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CHAPITRE III

LES MOSQUÉES-TOMBEAUX DU CAIRE

Il existe au Caire près de 400 mosquées; nous n'avons nullement l'intention de les énumérer toutes, ni, à plus forte raison, de les décrire. Il nous suftîra d'en choisir quelques-unes, les plus remarquables, et en les présentant chronologic^uement d'essaver de montrer le développement au Caire de l'art arabe qui ne fut nulle part plus florissant, et qui y produisit c[uelques-uns des plus beaux monuments qu'on connaisse dans le monde musulman.

Il n'y a pas d'art arabe pré-islamique,

et son point de départ a été la mosquée. La

première qui apparut, celle de la JMecque,

semble avoir été une simple enceinte avec

quelques parties couvertes. A peu d'années d'intervalle et dans deux

pays différents, surgissent à Jérusalem la Koubbet es-Sakra, dite mosquée

Chapiteau byzantin de la mosquée d'Anirou.

d'Omar, t>t en l-^gypte la mosquée d'Amrou ; la première est un monument déjà admirable, et où les influences et le trav'ail byzantins sont manifestes; d'heureux hasards nous l'ont de plus conservée dans le plus parfait état. La seconde, au contraire, a subi de telles vicissitudes et fut si souvent remaniée que nous ne pouvons, dans son état actuel, en concevoir la moindre idée.

Cour intérieure de la mosquée d'Amrou.

Quand l'Hgypte fut tombée au pouvoir du Khalife Omar, un de ses o'énéraux, Amrou, avait conduit son armée vers le Nil, décidé à fonder une ville sur ses bords. Le premier monument dont il se préoccupa de doter la nouvelle ville de Fostat, fut la mosquée il'an 21 de l'hégire). Elle était, au dire de l'historien arabe 3\akrisi, très simple et très primitive ; la toiture en était même si basse, qu'on dut la surélever quelque soixante ans après. Et depuis tous les Khalifes et les Sultans apportèrent leurs fantaisies personnelles à la bouleverser.

Pour y arriver, on doit longer au sud du Caire moderne toute l'immense plaine où fut l'antique Fostat, et qui est maintenant d'une désolation

LES Î^IOSQUEES-TOMBEAL'X DU CAIRE 41

indicible. Un immense aqueduc construit autrefois par Saladin, et qui

Plaque commémorative de la mosquée d'ibn Touloun.

amène l'eau du Xil jusqu'à la citadelle, en rompt un peu la monotonie.

On se trouve devant un vaste parallélooramme clos de mur.s. dans

lequel on pénètre par une grande porte. L'aspect est de vétusté et

d'abandon. Au milieu de l'immense cour, une fontaine aux ablutions très refaite, jure avec l'état plutôt pitoyable du reste.

Au fond de la cour, le lioiuui ou oratoire couvert, comprenait six nefs encore visibles, portées par des colonnes provenant d'édifices antiques. L'une d'elles présente un creux assez sensible, comme formé par un coup porté. L'imagination populaire a brodé là-dessus ; il faut toujours, en Orient, prêter l'oreille à ce qu'elle raconte, et aux développements poétiques et merveilleux qu'elle sait si souvent en tirer.

Cour intérieure de la mosquée d'Ibn Touloun.

Donc, le khalife Omar, se promenait à la Mecque sous les galeries de de la mosc[uée et songeait à son fidèle Amrou. Tout à coup une vision lui fit apparaître son lieutenant occupé au Caire à surveiller les travaux de sa mosquée et la mise en place des colonnes. Omar vit une de ces colonnes mal taillée, mal dressée et pouvant compromettre plus tard la stabilité de l'édifice. Il toucha un des piliers de la mosquée de la 3Iecque où il se trouvait et lui ordonna de partir pour le Caire prendre la place de la colonne inquiétante. Le pilier ne bougea pas. Omar le poussa de la main et répéta son ordre. Le pilier oscilla, comme indécis, puis demeura. Omar entrant dans une violente colère, le frappa de son kourbach en disant : « Au nom

LES MOSOUEES-TOMBEAUX DU CAIRE

de Dieu clément et miséricordieux! val » — « Tu avais oublié d'invoquer Dieu 11 répondit le pilier. Puisse détachant de la colonnade dont il faisait partie, il disparut, et vint se placer devant la kibla de la mosquée égyptienne.

Portique Je la mosquée d'Ibn Touloun.

