‹ Le Caire, le Nil et MemphisChapitre 4 sur 29 · M', (AI R · texte numérisé non relu

M', (AI R

Une rue à raoucharabiehs au Caire.

on s'eno'age dans l'une d'elles, et l'on aboutit Ijientot au culde-sac d'une impasse qui vous oblige à rebrousser chemin, à moins qu'une arcade ouverte sous la dernière maison ne permette de passer pour arriver à une rue nouvelle. 11 y a de ces rues si étroites que les inoiicluvabiilis alternant d'une maison à une autre les couvrent presque totalement.

C'en est un des plus curieux ornements, ces grilles de bois tournées et ajourées qui surplombent, et font office de fenêtres, grands balcons fermés qui permettent de voir sans être vu.

Le contraste est frappant d'une rue à une autre ; celleci est étonnamment animée, pleine d'un Ijrouhaha continu que percent les voix glapissantes des crieurs ; les bêtes V soulèvent une poussière dont les atomes dansent dans des rais de lumière. Faites dix pas dans une rue adjacente, c'est le silence et la solitude ; il semblerait qu'on parcourt une ville morte, déserte et abandonnée. Les maisons, sans ouverture sur la rue, présentent des murs d'une cécité farouche. Et parfois, l'impression d'abandon se confirme par les ruines que l'incurie musulmane se pré-

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occupe peu de faire disparaître. On dirait sou\ent d'un cataclysme qui aurait ruiné un quartier entier : ce sont des constructions éventrées, écroulées, dont les matériaux gisent épars sur le sol ; .ou bien des maisons laissent apparaître des assises douteuses, des brèches permettent d'apercevoir des toitures disloc[uées, des planchers lézardés prêts à s'effondrer

Cour et façade Je palais dans le quartier Tabbanah au Caire.

à la moindre secousse. Et tout cela est bâti avec de si pitoyables matériaux, des briques de terre séchées au soleil, qu'il semble qu'à la première pluie torrentielle, tout cela va fondre, se liquéfier, et retourner se mêler au sol d'où on les tira.

C'est dans ces quartiers ruinés, que le curieux peut avoir la chance de découvrir quelque \estige d'une vieille et riche demeure. Tel apparaissait tout récemment encore, privé de l'avant-corps de bâtiment qui bordait la rue, l'ancien palais d'un gouverneur turc de la citadelle au xviir siècle. Sur la cour transformée en chantier, s'ouvraient au-dessus

d'un escalier de quinze marrhes, trois larges arcades précédant une somptueuse salle de réception qui avait conservé son plafond peint et doré. D'autres appartements s'ouvrant au rez-de-chaussée sur une cour voisine, présentaient une égale splendeur. Et les démolisseurs y poursuivaient une œuvre de destruction qui aura bientôt effacé du Caire tout

Palais de Gamal ed-Din ez Zahabi (xvii'- siècle.)

souvenir de son ancienne architecture civile, d'un si grand charme et d'une si fine élégance.

L'administration des Wakfs a du moins sauvé un de ces palais, Be'it Gamal ed-Din ; il fut restauré par M., llerz Bey avec un goiît parfait et une grande discrétion. On l'appelle aussi au Caire « la Maison des Artistes » parce que c'est un des plus parfaits modèles que les architectes ou les peintres y puissent étudier. Cette charmante construction est datée de 1044 de l'hégire (1666 de Jésus-Christ). La disposition de la

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maison arabe ayant peu varié aux différentes époques, décrire celle-ci, c'est se dispenser d'y revenir à propos d'autres.

