PRÉFACE
enfin à présenter en particulier un aperçu de celles de Paris.
Quelques notes explicatives sont nécessaires au courant du volume pour rappeler des usages déjà loin de nous.
Les lettres C et J, quand elles se trouvent à la suite d'un nom de confrérie, indiquent que celle-ci possédait un cachet ou gravure (Appendice II) et un jeton qui se trouve reproduit dans l'ouvrage de M. A. Forgeais : Plombs historiés trouvés dans la Seine^ que l'on ne saurait assez consulter sur cette matière.
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I. Calendrier. — Vigneulde Marville(i) donne Tétymologie suivante de ce mot :
« La plupart de ceux qui sçavent que les (c Romains comptoient par les kalendes, les « ides et les nones en ignorent la raison ; la « voici. Les anciens Romains régloient d'a- (( bord leurs mois sur le cours de la lune; et « ayant remarqué qu'à chaque mois elle ce avoit trois varietez remarquables , la prête mière lorsqu'elle se cache dans sa conjonc- « tion avec le soleil , elle se montre entièrece ment éclairée de ses rayons; ils appeloient
' Mélanges d'hist, et de îitt,^ t. III, p. 407,
XIJ INTRODUCTION
« le premier jour du mois kalendeSy du mot « latin calare^ parce que, ce Jour-là, cette « planète étoit cachée; ou, selon Juba, du « mot grec jcaAsIv, parce qu'on convoquoit le (( peuple pour lui annoncer que les nones, « c'est-à-dire la foire ou le marché seroit le « cinquième jour d'après. Le jour que la lune (c commençant à reparoître étoit dans son « premier quartier, ils le nommoient nones^ « du mot grec vso;, et le jour qu'elle paroisc( soit pleine, ils Tappeloient ides, du mot « siooç , face^ parce que la lune étoit alors (( dans sa beauté, et qu'elle montroit sa face ce entière. Depuis les ides jusques à la fin du (( mois, on complaît 14, i3, 12, etc., avant (( les kalendes du mois qui suivoit : et de- (( puis le premier jour de ce mois jusques « aux nones, le 2, le 3, le 4^ etc., après les (( kalendes. »
Il est bien probable, en effet, que ce fut des Etrusques^ et non des Grecs, que les Romains recurent leurs premières notions en fait d'astronomie. La racine cal appartient au fonds commun que les Hellènes et les Latins avaient emporté en se séparant du tronc indo-germanique. Le mot calendœ ne viendrait donc pas du grec xakîv, mais de
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l'étrusque, auquel les Romains auraient emprunté leur verbe calare,
Almanach. — L'almanach diffère peu du calendrier : le premierrappelleTordredu temps, le second les jours qui offrent des souvenirs, des obligations religieuses ou de famille.
« Ce que nous nommons aujourd'hui almanachs n'étaient originairement que de simples calendriers, donnant les mois et les jours de l'année, et, depuis le cinquième siècle , l'indication des fêtes de TÉglise. L'usage en remonte fort haut , ainsi que l'attestent les simples calendriers et les anciens livres de liturgie manuscrits, si nombreux dans les bibliothèques publiques et dans quelques bibliothèques particulières; mais ce n'est qu'après l'invention de l'imprimerie qu'ils sont devenus tout à fait populaires. A dater de 1475, on ne manqua guère de placer des calendriers en tête de toutes les éditions des bréviaires^ des missels et des livres d'heures, à l'usage de Rome, des différents diocèses ou des ordres religieux qui rimprimaient; ce qui n'empêcha pas la publication des almanachs séparés. A cette même époque , des Pronostications
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astrologiques commencèrent à paraître annuellement dans différentes villes. Plus tard les almanachs prirent peu à peu plus de consistance; ils devinrent mxême des Annuaires historiques, scientifiques, littéraires ou industriels (i), » ou se bornèrent à des spécialités, comme le Calendrier des Confréries de Paris,
Le mot almanach vient de l'arabe et signifie V action de compter. Dans le principe, et pendant de longs siècles, l'Église se chargea de la rédaction de l'almanach. Chaque année^ à Pâques , on rédigeait une nomenclature de jours fériés, et on la plaçait sur le cierge pascal; l'usage de ces tables pascales subsista jusqu'au septième siècle.
