I . — Parmi les premières , on peut citer comme exemple
La confrérie des Damoiseaux , à Valenciennes.
— de sainte Dorothée, patronne
des amateurs de fleurs.
— électorale de Bavière de saint
Michel archange, pour les agonisants ( dix - huitième siècle).
— des Montuzets^ à Bordeaux
(quinzième siècle).
— de l'ordre de la Tête de mort
(dix-septième siècle) en Allemagne.
— de Charité, nombreuse et en-
core existante en Normandie; à Vernon; on la désignait sous le nom de Portemorts (*).
(i; Une cérémonie singulière, qu'elle célébrait chaque année le jour de la Fête-Dieu, est l'objet d'une lettre insérée dans le Mercure de France , juillet 1732.
Xlij INTRODUCTION.
— une d'entre elles , dite des
Prisonniers^ avait pour patron saint Jean décollé.
— des Pénitents, distingués par
des habillements de formes et de couleurs différentes, ayant des statuts, des règles, des églises et des cimetières particuliers. Ils furent en vigueur dans le midi de la France; ils existent encore en Espagne et en Italie.
Il y avait des pénitents blancs, bleus, noirs, rougeSj gris, verts, violets, etc.
Ils rendaient de grands services en temps d'épidémie, de famine, assistaient les suppliciés, etc.
La confrérie des Pénitents de Paris, instituée par Henri III, n'eut qu'une durée éphémère.
2. — Des associations badines, bachiques et autres prirent aussi le titre de confréries ; plusieurs n'eurent d'existence que dans l'imagination de leurs auteurs. Les plus connues sont les confréries des Fous ou Innocents, très-nombreuses au moyen âge; la Mère Folle de Dijon est la plus célèbre.
INTRODUCTION. xHij
La confrérie des Varlets ou des simples en est une ramification.
— de r Araignée, au Mans; elle fut
instituée au treizième siècle.
— des Blasez (amis des liqueurs
fortes).
— des Bouteilles (dix -septième
siècle).
— de la Corne à boire (seizième
siècle).
— des Coqueluchers ou des Fous
(seizième siècle), des Dévotes du temps et à la mode (Archiconfrérie satirique).
— de la Fontange (dix -huitième
siècle).
— des Friponniers.
— du Loup vert de Jumiéges.
— des Monosyllabes.
— de saint Lâche, patron des pa-
resseux ou des saoulx d'ouvrer et enragez de rien faire.
— (un peu trop rabelaisienne) des
Baise-c...
— des mal Mariés à Toulouse
(quinzième siècle).
INTRODUCTION
On pourrait en étendre la liste. En faisant ces citations, nous n'avons d'autre but que d'attirer l'attention sur ce fait que l'esprit d'association, à cette époque(du treizième au seizième siècle), s'étendait jusqu'aux amusements.
3 . — Des assemblées plus sérieuses^ dans leur objet et le but qu'elles se proposaient se distinguaient des précédentes; on peut les appeler patriotiques : ce sont les confréries de Y Arc et de Y Arquebuse ^ en vigueur au moyen âge dans les villes du nord de la France, sous le patronage de saint Sébastien ou de saint Georges, associations communales, noyau de l'infanterie française, qui sauvèrent la monarchie à Bouvines^ émules de la chevalerie, mais aussi indisciplinées qu'elle devant l'ennemi; leur importance ne se fit sentir qu'après que Louis XI eut groupé sous des bannières les corps de métiers.
L'origine des compagnies d'arc, arbalète et arquebuse de la ville de Paris remonte à des temps très-anciens. Saint Louis aurait institué la première en 1 245 , ou mieux l'aurait réorganisée. « Les chevaliers de l'arc étoient établis en l'honneur de sire Diex et
INTRODUCTION
à la louange de la benoîte Vierge Marie^ de Monseigneur sainct Sébastien et de toute la céleste cour et compagnie du Paradis, Amen. » Telle est la teneur du texte ancien de ses titres (^).
L'esprit de corps apparaît aussi vivace dans la corporation des Clercs de la Basoche, dont l'institution est aussi ancienne que celle du Parlement (i3o2).
A Douai existait une société analogue, celle des Clercs parisiens (quatorzième siècle).
4. — La tradition de la science et de Fesprit du moyen âge , qui se retrouve dans la confrérie des Frères-Pontifes, n'a pas moins rendu de services à la civilisation en facilitant les communications que celles des maçons, maistres des œuvres, qui rassemblaient les populations et dirigeaient les constructions des cathédrales, aussi bien que celles des humbles églises de village.