La porte d'entrée, s'ouvrant toujours en dedans, laisse pénétrer en un couloir coudé venant aboutir à la cour autour de laquelle sont groupés les appartements. Au rez-de-chaussée sont les communs, généralement voûtés, où logent les domestiques et les bêtes de somme. De la cour, un petit escalier monte au premier étage et permet d'accéder aux

Intérieur du palais de Gamal ed-Din ez Zahabi.

salons de réception : l'un, le MAo'ad, sorte de grande loggia, prend jour sur la cour par trois grandes arcades. Il communique avec le Qa'a ou salon principal, dont le sol de mosaïques de marbre offre des différences de niveau d'une ou de deux marches. Des niches profondes garnies de larges divans y font des coins d'intimité. De place en place, les murs sont creusés d'armoires aux vantaux de cèdre et d'ivoire ; les plafonds sont ornés de caissons polychromes, et souvent à l'une des extrémités, une galerie élevée ou une loge à balcon permettait aux femmes d'assister aux fêtes qui s'}^ donnaient.

Ce petit palais est exquis, et serait le plus mer\'eilleux cadre qu'on puisse donner à un musée de l'Art arabe. On a construit au Caire un

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édifice énorme qui a coûté des millions. Les merveilleux objets qui avaient trouvé dans la mosquée Hakem un refuge jjrovisoire s'j' trouvent perdus et dépaysés. Disposés avec goût dans le petit palais Gamal ed- Din, ils auraient contribué à reconstituer dans ce milieu d'art raffiné un ensemble unique.

Il v a dans le Caire bien d'autres palais ou maisons arabes offrant un

Salle dans le Palais Muùaferchane.

vif intérêt artistique, mais il n'en est pas de plus parfait. A répo(iue d'Ismaïl, quand l'Egypte hypnotisée par les civilisations d'Europe, voulut elle aussi, entrer dans le mou\ement et devenir une capitale brillante, le Khédive concéda à c[uelques lîuropéens de marque, résidant au Caire, des terrains à la seule condition qu'ils y construiraient, et que là serait l'amorce des grands quartiers européens. Ouelc^ues amateurs passionnés des belles œuvres d'art arabe qui foisonnaient alors au Caire, firent construire des maisons de pur style, dans lesquelles la plupart des matériaux, en dehors des gros murs, provenaient des mosquées ou des vieilles maisons que les transformations du Vieux Caire

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n'avaient pas épargnées. M. de Saint-.Maurice, grand écuyer des écuries khédiviales, avait fait construire la belle demeure qui est devenue depuis la légation de France, et où se voit le plus bel ensemble de mosaïques de marbre que l'Art arabe ait produites au Caire. Un peu plus loin, l'agence d'Italie a pris possession de la charmante maison qu'avait eue un banquier, 31. Delort de Gléon, tandis que l'agence de Belgique reprenait à 31. Ambroise Baudry, l'architecte, la maison qu'il avait fait édifier lui-même, et où pendant tant d'années, il avait su réunir les plus beaux bois que la démolition de trois vieilles mosquées avait fait tom1:ier entre ses mains.

Engageons-nous à tout hasard dans une des nombreuses rues dont toute la ville arabe est percée. Si la rue est commerçante, de chaque côté, d'étroites boutiques, surélevées du sol d'un demi-mètre, se succèdent avec l'infinie variété des marchandises qu'elles offrent. Le vendeur accroupi au milieu d'elles, perdu dans le rêve, interposant entre sa personne et le monde extérieur les volutes de fumée de sa cigarette, attend le client plutôt qu'il ne le sollicite.

Le marchand de cotonnades semble s'approvisionner exclusivement en Kurope, et tout particulièrement en Allemagne et en Autriche.

Les éventaires des marchands de fruits éclatent en notes puissamment colorées ; ils offrent la gamme complète des tons les plus riches et les plus violents.

Les artisans travaillent de leurs mains sous les yeux mêmes des passants ; et, s'ils le font sans hâte, ils ne le font pas du moins sans constance : des tailleurs cousent sans relâche; les forgerons souvent par couples, frappent sur leurs enclumes ; les graveurs burinent de grands plateaux de cuivre selon le tracé d'un dessin fait à l'avance ; les chaudronniers façonnent leurs pièces sur une matrice de bois dur.

