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Scène funéraire, (Sculpture méplate. Art Memphite). Musée du Caire

chaux dont les murs étaient enduits. Ici ce sont des oïes qui s’avancent en file (au premier étage) : les peintres animaliers de l'Égypte ont été merveilleux, et souvent ne le cèdent en rien aux Japonais. I1 serait difficile de rendre avec plus d'esprit le caractère même de la bête, sa marche alourdie, la tension niaise de son long cou, et le port majestueux, prétentieux et sot de sa tête. L’exécution est très simplifiée, comme il convient dans toute peinture décorative, et la couleur en est charmante de finesse et d'atténuation.

Les statues ne présentent pas cette variété de gestes et d’attitudes qu’on rencontre dans toutes ces décorations des murailles. Les Égyptiens ne pouvaient admettre l'abolition totale de la forme même du vivant.

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D'ailleurs avec leur croyance à une nouvelle vie dans un autre monde, il fallait au double, un corps. Son corps, on essayait bien d’en prolonger l'existence par l’'embaumement, mais c'était une image défigurée, et dont la matière même était de destruction possible et facile. Des corps de pierre ou de bois, reproduisant avec le plus d’exactitude possibleles traits du défunt, seraient d’une durée plus certaine. Et en les multipliant dans son tombeau, les chances de durée augmentaient d'autant plus. C’est ce

Joute sur le fleuve. (Sculpture méplate. Art Memphite.) Musée du Caire.

qui explique le nombre étonnant de statues qu’on rencontre parfois dans une même tombe, non seulement du mort, mais aussi de ses parents ou de ses serviteurs. D'où le caractère précis, réaliste et idéaliste à la fois de ces statues : réaliste, car il fallait que la statue reproduisit avec la plus grande vérité les traits et les proportions mêmes du corps du défunt; idéaliste en ce sens que le corps était toujours représenté à l’état idéal de son développement, à moins cependant que l'artiste n'ait à rappeler des particularités de nature tout à fait spéciales, comme par exemple une infirmité. Aussi ces statues sont-elles toujours des portraits, documents uniques sur une humanité depuis si longtemps disparue, et dont les poses nous renseignent sur la classe sociale à laquelle appartenait le

personnage. Mais ces poses se réduisent à un très petit nombre, soit que le personnage soit debout et marchant la jambe en avant, soit debout et immobile les deux pieds réunis, soit assis sur un siège ou sur un cube de pierre, soit accroupi le buste droit et les jambes à plat sur le sol: les bras sont rarement séparés du corps.

Parmi les sculptures, il faut mettre hors de pair deux statues du musée qui ont été découvertes dans un des grands mastabas voisins de la Pyramide de Meïdoum. L'une représente le prince Rahotpou l’autre son épouse, sa cousine royale Nofrit, tous deux assis, les coudes au corps, les mains à plat sur les genoux. L'homme, solide et robuste, est d'aspect un peu vulgaire: la femme est vêtue d’une robe ouverte en pointe sur la poitrine, d'une étoffe légère et molle sous laquelle les cuisses et les seins se modèlent avec une souplesse exquise et une grâce chaste,

Peinture de tombeau. Époque Memphite. Musée du Caire.

La figure fine et peu grasse, encadrée de lourdes tresses retenues par un riche bandeau, est légèrement impérieuse. Ces deux statues en calcaire peint, rouge, brun et jaune bistre, sont deux œuvres très remarquables, et bien qu’elles aient été trouvées près d'une pyramide attribuée à Snofrou, roi de la ITITI° Dynastie,

Le scribe agenouillé est un type parfait d’une des classes hiérarchisées de la société égyptienne, celle de la petite bourgeoisie en fonctions ; il vient de remettre à son maître, grand propriétaire ou gouverneur le rouleau de papyrus ou la tablette d'ivoire sur lesquels sont consignés ses comptes. Respectueusement agenouillé, dans une attitude de déférence et d’humilité, il attend que le maître approuve ou critique. Peut-être redoute-t-il plutôt cette dernière forme d'appréciation, car son dos se bombe, comme à l'approche prévue d’une tournée de coups de bâton ; sa bouche sourit, il est vrai, mais avec une sorte de contrainte ; son attitude est celle d’un bon chien qui a l'habitude d’être rudoyé. — Comme celle de son illustre pendant, le scribe accroupi du Louvre, cette statue est en calcaire, et dut recevoir comme elle des rehauts de couleurs, que le temps a altérés. Les yeux dont l'orbite était préalablement évidé, recevait un

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noyau de quartz, hyalin, incrusté au revers d’un disque noir figurant la prunelle, qui leur donnait une vivacité d'expression extraordinaire, et l'éclair d’un regard vivant. Mais de la statue du Louvre se dégage une

intelligence autrement éveillée, et une intensité d'attention qu'aucune autre

œuvre d'art n'a sans doute dépassée.

