‹ Le Caire et ses environsChapitre 54 sur 69 · FÊTES NATIONALES ÉGYPTIENNES · texte numérisé non relu

FÊTES NATIONALES ÉGYPTIENNES

Les fêtes nationales sont observées par toutes les religions; on en distingue de deux sortes : celles qui se rapportent aux saisons, et qui pour la plupart

existaient déjà au temps des Pharaons, et celles qui sont instituées en l’honneur de quelque saint égyptien, musulman ou copte.

§ 1 — Le Cham-el-Nessim, la fête du Printemps, dont l’appellation arabe signifie littéralement « respirer le zéphyr » , est célébré le lundi de la Pâque des Coptes. Ce jour-là, il est d’usage d’aller à la campagne respirer l’air pur et en faire une « provision pour toute l’année » . L’institution de cette fête, la plus populaire de toutes, remonte à une époque très ancienne, et depuis son origine elle a été scrupuleusement observée par tous les peuples qui ont habité l’Egypte. Aujourd’hui encore, c’est manquer à tous les usages consacrés par les siècles que de rester chez soi pendant le Cham-el-Nessim. Les jardins de Matarîeh, de Choubrah, de Raoudab, de Gésîreh, sont littéralement envahis par des groupes de promeneurs qui viennent déjeuner sous les frais ombrages des orangers, des acacias et des sycomores. Les gens superstitieux, et surtout les femmes, ont la précaution, avant de quitter leur maison, de suspendre à la porte un oignon écrasé pour conjurer les maléfices.

Le lendemain du Cham-el-Nessîm commence la période appelée kham’sin (khamasîn), qui a donné son nom au vent brûlant du désert (le rihh-essemoum), dont on est exposé à ressentir les effets pendant cinquante jours (v. p. 10). Les oulémas, ohserventle Cham-el-Nessîm les deux premiers jours

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qui suivent l’équinoxe du printemps, e’est-à-dire au Norouz~el~soultâni, ou première fête de la nouvelle année royale adoptée par le calendrier persan.

Leilet-el-Noqtah, la «nuit de la goutte ». — Suivant une ancienne croyance de la mythologie égyptienne, on croyait qu’une goutte d’eau miraculeuse (une larme d’Isis) tombait chaque année sur le Nil à un moment précis calculé par les astrologues. Cette goutte céleste fécondait le Nil et produisait l’inondation annuelle.

La fête a lieu pendant la nuit qui précède le 11 du mois copte baounah (17 juin); elle est très peu observée aujourd’hui. Au petit village d’Embâbeh, situé sur la rive gauche du Nil, elle est l’objet de grandes réjouissances parce qu’elle tombe en même temps que le moùlid du cheikh El-Embâby , qui est en grande vénération dans le village dont il porte le nom-.

Youm Ouafaah-el-Ntl, ou Mousim’ -el-Khaliy , jour de la coupure du canal (khalig) qui traverse le Caire du sud-ouest au nord-est. — Le temps fixé pour couper la digue qui retient les eaux du Nil dépend naturellement de la hauteur du fleuve; c’est généralement entre le 6 ou le 16 août que la cérémonie a lieu dans la matinée, en présence du khédive, escorté de sa maison civile et militaire. Pendant la nuit qui précède, une foule considérable se réunit au Vieux-Caire sur les bords du khalig, en face de l’ile de Raoudah, pour assister

à un bruyant feu d’artifice qui annonce la fête du lendemain.

Vers huit heures du matin, sur un signe du khédive, la digue est rompue; mais avant de donner le premier coup de pioche, on lance dans le fleuve un bloc d’argile représentant plus ou moins une forme humaine, et appelé aroûset’-el-Nil (la fiancée du Nil). La tradition rapporte qu’autrefois on avait coutume de sacrifier au fleuve-dieu une jeune vierge que l’on jetait vivante au milieu des eaux afin que l’inondation fût favorable. C’est pour rappeler cet usage barbare, qui aurait été, dit-on, aboli par Amr’, que l’on fait aujourd’hui le simulacre de l’aroùset’-el-Nil.