Les tourneurs sont d'une inconcevable habileté : assis par terre, et faisant tourner leur pièce de bois sur deux pivots qui la maintiennent horizontale, ils la présentent au ciseau qu'ils manient du pied. Ce pied est extraordinaire ; l'exercice et l'halùtude lui ont donné une souplesse et une dextérité prodigieuses. Il travaille avec une virtuosité que sauraient atteindre seuls chez nous les manchots.

Mais brutalement une odeur de cuisine empuantit la rue ; c'est la boutique d'un restaurateur. Aucun matériel de consommation : il cuisine sur des grils, sur des réchauds où le charbon rougeoit. Il cuit des rognons,

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des petits poissons, des hachis de viande, des sortes de beignets. Dans de arandes marmites naoent des choses hétéroclites dans un bouillon fortement dilué. Chacun vient ici jirendre ce qui lui plaît et l'emporte. Les pâtissiers semblent obtenir un certain succès avec leurs pains de dattes nougatés, leurs masses pâteuses de guimauve colorées qu'ils étirent, leurs confiseries.

Mosaïques d'une salle de palais dans le Gamaliye.

De grandes tiges vertes sont parfois liées en gerbes aux devantures des fruitiers. Ce sont les cannes à sucre. Certains les prennent entre leurs dents, les brisent en petits morceaux dont ils sucent la moelle blanche, au goût douceâtre d'eau sucrée. Les dents en prennent une blancheur éclatante.

Voici une boutique d'un aspect sévère c|ui tranche sur ses voisines. Quelques planchettes portent simplement des livres et des feuilles de papier. Un homme attentif, l'encrier posé devant lui, écrit sur un buvard posé sur son genou ; un individu penché vers lui répond à ses questions.

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L'écriveiin public est un homme de bon conseil, on doit venir le consulter dans tous les cas un peu difficiles de la vie.

.^lais le comique reprend bientôt ses droits ; un perrucjuier avec un entrain étonnant, badigeonne de mousse de savon la tète ronde et crépue d'un nègre. Dans un instant elle apparaîtra totalement rase, comme une bille, à l'exception de la petite touffe, que tout bon musulman doit con-

Vue du Caire. Medresseh de K.iit B.iï. mosquée Rif.ii et mosquée Hassan.

server. C'est par là que ^laliomet. au grand jour, le saisira pour l'emporter au Paradis des croyants.

Ainsi à chaque pas le spectacle varie sans cesse, et jamais n'est banal et indifférent. Et de ceci, le Caire n'a pas le privilège exclusif : il en est de même dans toutes les villes d'Orient, du moins celles qui ont encore conservé un cachet personnel. La foule très dense qui circule dans ces rues y apporte un mouvement et une vie extraordinaires. A l'encontre des rues de Damas, par exemple, on n'y rencontre pour ainsi dire jamais de riches costumes : le fellah y est uniformément vêtu de la kamid, la longue blouse de cotonnade Ijleue échancrée sur la poitrine, et laissant

souvent transparaître un gilet de couleur vive, et d'un caleçon simple et à coulisse qui ne descend guère au-dessous du genou. Il est coiffé du tarbouch de laine rouge autour duquel est enroulé le turban de mousseline blanche. Les oulémas se distinguent par le volume du turban ; les descendants du prophète le portent vert, les Coptes et les Juifs noir ou brun.

La femme de condition moyenne sort toujours enveloppée dans une grande pièce de soie noire, la Seblcli. qui l'alourdit. Elle semble avoir un goût fâcheux pour les bas mauves ou roses, d'un désaccord choquant avec les étoffes noires qui la couvrent. Un voile, boi/rko. rattaché à la Sebleh par un petit cylindre de cuivre ou d'or au milieu du front, ne laisse apparaître que les yeux. C'est la seule chose visible de la femme voilée; et derrière ce rempart du voile, ils prennent une singulière importance. Ce mystère doit donner aux 3'eux les plus ordinaires un accent tout particulier, que vient aviver encore la teinture. Et puis celles qui sont vraiment belles trouvent toujours le mo3-en de le laisser voir. Il est si naturel d'apporter parfois un peu de négligence à maintenir ses voiles! C'est bien le pa3^s des rêves et des illusions! La laideur est cachée, et l'on peut toujours entrevoir ce qui est grâce, jeunesse et beauté.