Prince Rahotpou et princesse Nofrit. Statue en pierre calcaire. Musée du Caire.

Un homme assis à terre, plongeant la main dans une jarre maintenue entre ses jambes, et l’enduisant de poix avant d'y mettre le vin — un homme et une femme broyant la pâte, et préparant le pain du mort, le boulanger penché légèrement sur son pétrin, et fléchissant un peu sur les genoux — le nain Knoumhotpou, chef de la lingerie mortuaire du Pharaon, la tête grosse et aplatie, le buste formé et développé et porté sur

ÉES MUSÉES DUSCAIRE

Statue de pierre. Musée du Caire.

du Sheikh-el-Beled, en vérité celle d'un surintendant des travaux, sorte de chef de corvée qui put concourir à la construction d’une des grandes pyramides. Il se nommait Ramké, et quand les fellahs au cours des fouilles le virent apparaître, il ressemblait tellement au maire de leur village, qu'ils lui donnèrent le nom

de Sheik-el-Beled, que l’archéo-

logie depuis a respecté. Personnage important, d’attitude pleine de gravité, debout et bien d’aplomb, un bâton d’acacia à la main, le torse nu et dans la plénitude de la force, la taille entourée du pagne, toute la

deux courtes jambes hors de proportions avec le corps, les hanches effacées, mais le ventre proéminent, avec toutes les indications spirituelles et caractéristiques de sa difformité — sont des œuvres tout à fait remarquables de cette qui plièrent dans cette immense nécro-

école de statuaires multi-

pole de Saqqarah, les images plastiquement vraies de l’humanité qui se mouvait devant leurs yeux.

Mais nulle n’est plus justement

célèbre que la statue de bois, dite

Le Sheikh El-Beled. Statue de bois de l'Ancien Empire. Musée du Caire.

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figure indique la fermeté et l’autorité. La tête forte et énergique, la boîte cranienne étant modelée avec cette sûreté par où les artistes de cette Égypte ont été inégalables et cela à toutes les époques, même sous les Saïtes, est éclairée par deux yeux dont l'iris et la prunelle sont faits de quartz rapporté, enchâssé de bronze pour simuler la prunelle. Quand cette statue était recouverte de stuc fin pour indiquer la peau avec toute sa délicatesse, elle devait former un fac-simile d’une ressemblance inouïe. C’est un des grands mystères de l’art, qu'après tant de siècles révolus, une effigie humaine affirme ainsi de façon absolue la vérité de son expression, par la petite secousse et l'émotion que nous ressentons à sa vue.

Dans le même tombeau on découvrit une statue de femme en bois, malheureusement très mutilée (il n'en restait que le torse et la tête) et qu’on supposa l'épouse de Ramké. Cette figure est d’un travail admirable, d’un modelé fin et délicat, et dans un bois beaucoup plus serré et dur que celui de la statue de l’homme. De type distingué, elle semblerait de race

plus affinée que lui. Un sourire

Buste de femme, bois. Époque Memphite. énigmatique et capricieux semble Musée du Caire. errer sur ses lèvres, et éclaire cette figure d’un charme inoubliable.

Ranofir appartenait à une grande famille féodale de l’époque ; il est

debout, les bras collés au corps, la jambe gauche en avant, le regard

droit, sur la tête une large perruque, vêtu uniquement d’un pagne

enroulé sur ses hanches. Les muscles de la poitrine et de l'épaule, la

rotule, sont indiqués avec une vérité anatomique surprenante, les jambes sont d’une forme élégante : toute l'allure hautaine et hardie.

Dans les panneaux de bois {1* étage) provenant du tombeau d'Hosi à

Saqqarah se révèle une sûreté de main extraordinaire. Le scribe Hosi y

est représenté assis ou debout, en un relief légèrement accusé, et modelé avec autant de fermeté que de délicatesse, Nous avons retrouvé d’ailleurs dans les innombrables scènes de la vie sculptées et peintes aux murailles des mastabas de la Nécropole cette même grâce souple, aisée et forte que

Panneau de bois. Sculpture en bas-relief. Époque Memphite. Musée du Caire.

dans ces panneaux d'Hosi. Mariette les attribuait avec raison à la III Dynastie.

I1 faut passer assez vite de la VI° à la VIT Dynastie, période de laquelle nous est parvenu un moins grand nombre de monuments, pour arriver au Moyen Empire et à la période des Hycksos (2200 à 1600 ans avant J.-C.). Des statues aux traits étranges (n'ayant rien d’égyptien), des visages aux pommettes saillantes et aux rides plissées autour de la

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bouche, des perruques et des barbes tout à fait en dehors des modes égyptiennes, avaient été jadis attribuécs aux Hycksos. On y a reconnu aujourd'hui, avec plus de vraisemblance, des rois des derniers temps de la XIT° Dynastie. Les Hycksos ou Pasteurs dont les hordes étaient descendues des plateaux de l’Asie occidentale, occupèrent pendant plusieurs siècles l'Égypte. Les fouilles opérées en 1860 par Mariette dans ies ruines de Tanis, ancienne capitale des Rois Pasteurs dans le Delta, révélèrent le soin qu'ils avaient pris de ne pas détruire les monuments égyptiens des époques précédentes; les temples avaient été dépouillés de leurs richesses mais non pas détruits, et beaucoup de sculptures des XIT° et XIII° Dynasties nous ont été conservées qui portent encore les cartouches de leurs rois, les Iycksos s'étant contentés d’y ajouter les leurs.

