‹ Le Caire, le Nil et MemphisChapitre 17 sur 29 · LES PYRAMIDES. — LE SPHINX · texte numérisé non relu

LES PYRAMIDES. — LE SPHINX

Les Pj^ramides s'élèvent sur la rive gauche du Nil, sur le dernier degré de la chaîne Lybic|ue qui s'abaisse vers la plaine et finit en un plateau de sable peu élevé.

La route qui va du Caire aux Pyramides est tout entière admirable, bordée de ces gigantesques acacias qui font une voûte d'ombre et de fraîcheur, entre les terres basses d'irrigation où poussent le c(3ton, le maïs et la luzerne. Des villages de terre séchée émergent de ces plaines bourbeuses, s'étageant sur des monticules qui les garantissent de l'inondation. Sur ces routes qui partent du pont de Kasr-en-Nil, soit dans la direction de Ghézireh, soit dans celle de Ghizeh, règne une incessante circulation : marche vive des porteurs de fruits qui viennent à la ville, trot allègre des ânes, pas lent des files de chameaux chargés de fagots. Par les matinées d'une vive fraîcheur, tout le courant se porte vers le Caire: puis il reflue lentement vers le soir, chacun regagnant son village, la journée faite;

c'est l'heure de la belle lumière et des splendides couchers de soleil. Les cavaliers font un temps de galop, les cyclistes poussent jusqu'à Mena- Ilouse, où se célèbre chaque jour le plus siuart des five-o'clock.

Mais à mesure que l'on approche, peu à peu, les trois silhouettes grises des Pyramides grandissent, à travers les feuillages fins des acacias. En même temjis s'impose à vous lu plus insupportable nuée de moucherons que l'on puisse imaginer; les petits vauriens vous guettent de loin, galopent aux portières des voitures, escorte obsédante et criarde, scandant d'une voix gutturale, que coupe de temps à autre l'essoufflement, le mot terrible qui, pendant six mois, retentit d'un l)out à l'autre de l'Egypte, sur le passage du touriste exaspéré : k Bag... chich? I^ag... chich? « Puis, à peine a-t-on mis pied à terre, et calmé parquelques bienfaits bien distribués la fringale de ces petits monstres, d'aiitres apparaissent aussitôt, moins turbulents, mais plus odieux encore : ce sont les grands gaillards qui exploitent les Pyramides. Ceux-ci, en des langues diverses, s'offrent à vous montrer toutes les curiosités de l'endroit; ils vous feront un cours sur les règnes de Chéops et de Khéphren, vous feront valoir le mystérieux intérêt du .Sphinx, ou vous proposeront l'aide de leurs muscles vigoureux pour vous hisser au sommet de la grande Pyramide. Refus, colères, rages, viennent se briser contre cette impassibilité sûre de vaincre.

L'hôtel dépassé, la verdure cesse brusquement, on monte par une rampe sablonneuse, et tout de suite c'est le Déseit. Les trois masses de pierre barrent la vue, on en distingue maintenant les assises. La légende que nos lectures nous ont transmise, que notre imagination même a amplifiée, nous a préparés à considérer d'avance les Pyramides comme des masses fabuleuses, et la réalité apporte sans doute quelque déception. Informes, présentant des surfaces non pas lisses, mais rocailleuses, hérissées d'arêtes vives et de saillies, elles donnent l'impression d'un gigantesque escalier aux marches irrégulières, faites d'énormes blocs de granit. Les plus fortes impressions qu'elles vous donnent, c'est le soir, à l'heure où le soleil descend derrière la chaîne Lybique, emplissant le ciel de lueurs de pourpre et d'or; c'est la nuit aussi, dans le grand silence dont la lune entoure les choses, et qui les grandit mystérieusement.

Les P3'ramides étaient des tombes royales, cela est maintenant de toute évidence; mais l'école allemande représentée par i\L Lepsius, et l'école française représentée par 31. .Maspéro, diffèrent dans leurs façons d'exiiliquer leur construction ; le premier y voit un noyau central autour duquel seraient venues s'ajouter plusieurs couches successives de constructions ultérieures; le second au contraire, suivi en sa théorie par le

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