L'usage des almanachs est néanmoins plus ancien qu'on ne le croit généralement.
On trouve dans un compte :
1354. (Dimanche ViLEL.) « Vng kalendrier c( à iij euanjiles tout relié en deux aiselles ce (ais) couuerts de parchemin, et à deux ferce meaux. . . 5. (Le prix n'y est pas.) Cet article, dit Peignot, prouve que les ducs de Bourgo-
(i) Brun ET, Manuel, 1, 193.
INTRODUCTION
gne de la première race avaient déjà le goût des livres.
1374. (Amiot Arnaut.) « Le Duc (Philippe « le Hardi) estant au bois de Vincennes^, le « 22 janvier, fit faire pour li deux alma- « nachs , c'est assavoir Tung en nombres (( communs et l'aultre en chiffres. » Le prix n'est pas porté au compte.
iSyy. « Le Duc paye à Maistre Robert,, « faiseur de cadrans à Paris^ 4 frans (36 fr. « 45 c), pour ung almanach qu'il avoit « faict faire pour li^ pour ceste année com- « mençant le premier janvier. ))
G. Peignot. Ancienne librairie des ducs de Bourgogne. Paris, Raynouard, i83o,
Depuis la découverte de l'imprimerie , les almanachs populaires se répandirent et s'augmentèrent d'avis, souvent rimés^ d'historiettes et de conseils aux laboureurs.
U Almanach royal ^ qui date de 1679, était dans Torigine un simple calendrier. Depuis, on y ajouta la liste des fonctionnaires publics.
Les livres liturgiques offrent presque tous des calendriers; dans les manuscrits on peut dire à quelle église ils étaient destinés par la
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présence des saints locaux; dans les livres d'heures destinés aux princes et aux riches familles, le calendrier était suivi de plusieurs feuillets blancs sur lesquels on inscrivait les dates de la naissance et de la mort, les événements heureux. Ces éphémérides étaient de véritables archives de famille; parfois on y rencontre des faits qu'on irait vainement chercher ailleurs.
II. Corporations. — On donnait le nom de corporation ou ghilde à des associations d'ouvriers qui remontaient à une haute antiquité. Les corporations industrielles se trouvent déjà dans l'empire romain, où elles avaient été instituées par Alex. Sévère. Elles survécurent à l'empire et furent fortifiées par l'usage des ghildes ^ ou associations Scandinaves.
(( Dans l'ancienne Scandinavie, dit M . Aug. Thierry, ceux qui se réunissaient aux époques solennelles pour sacrifier ensemble terminaient la cérémonie par un festin religieux. Assis autour du feu et de la chaudière du sacrifice, ils buvaient à la ronde et vidaient successivement trois cornes remplies de bière^ l'une pour les dieux, l'autre
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pour les graves du vieux temps, la troisième pour les parents et les amis^ dont les tombes, marquées par des monticules de gazon, se voyaient çà et là dans la plaine; on appelait celle-ci la coupe de l'amitié. Le nom d'amitié {minne) se donnait aussi quelquefois à la réunion de ceux qui offraient en commun le sacrifice, et, d'ordinaire, cette réunion était appelée ghilde ^ c'est-à-dire banquet à frais communs^ mot qui signifiait aussi association ou confrérie , parce que tous les cosacrifiants promettaient par serment de se défendre l'un l'autre et de s'entr'aider comme des frères. Cette promesse de secours et d'appui comprenait tous les périls, tous les grands accidents de la vie; il y avait assurance mutuelle contre les voies de fait et les injures, contre l'incendie et le naufrage^, et aussi contre les poursuites légales encourues pour des crimes et des délits même avérés. Chacune de ces associations était mise sous le patronage d'un dieu ou d'un héros dont le nom servait à la désigner; chacune avait des chefs pris dans son sein, un trésor commun, alimenté par des contributions annuelles^ et des statuts obligatoires pour tous ses membres; elle formait
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ainsi une société à part au milieu de la société ou de la tribu. La société de la ghilde ne se bornait pas comme celle de la tribu ou du canton germanique à un territoire déterminé; elle était sans limites d'aucun genre ; elle se propageait au loin et réunissait toute espèce de personnes, depuis le prince et le noble jusqu'au laboureur et à l'artisan libre. C'était une sorte de communion païenne, qui entretenait par de grossiers symboles et par la foi du serment des liens de charité réciproque entre les associés, charité exclusive, hostile même à l'égard de ceux qui^ restés en dehors de l'association, ne pouvaient prendre les titres de convive^ conjuré ^ frère du banquet. Soit que cette pratique d'une grande énergie fût particulière à la religion d'Odin , soit qu'elle appartînt à l'ancien culte des populations tudesques, il est hors de doute qu'elle exista non-seulement dans la péninsule Scandinave, mais encore dans les pays germaniques. Partout, dans leurs émigrations, les Germains la portèrent avec eux; ils la conservèrent même après leur conversion au christianisme, en substituant l'invocation des saints à celle des dieux et des héros, et en joignant cer-
tailles œuvres pies aux intérêts positifs qui étaient l'objet de ce genre d'association. »
De là naquirent les confréries du moyen âge, qui plaçaient les hommes d'un même métier sous l'invocation d'un patron et les réunissaient à certains jours de l'année dans des banquets fraternels.