D'ailleurs il est un fait remarquable, c'est la facilité avec laquelle les peuples conquérants de l'Égypte, devant la douceur de ses mœurs, sa docilité et son peu de résistance, se sont très rapidement pliés à ses coutumes, se sont égyptianisés. « La loi principale de l'histoire d'Égypte, disait Gabriel Charmes, paraît être une action constante du dehors sur ses éléments intérieurs, et une réaction non moins constante de ses éléments intérieurs sur tout ce qui venait de ce dehors. » Les Hycksos, de même que plus tard les Éthiopiens n'ont pas échappé à cette loi. Ils ont élevé à leurs Dieux des temples tout à fait égyptiens et précédés des habituelles avenues de sphinx.

Ce sont ceux qui précédaient le sanctuaire du grand temple de Tanis que Mariette a retrouvés et qui sont au Musée. Le corps en est un peu plus court et ramassé que dans les sphinx ordinaires, et les têtes ont un caractère différent qui dénote de suite les mélanges d’un type et d'un goût étrangers au sol de l'Égypte. Petits yeux, nez écrasé, pommettes saïllantes, lèvre inférieure légèrement avançante, la tête au lieu d'être recouverte du linge flottant, est encadrée d’une épaisse crinière.

La partie supérieure d’une statue colossale de granit gris, représentant debout un Roï Pasteur, ne peut amener de doute sur son origine, tellement le caractère de la tête est semblable à celui des sphinx de Tanis. Ce colosse trouvé à sa place primitive dans le Fayoum, nous prouve que les Hycksos occupèrent aussi le territoire de Memphis.

Cette école de Tanis continua d’exister même après l'expulsion des Pasteurs, car une de ses œuvres les plus intéressantes, un groupe qui représente les Deux Nils, celui du Nord et celui du Sud, offrant des poissons à une divinité a été consacré par Psousennès de la XXI° Dy-

nastie. Ce sont deux personnages de grandeur nature, placés côte à côte devant des tables d’offrande chargées de poissons, de volatiles et de fleurs de lotus. Leurtype est bien particulier, tout différent de celui des fellahs,

Offrandes aux Divinités des Eaux. Époque des Hycksos. Musée du Caire.

ils sont grands, le dos un peu voûté, les jambes très robustes; la tête accuse un caractère sémitique prononcé.

La XVII® Dynastie (1600 ans avant Jésus-Christ) amène une seconde Renaissance, appelée le Nouvel Empire, et inaugure l’ère la plus glorieuse peut-être de l’histoire de l'Égypte antique, quand le Pharaon Ahmès ou Amosis en eût chassé les Hycksos. L'Égypte se relève alors

plus puissante que jamais. De la Méditerranée à Djebel-Barkal en Éthiopie, les deux rives du Nil se couvrent de temples; et la plupart sont encore debout.

Ce musée est extraordinairement riche en monuments de cette période. Il me suffira d'en citer quelques-uns : le buste de Thoutmosis III, la stèle triomphale de Karnak, en haut de laquelle le roi oftre un sacrifice à Ammon-Ré, derrière lui se tient la Déesse protectrice de Thèbes ; les statues divines d'Aménophis II, et celle où il est représenté sous les traits d’un vieillard ; le beau bas-relief d'Aménophis IIT devant Phtah, et la fameuse stèle à son nom mentionnant ses constructions, que plus tard Merneptah usurpa à Thèbes pour y célébrer ses victoires sur les Lybiens. Cette découverte de Flinders Pétrie révèle la plus ancienne mention d'Israel dans une inscription égyptienne où l’hymne se termine par ces mots :

« Israël est ruiné et ses descendants sont exterminés ». Les belles colonnes du tombeau du prince plus tard roi Haremheb, et la superbe tête de granit noir de si belle expression qui lui est attribuée. La figure d'Haremheb et celle d’une femme de sa famille sont d’absolus chefsd'œuvre. Le roi a le visage long, le nez droit, les yeux très fendus, et d'expression sérieuse et méditative, les lèvres épaisses et charnues. Le granit noir est taillé avec une légèreté de main surprenante. La

Statue du Dieu Konsou. Prêtre reine, de physionomie vive et piquante, agenouillé. Musée du Caire. avec de grands yeux à fleur de tête est

modelée dans un bloc de calcaire compact, de teinte très douce. La belle tête de la déesse Mout de Karnak. Les statues de Phtah d'un temple de Ramsès II à Memphis, et enfin la fameuse Table Royale de Saqqarah où le scribe Tounri rend hommage à

LE àt

LES: MUSPES DU CAIRÉ 128

58 rois égyptiens, qu’il énumère en huit séries, dont le premier est Merbapen (1° Dynastie) et le dernier Ramsès II.