La femme fellah ne redoute pas les regards du passant; elle circule à visage découvert. Elle porte la longue robe de cotonnade bleue largement échancrée sur la poitrine nue, et sur sa tête la grande écharpe qu'elle laisse tomber sur ses épaules et jusqu'à terre. Son menton est presque toujours tatoué de trois lignes vertes, et ses ongles rougis de henné. Sa démarche est lente et mesurée, et si elle porte quelque fardeau sur la tête, son attitude prend aussitôt une noblesse de canéphore antique. Souvent on en rencontre portant leur enfant à califourchon sur une épaule, une jambe pendant sur la poitrine, l'autre sur le dos.

Parfois la rue est traversée de cordes où flottent des banderoUes éclatantes, et ceci est pour fêter un mariage. Il n'est pas rare d'ailleurs de rencontrer un bruvant cortège, précédé de musiciens qui soufflent éperdument dans des cuivres, et de porteurs chargés de chaises, de fauteuils et de divans : les époux aiment ainsi à faire parade en cet heureux jour de leur joli mobilier du plus pur goiit viennois.

Que si d'aventure vous croisez un enterrement, il est bon de vous garer, car il marche à vive allure. Il semble que tous ces gens-là sont très pressés de porter le mort à sa dernière demeure. Le cercueil est en

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tête, recouvert d'une longue étoffe et porté sur les épaules de quatre hommes. Les parents et les amis marchent à côté en psalmodiant des prières. Derrière suivent à grands pas les femmes, au milieu desquelles des pleureuses à gages font entendre de temps à autre d'aigres et déchirantes plaintes.

Les grandes cérémonies religieuses n'ont jamais cessé d'être en vive faveur. Jadis les Européens n'-\- pouvaient assister que de loin, sous la

Retour de la caravane de la Mecque.

protection des gendarmes et de la police, un peu comme à Constantinople on leur permet de considérer le sultan se rendant une fois la semaine au Selamlik. 3lais aujourd'hui, les mœurs se sont bien adoucies, et même en ces journées exceptionnelles, la rue appartient à tout le monde. Ces fêtes ont d'ailleurs beaucoup perdu de leur ancienne solennité. Une des principales est demeurée celle de la « Coupure » à la date anniversaire ou les eaux bienfaisantes du Nil pénètrent dans les canaux de la y\\\e.

Une des plus ferventes est celle du départ « dite du Tapis », puis celle du retour de la caravane qui va chaque année à la 3iecque ; un cha-

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nieau harnaché de housses brodées, de panaches, de cuivres, porte la litière enfermant le présent du Khédive à la Kaaba de la Mecque. Des musiciens et des soldats le précèdent, la foule des pèlerins de toutes races et de toutes couleurs le suit.

Les fêtes qui en accompagnent le retour sont peut-être plus brillantes

Mirhab et miiib.ir de b mosquée d'Iil-Mardani.

encore. Dès le matin, la population sort en masse par la porte Bab-en- Nasr (porte de la Victoire), pour se porter au-devant des pèlerins. Les Hadjis apparaissent montés sur des chameaux chargés de bassours, et tout sonores de grelots. Toutes les races musulmanes de l'Afric^ue se trouvent confondues, Turcs, Arabes, ^laugrabins, .Marocains, Nègres, Syriens. Leurs visages amaigris accusent de longs jeûnes et de grandes fatigues. « Soyez les bienvenus, « leur crie-t-on. Et eux de répondre :

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« Et vous, soyez les bien retrouvés ». A coté d'eux, des cavaliers montés sur de beaux chevaux font tantasia. La foule se presse autour d'eux, on s'appelle, on se retrouve, on s'embrasse, et on se complimente. Des derviches s'avancent en psalmodiant des versets du Coran. Puis marche le chameau qui porte le tapis « 3lak-.Mal », abrité sous un catafalque pointu en drap rouge, brodé d'or. De longs cordons pendent de chaque côté, tenus par les imans qui marchent en l'accompagnant.