Les ghildes , confréries ou associations, éveillèrent souvent les inquiétudes du pouvoir, qui s'opposait à leur établissement ou à leur maintien. Plusieurs capitulaires de Charlemagne les interdirent formellement. Il en fut de même des conciles.
Un synode, tenu à Rouen en 1189, reproduit ces prohibitions :
c( Il y a des clercs et des laïques qui force ment des associations pour se secourir mute tuellement dans toutes espèces d'affaires, a et spécialement dans leur négoce^ portant c( une peine contre ceux qui s'opposent à « leurs statuts. La Sainte Écriture a en (( horreur de pareilles associations ou con- « fréries de laïques ou d'ecclésiastiques, parce ce qu'en les observant on est exposé à se c( parjurer. En conséquence^, nous défendons, c( sous peine d'excommunication, qu'on
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« fasse de semblables associations ou qu'on « observe celles qui auraient été faites. ))
Malgré les défenses des rois et des conciles, les confréries et les corporations se maintinrent. EJles étaient une nécessité au moyen âge, dans ces temps où la loi ne protégeait pas suffisamment les individus, et où ils étaient forcés de s'unir pour défendre leurs droits.
L'association de gens de même métier leur assurait protection contre la violence, secours pour les vieillards, les malades, les orphelins et les veuves des membres de la corporation. Il y avait encore un avantage incontestable dans le contrôle exercé sur les œuvres de chaque métier ; on prévenait les fraudes et on exigeait un soin consciencieux dans l'exécution des travaux (^).
Hanse. — On désignait sous le nom de hanse au moyen âge une association de marchands. Il n'entre pas dans notre sujet de parler de la hanse germanique:^ mais il a existé aussi en France des associations de marchands appelées hanses-^ la plus impor-
(i) Chéruel, Institut, de la France, I, 229.
INTRODUCTION
tante était celle des marchands de Veau de Paris y qui remontait jusqu'à l'empire romain.
Louis VII^ en confirmant leurs privilèges en 1 170, reconnaissait qu'ils étaient fort anciens [consuetiidines eorum taies sunt ab antiquo).
Distinguer la confrérie de la corporation est souvent chose difficile, tant elles sont intimement liées entre elles ; c'est le lien moral et religieux qui vient se joindre à la communauté des intérêts personnels, généraux et politiques.
III. Des Confréries en général. — Une confrérie n'est plus aujourd'hui qu'une association formée par des laïques en vue d'une œuvre de piété, de charité ou de dévotion.
Au siècle dernier un historien de Paris la définissait ainsi :
c( Gens qui ont dévotion à quelque saint, « à quelque mystère , ou à quelque autre «chose que la religion vénère, et qui, c( moyennant quelque somme modique, se (( font inscrire sur le registre où sont les c( noms des confrères; le registre se garde à
XXij. INTRODUCTION.