La confrérie ou société des Couards ou Cornards, autrement dite des Jans, au qua-
(i) Almanach des Compagnies d'arc, etc. Paris, au Champ-de-Mars et chez l'auteur (Pellefier), rue et hôtel de rOursine, 1789, in-12 de 137 pages.
INTRODUCTION
torzième siècle , était satirique pour le fonds , mais littéraire dans la forme ; sa devise eût pu être celle d'Arlequin :
Castigat ridendo mores.
A une époque où le peuple n'était pas toujours délicat dans le choix des sujets pourvu qu'on l'amusât, elle jouit d'une grande vogue. Parce côté, cette confrérie rentre dans la classe des confréries que l'on peut appeler littéraires.
Mais, si l'on ne considère que les sujets traités, les réunions vraiment dignes de ce nom étaient :
Les confréries du puy d'Amiens, de la même époque (quatorzième siècle);
— du puy de la Conception
de Caen ;
— du puy de l'Assomption
Notre-Dame de Rouen, et toutes les autres de ce genre, en Normandie, en Picardie, en Artois, en Hainaut, dont les centres principaux étaient établis à Amiens, ArraS;, Douai^ Rouen, Valenciennes^ etc.
INTRODUCTION. xlvij
Ces institutions académiques ne furent pas sans influence sur le développement de l'esprit littéraire en France.
Il nous reste à citer une dernière confrérie, la plus illustre de toutes les associations littéraires, celle de la Passion (1438), qui, après s'être essayée à représenter les Mystères^ devint plus tard le berceau de la scène française.
Nous n'avons pas à nous en occuper :
Corneille, Molière, Racine^ étaient encore ignorés au moment où s'imprimait le Calendrier des Confréries de Paris (1621),
IV. Confréries parisiennes. — Les statuts des corporations d'arts et métiers de la ville de Paris ont souvent été reproduits depuis les règlements d'Etienne Boileau en 1328, jusqu'au traité de police de La Marre^, et depuis cet auteur, dans le Guide des Marchands^ qui les a imprimés dans plusieurs éditions de cet ouvrage. Les statuts des confréries sont presque inconnus.
M. Le Roux de Lincy avait eu l'idée de les reproduire tous successivement sous le titre de Recherches sur les anciennes Confréries de la ville de Parisj il s'est borné
Xlviij INTRODUCTION.
à la plus ancienne et à la principale, la grande confrérie Notre-Dame aux Prêtres et Bourgeois de la ville de Paris.
Avant la révolution de 1789, il existait depuis plusieurs siècles dans les églises de Paris des associations nombreuses connues sous le nom de confréries. Elles étaient toutes placées sous la puissante intervention de Dieu, de Jésus-Christ, de la Vierge, ou de quelque saint. L'esprit de charité évangélique que le christianisme avait répandu dans toutes les classes de la société, au moyen âge^ donnait à ces associations un caractère moral et sacré, de même que l'organisation politique de cette époque, imparfaite,, et souvent impitoyable, en rendait l'influence utile et salutaire.
Le pouvoir que les confréries exerçaient était considérable^ et les obligations qu'elles imposaient à ceux qui en faisaient partie, quelque grandes, quelque difficiles qu'elles fussent^ étaient remplies avec une sévère exactitude.
En récompense du sacrifice qu'elle imposaitj la sainte confrérie du moyen âge s'emparait de la vie matérielle de ses membres, prenait soin de leurs intérêts les plus chers^
et venait à leur secours dans les circonstances critiques de leur vie. Quand ils étaient sur le point de mourir, la confrérie, toujours présente, veillait au salut de leur âme, et ne la quittait qu'au moment où la mort allait la rendre à Dieu.
Les confréries du moyen âge peuvent être divisées en deux classes^ dont chacune renferme plusieurs associations différentes. La première classe se compose des confréries pieuses et charitables, dont le but était le soulagement des pauvres , l'exercice en commun des devoirs prescrits par le christianisme, la protection, le dévouement à l'égard les uns des autres. Tous les habitants d'une ville, quels que fussent leur rang, leur sexe, leur état , pouvaient y être affiliés ; la seconde classe renferme les confréries formées par les individus d'un même corps d'art ou de métier, ou exerçant la même profession, dans le but de se protéger mutuellement et de veiller au maintien de leurs privilèges.