La mosquée d'Amrou est à peu près abandonnée: on n'v célèbre le culte qu'une fois par an, en Ramadan; elle présente une noble et mélancolique solitude, les lézards en ont fait leur retraite et courent entre les lézardes des piliers; les hirondelles \- décrivent leurs capricieuses arabesques, et maçonnent leurs nids sous la toiture. Et le gardien très modeste,

LE CAIRK

évite lie vous ])oursuivre d'explications bien inutiles, étonné sans doute de la curiosité qu'on apporte èi venir visiter un endroit si dénué d'attraits.

Il faut sauter plus de deux siècles pour rencontrer au Caire un monument religieux nouveau, et c'est dans la partie sud de la ville <|u'il faut

Chapiteaux byzantins de la kibla de la mosquée d'Ibn Touloun.

le chercher. On a toutes les peines du monde à en découvrir l'entrée, cinq de ses portes ayant été murées. On longe des murs interminables au milieu d'un quartier né avec la mosquée même, mosquée qui devait être aussi une forteresse, à en juger d'après le chemin de ronde qui l'entourait d'une seconde enceinte.

C'est en 876 que le sultan Ahinal ihii Toiiloini chargeait un architecte copte de construire sa mosquée sur la colline de Yachkoiàr, et dès qu'on en a franclii le seuil, on est surpris de ses dimensions énormes, et de la beauté de son ordonnance. Elle n'a pas moins de 143 mètres sur iig. Ici encore se présente la disposition d'un Salin ou cour centrale,

LES MOSQUÉES-TOMBEAUX DU CAIRE

entourée de Lionâiis ou portiques. C'est le plus lieau spécimen de mosquée à portiques qu'on juiisse \(3ir. Il faut remarquer les belles OGIVES dont sont formées les arcades, et la décoration des chapiteaux ainsi ciue des frises, où tout le goût byzantin se manifeste encore ( "est ici pour la

Clôture de fenêtre en plâtre ajouré de la mosquée d'ibn Touloun.

première fois qu'apparaît dans le monde l'arc ogival, comme élément caractéristique et systématique de l'architecture. Le mur de fond est percé de verrières arabes, où les cloisons de plâtre offrent une infinie x'ariété de motifs. — Le Mirhab. ou niche symbolique, indiquant au priant la direction de la ^lecque vers laquelle il doit se tourner, est revêtu de mosaïque de marbre et de verre. — Le minbar, ou chaire à prêcher.

était un des plus merveilleux traxaux de menuiserie arabe qui aient été faits au Caire. Des inscriptions indiquent qu'il avait été construit par le sultan Ilousàm-ed-din-Lachin. qui restaura la mosquée au XlV siècle.

Portail de la mosquée d'Iil-Azhar.

L'assemblage des ornements polygonaux de bois de cèdre incrusté d'ivoire, y présentait des motifs décoratifs d'une invention surprenante. La façon dont le bois était sculpté indiquait une vigueur d'outil remarqualile — 11 faut bien en parler au passé, car presque toutes les parties en sont aujourd'hui au Kensington -Muséum de Londres.

LES MOSQUÉES-TOMBKAUX DU CAIRE

L'immense cour sur laquelle on débouche au sortir des nefs un peu sombres comme celles d'une basilique, ne laisse apercevoir au delà des

Les luinarcti Je Li mosquée ù'El-Azhar.

murs extérieurs de la mosquée qu'un vaste horizon de ciel dans lequel se dessine sans cesse le vol lent et circulaire des milans et des faucons. Un minaret vient seul rompre de son élancement l'horizontalité des lignes; il est en forme de tour massive et l'escalier cju'il renferme finit en colimaçon comme celui d'un donjon féodal. On découvre de la plate-forme,

|S 1,E CAIRK

une vue iulmiral)le, dont les premiers ]ilaiis, f(jurnis par les quartiers contemporains de la mosquée et tassés contre elle, ne sont pas les moins intéressants.