« la paroisse, ou au lieu auquel on honore « particulièrement le saint^ ou la chose (c sainte , et, à certains jours de l'année les (( confrères vont visiter ce lieu ou cette pa- « roisse, et y faire leurs dévotions \). »
Au moyen âge, le mot et la chose avaient un sens bien plus étendu, comme on le verra plus bas.
La confrérie {Confraria^ Confratria ^ Confraternitas) avait la signification de société, d'association pieuse, de collège ou corporation ; en mauvaise part, de réunion illicite^ conjuration : quelquefois même elle était le synonyme de banquet.
Dans son acception la plus étroite, c'était une assemblée de personnes dans un but de religion, tandis que le nom de corporation, gilde ou gelde, comprenait les mêmes personnes unies par un but matériel^ la défense ou les intérêts communs.
Des confréries ou associations religieuses sous le patronage d'un saint étaient presque toujours annexées aux corporations. Ainsi les orfèvres, une des plus anciennes et des plus célèbres corporations de
(i) HuRTAUT ET Magny, D'ict. Iiîst. dc Paris, II, 541.
INTRODUCTION. XXll)
Paris^, avaient leur confrérie à Notre-Dame. Celle des avocats et procureurs de la même ville se réunissait dans la chapelle de Saint- Yves, à l'angle des rues Saint-Jacques et des Noyers. Les confrères avaient droit de présentation pour les chapellenies vacantes à Saint- Yves. Les messagers de l'Université avaient formé la Confrérie de Charlemagne dans l'église des Mathurins. Les libraires avaient leur confrérie dans la même église. Les marchands de vin se réunissaient à Saint-Gervais où ils avaient fondé l'O de l'avent. Quelques jours avant Noël, le prévôt des marchands^, les échevins, le procureur du roi, le greffier et les autres officiers y assistaient. On leur distribuait des sucreries, d'où vient le nom d'O sucré donné à cette cérémonie.
Presque toutes les confréries avaient été fondées pour prier en commun; mais quelques-unes oublièrent le but primitif de l'institution , et remplacèrent trop souvent les prières par des festins qui dégénéraient en orgies. On peut citer, entre autres, la confrérie de Notre-Dame de Liesse^ fondée à P aris, le 8 septembre 1 4 1 3 , dans l'église du Saint-Esprit. Chacun de ceux qui y étaient
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reçus était tenu de donner un grand repas aux confrères, et, pour ce motif, on appela cette réunion Confrérie aux goulus» Il y eut d'autres confréries de dévotion d'un usage plus étendu, comme celle du Rosaire^ établie dans l'église des Dominicains (rue Saint-Jacques); du Scapulaire^ dans l'église des Carmes (place Maubert); de Notre-Dame des Sept douleurs^ dans l'église de Notre- Dame des Victoires^ qui restèrent plus fidèles à leur caractère primitif. Il n'en fut pas de même de la Confrérie royale des pénitents établie par Henri III; elle ne fit qu'ajouter aux scandales de ce roi dépravé (i).
De toutes les Confréries^ une des plus célèbres fut celle qui fut organisée au commencement du quinzième siècle pour la représentation des mystères : c'est le berceau de notre théâtre moderne; elle ne rentre pas dans notre plan, et a d'ailleurs son histoire à part.
On a voulu voir l'origine des confréries dans l'antiquité païenne; sans remonter à Numa Pompilius et à la loi des douze Tables, on ne peut nier que les Romains n'eus-
(i) Chéruel, Institut, de la France ^ I, 207.
INTRODUCTION
sent des associations, mi-parties civiles et mi-parties religieuses, sous le nom de collèges.
Dans cet ordre d'idées, on pourrait plutôt les faire dériver des Gaulois, nos ancétres, dont la religion et les institutions se rapprochent bien plus du christianisme que du polythéisme antique. La confrérie tient plus de la gilde germanique que du collegium des Romains.
L'homme, né sociable^ appliqua l'idée de société à l'administration de ses intérêts matériels. Le christianisme a secondé et étendu le principe d'association qui est dans l'âme humaine et l'a mis en pratique pour le soulagement des infirmités physiques ou morales. A quelle époque précise commencèrent les confréries^ il est impossible de le dire; les évolutions en furent lentes, sans doute, comme celles de toutes les institutions vivaces qui reposent sur un besoin de la nature intellectuelle et morale de l'homme : on peut avancer que leur origine fut parallèle à celle de la féodalité, dont elles sont la copie ou peut-être la source.