Les Pharaons dela X VIII° Dynastiecomme ceux de la XIX°laissèrent de leurs règnes des statues colossales ; la plaine de Thèbes enétait couverte, Louqsor, le Ramesseum, Tanis et même Ipsamboul en renfermaient de taille formidable. La décadence de l’art du Nouvel Empire ne commença vraiment qu'après Menephtah, quand les guerres civiles et les invasions étrangères mirent l'Égypte au bord de l’abime. La sculpture sur bois prolongea pendant quelque temps la gloire de l’école Thébaine : le musée du Caire et les musées d'Éurope, particulièrement celui de Turin, possèdent une quantité de ces statuettes dont quelques-unes sont des œuvres remarquables.

Le musée du Caire possède un nombre considérable de sarcophages du Nouvel Empire. Aux temps de l’Empire Memphite et du Premier Empire Thébain, on ne rencontre guère que des grandes caisses rectangulaires en bois de sycomore, à couvercles et à fonds plats. Plus tard, sous le Nouvel Empire, on se préoccupa de donner au cercueil l'aspect général du corps humain. Il est indiqué sommairement, vaguement modelé : la tête seule se dégage entièrement, avec une tendance à reproduire fidèlement les traits du défunt. Les cercueils de rois de la XVIII° Dynastie se signalent par leur perfection et leur soigneuse exécution. La XIX° Dynastie ne se contenta pas de ces cercueils habilement sculptés et peints. Le mort en eut désormais deux, trois ou même quatre, emboités les uns dans les autres ; la caisse intérieure était parfois d’un luxe extravagant, où tous les détails du costume et de la parure sont indiqués précieusement, le tout englué d’un vernis jaune éclatant.

Il convient de s'arrêter un peu à ces sarcophages des Rois de la XVITI* Dynastie dont la surprenante et inespérée découverte de M. Maspero à Deïr-el-Bahari, enrichit naguère d’un seul coup le musée de Boulaq.

Au mois d'avril 1881, M. Maspero était à Thèbes quand on l’avisa qu'un fouilleur arabe émérite se trouvait dans la région. Depuis plusieurs années en effet, des objets de même origine et portant souvent les mêmes noms de rois avaient été présentés aux musées d'Europe et laissaient supposer qu'une cachette avait été découverte dans la région thébaine, qu'on exploitait méthodiquement et dans le plus grand secret. Un mandat d'arrêt fut lancé par le chef de police de Louqsor contre cet Arabe, Abder-Rassoul. L’inculpé nia, et ne faiblit pas dans ses dénégations, les

notables de sa localité témoignèrent de sa parfaite honorabilité ; faute de preuves on dutle relâcher. Quelques mois ne s'étaient pas écoulés que la discorde survenue dans sa famille, peut-être pour le partage des bénéfices provenant de déprédations en commun, amenait la délation du frère aîné auprès du Moudyr de Keneh ; la direction centrale des fouilles, aussitôt prévenue, déléguait, en l’absence de M. Maspero, M. Emile Brugsch, et le 6 juillet, la cachette providentielle, sur les indications du délateur, était découverte au fond d’un cirque solitaire, derrière la montagne de Scheikabd-el-Gournah. L’orifice était dissimulé par un rocher et caché dans une anfractuosité remplie d’éclats de pierre. Une galerie coudée de 74 mètres; 'Coùpee d'une déscente de 8 marches menait à une chambre mortuaire.

C'est dans ce couloir et cette chambre que gisaient pêle-mêle des momies et des objets dont les cartouches royaux ne permettaient pas l’ombre d’un doute. Après quarantehuit heures d’un travail sans répit, le caveau était vide et 36 momies

étaient étendues sur le sable, au milieu de ce cirque que dominent

Statue assise du Nouvel Empire.

Musée du Caire, les hautes murailles de la chaîne

Lybique. La nuit vint, et ce fut un spectacle saisissant que la lune offrit en éclairant ces grands spectres rigides. Et ce fut un souvenir inoubliable que cette descente du fleuve sacré par tous ces rois et toutes ces reines auxquels les populations des deux rives accouraient rendre un dernier hommage ; les hommes faisaient fantasia, et les femmes poussaient leurs hululements aigus des jours de fete:

Quand le convoi parvint à Boulaq, on déposa toutes les momies dans le jardin du musée, et l'on put alors les soumettre à un examen plus complet. C'était bien en -effet les restes des familles royales qui s'échelonnent entre les XVIII° et XI° siècles avant notre ère. Les uns avaient mis fin à la domination étrangère des Hycksos, d’autres avaient conquis la Terre Promise et tenu les Hébreux en captivité; certains avaient connu Moïse jeune homme, tous avaient attaché leurs noms à quelques-uns des

monuments les plus surprenants que le monde ait connus ; Abydos, Karnak, Louqsor, Gournah, Ramesseum, Medinet Abou, Ipsamboul.

