LEE VEUX TERRE COST AT
incessante activité fluviale y règne. De beaux jardins abondamment irri-
gués lui font une parure toujours verte, et de ses rives la vue du Nil est
d’une beauté dont on ne se lasse jamais.
Ün:'intérèt plus spécial s'attache au célèbre MNilomètre (El-Miqyas) destiné à mesurer les crues du fleuve, et parfois si anxieusement interrogé. Le Nilomètre antique se trouvait en amont, sur la rive droite du fleuve, vis-à-vis de Memphis. Celui de Rôda, fondé en 715, sous .le khalife ommyade Souleiman, se trouve à la pointe méridionale de l’île. Il consiste en un puits communiquant avec le fleuve, et au centre duquel se dresse une colonne octogonale divisée en coudées régulières.
Si les cryptes de l’église copte de Saint-Serge se prévalent du repos de la Sainte Famille au cours de sa fuite en Égypte, elles n’en ont pas le privilège exclusif. Un autre endroit d'Égypte que les traditions chrétiennes ont rendu célèbre pour le même motif, est un village qui s'élève à
Obélisque d'Héliopolis.
deux lieues du Caire au nord, près des ruines d'Héliopolis, Mafariyeh.
La route qui y conduit, dès qu’on a dépassé les derniers faubourgs du
Caire, est ravissante, et si typique, qu'elle suffirait à donner une idée de
l'Égypte même. Partout où l’inondation par l'inextricable lacis de ses
canaux a apporté le limon fécondant, l'herbe pousse épaisse, haute et
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d’un vert inimaginable. Des fermes et des villas jalonnent ces prairies, entourées de beaux arbres. On suit des allées magnifiques sous une voûte de feuillages, croisant des attelages de buffles qui se rendent aux champs. Aux fins d'automnes, alors que pendant tant de semaines la terre s’est saturée d’eau, le paysage par des matins frais, apparaît enveloppé d'une buée fine et argentée qui en estompe les détails. Toute cette verdure excessive en est atténuée, et ces arbres dont les formes n’ont rien d’exotique, se prêtent dans la brume à des arrangements qui n'auraient pas déplu à Corot.
Mais si l’on tourne court, le sable apparaît brusquement, sans transition ménagée. C’est la séparation nette et tranchée : d’un côté l’oasis verte, de l’autre le désert.
Dans un beau jardin de Matariyeh, des moines coptes montrent «l'arbre de la Vierge », un sycomore agé de moins de trois siècles, sous l’ombrage duquel la Sainte Famille se serait reposée. Mais peu importe : tel qu’il est avec ses branches énormes, son tronc colossal couvert de noms innombrables, ses branchettes portant des chapelets, ses racines sorties de terre et tordues comme des serpents, c’est vraiment un bel arbre.
Au delà de Matariyeh, à moins de deux kilomètres, se trouve l’emplacement d’une des villes les plus anciennes et les plus célèbres, Héliopolis, qui exerça sur les croyances de l’antique Égypte, une influence capitale. C’est ici que se forma un ensemble de doctrines en relation avec le culte du soleil, et qui furent l’œuvre d'un collège de prêtres, que les anciens Égyptiens considérèrent toujours comme les précurseurs vénérés de leur culture intellectuelle.
Dans le temple devant lequel s’étendait une avenue de sphinx, on nourrissait le bœuf Mnévis. De nombreux Pharaons y élevèrent des obélisques. Cambyse le ravagea. Abd-el-Latif y vit encore « des figures « effrayantes et colossales de pierres de taille, qui avaient plus de trente « coudées de long, et dont tous les membres sont dans des dimensions « exactement proportionnées. » Son prestige était encore grand au v° siècle avant notre ère, puisqu'il attira les philosophes grecs désireux d'étudier les sciences à leurs sources. Hérodote, Platon, Eudore vinrent y séjourner au milieu des prêtres.
Maintenant il ne reste rien. Les lacs dont parle Strabon ont été bus par le désert, Seul un des deux obélisques de vingt mètres de haut qu'y avait dressés Ousirtesen I‘, est encore debout, mais enfoncé profondément dans le sol.
La Pyramide et le Sphinx.