Mais ce fut au moyen âge seulement que
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la confrérie prit son plus vaste développement.
Cette époque que l'on regarda trop longtemps comme une ère d'ignorance et qui fut plutôt celle de la vraie liberté et de l'épanouissement le plus complet de la pensée sous la double influence de la religion et du patriotisme, cette époque forma d'une même main les congrégations religieuses si utiles à la conservation des sciences, des arts, et à la culture des terres, et les corporations marchandes ou manouvrières dont la bannière de la confrérie protégea si efficacement les sociétés de commerce et les compagnies {cum pane) d'agriculteurs qui nourrissaient la société entière.
Au treizième siècle, les diverses corporations firent approuver leurs statuts depuis longtemps sanctionnés par l'usage; à la même époque les confréries qui en étaient le complément suivirent cet exemple; les plus anciens règlements connus ne remontent pas au-delà de cette date.
L'organisation des confréries a présenté des variétés infinies selon les métiers ^ les pays et le but qu'elles se proposaient d'atteindre ; mais, si la forme varie, le fonds est
INTRODUCTION. XXVI
le même, l'esprit général est identique pour toutes.
Les dispositions de l'administration intérieure des confréries étaient à peu de choses près les mêmes pour toutes ; ce fait prouve l'universalité et Tempire des lois qui les régissaient.
Les corporations industrielles devinrent religieuses, par le règlement de la confrérie qui rappelait chaque associé à l'adoration de Dieu, à l'observance des préceptes ^ des devoirs de piété ; morales, par la vigilance qu'elles exerçaient sur les moeurs, la conduite de chaque membre; tt politiques par leur intervention dans les mouvements populaires.
Par suite de ces divers caractères on les appela indistinctement :
Corporations, à cause de l'alliance des artisans d'un même métier;
Confréries y à cause de l'esprit de fraternité qui devait les animer, et du lien qui les unissait sous la bannière du même patron;
Jurandes, à cause du serment qui liait chacun des membres.
Il faut distinguer les confréries d'avec les communautés. Dans les confréries chacun
XXViij INTRODUCTION.
était admis par sa voulenté sans force faire. Les maîtres^, les apprentis, les varlets (compagnons), s'y trouvaient souvent réunis.
Certains corps de métier imposaient une cotisation annuelle à leurs membres pour l'entretien de la confrérie.
La confrérie et la communauté paraissaient ne faire qu'un seul et même corps, mais ces deux institutions étaient différentes par leur nature.
Les confréries échappaient à la surveillance matérielle de l'autorité; les troubles de la religion servirent de motif et de prétexte à restreindre leurs droits et privilèges.
En 1 5 35, i539j i 5 6o aux États généraux d'Orléans, en iSyg à la suite des Etats de Blois, on abolit toutes les confréries ; mais les communautés subsistèrent toujours.
A partir de cette époque, le pouvoir civil et l'autorité ecclésiastique limitèrent le nombre des confréries qui furent autorisées à se reconstituer sur de nouvelles bases : au lieu d être réservées à des gens de même profession, elles furent accessibles à tous les catholiques quel que fût leur âge, leur état, leur condition; elles eurent un but, d'entretenir la piété de leurs membres et non de
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couvrir des agissements religieux ou politiques, ce qui devenait presque impossible une fois que la porte était ouverte à tous indistinctement et que le but avoué et réel était l'édification mutuelle , le soulagement du prochain, l'extension du royaume de Dieu.
Selon que la confrérie était professionnelle ou pieuse, elle n'admettait que les gens de même métier ou tous les fidèles indistinctement.
Elle était sous la conduite d'un prévôt ou gouverneur dont nous énumérerons plus loin les charges et les privilèges.