La momie la plus ancienne est celle du prince Sognounrt, prince de la X VII Dynastie, quilutta contre les derniers Hycksos; puis celle d'Aménophis I‘ dont le règne fut glorieux et qui par d'heureuses campagnes recula les frontières méridionales de son Empire jusqu’à la quatrième cataracte. Le corps dans ses bandelettes disparaissait littéralement sous des chaïnes de fleurs conservées à ce point qu'on aurait pules croire séchées de quelques semaines, si bien que le célèbre naturaliste Schweinfurth pût les étudier et les classer en espèces, qui presque toutes existent encore aujourd'hui dans la flore de l'Égypte. Un herbier de trois mille ans, voilà qui nest pas ordinaire. Le cercueil de Thoutmès I‘ était vide, et avait été usurpé par le roi Pinotmou II quatre cents ans plus tard. La momie était dans un état surprenant de conservation, vieillard tout petit aux traits fins et rusés, tête rasée. À côté des corps de Thoutmès II et de Thoutmès IIT se trouvait le cercueil de leur sœur, la reine Hatasoo, dont le temple funéraire est à Deïr el-Bahari. On n’a pas retrouvé son corps. La momie de Thoutmès III était fort endommagée, à demi démaillotée et brisée en trois morceaux. Les mains seules étaient intactes, petites et fines, elles étaient longues et les ongles étaient remarquablement faits.

Mais après les rois glorieux de la XVIII* Dynastie, apparaissent ceux de la XIX°et tout d’abordle fameux Séti I”. De celui-ci l’artnous a laissé des images admirables, soit dans les temples d'Abydos et de Gournah qu'il édifia à sa gloire, soit dans son tombeau de la Vallée des Roïs. Bien que la figure royale y soit toujours d’un hiératisme traditionnel, on peut y suivre la volonté d'artistes qui ont cherché à fixer les traits du pharaon. Il est donc d’un haut intérêt de comparer ici le visage que les embaumeurs ont à jamais figé, avec les représentations des monuments et particulièrement celles du temple d'Abydos, qu'il éleva à sa gloire.

Puis aussi le cercueil du fils de Séti, Ramsès IT, celui que les légendes grecques avaient dénommé Sésostris, Celui-là avait été un des plus grands souverains de l'Égypte ; son règne avait été d'une durée exceptionnelle, soixante-sept années, sur lesquelles on a pu compter quarante-six années de paix.

En dehors des sarcophages royaux, se trouvaient un grand nombre d’autres, de princes, de fonctionnaires royaux et de riches particuliers. Puis ceux de rois de dynasties beaucoup moins anciennes et dont les momies furent trouvées dans les cercueils anciens qu'ils avaient usurpés.

Il a bien fallu chercher à expliquer commentles rois des XVIIT° et X[X°

Dynasties avaient été trouvés avec des souverains beaucoup moins anciens et des princes de moins haute lignée, enterrés tous ensemble, ce

Tête de la momie de Séti I°'. XVIIIe Dynastie, environ dix-huit siècles avant l’ère chrétienne.

qui était contraire à tous les usages funéraires des anciens Égyptiens et dans un état de confusion tout à fait troublant. Certains papyrus conservés dans nos musées d'Europe sont venus jeter quelque lumière sur cette énigme. On sait par eux qu'après Ramsès III, l’Empire Thébaïin diminué

par les vicissitudes des guerres de ses provinces les plus riches, livré aux désordres intérieurs, avait senti fléchir sa fortune. La misère était devenue presque générale et des bandes de pillards s'étaient mis à dépouiller les nécropoles royales pour s'emparer des bijoux d’or et des pierres précieuses. On comprend sans peine que devant ces brigandages les prêtres aient voulu à tout prix empêcher que les corps des rois fussent

Trésor d'argenterie. Ancien Empire. Musée du Caire.

profanés et n'aient cherché un endroit tout à fait secret pour les mettre à L’abri de toute déprédation.

C'est aussi de cette belle civilisation Thébaine que date le luxe des merveilleux bijoux dont chaque grand musée d'Europe possède de beaux spécimens, mais aucun ne pouvant sans doute présenter un ensemble comparable à celui du musée du Caire. C'était non seulement une des grandes parures des anciens Egyptiens, mais ils en couvraient encore leurs morts dans les tombeaux, soit des bijoux qu'ils avaient portés de leur vivant, soit d’autres fabriqués spécialement pour leurs sépultures.

