‹ Le CaireChapitre 1 sur 25 · LÉ*NIL.: = LE FLEUVE ET LA VALLÉE · texte numérisé non relu

LÉ*NIL.: = LE FLEUVE ET LA VALLÉE

I1 n’est pas sur la surface de la terre de fleuve plus mystérieux que le Nil, ni qui ait exercé sur l'imagination des hommes un plus puissant attrait de curiosité. Il est sans doute, par la longueur de son cours, qui ne mesure guère moins de quinze cents lieues des grands lacs africains aux bouches de Damiette, le plus grand fleuve du globe. Jusqu’aux temps les plus modernes, l’humanité avait ignoré ses origines, et était arrêtée devant cette énigme troublante de pareilles masses d'eaux venues de contrées inconnues, troublées par ce limon qu’elles roulaient avec elles. Ces masses elles-mêmes variaient de volume selon les époques, et, soumises à des lois bien difficiles à préciser, elles grossissaient, s’enflaient, débordaïent, puis décroissaient lentement et progressivement, déposant sur le sol en se retirant tout ce limon qu’elles contenaient en suspension, et qui formait une couche de terre grasse, véritable engrais pour les terrains appauvris par le sable du désert.

: LE GAÈECE

« L'Égypte est un présent du Nil. » Elle n'existerait pas, en effet, sans le fleuve qui, pendant quatre mois d'été, l’inonde et l’enrichit. Aussi les peuples riverains l’ont-ils toujours adoré « comme le créateur du blé, le producteur de l'orge », celui sans lequel « les dieux tomberaient sur la face, et périraient les humains ». Il est le grand régulateur de la vie, et c'est d'après son régime que tout en Égypte s’est toujours réglé, les travaux des champs, comme les fêtes religieuses ou civiles. La crue annuelle, qui fait renaître la Nature, et qui pour les Anciens était comme la résurrection d’un Dieu, est un phénomène d’une grande régularité.

C’est presque toujours vers le 10 juin que le fleuve commence à croître en roulant les eaux vertes, chargées des décompositions herbeuses des grands lacs équatoriaux, Mais la montée en est presque insensible, et ses eaux sont alors insalubres. C’est au milieu de juillet que la crue s'affirme par les eaux rouges provenant de la désagrégation rocheuse des torrents d'Éthiopie que les formidables orages d'été viennent de précipiter vers le Nil. Le fleuve bat son plein à la fin d'août, et maintient son point le plus élevé jusque vers le 7 octobre. Puis la descente se fait graduellement, et sans brusques oscillations.

Comme dans toutes les vallées d’alluvions, le Nil a ses berges plus élevées que les plaines qui s'étendent de chaque côté de son lit, et qui s'inclinent vers les chaînes montagneuses bordant le désert. L'eau débordant du fleuve tendrait donc à se précipiter vers les terres basses qu’elle transformerait en lacs immenses. De temps immémorial, les hommes qui ont vécu sur cette terre, ont paré à ce danger en établissant tout un système de canalisation qui permet de retenir l’eau de crue d’abord dans les parties les plus élevées des canaux, puis ensuite dans les parties inférieures, afin que ces canaux gradués apportent successivement aux terrains altérés de la plaine, le liquide épais et nourricier. C’est ainsi que tout ce pays forme un vaste damier de cultures divisé à l'infini par des saillies qui sont les levées de terre, et des creux qui sont les canaux; sorte de grand système artériel qui permet à l’eau du Nil de circuler à travers l'Égypte, comme le sang dans le corps d'un animal. Mais cet organisme artificiel est lui-même d’une extraordinaire sensibilité, et la moindre lésion y peut causer des calamités terribles. Aussi le fellah est-il astreint à une surveillance de tous les instants.

Le limon du Nil, de couleur brune, est le seul engrais de la terre. Il en est peu d'aussi riches en substances organiques décomposées, et il constitue un sol arable d’une fécondité prodigieuse. Quand l’eau a été absorbée ou évaporée sous le soleil, ce limon se durcit comme la pierre,

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