NOTICE SUR LES SAINTS PATRONS
Par Gabriel Peignot.
N sait que depuis rétablissement du christianisme, qui a répandu ses bienfaits sur presque toute l'Europe et dans plusieurs autres parties du Monde, les différents États, empires, monarchies, républiques, se sont choisi un patron dans le Ciel. La Russie, par exemple, est sous l'invocation de S. Nicolas; FAutriche, sous celle de la S*® Vierge ; Rome, sous celle de S. Pierre et de S. Paul; Venise, sous celle de S. Marc ;J' Angleterre, sous celle de S. Georges ; la France, sous celle de S. Denis; le Portugal, sous celle de S. Antoine de Padoue, etc. Mais dans aucun pays, la
manière d'honorer son saint patron n*a été plus remarquable, plus solennelle^ plus singulière qu'en Portugal. Voici ce qu'en raconte (dans son Portugiesische Granir- .
matik) M. Junk, qui était en Portugal en .
1762, et qui y commandait un corps de volontaires levé à ses frais :
c Vers le commencement du dix~huitième siècle (en 1706)^ les babitants.de Lisbonne crurent sans doute beaucoup ajouter à la gloire de S. Antoine, leur patron, ou du . moins s'attirer encore davantage sa protection, en la décorant d'un titre pompeux.
En conséquence, on résolut de conférer au grand saint la haute dignité de maréchal* général des années de Portugal. Mais, comme^ pour parvenir à ce rang distingué, il fallait passer successivement par tous les grades militaires inférieurs, on le fit d'abord soldat, puis bas- officier, sous*lieutenant, lieutenant^ capitaine, etc.^ etc., etc., enfin maréchal; et, pour rendre cette promotion plus régulière et la mettre à l'abri du repro* che de tout passe-droit, de toute faveur, on exigea que le saint ne passât d'un grade jS^ un autre qu'après le temps exigé par les règlements, avec la paye et Thabit affectés à
chaque grade. Enfin^ toutes les formalités étant remplies, le grand saint fut reçu et proclamé maréchal-général de Tarmée, et sa pension fut fixée annuellement à cent cinquante ducats. Dès lors, toutes les fois qu'il ycut guerre, S. Antoine, en grand costume, placé sur une chaise^ fut porté à Tarmée, et sa présence stimulait et augmentait le courage du soldat. L'auteur de cette narration prétend qu'en 1762, le premier boulet tiré de Parmée de Feréiiiand, duc de Brunswick, SriUit emporter la tête du saint général. On assure que, jusqu'au temps de nos révolutions modernes^ la paye du saint officier, renfermée dans une bourse de velours rouge^ était tous les ans déposée solennellement sur l'autel de sa chapelle par le Roi lui-même. »
Nous ignorons si tous ces faits sont d'une rigoureuse exactitude; mais, vu leur importance, nous ne sommes guère plus tenté d'y croijre que d'y aller voir.
Il en est de même d*une autre historiette tenant eifcore à S. Antoine, et à laquelle on peut* fort bien se dispenser de croire, sans porter atteinte à la foi. Le Suédois C.-J. Ruders raconte, dans son Portugisik Resa, etc. (Voyage en Portugal}^ Stokholm,
1S07, 2 voL în-8, que lorsqu'il était à Lisbonne (en i8oo), on montrait dans la cathédrale deux corbeaux qui avaient nourri saint Antoine, et qui en furent récompensés par l'immortalité. Le saint est mort le i3 juin i23i, âgé de 36 ans; ainsi les deux corbeaux auraient maintenant plus de 600 ans d'existence. C'est déjà un fort joli petit à-compte sur l'âge futur de ces doyens de la race corvine.
Mais revenons à quelque chose de plus sérieux,- à bos Saints Patrons. Nous avons vu plus haut que les divers États de l'Europe ont chacun le leur; le même principe religieux a engagé les nombreuses corporations d'arts et métiers, connues jadis sous le nom de maîtrises (^) et même quelques autres professions, à se choisir également un patron dans le Ciel. Curieux de connaître ces corporations et de savoir le jour oti chacune d'elles célèbre la fête du saint qu'elle a adopté, nous en avons cherché la liste, mais nous ne l'avons trouvée nulle part (*) ; alors nous avons essayé de la former nous-méme en sollicitant dès renseignements près des personnes intéressées à ces pieuses associations. Voici le résultat de nos recherches à
cet égard ; il consiste dans la liste des divers états et corporations que nous avons pu découvrir, avec l'indication de leurs Saints Patrons, et des jours où se célèbrent leurs fêtes. Nous nous sommes occupé de cet objet aussi rare dans les livres que commun dans la société, parce que d'un côté, il tient à Tesprit religieux, et que de Tautre, il n'est {x>int étranger £^ux mœurs du peupkj^puisque chaque fête commence le matin par une messe solennelle, et le soir finit par repas^ bal, etc.^ etc.