Ce fut, à \Tai dire, la seconde \'ille, et c^ui survécut avec mille transformations à la première (Fostat) au nord de laquelle elle était venue se fonder. Elle a\'ait reçu le nom du /'.'/ qala iynli (fief) et l'un des plus

Cour intijricure de la mosquée d'El-Azhar.

récents historiens du Caire, et le plus sagace, j\l. Herz-bej', nous dit « que « cette nouvelle cité était vite parvenue à la plus grande splendeur : de « merveilleux jardins, de riches palais, des mosquées splendides, embel- « lissaient ses rues. Le palais que Touloun s'y était fait construire surpas- « sait les autres édifices par son étendue et la magnificence de sa construc- « tionet de sa décoration «.

lin l'an 969 le khalife Moiii^:; dont le royaume s'était étendu dans l'Afrique du Nord jusqu'à Kaii'ouan, se rendait maître, par les heureuses

LES MOSQUÉES-TOMBEAUX DU CAIRE

victoires de son général Gohar, de l'I^gypte. et allait y fonder cette d vnastie fûtiiuilc qui, pendant deux siècles, }' brilla d'un si vif éclat. Les princes de cette dynastie s'étaient donné le nom de fatimite, parce qu'ils prétendaient descendre de Fatma, fille du prophète.

Il voulut de suite 3' fonder une nouvelle capitale, rivale de Bagdad, alors au faîte de la grandeur. Le tracé de son enceinte, la porta vers le

Bab-en-Nasr.

nord-est. jusqu'au pied des montagnes de Mokattam, et on lui donna le nom d'cl-Oûli/rûJi, la victorieuse; dès lors, aux yeux des Arabes, il n'y eut plus que deux villes, Masr el-Oàhirah, et .Alasr el-Atiqâh, le Caire et le vieux Caire (Fostat). Et la nouvelle ville se couvrit très vite de monuments admiraliles. De cette glorieuse époque date la mosquée El-A^har.

Terminée dès 971. elle subit depuis lors des remaniements qui altérèrent son plan primitif: mais jamais elle ne perdit le double caractère qu'elle eut à l'origine, de maison de prière et de maison d'enseignement. Le collège qu'y établit en 978 El-Aziz, le fils du kalife El-3louyzz. acquit très

vile une grande renommée, et demeura jusqu'à nos jours l'Université la plus célèbre de tout le monde musulman. Les clercs y affluent encore de tous les pays d'Islam, et c'est un spectacle uniciuc que celui des vastes

It^rlfi'ttiii'ïi!!

Mosquée d'EI-Hakera et son miiniret.

préaux où se presse la foule des étudiants de tout âge et de toute race, les Turcs et les Persans, les Indous et les Syriens, les Algériens et les Nègres. Sur les nattes qui couvrent le sol, étendus ou assis, plongés dans le sommeil ou la méditation, écrivant ou lisant, priant, ciisi^utant, ou attentifs à la parole d'un maître, ils peuplent ce lieu d'une rumeur légère, et du va-etvient de leurs pieds respectueusement déchaussés. L'infidèle peut}- pour-

LES MOSQUÉES-TOMBEAUX DU CAIRE

suivre sa visite sous la conduite d'un guide, mais bien des yeux farouches et où brille confusément une flamme de fanatisme semblent la supporter, bien plutôt qu'ils ne l'accueillent On se sent transporté ici au milieu de coutumes très anciennes, dans quelque Sorbonnc ou quelque Oxford

Façade de la mosquée d'El-Akma

musulman, où rien ])our ainsi dire n'aurait bougé depuis les lointaines origines.

On arrive par une rue étroite et tortueuse à l'entrée princi])ale, la porte des Barbiers, très postérieure à la mosquée, et qu'éleva au xviii" siècle Abd er-Rahmân ; de la cour centrale, on voit se dresser dans le ciel cinq merveilleux minarets, d'une élégance et d'une grâce singulières, et qui

témoignent ici d'une des belles in\enti(jns de l'architecture arabe. Aucun d'entre eux n'est semblable, et chacun est d'une fantaisie capricieuse et cliarmante. De tous les jioints élevés du Caire on les voit, et ils sont toujours une des joies des vues plongeantes.

Une des particularités remarquables de la mosquée d'El-Azhar (qui est commune avec tous les autres monuments fatimites). ce sont les arcs

Tombeau, Sjbil et mcJresseh Saleh Xioin-ed-Diii.

de ses portiques c^ui sont de forme dite persane, c'est-à-dire engendrés par un arc de courbe terminé à chaque extrémité par une tangente, influence due aux orio'ines Chiites des Fatimites.

Le grand lioùan ouvre une perspective profonde et de lumière tamisée avec ses huit rangées de colonnes, prises aux plus beaux édifices du monde antique. Ivlles sont tantôt simples, tantôt géminées, parfois mais rarement par groupes de trois. L'effet quand on }• pénètre est surprenant; ici, comme à Cordoue, la forêt de colonnes ouvre un infini auquel ramène toujours le peu d'élévation du portique Dans cette lumière discrète, et

LES MOSQUKES-TOMHEAUX DU CAIRE 53

que les colonnes rompent de mille jeux changeants, chantent harmonieusement les costumes bariolés des groupes d'étudiants.

