CLIMAT
Le climat de l'Egypte peut être classé parmi les plus brûlants. L’élévation de la température est bien moins due au voisinage des plages torrides, qu’aux déserts qui limitent cette contrée. En effet, il est naturel que l’air qui enveloppe les immenses plaines de la Libye et de l’Arabie, n’y trouvant ni ruisseaux, ni lacs, ni forêts, s’y échauffe par l’action d’un soleil ardent dont l’intensité est encore augmentée par la réflexion des sables, et prenne le degré de chaleur et de sécheresse dont il est susceptible. Au Caire, le thermomètre se maintient à une hauteur moyenne de 38° centigrades pendant les mois d'été. Dans cette saison, la chaleur est si accablante, que l’air parait embrasé; elle peut même devenir funeste aux hommes nés sous d’autres climats, car avec l’habit le plus léger, et dans l’état du plus grand repos, le corps est dans un état constant de transpiration, et le moindre refroidissement subit dégénère en maladie sérieuse.
On serait tenté de croire qu’avec de pareilles chaleurs, et un sol qui reste marécageux pendant près de trois mois par suite du retrait des eaux de l’inondation, l’Égypte est un pays malsain ; il n’en est rien
cependant, et cela à cause du voisinage des déserts qui entretiennent l’air dans un état habituellement sec, occasionné par le courant perpétuel des vents qui traversent l'atmosphère sans rencontrer d’obstacles. En outre, l’état salin du sol, dû à la présence du nation, vient encore apporter sa part d’assainissement. Ce sont, sans nul doute, ces qualités particulières de l’air et du sol, jointes à la chaleur, qui donnent à la végétation une activité inconnue dans les régions d’Europe.
La direction des vents correspond exactement aux saisons. Depuis le moment de la crue du Nil (vers le 20 juin) jusqu’en avril suivant, ce sont les vents du Nord qui dominent, avec des inflexions vers l’Est et plus tard vers l’Ouest. C’est d’avril en mai que se déclare ordinairement le khamsin vent brûlant appelé ainsi parce que la période pendant laquelle il se fait sentir est de cinquante jours. On ne peut se faire une idée du khamsin’ si l’on n’en a pas éprouvé les effets. Il s’annonce presque toujours brusquement comme un ouragan, par un désordre général dans l’atmosphère. Le ciel, de serein qu’il était, se rembrunit tout h coup ; toutes choses, sables, palmiers, habitations, prennent une nuance jaunâtre, et paraissent être vues à travers un vitrage teinté de cette couleur. Si on lève les yeux pour chercher le soleil, on voit flotter dans une colonne oblique d’atomes lumineux, la poussière impalpable que le khamsin’ enlève au désert. Le thermomètre monte
L'ÉGYPTE ET LE NIL. Il
de 10 à 15 degrés dans l’espace de quelques heures; la chaleur devient étouffante, la respiration est courte et difficile, la transpiration s’arrête et l’on se sent dévoré par une soif ardente qu’aucune boisson ne semble pouvoir apaiser. Les habitants des villes et des villages se réunissent à la hâte dans leurs maisons où ils s’enferment soigneusement pour se garantir de la poussière fine et pénétrante que soulève le tourbillon. L’atmosphère dégage une odeur de terre semblable à celle qui se produit au début d’un orage après une longue sécheresse.
Les rosées sont plus ou moins abondantes suivant la direction des vents; elles deviennent très pénétrantes lorsqu’elles sont sous l’influence des courants du Mord ou du Nord-Ouest, et d’autant plus sensibles qu’on s’approche davantage de la mer et des lacs. Le cultivateur égyptien regarde les rosées comme bienfaisantes et réparant les méfaits de la pluie considérée par lui comme un fléau qui fait germer une foule de plantes nuisibles aux céréales. Les pluies sont presque inconnues dans la Haute-Égypte, où jamais le ciel ne se voile du moindre nuage; mais le voisinage de la mer occasionne â Alexandrie et sur tout le littoral du Delta des pluies assez fréquentes, mais de courtes durées et pour ainsi dire intermittentes, de décembre en février. Au Caire, pendant les mêmes mois, on n’est jamais incommodé que par quelques rares averses qui ne durent jamais tout un jour.
L’extrême chaleur et la fraîcheur subite des soirées
sont des ennemis contre lesquels il faut se mettre en garde. C’est pour avoir négligé certaines précautions et s’être imprudemment exposés à l’action du rayonnement nocturne qui produit un abaissement notable de température, que beaucoup d’Européens sont souvent éprouvés par de douloureuses maladies. Une habitude des plus salutaires répandue non-seulement en Egypte, mais dans tout l’Orient, est l’usage des bains à vapeur. Aux moindres symptômes d’une indisposition, les indigènes ont recours à ce moyen qui souvent réussit à détruire dans leur principe bien des maladies.