Pendant que le fleuve se précipite par la tranchée, au bruit des acclamations de la foule et de la flottille de barques qui couvrent les eaux, c’est alors un spectacle curieux de voir les hommes et les enfants se plonger dans le courant, comme si des propriétés particulièrement bienfaisantes étaient attachées au bain de ce jour-là; les détonations de l’artillerie rangée sur les rives du canal retentissent, et le canon de la Citadelle annonce à toute la ville que la crue du Nil, parvenue à sa hauteur habituelle, fait présager une heureuse récolte. Chaque année la digue du khalig est coupée alternativement par les Musulmans, les Coptes et les Juifs.

§ 2 — Moulid Said-Ahmed-el-Bédaoui. — Cette fête a lieu trois fois par an (janvier, avril, août) à Tanlah, en l’honneur de Sa ïd-A h m ed-el-B édao u i,

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saint musulman né à Fez en 59 G de l’hégire (1200). En revenant de la Mekke, il s’établit avec sa famille à Tantah où il mourut. La tradition rapporte que la mosquée qui renferme son tombeau a été bâtie sur l’emplacement d’une ancienne église qui elle-même était élevée sur les ruines d’un temple égyptien.

A la même époque que le moùlid (anniversaire), a lieu la foire qui réunit, surtout celle du mois d’août, plus de deux cent mille personnes campées sous des tentes au pied de la ville.

Après chacune des foires de Tanlah, on célèbre à Dessouq le moùlid du cheikh Ibrahim-cl-Dessouqîj \ et à Damanbour celui à' AO ou- R icli-el-D a m a n h o u rî, fondateur de l’ordre des derviches Bourliamieh ou Ibrahimîeh , mort en 676 de l’hégire (1277).

Moulîd-el-Bayoumi. — Saïd-Ali-el-Bayoûmi est le fondateur de l’ordre des derviches Bayoumîeh (branche des Ahmedieh), une des corporations religieuses les plus considérables en Egypte. Le moùlid est célébré à l’époque du haut Nil, c’est-à-dire dans la première moitié du mois d’octobre, sur la route de l’Abbassîeh, un peu plus haut que Bab-el-Houssenîeh.

Moùlid el-Afifi. — Immédiatement après la fête de Saïd-el-Bayoùmi, vient celle d’El-Afifi qui a lieu dans le désert, à l’est de la nécropole des sultans Mamelouks où se trouve le tombeau d’El-Afifi, fondateur d’une secte de derviches qui porte ce nom. Cette fête est le rendez-vous d’un grand nombre de

fellahs et de bédouins dont les tentes dressées au milieu des sables dans le voisinage des tombeaux, non loin des rochers abrupts du Moqattam, sont d’un effet pittoresque surtout la nuit.

Moulid el-Sette-Dimianah. — Sette-Dimiânah est une des plus grandes saintes de l’Eglise copte. Une fête instituée en son honneur est célébrée le 12 bachans (19 mai) dans le couvent qui lui est dédié au nord-est du Delta. On s’y rend de Mansourah en prenant une barque jusqu’à Kilouah;le reste du trajet se fait à cheval ou à àne.

Le couvent relève du diocèse de l’évêque copte de Jérusalem. Il contient une chambre mystérieuse qui a la propriété, durant le moùlid, de révéler certaines apparitions qui ont une grande influence sur 1 esprit du peuple. De nombreux miracles sont attribués à la sainte, entre autres celui de guérir les possédés. Le pèlerinage au couvent de Sette-Dimiànah n’a pas un caractère exclusivement religieux, les affaires commerciales n’y sont pas oubliées : le moùlid et la foire ont lieu simultanément pendant huit jours. Un autre pèlerinage beaucoup moins important a lieu le Ï2 toubah (19 janvier).

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