Chaque confrère payait à son entrée un droit fixe et chaque année une cotisation. Il était tenu d'assister aux offices de la confrérie, d'accompagner le Saint- Sacrement lorsqu'on le portait aux malades, de venir aux obsèques des confrères défunts, de loger les pauvres, de réconcilier les ennemis, de ramener les dévoyés, d'enseigner les ignorants, de pratiquer en un mot la charité chrétienne et les œuvres de miséricorde ^ ce qui impliquait l'obligation de donner le bon exemple. Si les obligations étaient nombreuses, rigoureuses même^ les privilèges
ne Tétaient pas moins ; le confrère pouvait compter sur le dévouement a-bsolu de ses confrères , dans les nécessités physiques ou morales, religieuses ou politiques, ce qui allait si loin que le mot de confrérie devint synonyme de conjuration et que parfois des conspirations s'ourdirent sous le manteau de la piété.
Pour cette raison, à la suite des guerres de religion, l'autorité religieuse ne permit plus l'institution des confréries pour des gens d'un même métier, mais seulement pour toute personne non attachée à aucune sorte (Partisans en particulier ^ disent les bulles d'institution.
La confrérie déployait son luxe à l'occasion de sa fête patronale toujours célébrée avec plus ou moins de pompe. Grand'messe chantée, exposition du Saint -Sacrement, procession, salut, voilà pour la solennité religieuse. Le soir, les confrères se réunissaient dans un festin dont l'ordonnance était réglée d'avance par l'usage, et surveillée par les officiers en charge; pendant le repas où tout était prévu, on entendait un sermon, à chaque table se trouvait le^o^ de
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l'aumône pour recevoir les restes, distribués ensuite aux pauvres.
Dans les processions et autres cérémonies publiques, la corporation marchait sous la bannière de ce patron, et le plus souvent les maîtres de chaque métier avaient un costume distinctif, leurs torches étaient souvent peintes et ornées des insignes de la corporation et de l'image du patron. Le lendemain réunissait de nouveau à l'église tous les confrères qui venaient assister au service des trépassés pour les confrères décédés dans l'année.
Indépendamment de cette réunion annuelle, il y en avait de mensuelles ou même d'hebdomadaires pour régler les affaires intérieures de la confrérie.
Au décès des confrères, chaque membre de la confrérie était tenu à l'assistance aux obsèques et à l'offrande « pain , vin , honoraires^ ce harces, et s'il arrive que quelque ancien c( maître ayant passé en charge vienne à déc( céder, sa veuve ne sera tenue, ni les héri- (( tiers dudit défunt de ne payer aucune c( chose, ny harces^ ni pain^ ni vin, ni of- « fraudes (i). » La confrérie était administrée
i) statuts des confréries, passim.
XXxij INTRODUCTION.
par plusieurs dignitaires. Le chef prenait le nom de prévôt, de gouverneur, de doyen ou d'échevin, selon les localités; il était élu au scrutin^ à la majorité, ordinairement après un office dans la chapelle de la confrérie, où il avait une place spéciale; si la volonté de ses confrères lui donnait un successeur, il reprenait son rang parmi les fidèles. Le prévôt avait chez lui la croix et la bannière de la confrérie, les cierges des processions et des enterrements, les registres de délibération et d'inscription, le coffre aux deniers, les titres de la confrérie, ce qu'on appellerait aujourd'hui les archives. Il avait le droit de convoquer les assemblées et d'avoir la place d'honneur dans les réunions, offices, processions, repas^ cérémonies publiques.
La charge de prévôt était ambitionnée; mais , à côté des droits nombreux et des nombreux honneurs qui étaient son apanage, il avait des frais qui ne laissaient pas d'être onéreux.
A son entrée en charge et à la féte du patron, il devait offrir un banquet à tous les confrères.
De plus, il devait donner au frère servant^
INTRODUCTION. XXXiij
au sacristain et au bedeau des redevances pécuniaires en certaines occasions , des gratifications aux clercs et valets qui avaient rendu des services à la confrérie. Il faisait à celle-ci des dons qui faisaient époque , il renouvelait les jetons ou les cachets de réception.
Après le prévôt venaient les conseillers , qui l'aidaient dans sa gestion ; le collecteur ou trésorier qui recueillait les deniers à l'église et à domicile, le clerc chargé de porter à chaque membre les lettres d'invitation ou de décès à la mort des confrères^ le crieur^ enfin les frères servants qui remplissaient les fonctions manuelles que le service pouvait réclamer : distribuer les cierges^ les allumer^ les recueillir, porter les morts, etc.