L’étranger qui a l’intention de faire un long séjour en Egypte, doit, dès les premiers jours de son arrivée, adopter peu à peu la manière de vivre des habitants du pays. « Il faut être pénétré de ce principe, dit le docteur D. Fouquet, que le genre de vie doit changer en changeant de climat. Il faut suivre certaines règles d’hygiène dont l’expérience a, dès longtemps, démontré l’absolue vérité. Le choix de l’habitation et des vêtements doit être l’objet d’un soin spécial; mais le point le plus important est sans contredit l’alimentation. Dès le début, on s’imposera un régime sévère; les repas, peu copieux, bien que substantiels, devront être pris surtout le matin et le soir, de manière à ne pas charger l’estomac pendant la forte chaleur du jour. L’usage du vin coupé d’eau est excellent aux repas ; mais l’emploi des liqueurs alcooliques, surtout en dehors de la
table, doit être sévèrement proscrit. Grâce à ces précautions, on se garantira des congestions du foie et des autres organes abdominaux si fréquentes dans les pays chauds.
« Les fonctions de la peau doivent être entretenues avec soin par des lotions fréquentes. Les bains, dont l’usage est en général mal réglé, seront pris avec discernement, tièdes d’abord, puis de plus eu plus froids et de plus en plus courts, suivis de frictions sèches pour amener une réaction modérée. »
En dehors des maladies que l’on évite certainement en suivant un régime alimentaire, il en est une contre laquelle il est assez difficile de se tenir en garde, et qui se développe plus particulièrement dans les villes que dans les campagnes, c’est J’ophthalmie. Celte affection endémique n’épargne aucune classe; elle se développe, avec tous les tempéraments, chez l’homme et chez les animaux ; elle règne dans toutes les saisons de l’année, mais elle se présente le plus souvent sous un caractère bénin facile à enrayer; d’autres fois, l’affection est très violente et passe rapidement à la forme granuleuse dont les conséquences sont souvent terribles si la maladie est négligée.
L’ophthalmie en Égypte a été attribuée à diverses causes. Quelques médecins ont pensé qu’elle était due à la réflexion du soleil éclatant sur un terrain sablonneux, ou sur les maisons blanchies à la chaux. D’autres ont prétendu qu’elle était occasionnée par
la poussière fine que soulève le vent du khamsin, ou par les molécules salines irritantes que l’atmosphère tient en suspension. Mais ces explications sont loin d’être suffisantes : si l’ophthalmie était produite par l’intensité des rayons solaires, pourquoi serait-elle si rare dans les contrées où ces rayons sont le plus ardent, par exemple, dans la Haute-Égypte et dans la Nubie ? D’autre part, si la maladie est due à l’introduction dans l’œil de molécules sablonneuses ou salines, pourquoi est-elle presque inconnue dans le désert? pourquoi les ouvriers qui travaillent dans les terrains nitreux n’en sont-ils pas atteints plus fréquemment que les autres? Il est sans doute plus rationnel d’attribuer l’ophthalmie à des causes physiques résidant, en effet, ou dans l’atmosphère ou dans la qomposition du sol, mais qui ont jusqu’à présent échappé aux investigations. La malpropreté des gens des classes inférieures qui vivent dans des réduits humides, au milieu d’immondices desséchées dont le moindre vent soulève les atomes empestés, ne serait-elle point le germe de l’ophthalmie? Le docteur Fouquet s’exprime nettement à ce sujet : a On ne doit, dit-il, chercher la nature même du mal ni dans l’action des rayons solaires et delà poussière du désert, ni dans le rayonnement nocturne, ni dans les émanations ammoniacales des matières azotées en décomposition, qui peuvent tout au plus jouer le rôle de causes prédisposantes, mais on doit l’attribuer à l’existence d’un virus spécial transporté
par l’air, ou inoculé directement. par les mouches dont l’essaim couvre perpétuellement les yeux des enfants du peuple. » Un fait à constater, c’est que depuis que le Caire est soumis à diverses lois de salubrité publique, les maladies des yeux y sont beaucoup moins fréquentes. «L’ophlbalmie, dit encore le même docteur, se présente sous trois formes : catarrhale, purulente, granuleuse ; sa forme la plus grave se termine souvent par des opacités incurables de la cornée ou par la fonte du globe de l’œil. Le voyageur en rencontre à chaque pas dans les rues du Caire de frappants exemples. Les choses ne se passent pas cependant toujours ainsi, et dans la plupart des cas, l’affection bien soignée, prise au début surtout, cède au traitement et disparait sans laisser de traces. Les maladies antérieures, l’affaiblissement, la malpropreté et l’alcoolisme, sontles principales causes aggravantes du mal.