Ce sont en tout premier lieu les quatre bracelets du roi Ler {I Dynastie) découverts dans son tombeau d’Abydos par M. Flinders Petrie, et qui seraient les plus anciens bijoux du monde, si les nouvelles fouilles de M. de Morgan à Suse n avaient révélé depuis les précieux bijoux d’or de la civilisation de l'Elam.

Bijoux. Nouvel Empire. Musée du Caire.

Ce sont les bijoux d’or trouvés par M. de Morgan en 1894, près des Pyramides du nord et du sud à Dahchour, témoignages merveilleux de l’orfèvrerie égyptienne vers l'an 2.000 avant J.-C. : le beau pectoral d'or en forme de temple, rehaussé de cornalines, de turquoises et de lapislazuli, de la princesse Sat Hathor (XII° Dynastie); celui de la princesse Merit, formé dun vautour les ailes éployées, au-dessus du cartouche du roi Ousertesen III, les étuis à fard, les fermoirs de bracelets, les diadèmes, les lames de poignards.

Ce sont aussi les splendides objets de parure qui furent trouvés en 1893 dans les tombes de Dahchour, entre autres de deux princesses de la XII° Dynastie, Aïti et Khnoumit, les deux extraordinaires couronnes

en or incrustées de pierreries, imitant des couronnes de fleurs ; les agra-

fes etemblèmes hiéroglyphiques formant les pièces d’un collier à tête d’épervier, et le célèbre poignard de bronze avec poignée d’or incrusté, et pommeau en lapis.

C'est cette extraordinaire émeraude brute enfermée dans une résille d’or qui décore le pectoral trouvé sur la momie de Ramsès III en 1886, ou ces charmants bracelets trouvés en 1886 par M. Maspero sur la momie du prèêtre-roi Pinotmou I* (XXI° Dynastie) et les beaux poignards à fourreaux d'or, le bracelet et le pectoral au nom d'Ahmôsis, par lequel il est représenté entré Amon et Rà, ingénieuse combinaison de l'or avec les pierres précieuses et les émaux.

Les plus beaux bijoux du musée sont peut être ceux qui turent trouvés sur la momie de la reine Ahhotpou ; elle était la femme de Kamos, roi de la XVII* Dynastie et mère d’A-

Poiznard trouvé à côté de la momie de la reine Ahhotpou, XVIIe Dynastie. Musée du Caire.

mosis premier vainqueur des Hycksos. Détail inusité, son cercueil fut trouvé, couché à même le sable, par Mariette en 1860 à Drah-a-bou”l- Neggah. Comment admettre qu’un: momie royale ait put être enterrée de la sorte, sans tombeau préparé d'avance? on peut supposer qu’elle fut volée par une de ces bandes de voleurs de tombes dont un papyrus du British Museum nous raconte les exploits, vers la fin de la XX° Dynastie. Surpris avant d’avoir pu la dépouiller, ils la cachèrent ; mais

pris et mis à mort, ils ne revinrent jamais à leur cachette, que Mariette découvrit de nos jours. Le cercueil entièrement doré était lui-même admirable. La face avait dû être exécutée d’après les traits mêmes de la reine; le profil très pur, des yeux très fendus, pleins de langueur; un nez ferme, très fin et un peu arqué, révélaient une personne d’une singulière beauté, et qui avait exercé un prestige.

La momie de la reine Ahhotpou portait un véritable trésor de bijoux inestimables comme travail d'art et matières précieuses ; la plus riche et la plus intéressante pièce était peut-être une hachette à tranchant d’or d’un goût exquis. Le manche de cèdre est recouvert d’une feuille d'or repercée d’hiéroglyphes à jour, ce qui produit des figures sombres sur un fond brillant.

La légende du roi Amosis I® y est tracée en incrustations de lapis-lazuli, de cornaline, de turquoise et de feldspath vert.

Le taillant est de bronze : l’une des faces est recouverte d’une feuille d’or sur laquelle se dessinent des bouquets de lotus en pierres dures ; l’autre face en-

duite d’une pâte bleue très

Hachette en bronze doré trouvée à côté de la momie de la reine Ahhotpou. XVII Dynastie.

Musée du Caire. or d'Amosis terrassant un bar-

durcie est ornée de la figure en

bare qu'il tient par les cheveux.

Au-dessous du roi est représenté le dieu de la guerre, Montou, sous la

forme d’un griffon à tête d’aigle. — Cet admirable objet, ne peut être

considéré comme une arme de combat, mais comme une arme d’apparat, un insigne de commandement.