L'Université d'El-Azhar compte plus de 300 professeurs et de 9.000

Façade du maristan de Kalaoun.

élèves : chaque rite y a son quartier, avec son nazir ou inspecteur. La durée des études y est de trois à six ans, et l'enseignement gratuit. Les étudiants pauvres reçoivent tous les deux jours des petits subsides de pain, d'huile, et même d'argent. — L'hospitalisation s'y donne aussi aux musulmans pauvres et étrangers qui peuvent y passer la nuit sur les nattes étendues sous les galeries. — Il ne faut donc pas s'étonner que les frais d'en-

trelien \" soient élevés, à peu près de 600.000 piastres (150.000 francs). Ce budget est alimenté en partie par une subvention de l'Etat, et en partie par les revenus des biens des Oiiakf's ou domaniaux, et aussi par

Mirhab du iwàristaiï de Kalaoun.

les revenus de fondations pieuses qui sont assez fréquentes, telles que dans les Universités anglaises ou américaines.

De quelle valeur y est l'enseignement? On ne saurait le dire, tellement les movens de contrôle 3' font défaut. Mais il n'est pas douteux qu'il doit y être très traditionnel et retardataire, et les esprits de progrès s'en affranchiront peu à peu, en demandant à leur tutrice, l'Angleterre, des moyens d'émancipation intellectuelle plus en rapport avec leur future destinée.

LES MOSQUKES-TOMBEAUX DU CAIRE 55

Quatre autres mosquées au Caire datent encore de la dynastie P'atiraite : la mosquée d"El-Hakem (1003) où furent primitivement exposées les collections d'art Arabe ; et où les arcs exceptionnellement retournent à la forme ogivale, comme à la mosquée de Touloun, — la Gama el-Gueïou-

Portail de la medresseh de Moh.immed-en-Nassir.

chi, — la charmante petite mosquée d'El-Akmar (1125) récemment dégagée des masures qui l'entouraient — et enfin la mosquée Saleh- Telayeh. rapi)elant beaucoup la mosquée d'El-Hakem.

C'est aussi de l'époque fatimite que datent les murailles de l'est, et les portes monumentales, dont Bab-en-Nasr, la porte de la Victoire, est un des spécimens les plus parfaits. Elles datent de la fin du XT siècle, et du règne d'El-Mostanser. Elles apparaissent très différentes de l'art

arabe purement égyptien, et les inspirations romano-byzantines y apparaissent flagrantes. Elles rappellent le plein cintre des portes romaines, et les trois frères syriens d'Edesse appelés en Egypte à la fin du xr' siècle, qui les construisirent avaient dû certainement étudier de près les monu-

Mirhab et minbar de la niedresseh de Mohammed-en-Nassir.

ments d'architecture militaire romaine et byzantine dont la Syrie était couverte.

C'est par la porte Bab-el-Nasr que l'armée française entra au Caire en 1798.

La dynastie fatimite s'était éteinte, victime de la rivalité des vizirs.

].ES MOSQUHKS-TOMlîEAUX DU CAIRR

L'Egypte et la Syrie trouvèrent bient(')t un maître en la personne du kurde Sciladin. Son règne et celui de ses successeurs furent une suite de luttes intérieures et extérieures mémoraljles, dont la reprise de Jérusalem sur les Croisés, en 1187, ne fut pas un des épisodes les moins fameux.

Cette dynastie Ayyoubite éleva beaucoup de medresseh (collèges) auprès de ses mosquées, pour v faire revivre l'enseignement des quatre doctrines de la foi musulmane.

Deux de ces monuments sont particulièrement remarciuables :

Le premier groupe de monuments élevé par le sultan Saleh-Nigm-ed-Din, comprenait : une mosquée, un minaret, une école et un tombeau. Les restes qui subsistent en sont du plus haut intérêt. Ici comme dans le tombeau derimàiiiel-Chafey (laii), presque contemporain, se rencontrent peut-être les plus belles sculptures de Ijois qui aient été faites au Caire.

Les portes, les vantaux de fenêtres, et les panneaux des catafalques, présentent de petits panneaux assemblés où la ciselure du l)ois nerveuse et simple.