“ La meilleure méthode préventive consiste en lotions fréquentes toniques ou antiseptiques, soit avec une infusion froide de thé, soit avec une solution phéniquée très faible. Quant à la maladie confirmée, les soins qu’elle réclame sont assez délicats pour qu’un homme de l’art soit appelé à les donner. Il ne laut pas oublier qu’une première atteinte ne met pas à l’abri des récidives. Le principe immédiat du mal n’a pas été isolé encore, mais si l’on considère le mode de propagation de l’affection et les heureux résultats donné par le traitement antiseptique, il est bien difficile de mettre en doute son origine virulente. »
APERÇU HISTORIQUE
L’histoire ancienne de l’Égypte est divisée en trois grandes époques :
1° L’Ancien-Empire, qui comprend les dix premières dynasties, commence avec Menés environ cinq mille ans avant notre ère. « Le premier homme qui régna sur l’Égypte fut Menés ^ , dit Hérodote. Les textes hiéroglyphiques déchiffrés depuis, nous présentent également ce roi comme le fondateur de la monarchie égyptienne. Menés réunit sous un seul sceptre les différentes provinces de l’Égypte, gouvernées par des princes de la caste sacerdotale. 11 fonda Memphis sur la rive gauche du Nil, à peu de distance de la pointe du Delta, et éleva dans cette ville un temple consacré au dieu Phta/i.
A partir de Menés, les Pharaons s’intitulèrent Rois de la Haute et de la Basse-Égypte. Les plus célèbres de l’ Ancien-Empire sont ceux de la quatrième dynastie : Khéops, Khéphren , Mykérmos, qui élevèrent les trois grandes pyramides de Giseh, et P api Ier
i\ P E R C U HISTORIQUE.
(sixième dynastie) qui repoussa les attaques des tribus nomades au-delà des frontières orientales.
2° Le Moyen-Empire s’étend de la onzième à la dix- Lu itiëme dynastie (3064 à 1703 avant J.-C.). C’est sous le règne d’un pharaon de la douzième dynastie, Aménemhat III, que fut exécuté le gigantesque réservoir désigné sous le nom de Méri (le lac), mot dont les Grecs ont fait Mœris. Ce réservoir communiquait d’un côté avec le Nil, et de l’autre avec un lac naturel qui existe encore, le Birket-el-Qéroun. Le Mœris servait à retenir une partie des eaux du Nil pendant l’inondation annuelle, et à suppléer au manque d’eau, en cas de sécheresse, pour l’irrigation de la province du Fayoum. Non loin de ce lac, le même Pharaon fit construire un palais immense qui renfermait, dit-on, trois mille chambres obscures, reliées les unes aux autres par des couloirs si habilement enchevêtrés, qu’un étranger sans guide ne pouvait en sortir. Ce palais, appelé Lope-ro-hount, fut désigné plus tard par les Grecs sous le nom de Labyrinthe.
Les trois dernières dynasties du Moyen-Empire appartiennent aux hordes barbares qui firent irruption en Egypte du côté de l’isthme de Suez. Ces tribus de pillards sont désignées par les monuments sous le nom de Shasou. On les appelle plus communément Hyksos ou Pasteurs. Ces Hyksos, après avoir ruiné les temples et imposé leur domination par le fer et le feu, furent à leur tour subjugués par la civilisation
des vaincus; ils adoptèrent la langue, la religion et les usages de leurs nouveaux sujets, et devinrent de véritables pharaons. C’est à l’époque des Hyksos qu’Abraham vint en Egypte, et que se rattache l’épisode de Joseph rapporté par la Bible, vers le milieu du dix-huitième siècle avant J.-C.
Cependant les princes des dynasties légitimes, ne pouvant se résigner à supporter le joug des envahisseurs, s’étaient retirés à Thèbes où ils exerçaient une sorte d’autorité relative. Plusieurs fois ils avaient essayé de reconquérir la Basse-Égypte, mais sans succès. Enfin, après une lutte acharnée, les Hyksos furent expulsés par Ahmès Tr ; ils avaient régné sur l’Égypte pendant plus de cinq siècles.