Autour d'eux, des musiciens frappent à coups répétés sur des darabouks. Derrière viennent des cavaliers de toutes armes qui ferment la marche. Le cortège ^-a ainsi jusqu'à la place de la Citadelle ou le Khédi\'e l'attend pour recevoir le tapis sacré c^u'il baisera en se prosternant.

Le retour de la caravane de la 31ecque coïncide toujours avec la date anniversaire de la naissance de Mahomet, et ce jour et les suivants les derviches, les fakirs, les ps3'lles. et les jongleurs deviennent les maîtres de la \ille.

C'est une des bonnes occasions pour les étrangers d'étudier les races multiples du Caire.

Palais de l'Emir Bechtak (13511 ,)

En dehors de ces fêtes qui sont pour eux de grandes occasions d'officier, on peut, en temps ordinaire, assister à une représentation des derviches tourneurs. Je dis « représentation», parce c^u'il n'est guère admissible que cette cérémonie ne soit pas réglée d'avance en ses développements

C'est en un quartier assez éloigné de la ville, du coté de R(")da. Les voitures, au jour dit, y amènent à peu près tout ce que le Caire contient

de nouveaux étrangers. On pénètre dans un jardin tout ombragé de treilles enguirlandant les piliers qui forment un couloir d'entrée. Ce jardin borde le petit bras du Nil, qu'il domine en terrasse, et sur lequel s'ouvrent aussi les chambres des derviclies. Au centre de la cour, une large estrade surélevée de 50 centimètres au-dessus du sol. autour de laquelle sont disposées plusieurs rangées de chaises pour les spectateurs. Sur l'estrade, assis à l'orientale sur une ligne, une vingtaine de derviches, faisant face à l'iman, chantent à toute poitrine les deux cent douze épithètes traditionnellement consacrées à célébrer le Prophète. Tantôt assis, tantôt debout, les têtes couvertes du turban ou nues, ils scandent leur prière d'une voix successivement lente et précipitée, tranquille et saccadée, et la rythment d'un mouvement du corps latéral ou en avant, qui parfois prend une allure violente et convulsée jusqu'à leur faire presque toucher du front le sol. La précipitation du débit à certains instants devient extrême, la voix haletante se brise, les yeux se voilent à demi disparus sous la prunelle, la face prend une expression d'hébétude, jusqu'à ce qu'un brusque arrêt détende tous les visages, et calme cette folie.

jMais ces gens sont-ils convaincus? On ne saurait ni l'affirmer, ni le nier. Il n'est pas douteux qu'en ce jour hebdomadaire de mise en scène, il apparaît que quelques-uns se moquent de la galerie. Mais d'autres paraissent v mettre une conviction effrayante, l'œil fou. la bouche écumante, les traits convulsés. Chez ces derniers, il ne peut y avoir de feinte.

Tel est le Caire actuel, fleur exquise de l'Orient. Les monuments fameux de ses Khalifes, les merveilles de son musée, l'attrait unique de ses vieux quartiers, suffiraient seuls à retenir et à captiver le voj'ageur. JMais le Nil est attirant. Par la largeur de son lit, l'abondance et la force irrésistible de ses eaux limoneuses venues des grands lacs équatoriaux, par la beauté de ses rives où se groupent de grands bois de palmiers, il a]3parait ainsi avec tous les prestiges dont l'imagination des hommes l'orna, depuis l'époque si reculée où les premières civilisations s'éveillèrent sur ses bords. Il invite au voj^age, au plus doux des voyages, ce fleuve sacré, le plus riche en passé que l'intelligence humaine ait pénétré.

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