne du sexe masculin qui lui crie dans l’oreille droite Xadân, ou appel à la prière; cette pratique a pour but d’éloigner les mauvais esprits (djinn ou ginni) et le mauvais oeil (nazârah). Le nom est donné sans cérémonie, au fils par le père, à la fille par la mère. La mère a pour son enfant une tendresse, une indulgence, des attentions toutes particulières, et l’allaite elle-même. La loi lui défend de le sevrer avant l’âge de deux ans, à moins que son mari ne l’y autorise. Cette décision du Prophète paraît être dictée par une sage raison : dans un pays où les enfants succombent en très grand nombre aux affections intestinales, le lait de la mère est certainement la meilleure nourriture qu’ils puissent recevoir .

MOEORS, COUTUMES.

Dès l’âge le plus tendre, les enfants ne sont pas emmaillottés comme les nôtres; ils croissent librement, portés, non sur les bras, mais sur l’épaule de leur mère, et marchent au bout de six mois. Jusqu’à sept ou huit ans ils sont maigres, chétifs et d’une malpropreté affectée, toujours pour éloigner le mauvais œil. Leur ventre est très développé, ce qui vient sans doute de la mauvaise alimentation à laquelle ils sont soumis. Rien n’annonce en eux le type caractéristique qui les distingue lorsqu’ils arrivent à la jeunesse. Dans les classes inférieures, l'habillement des enfants est des plus primitifs : il se réduit à une simple chemise, ordinairement de coton bleu; quelquefois, chez les plus pauvres, ce vêtement fait complètement défaut. Dans les villages, tous les enfants vont nus jusqu’à l’âge de huit ans environ, et quand par hasard les petites filles possèdent un méchant morceau de haillon, elles s’en couvrent volontiers la tète et le ramènent coquettement sur le visage : la pudeur n’est qu’uneaffaire de convention. Les Arabes du vulgaire ont la tête rasée ; c’est vers l’âge de deux ou trois ans que les parents soumettent les garçons à cette coutume; on leur laisse seulement sur le sommet du crâne une touffe de cheveux par laquelle, pensentils, le bon ange emporte l’âme après la mort.

Jusqu’au jour où ils doivent être circoncis, les enfants des riches sont élevés dans le harem, où l’on ne leur enseigne guère que quelques pratiques religieuses et les premiers chapitres du Qoran, qui leur

5i LE CAIRE ET SES ENVIRONS,

sont expliqués par un vieil imam. La première éducation exerce toujours une certaine influence sur l’homme; il est évident que celle que reçoivent ainsi les jeunes musulmans dans la société exclusive des femmes doit laisser des traces profondes sur toute leur vie. En général, les enfants prennent dans le harem des mœurs très douces ; ils ne sont pas folâtres, espiègles comme les autres enfants de leur âge; on forme au contraire leur caractère au calme, à la réserve, et on les initie au bon ton de l’étiquette musulmane. A défaut d’instruction proprement dite, ils contractent dans le harem un respect profond pour leurs parents. Dans les classes aisées, l’enfant salue son père le matin en lui baisant la main, puis il attend, dans une attitude respectueuse, une caresse, un ordre ou la permission de s’éloigner; les cadets montrent la même déférence pour leurs aînés.

La superstition du peuple a malheureusement encore une influence pernicieuse sur l’enfance. Toujours dans la crainte du mauvais œil, les mères négligent jusqu’à la sordidité la toilette de leurs enfants, croyant ainsi détourner du pauvre petit être les regards envieux. Persuadées que laver les yeux nuit à la vue, elles laissent les paupières de leurs enfants dans un état de malpropreté qui fait mal à voir. Ces malheureux, sans cesse en proie à des essaims de mouches collées sur leur visage, cherchent à peine à se débarrasser d’une torture à laquelle ils finissent

MOEURS, COUTUMES

par s’habituer. L’inflammation qui résulte d’un pareil état est la principale source des ophthalmies qui désolent l’Egypte.

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