3° Le Nouvel-Empire commence avec la XVIIIe dynastie et se termine à la fin de la XXXIe, époque à laquelle Alexandre s’empare de l’Égypte (1703 à 332 avant J.-C.). Pendant la XI Ule dynastie , Amenhotep Pr , fils d’Ahmès le libérateur de l’Égypte, agrandit le pays du côté de l’Éthiopie. Thoutmès Ier étendit ses conquêtes jusqu’en Assyrie, comme l’attestent des stèles commémoratives. Sa fille Hatasou , chargée de la régence pendant la minorité de son frère Thoutmès III, porta ses armes dans le sud de la péninsule arabique , et fit explorer le Pays de Pount qui comprenait le Hedjaz et l’Yémen et, sur la côte opposée, la terre du Somâl. Thoutmès III poussa ses expéditions militaires, d’un côté jusqu’au Tigre et aux montagnes de l’Arménie, de l’autre jusqu’au
APERÇU HISTORIQUE
fond du pays de Kousch (Éthiopie). Des inscriptions qui relatent ces campagnes lointaines existent encore à Thèbes.
Avec la XIXe dynastie paraît Ramsès II, un des plus grands et des plus illustres conquérants de l’ancienne Égypte. C’est ce pharaon que les historiens Grecs désignent sous le nom de Sésostris. Son règne, qui dura soixante-six ans, se place entre les années 1407 et 1341 avant J. -C. Les conquêtes attribuées à Ramsès II sont certainement exagérées : selon Hérodote, il aurait pénétré en Europe jusqu’en Scythie, et selon Diodore, il aurait atteint l’Indus, le Gange, et aurait même pénétré plus loin encore. Ce qui a dû contribuer à faire illusion aux Grecs sur limportance du règne de ce pharaon, c’est le nombre prodigieux de monuments qui portent son cartouche. « Il est pour ainsi dire impossible, dit M. Mariette, de rencontrer en Égypte une ruine, une butte antique, sans y lire le nom de Ramsès II. » On accuse, non sans quelque raison, Ramsès II d’avoir fait effacer sur les monuments les noms de ses prédécesseurs pour y substituer le sien. Les inscriptions de Louqsor et du Ramesséion à Thèbes, le temple souterrain d’Ibsamboul en Nubie, nous ont transmis le récit officiel de sa victoire, en l’an V de son règne, sur les Khétas, peuplades du nord de la Syrie.
C’est sous le règne de son successeur, Méneplitah, que, selon l’opinion la plus accréditée, les Hébreux,
établis ci) Egypte depuis l'époque des Hyksos, quittèrent le pays sous la conduite de Moïse.
A la suite de la XXe dynastie, commence une période pleine de trouble et d’obscurité. Après Shoshan/î, le Sésac de la Ilible, qui rançonna les royaumes de J u cia et d’Israël, l’Egypte manquant de dynastie royale, se trouva divisée au nord et au sud, en petits états gouvernés par des chefs qui s’attribuèrent chacun le titre de roi. A la faveur de ce morcellement, le pays fut envahi par les Ethiopiens et les Assyriens.
A la XXIIe dynastie (665-527), les envahisseurs ont disparu; l’Egypte divisée de nouveau en petits états, obéit au roi de Sais, Psamétik , qui renverse la confédération des douze princes du Delta et gouverne seul. C’est sous le règue de Psamétik que les Grecs formèrent pour la première fois des établissements à demeure dans la Basse-Egypte.
En 527, l’Egypte conquise par Cambyse devint une province de l’empire des Perses. De cette époque désastreuse, date la destruction d’un grand nombre de temples à Memphis et à Thèbes. Les Egyptiens tentèrent bien de s’affranchir de la domination étrangère; ils réussirent même à recouvrer leur indépendance sous les XXVIIIe, XXIXe et XXXe dynasties (406 à 340); mais les efforts du dernier roi légitime Mectanebo II se brisèrent contre le choc de l’armée des Perses. L’Egypte finit par succomber et, à partir de ce moment, elle a toujours vécu sous des maîtres étrangers.
APERÇU HISTORIQUE
En 332, Alexandre renversa la XXXIe dynastie, fondée par les Perses, fit la conquête de l’Egypte et bâtit Alexandrie. Sous les Ptolémées successeurs d’Alexandre (306 à 30), l’Égypte devenue une province grecque, s’élève a un degré de splendeur, de puissance et de richesse dont elle était déchue depuis longtemps. Alexandrie, la nouvelle capitale, était devenue un puissant foyer d’activité intellectuelle. L’architecture brilla d’un éclat nouveau; un grand nombre de temples élevés à Thèbes, à Denderah, à Esneh, à Ombos, à Edfou, à Philæ, rappellent encore les beaux temps de l’art pharaonique.
La bataille d’Actium (2 septembre 31) où Antoine et Cléopâtre furent vaincus par Octave, mit fin à la domination des Grecs, et quelques mois plus tard, l’an 30 avant J.-C., l’Égypte fut réunie à l’empire romain. En 381 après J.-C., l’empereur Tbéodose qui régnait à Constantinople, capitale des provinces romaines de l’Orient, promulgua son édit célèbre par lequel la religion chrétienne était déclarée désormais la religion officielle de l’Égypte