Le chapelain était aussi dignitaire de la confrérie et conseiller de droit, mais ses fonctions spirituelles le mettaient au-dessus de ses collègues, et presque l'égal du prévôt.
Le trésor de la confrérie ou sa caisse, si le premier mot semble trop prétentieux, servait à subvenir aux besoins des confrères pauvres ou malades, voire à assister leurs veuves et leurs orphelins. Il était formé des
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contributions annuelles des membres de la corporation et des amendes perçues pour contraventions aux règlements. Ordinairement, il était déposé dans la chapelle consacrée au patron, sous l'invocation duquel elle était placée.
Elle avait son chapelain particulier,, ses ornements spéciaux ; on la décorait à l'envi des chapelles voisines. On peut voir encore dans les villes riches du Nord^ en Belgique^ les armoires qui renfermaient les ornements et vases sacrés, linges et livres de la confrérie ; on y trouve les tableaux des confréries, dont plusieurs sont des œuvres d'art, qui datent du quinzième siècle. En France, en pourrait -on retrouver quelques spécimens? C'est douteux.
L'évêque et le curé, comme supérieurs spirituels , avaient droit de surveillance sur les confréries.
Les gens de métier voulurent avoir leurs bannières^ leurs armoiries ^ leurs jetons, leurs devises, leurs cris de guerre, comme les seigneurs, dont ils imitaient l'organisation féodale.
Les devises concordaient souvent avec le métier; les bannières, point de rallie-
ment, se portaient dans les cérémonies publiques ; on y voyait le saint patron et les blasons, ordinairement composés avec les instruments du métier, quelquefois peints en vives couleurs.
Chaque corporation avait ses armoiries, son sceau, ses jetons spéciaux; chaque confrérie avait sa bannière, son chapelain, son cachet, ses jetons et médailles, ses statuts, son 'patron , par analogie à la profession exercée par les membres.
Saint LuCy pour les médecins,
Saint Yves, pour les avocats ,
Saint Georges, pour les soldats, etc.
L'analogie n'existait pas toujours ou n'était pas toujours évidente ; la grande célébrité de quelques saints les fit rechercher et adopter par plusieurs corps d'état différents.
Le populaire ne pouvait battre monnaie comme les seigneurs; il voulut néanmoins avoir ses médailles religieuses^ ses jetons de présence à l'effigie du patron et aux armes de la confrérie^ ses enseignes de pèlerinages, signes en même temps de ralliement , en métal commun, en plomb^ doré parfois.
Après l'invention de l'imprimerie, cet
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usage tomba en désuétude ; dès Papparition de la gravure sur bois , on lui substitua des images, naïves peut-être^ mais qui flattaient l'œil, parce que souvent elles étaient peintes, et qu'en égayant le logis de l'artisan, elles étaient une prédication muette.
Ces représentations n'étaient pas toujours sans mérite; si beaucoup sentent l'imagerie d'Epinal, d'autres nous ont conservé le souvenir de faits et de monuments ignorés sans cela absolument.
Souvent,, le maître ou gouverneur de la confrérie faisait regraver ou retoucher la planche surannée ou fatiguée par un long usage; une inscription consacrait ce fait. On donnait à chaque confrère , au jour de son entrée dans la confrérie, une de ces images; c'était pour lui un souvenir, plus qu'un diplôme, dont le cachet qu'on donne aux enfants^ à l'occasion de leur première communion , est une tradition. Parfois^ on trouve cette recommandation : la rapporter en cas de mort, précaution utile surtout dans les grandes villes ou en cas d'émigration.
Toutes les paroisses , toutes les confréries d'une même paroisse avaient leur image
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populaire. Cet usage était si goûté que quelques communautés religieuses l'adoptèrent.
Comme toutes les institutions humaines, les confréries eurent leurs abus. Hincmar, au neuvième siècle, se plaignait déjà de quelques désordres.