Miiurtt de la medresseh de Mohammed-en-Nassir. atteint le plus haut point de délicatesse

58 LE CAIRR

Déjà avec les fatimites s'étaient éteintes les premières dynasties princières de l'Egypte ; l'accession au pouvoir des esclaves dont les grands dignitaires avaient formé leurs gardes, et qui les trahissaient, devint de ])lus en plus fréquente, et toute cette période de l'histoire de l'Egypte musulmane est remplie d'heureux coups de force qui portent au pouvoir des mammlouks audacieux.

Quelques-uns furent toutefois des souverains remarquables : Beïbarsel-Bondoukari, Kalaoun-el-Mansour, Mohammed-en-Nassir, Hassan, tous princes intelligents, actifs et amis des arts, eurent des règnes glorieux et 1)rillants : sous leur impulsion, le Caire se couvrit d'édifices d'une splendeur incomparable, et l'on peut dire du xiv' siècle qu'il fut pour l'art arabe un âge d'or.

.Selon une loi que nous avons déjà pu constater, c'est du sud au nord que le Caire s'accroissait des nouveaux quartiers, des palais et des mosquées dont chaque nouveau prince voulait marquer son règne. A la suite du Caire fatimite et de ses palais qui ont disparu depuis cinc^ ou six siècles, nous pouvons admirer encore dans la rue Gohergyeh un des groupes de monuments les plus beaux que le passé nous ait légués.

Il est en un des points les plus animés et les plus grouillants de la vieille ville, et les édifices ne s'y sont pas dégagés des échoppes qui dès l'origine s'étaient collées à leurs flancs. Ce sont là ces végétations parasites qui se développent aux dépens des grands corps organisés, et c'est un élément pittoresque dont jadis nos grandes cathédrales gothiques n'étaient pas privées.

Trois monuments se font suite, collés les uns aux autres : la mosquéetombeau de Kalaoun, la mosquée de JMohammed-en-Nassir, et celle de Barqouq dont nous parlerons plus loin, puisqu'elle est postérieure aux deux premières.

La mosquée-tombeau de Kalaoun, offre un portail simple et élégant, à droite duquel s'étend une façade en pierres de taille de deux couleurs alternantes, où de grandes ogives à baies géminées rappellent notre architecture normande. Le minaret un peu trapu, est très imposant — on pénètre par un large couloir jusqu'à la porte d'entrée du tombeau, et sitôt qu'on y a pénétré, on est saisi d'admiration. Dans une vaste salle carrée, quatre piliers et quatre colonnes en granit rose combinés, forment un octogone. — La décorati(in intérieure est d'une rare richesse : la niche du mirhab est décorée d'une merveilleuse mosaïque combinée avec des rangées de petits arceaux de marbre; les murs et les piliers sont revêtus de mosa'ic^ues. Au centre, le catafalque du Sultan est entouré d'une grille

;S MOSQUEES-TOMBRAUX DU CAIRE

de bois qui est une merveille de touniao^e. — De l'ancien Mariai an, l'hôpital des fous, que Kalamin a\'ait fait construire un ])eu en arrière de sa mosquée, il ne reste rien, et les cabanons sont loués aujourd'hui à des artisans.

De la mosquée (|ue .^lohammed-Kn-Xassir faisait élever, à la suite de

Cour centiale à coupole de ki mosquée du sultan En-Kassir, à la citadelle.

celle de son père, il ne reste rien d'autre que le portail ; il offre cette particularité d'être le porche gothique de l'église d'Akka (i2gi), et d'y avoir été enlevé par le sultan El-x\zziz frère d'En-Nassir, et rapporté au Caire comme un glorieux trophée.

Pour trouver la mosquée du sultan Hassan, il faut revenir sur ses pas et se diriger vers la citadelle; on rencontre en chemin la belle mosquée de l'Emir lU-Maniaiii. contemporain d'En-Nassir. Elle possède un mirhab célèbre, tout étoile de nacre, de pierres rouges et d'émail bleu. Elle vient d'être l'objet d'une complète restauration fort bien menée par

bo

LE CAlRIi

Ilerz-Bey. — l'uis un peu plus loin, la mosquée de Y liniir Ak-Soiiiikor (1346) ; elle fut enlièrement restaurée en 1651 par Ibrahim Agha, et les revêtements de carreaux de faïence qui datent de cette époque, sont les seuls qui existent encore au Caire. La cour de cette mosquée est charmante, avec sa fontaine ombragée de beaux arbres.

rortail.

\'cstibulc.

Corridor.

Salon de la mosquée.

