III: LA BIBLIOTHÈQUE KHÉDIVIALE
La bibliothèque khédiviale a été formée, en 1870, sous Ismaïl par la réunion des bibliothèques des divers établissements publics, et surtout des mosquées : un certain nombre d'ouvrages ont même été offerts depuis par quelques gouvernements étrangers. Elle est installée dans les appartements du palais Darb-el-Gamamiz.
C'est une collection inestimable qui renferme encore aujourd'hui quelques-uns des grands corans que certains sultans avaient considéré comme un devoir de copier tout entiers de leurs mains. [ls s’adjoignaient ensuite des miniaturistes célèbres qui les ornaient d’enluminures et d'inscriptions avant qu’ils ne fussent offerts à leurs mosquées. Ils sont tous écrits sur papier crème sorti des papeteries de Fostat. Les tons sont plats et simples, les dorures appliquées à la feuille, sont cernées d’un trait noir qui les accentue, et les fonds du papier apparaissent, soit nus, soit hachurés de traits. Les corans du sultan Barkouk sont merveilleux d'ornementation gracieuse et fine; mais ceux de Chääban sont peut-être les plus splendides de simplicité et de grandeur. La polygonie y règne en maîtresse ; celui de la mère du Sultan s’agrémente toutefois de guirlandes de fleurs. Les titres et les bordures sont d’un dessin extraordinaire, et d’une couleur qu’on ne peut imaginer. Et notez que ces livres ont un mètre de haut sur 83 centimètres de large, et que c’est sur de pareilles surfaces que l’enlumineur a dû composer et a réussi à faire œuvre d'harmonie. Quelques reliures y sont aussi du plus grand intérêt ; car ce sont elles qui ont influé sur le développement de la reliure en Europe, et particulière-
ment sur les premières reliures italiennes, sur les Majoli et les Grollier.
Les ornements des plats sont en creux, alors même que les gardes présen-
tent des reliefs. Les plats offrent des ornements dorés et même parfois
coloriés, tandis que les gardes conservent la couleur naturelle du cuir,
Enluminure du Coran égyptien. (Bibliothèque khédiviale.)
rouge ou chamois.
En dehors des corans arabes qui sont des ouvrages bien locaux, sortis des mains d'artistes du Caire, la bibliothèque possède toute une série de livres persans qui sont du plus haut intérêt d'art. Ils n’offrent pas l’extrême rareté des grands corans des sultans, et l’on pourrait en rencontrer une collection plus complète encore au British Museum, ou à notre Bibliothèque Nationale, mais quelquesuns sont d'un charme très grand. Je-citerai, un Bostan de Saadi, illustré par le grand peintre de Hérat Behzadé (xvI° siècle) ou le poème de Maghnoun et de Leïla du même ; puis quelques ouvrages illustrés par Djanghir ou par Bokhary ou
Djami où le paysage est rendu avec une poésie et un sentiment de la nature tout à fait surprenants, Cet art est encore très peu connu, et aucune étude d'ensemble n’en a été faite; il est cependant des plus importants et des
plus variés, et les influences qu’on y rencontre à partir d'une certaine époque, venues de l’est par l'entremise des Mongols, en rendraient les comparaisons des plus instructives avec les arts d'Extrême-Orient.
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