Tout aussi remarquable est un poignard enfermé jadis dans une gaine

d’or. Le manche est de bois décoré de triangles en cornaline, en lapis-

lazuli, en feldspath et en or formant damier. Il est orné à sa base d’une tête d’'Apis renversée, dont les cornes viennent embrasser et contenir le talon de la lame; le pommeau est formé de quatre têtes de femmes adossées, en or repoussé. Le tranchant est en bronze noir, serti d’or massif et damasquiné. Sur la face supérieure un lion poursuit un taureau devant lequel marchent tranquillement deux grosses sauterelles. La face inférieure porte le nom d’Amosis, et quinze fleurs épanouïies qui sortent l’une de l’autre et vont se perdant vers la pointe. On ne saurait rien imaginer de plus élégant que cette arme.

Les cheveux de la momie étaient retenus par une sorte de diadème d’or massif à peine aussi large qu’un bracelet ; le cartouche d’Amosis incrusté en pâte bleue vitrifiée sur une plaque oblongue était flanqué de deux petits sphinx en or.

Une grosse chaîne d’or flexible était enroulée autour du cou, terminée par deux têtes d’oies recourbées, avec un scarabée comme pendeloque.

Un large collier couvrait la poitrine ; un des chapitres du Livre des Morts le désigne du nom de ouoskh, avec ses rangées concentriques de figurines de toutes sortes, cordes enroulées, fleurs à quatre pétales en croix, antilopes poursuivies par des lions, chacals accroupis, éperviers, vautours et urœus ailés. Il s’agrafait au moyen de deux têtes d’éperviers.

Au-dessous du collier s’attachait le pectoral, en forme de naos, offrant le profil d'un temple Égyptien. C’est un tableau complet où l’on voit Amosis debout sur une barque sacrée, aspergé par Ammon et Râà de l’eau de purification ; la silhouette des figures est dessinée par des cloisons d’or ; le corps est composé de petites plaques de pierre et d'émail dont beaucoup ont disparu. — Ce bijou un peu lourd devait produire un grand effet dans l’ensemble du costume royal, quand sa large surface riche et brillante de tons étincelait sur la poitrine nue entre le bord supérieur du corselet de lin brodé de couleurs éclatantes, et les épaulières couvertes de pierres fines.

Nous ne décrirons pas longuement tous les bijoux qu'on retrouva auprès de la momie, les pendeloques, les bracelets ; les uns destinés à être portés à la cheville ou dans le haut du bras, les autres au poignet. L'un de ces bracelets dont le procédé de fabrication était l’émail cloisonné, était décoré d’une figure d’Amosis à genoux entre le dieu Sibou et ses acolytes. — Un autre bracelet, du plus saisissant caractère, était en or massif, et formé de deux bandeaux parallèles ornés de turquoises. Sur

le devant un vautour déploie ses ailes dont les plumes sont formées de pâtes de verre vert, de lapis-lazuli et de cornaline, enchâssées dans des cloisons d’or.

Il y avait encore le miroir à main de métal poli, le manche d’éventail en bois lamé d’or, une chaîne d’or longue et flexible à laquelle étaient suspendues trois manches d’or massif, et enfin deux modèles de barques d'or et d'argent.

L'une contenait quinze figurines de rameurs, l’autre douze, et cette dernière était portée sur quatre roues de bronze. On suppose à bon droit que ces singuliers monuments symbolisaient le voyage mystérieux que l’âme du défunt devait entreprendre dans les régions célestes.

De tous les symboles hiéroglyphiques que les Égyptiens aimaient à enfermer dans les tombeaux de leurs morts, les colonnettes de feldspath vert (résurrection), les sceaux de lapis (promesses d’éternité), les cartouches royaux, les disques

de pâte vitrifiée rouge (soleil Epervier en bronze incrusté de matières précieuses. levant, résurrection), les angles à Nouvel Empire. Musée du Caire. et les triangles (mystère et ado-

ration), les chevets et supports de tête (quiétude éternelle), les tats ou nilomètres (stabilité), l’outa ou œil mystique (sécurité du suprême voyage), les croix ansées (emblèêmes de la vie éternelle), je ne retiendrai parmi les innombrables scarabées, symboles de la régénération céleste, que le grand et magnifique scarabée d’or massif, aux élytres bleues rayées d'or, aux pattes si délicatement ciselées qu'on les croirait moulées sur nature, que la reine portait suspendu au cou par une longue chaîne d’or.