Meïdah (fontaine aux ablutions).

Hanefiyé (petit bassin aux robinets

Liouân (grandes salles voûtées).

. Liouân du sanetuaire.

Dikka (chaire).

Kibla ou Mirhab.

Minbar (chaire à prêcher).

Cabinet des Imans.

Tombeau.

Les deux minarets.

La salle des quatre doctrines.

Celle des Malechites.

Salle de purification des pèlerins.

Plan de la mosquée du sultan Hassan.

La mosquée du sultan Hassan le septième fils d"En-Nassir est la perle des mosquées du Caire, et certainement après la mosquée d'Omar à Jérusalem, le plus beau monument que l'art arabe nous ait laissé. Construite entre 1356 et 1362, n'ayant été jusqu'alors l'objet d'aucune réfection (ce qui est rare au Caire', elle se présente à nous dans tout le charme d'une vétusté où cependant ont sombré quelques lambeaux de son ancienne splendeur. En 1868, Auguste vSalzmann avait fait un projet de conservation dont les chiffres parurent trop modestes au gouvernement d'Ismaïl,

Grand portail de la mosquée du sultan Hassan.

l.R CAIRE

habitué à jongler avec les millicins. < )n préféra alors laisser se consommer lentement la ruine de la mosquée d'Hassan, et consacrer des sommes

Cour intérieure de la mosquée du sult.ui Hassan.

folles à élever en face d'elle à la mémoire du scheik Riffaye une colossale mosquée sur les plans de l'architecte Hussein-Bey, qui voulut y faire revivre respectueusement les grands principes de l'architecture arabe

LES MOSQUÉES-TOMBEAUX DU CAIRE

ancienne, 3Iais il n'était pas libre : Khalil-Agha, chef des eunuques de la vice-reine, qui était alors tout-puissant, contrariait sans cesse ses plans; si bien qu'un jour, le malheureux architecte eut un coup de sang. Le monument est demeuré inachevé ; tandis que de l'autre côté du boulevard Mehemet-Ali, la vieille mosquée d'Hassan, encore droite et gigantesque sur ses puissantes assises mesure la honte à cet avortement.

C'est de ce côté qu'elle se présente sous son aspect le plus saisissant,

Intcrieur de la mosquée du sultan Hassan.

avec l'énormité de ses murailles de 150 mètres de long, creusées de longues rainures verticales à huit rangs de fenêtres qui en augmentent encore les proportions, sa magnifique porte colossale dont la voûte en encorbellement est décorée de riches stalactites, sa coupole de 55 mètres de hauteur, et son immense minaret qui a 86 mètres, le j)lus élevé du Caire. Elle a ce même aspect de forteresse qu'a chez nous un autre lieu de prière, la cathédrale d'Albi. I^t de fait, se dressant ainsi devant la citadelle, les révoltés plusieurs fois s'y enfermèrent et s'}- fortifièrent. Ce fut là que, pour la dernière fois, le 21 octobre 1799, les Arabes révoltés, s'étaient réfugiés et y furent bombardés de nos projectiles.

Le ]iortail est iiKillicumisement pi'ivé de la splemlitle ]iorte à deux vantaux de l)ronze dontle sultan Kl-Mouayyed le dépouilla jjour en parer

Porte de bronze incrustée d'argent de la mosquée d'Hassan, remployée à la mosquée

d"EI-Mouayyed.

sa mosquée. Un corridor aboutit à la grande cour cruciforme dont les quatre liouâns sont formés d'arcs du plus pur style. Celui de Test, le principal, surélevé d'un degré au-dessus de la cour est orné d'un beau revête-

LES iSIOSQUÉES-TOMBEAUX DU (.'AIRE 65

ment de marbre couronné d'une frise de caractères Kouffiques ; le minbar est d'un beau travail, et une longue dikkah (tribune) de marbre est porté par trois pilastres et huit colonnettes. Du plafond pendent encore les longues chaînes auxquelles étaient accrochées 70 de ces grosses lampes

Portique de la mosquée du sultan El-Mouayyed.

de verre émaillées, chefs-d'œuvre imcomparables, dont chacune vaut aujourd'hui une fortune, et que les amateurs s'arrachent à prix fantastiques. Au centre de la cour, chante le jet d'eau d'une fontaine aux ablutions recouvert d'un toit recourbé de forme tartare.

A droite du minbar, une magnifique porte composée d'un assemblage d'étoiles de bronze niellées d'or et d'argent, d'une som]ituosité assourdie

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