Saint Anselme, au livre II de ses Lettres ^ reproche à un sieur Henri « de se conduire « mal^ surtout à V endroit de boire ^ s'en- « ivrant avec les autres confrères. »
On areproché aux confréries de s'être mises au service des passions politiques, particulièrement au seizième siècle. La France, royaume éminemment catholique, dont les anciens rois se faisaient un titre glorieux d'être fils aînés de l'Église catholique, vivait heureuse sous des lois qui tiraient toute leur force de la religion, quand pénétra dans son sein le schisme de Luther et l'hérésie de Calvin , qui se vantaient d'affranchir la pensée en soustrayant l'homme à l'autorité du Pape et à celle de l'Eglise catholique^ qu'ils appellent un joug despotique. La Ligue se forma pour conserver au roi sa couronne et à la France sa religion.
Il n'est pas inutile de rapporter ici le jugement que porte sur cette ligue des catholi-
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ques un écrivain peu suspect de partialité^ l'abbé Fauchet (1744-1793), évéque constitutionnel du Calvados.
c( Ce n'est pas une question , dit-il , c'est (( un fait. Les Gaulois n'avaient pas d'autre c( religion à l'époque de la conquête; les <c Francs Tadoptèrent. Les deux nations^ di- « visées d'abord par les traces sanglantes de (( la victoire , furent confondues ensuite par c( les bienfaits de la nature et du temps, et « plus redevables qu'on ne le pense de cette a coalition aux liens de l'amitié que la reli- « gion catholique tend toujours à resserrer c( davantage par l'essence même des vrais « principes qui y sont constamment attac( chés. Dans toutes ces assemblées générales (c si fréquentes sous ces deux premières dy- « nasties, la catholicité était la loi première c( et la plus inviolable. Sous la troisième c( race, malgré les lois odieuses du régime c( féodal, cette grande race restait entière. c( C'est l'unique loi depuis le commencec( ment de la monarchie qui n'ait jamais (c éprouvé de variétés dans la sanction puce blique. On a dérogé plusieurs fois à ce c( qu'on a appelé la loi salique^ dans son ob-
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(( jet le plus important^ jamais à la loi de la « catholicité. »
Les confréries survécurent à cette crise violente; les deux autorités en modifièrent les bases pour éviter le retour des excès précédents, et elles eurent encore de beaux jours, à preuve le Calendrier des Confréries qui est en quelque sorte le livre d'or des corporations , car on ne peut guère séparer l'un de l'autre les deux éléments spirituel et matériel, le corps et l'âme.
Nous nous arrêterons à cette époque de leur histoire. Cet ouvrage nous a paru avoir un mérite d'à-propos. Depuis quelque temps^, on recherche et on lit avec intérêt tout ce qui a trait à cette partie si intéressante de la vie de nos pères.
Aujourd'hui , confréries et corporations ont disparu ; la Révolution a consommé ce qu'avait commencé l'école économiste. En supprimant les jurandes^ au lieu de réformer les abus dont on se plaignait^ Turgot n'a-t-il pas fait comme le sauvage qui abat l'arbre dont il veut avoir les fruits? A la tyrannie des corps de métiers a succédé la liberté illimitée: ainsi, lois outrées^ sous le régime des corporations; licence, sous celui
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de la concurrence ; voilà les deux traits caractéristiques. Si le premier régime était trop restrictif, le second manque d'un contre-poids, d'un frein qui en effet assure le producteur contre la concurrence déloyale^ le public sur la qualité des marchandises, le marchand sur le placement de ses produits.
Il manque un frein salutaire, le contrepoids, Télément religieux; la conscience, la garantie pour tous; mais, de nos jours, peuples et individus, gouvernements et administrés en reconnaissent la nécessité chez les autres pas pour eux. Sommes-nous en progrès?
Faut- il revenir à l'ancien système, ou persévérer dans le nouveau , que l'on reconnaît également n'être pas parfait?
Adhuc stib judice lis est.
Primitivement, le mot confrérie était synonyme de réunion, association, assemblée; de nos jours on dirait société.
C'est ce qui explique qu'on rencontre dans la suite des temps un si grand nombre de confréries de dévotion ; badines, facétieuses, apocryphes; sérieuses, patriotiques; scientifiques et littéraires, auxquelles l'élé-
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ment religieux servait de lien ou de prétexte.