Sous la XXI° Dynastie (1100 ans avant J.-C.), le triomphant éclat de la civilisation thébaine commençait déjà à s’obscurcir : les vieux ennemis constamment refoulés par les Touthmès et les Ramsès avançaient peu à peu, gagnaient du terrain et s’y maintenaient : les Lybiens avançaient par le nord, les Éthiopiens par le sud, et la « vile race de Kousch » ainsi que disaient les inscriptions, occupait en maîtresse les palais de Thèbes dont les murailles racontaient si copieusement les victoires des Égyptiens sur elle. Une s/èle trouvée en 1862 au mont Barkal en Éthiopie par des officiers égyptiens de passage, et envoyée l’année suivante au musée de Boulaq, nous reporte aux temps de la XXIII° Dynastie, environ 740 ans avant l'Ére, et nous donne des renseignements très précieux sur l'état de misère et de division où était l'Égypte d'alors. Cent soixante-dixhuit lignes. de texte officiel, accompagnées de scènes représentatives, nous apprennent comment le roi Éthiopien Piannki fit la conquête entière de l'Égypte, sans coup férir. Ce royaume Éthiopien n'était d’ailleurs qu'un très vieux rameau de l’Empire des Dynasties Pharaoniques de la XXII° Dynastie, alors que les rois-prêtres d'Ammon-Rà, exilés en Nubie par eux, s’y étaient taillés un royaume indépendant dont la capitale était Napata.

La royauté nationale, bien déchue, végéta longtemps dans les plaines basses du Delta, jusqu'à ce qu’un de ses rois, Psammetik 1° de la XX VI° Dynastie (665-535) ouvrant l'Égypte aux Grecs, ait par son génie et son activité déterminé une troisième Renaissance dans sa capitale Saïs.

L'art reçut alors une impulsion nouvelle : la gravure des hiéroglyphes devient admirable de finesse. Les statues, sans avoir la grandeur et la hardiesse des belles œuvres de l'Ancien et du Nouvel Empire, prennent une élégance extrême : les proportions du corps s’allongent, il semble qu’une grâce du génie grec à peine naissant, s'y fait sentir mystérieusement : l'exécution en est poussée aussi loin que possible, l'artiste sait assouplir la pierre de façon extraordinaire. Après le calcaire de l’École Memphite, le granit de l’École Thébaine, les Saïtes s’attaquèrent surtout au basalte et à la serpentine, matières à grain fin, à noyau compact et dur, autant de difficultés dont ils se faisaient un jeu de triompher.

Déjà sous le règne du dernier héritier des rois Éthiopiens, une statue de la princesse royale Ameniritis, nous révélait une renaissance de la sculpture très manifeste. Les formes longues et sveltes à peine voilées d'un pagne collant, ont une grâce chaste. La tête porte la grande perruque des déesses, surmontée d’une couronne qui dut être autrefois ornée de deux plumes d’or.

Mais d’un art plus robuste assurément, est cette Touéris qui avait Île privilège de protéger les femmes enceintes et de présider aux accouchements. Elle revêt les gracieuses apparences d'un hippopotame au ventre proéminent et aux mamelles de femme. Taillée dans un bloc de serpentine verte, polie, tout à fait semblable au bronze, elle fut découverte à Thèbes, au milieu de la ville antique par des fellahs en quête d'engrais pour leurs terres.

Les quatre monuments provenant du tombeau de Psammétik peuvent être considérés comme de remarquables spécimens des travaux exécutés sous ce règne glorieux. Ce sont quatre pièces en basalte verte, une table d’offrandes, une statue d’O-

siris, une de Nephtys, et une vache d'Hathor sous le museau de laquelle le mort est adossé.

La statue de Pedishashi assis à terre, les jambes droites et serrées, les bras croisés sur les genoux, offre

en ses traits fins une char-

mante impression de grâce et

Statue en serpentine de la déesse Touéris.

Nouvel Empire. Musée du Caire. de douceur.

Mais=eotr: d'art. sdite à triomphé, c’est surtout dans ces statues dont les têtes sont de véridiques portraits, d’une sincérité sans atténuation, et où tous les caractères physionomiques sont indiqués avec une énergie surprenante. Les plus menus détails sont observés, et ce qui est merveilleux le travail n’en

conserve pas moins un caractère unique de simplicité et de grandeur simple. Le musée du Caire en possède quelques remarquables exemplaires qui cependant ne sauraient faire oublier les têtes du musée du Louvre.

Sculptures méplates sur la pierre calcaire du tombeau de Psammetik I". Musée du Caire.

La conquête macédonienne et le contact prolongé des Grecs allaient entraîner l’art égyptien vers de nouvelles destinées. Longtemps encore l'Égypte posséda ile pouvoir d'absorption, cette faculté d’annihiler les influences extérieures avec cette résistance passive qui avait fait sa force. Les successeurs d'Alexandre, les premiers Ptolémées dont d’in-

Plaques d'ivoire xt siècle.

nombrables statues couvraient le sol de l'Égypte, nous apparaissent habillées en Pharaon, et rien ne les distinguent des effigies royales qui leur sont antérieures de plusieurs siècles. Mais peu à peu la vue des grandes œuvres grecques dut bouleverser les artistes de la Basse-Égypte; un grand souffle venu du nord avait passé, A cette heure l'Égypte avait accompli sa mission, et selon la belle expression d'Ernest Renan « elle demeurera comme un phare au milieu de la nuit profonde de la très haute antiquité. »

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