Sans vouloir approfondir l'origine de toutes ces confréries j on peut remarquer seulement que des faits analogues se rencontrent à presque toutes les époques de l'histoire
INTRODUCTION
chez des peuples différents. Suivant le pays que ces peuples habitent, le degré de civilisation où ils sont parvenus, la religion qu'ils pratiquent^ ces associations changent de caractère^ mais elles appartiennent toutes au même principe, àce besoin inné chez l'homme de communication des pensées et d'un mutuel appui.
C'est au . christianisme que les confréries doivent l'organisation et la grande influence qu'elles ont eues en France, et principalement à Paris, pendant plusieurs siècles. Il les a nommées confréries {cum fratribus) du nom même de cette fraternité universelle que le premier il a déclarée sur la terre.
Monseigneur Bouvier, et avant lui Muratori^ dans son traité de Confraternitatiy veulent voir une tradition romaine, un souvenir des Augustales de la Rome primitive.
Nous croyons que Monseigneur Bouvier s'est trompé en ce point et en faisant remonter à 1267 la première confrérie établie sous le titre de Gonfalon,
On pourrait invoquer contre lui le témoignage de Muratori et celui de Baronius.
Nous rappellerons seulement qu'au neu-
INTRODUCTION
vième siècle Hincmar^ archevêque de ^ Reims , parle des dérèglements qui régnaient dans certaines confréries : « ut de collectiSy quos geldonia (gilde) seu confratrias ^ vulgq vocant y » ce qui suppose nécessairement qu'elles existaient de son temps.
« Si l'on peut saisir quelques rapprochements entre les associations ou collèges établis dans la Gaule romaine et les premières confréries , ces vestiges du monde ancien sont tellement effacés par les usages et les pratiques de la religion chrétienne, qu'on peut à peine les apercevoir. Quoi qu'il en soit, un lien de parenté semble rattacher les plus anciennes de ces confréries aux associations païennes , que les commerçants qui exploitaient différents fleuves de la Gaule avaient formées entre eux. La Grande Confrérie de Notre-Dame, aux Seigneurs, Prêtres et Bourgeois de Paris, dont les titres originaux remontent au règne de Philippe- Auguste (i2o3), prétendait avoir été instituée par saint Denis^ vers la fin du deuxième siècle, ou même par les apôtres, dès les premières années du christianisme. Sans ajouter aucune foi à cette assertion singulière^,
lij INTRODUCTION.
n'y peut-on reconnaître les traces d'une haute antiquité, et le résultat du changement opéré par le christianisme dans une institution païenne (^)? »
Entre toutes les confréries parisiennes , celle-ci se recommande à l'attention par une particularité : c'est que le nombre des confrères était très-restreint et qu'on associait pour deux ans, par la voie du sort, un frère prêtre à un frère bourgeois ; c'était la réalisation chrétienne de ces exemples d'amitié que nous a fournis l'antiquité sacrée et païenne et qu'avaient rêvés les poètes : Nisus et Euryale, Castor et Pollux, David et Jonathas, etc.
Cette singularité nous paraît avoir eu une influence directe sur une composition artistique qui date du quinzième siècle, époque où cette confrérie était à son apogée : la Dance macabre des Innocents, où les personnages sont non-seulement représentés deuxàdeuXj un squelette et un personnage, mais encore où un ecclésiastique fait pendant à un laïque, le pape à l'empereur^ le cardinal au roi, etc.
(i) Le Roux de L'mcy^ Recherches sur la Grande Con^ frérie de Notre-Dame, p. 3.
INTRODUCTION, luj
Cette opinion peut tirer de la valeur de ce qu'à la date de 1400 on voit figurer parmi les confrères les noms de Louis, duc d'Orléans; Jean, duc de Berry; Jean sans Peur, duc de Bourgogne; M^^ Marguerite, duchesse de Bourgogne; M. Jean de Popincourt , chevalier et premier président ; M°^^ Catherine le Bègue, sa femme, et en 1402 Jean Gerson, chancelier de l'Église de Paris.
Le rapprochement de ces noms donne une certaine vraisemblance à cette supposition que rien de plausible ne vient contredire^ ni ne peut remplacer.
Unis par les doubles liens de la société industrielle et religieuse, les confrères, artisans ou bourgeois, prêtres ou nobles, se soutenaient par des secours mutuels dans leurs revers, leurs maladies, leurs afflictions. Les règlements leur défendaient de s'injurier les uns les autres^ de mépriser les chefs du corps, de se livrer à la débauche, de blasphémer le nom de Dieu ou de profaner les choses saintes.
