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CHAPITRE V

LEVIEUX CIRE (FOSTAIS LES COUVENTS COPFES RODA ET LE NILOMÈTRE. — HELIOPOLIS

Au sud du Caire, on traverse les beaux quartiers neufs d’Ismaïliyeh, où le khédive Ismaïl eut l'intuition que se ferait le grand développement futur de la ville ; de larges avenues se coupant à angles droits, selon un plan rationnel d’où le caprice arabe est banni, sont bordées d’admirables jardins où la poussée hâtive de ces grands arbres de pays chauds a apporté si vite de la fraicheur et de l’ombrage. Des arbustes chargés d'énormes fleurs écarlates, à l'éclat violent, dissimulent les cottages anglais où les vérandahs et les terrasses ont remplacé les bow-windows des régions brumeuses.

Puis les jardins deviennent plus rares et plus modestes, la plaine apparaît peuplée encore d’un rebut de population qui gîte en des huttes, et un vieil aqueduc, à demi ruiné, dresse à l'horizon ses arches bran-

LE VIEUX CAIRE (FOSTAT) 8s

lantes, donnant à cette solitude un peu du caractère de la campagne romaine.

Construit à l’époque de Saladin pour alimenter d’eau la citadelle, puis rebâti, en 1518, par le sultan El-Ghoûri, il avait sa prise d’eau en une tour hexagonale qui abritait une citerne en communication avec

Saint-Serge. Église Copte au Caire.

le fleuve. Du Nil à la citadelle, l’aqueduc s’attardant en plusieurs coudes offrait un développement de plus de trois kilomètres.

L'aqueduc dépassé, on traverse une bourgade qui a emprunté l’emplacement du vieux Caire : ce fut là qu'Amrou planta sa tente sur laquelle un pigeon s’arrêta, et ce fut là qu'il construisit sa mosquée, aujourd'hui si délabrée. D’innombrables buttes de décombres l'entourent où chaque siècle est venu apporter sa couche de débris : les grandes pluies d'orage qui les ravinent entraînent parfois les terres, et laissent apparaître des débris de tout genre où brillent parfois des fragments de poterie ancienne. Aucune fouille méthodique ni profonde ne fut jamais

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faite sur cet emplacement de l’ancienne Fostat, et il n’est pas un curieux qui ne le déplore. Il ne semble pas douteux que celui qui la tenteraitn’en recueille un bénéfice certain.

Quand Amrou entoura la ville nouvelle de remparts et y construisit sa mosquée, il eut l'adresse de n’en pas exclure les Coptes, descendants des premiers chrétiens d'Égypte. Il leur avait octroyé le libre exercice de leur culte. C'est aïnsi que plus tard des églises et des couvents s'étaient construits à côté de la primitive mosquée, et se sont groupés en une enceinte fermée qui s’est appelée « le Kasr ech Cham'’ah » le fort de la Chandelle, et qui est demeuré le fief de la communauté Copte. C’est un véritable labyrinthe de ruelles enchevêtrées dans lequel on pénètre par une porte basse ouverte après coup dans l’ancienne enceinte.

Les vieilles églises coptes qu'on y vient visiter sont très difficiles à trouver, car leur architecture est nulle à l'extérieur, et ne les distingue pas des constructions qui les entourent. À l’intérieur la disposition est celle de la basilique byzantine, avec un zarthex où vestibule, une nef et deux bas côtés, divisés par des colonnes (généralement antiques) supportant des arcs. Au fond se trouve le heikal ou sanctuaire fermé et séparé de la nef par une cloison à claire-voie ou à panneaux pleins d’incrustation d'ébène et d'ivoire. Que la cloison soit de l’un ou de l’autre genre, le tournage de ses moucharabiehs ou la disposition polygonale de ses motifs ornementaux rappelle absolument le style arabe décoratif des mosquées. La fusion des deux éléments byzantin et arabe, rend ces édifices extrêmement intéressants.

La principale de ces églises, Saint-Serge, offre de remarquables spécimens de boiseries du XIV° siècle faites d’une combinaison de motifs polygonaux, d'étoiles et de croix, incrustés d'ivoire. L'art purement arabe n'offre pas beaucoup de travaux du même genre qui leur soient supérieurs.

La crypte basse, bien conservée, et qui remonterait au VI° siècle, aurait offert, d'après la légende un refuge à la Sainte Famille lors de la fuite en Égypte.

Une seconde église, Santa-Barbara, de mêmes dispositions architecturales, mais très remaniée, possède également une clôture de boiseries dont quelques panneaux formés de figures d'animaux mêlés à des arabesques, sont du plus grand intérêt et du plus surprenant caractère.

Un petit bras du Nil sépare le vieux Caire de l’île de Rôda. Une

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