L'influence de ces préceptes moraux et religieux produisait d'heureux fruits parmi les membres des corporations^ car plus ils
INTRODUCTION
devenaient sérieusement chrétiens vertueux et citoyens honnêtes^ plus les règles de leur société étaient observées avec soin^ la probité dans le travail maintenue, plus aussi l'honneur du corps entier se conservait pur et intact.
On conçoit facilement qu'une union si étroite , si utile aux divers membres du corps, leur donnait aussi un moyen prompt et aisé de se mêler aux luttes politiques, ou de soutenir contre les corps rivaux de sanglantes batailles excitées par la jalousie de métier.
L'histoire de Paris nous en offre plusieurs exemples.
Vers la fin de l'année i3o6, Philippe le Bel, surnommé par ses contemporains le faux monnayeuT;, ayant altéré les monnaies pour remplir ses coffres, une perturbation générale dans les transactions s'ensuivit , et une émeute du peuple éclata à Paris, émeute terrible qui fit tomber sa colère sur Etienne Barbette, ancien prévôt des marchands et échevin-voyer en titre de la ville, dont elle détruisit complètement la Courtille. Les vins du cellier furent répandus sur la place^ « et aucuns d'icelui vin tant burent, disent
INTRODUCTION
« les Grandes Chroniques de France, qu'ils « furent enyvrés (^). »
Le roi était venu se réfugier derrière les murs fortifiés de la maison du Temple où il attendait la fin de l'orage, lorsque le hasard ayant fait rencontrer aux vainqueurs les officiers de bouche qui amenaient au Temple les provisions pour la table, ils s'en rendirent maîtres et les jetèrent dans la boue.
La vengeance de Philippe le Bel ne se fit pas attendre, elle fut aussi soudaine que terrible.
« Et en la Vigile de la Tiphaine, disent ce les Grandes Chroniques^parlQcommeindQ- « ment du foy, espéciaument pour sa viande « que ils lui avoient espandue et gettée en c( la boe, et pour le faiz du dit Estienne, « vingt-huit hommes, aux quatre entrées « de PariSj c'est assavoir : à Forme par de- « vers Sainct -Denis, faisant entrée, furent « sept pendus; et sept devers la porte Sainctc( Antoine, faisant entrée, et six à l'entrée « devers le Roule , vers les Quinze-vingt « Aveugles, faisant entrée, et huit en la par-
(i) Les Grandes Chroniques de France, t. V, p. 173, édit. P. Paris.
INTRODUCTION
« tie de Nostre-Dame-des-ChampSj faisant « entrée, furent pendus (^). »
Le roi dut profiter de cette occasion pour arrêter l'exercice dans la ville de Paris des confréries nombreuses qui s'y trouvaient établies.
Ce qui est certain, c'est que c'est seulement au mois de mai de l'année suivante qu'il autorisa les bourgeois et marchands de Paris à célébrer la confrérie qu'ils avaient coutume de tenir chaque année. Les lettres patentes sont datées du jeudi après la fête de Saint-Denis, iSoy. {Arch. nationales^ K. 978.) C)
Beaucoup de bourgeois de Paris ^ membres des confréries, avaient adopté le parti d'Etienne Marcel. Ce fait résulte des lettres d'abolition accordées à la ville de Paris par le Dauphin, le 10 août i358. {Ordonn, des rois de France ^ IV, 347.)
Leur rôle ne fut pas moins actif pendant les règnes malheureux de Charles VI et de Charles VII.
Louis XI lui-même reconnut l'influence
(1) Grandes Chroniques, t. V, p. 173.
(2) Le Roux de Lincy, Recherches sur la Grande Confrérie Notre-Dame, 34.
INTRODUCTION. Ivij
des corporations, et, en 1467, il les forma en bannières (^), à l'exemple des bourgeois des villes du Nord. C'est le premier essai d'organisation d'une milice bourgeoise qui, plus tard, s'appela la garde nationale, instrument inutile en des mains faibles, dangereux entre celles des ambitieux. On a pu le voir en 1789, comme en 1871.
Nous avons dit quelle attitude eurent les corporations et confréries pendant la Ligue. Dans des temps plus calmes, elles furent fidèles au roi , comme à l'époque où fut publié le Calendrier des Confréries de Paris sous Louis XIII.
(•) Appendice m.
Crieur de Confréries (1621).
DE TOVTESLESCON.
jFREaiEs "D.-B Paris: tant de celles de deiiodoB(où toutes perfonnes (bntreceuës) que de celles des Nobles Communautcz ^ Marchands ^ Bourgeois^ geos de meilicr Ârtifaos^ Si.
mécaniques»