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Le calumet, poèmes

Tu seras innocent, dédaigneux et candide, Barbare et scrupuleux, douloureux et serein Pour que, si ta chair saigne et si le ciel est vide, Tu t'honores d'un culte excessif à dessein.

Le reste importe peu. Du Paradis au Bagne Loue les mêmes vertus, hume le même encens Sache que, seul tuteur, le mal nous accompagne Et fais parfois le bien si ton cœur y consent.

lO LE CALU.MET

Indigent, tu seras sublime ! L'anathème

T'exonère du vain souci des révoltés,

Méprise ceux qu'il faut tourmenter pour qu'ils aiment,

Esclaves ébahis de ton humilité.

Dans l'orbe du Soleil et les cchos du monde, Sois nu, si tu pressens le Dieu dont tu es né Mais si tu te connais une origine immonde, Frère, je te permets un anneau dans le nez !

Sois un roi nu ; façonne, un soir de nonchalance Industrieuse, non la llûte agreste, mais Une pipe en un bois d'incomparable essence Et mieux qu'un chalumeau chéris ce calumet.

Chaque aurore attendue et chaque nuit suivie Sertiront des joyeaux au foyer merveilleux, La lune aura pour toi des bontés de Marie pt t'offrira les pleurs en saphirs de ses yeux.

Le Soleil, agitant sa crinière papale.

Chargera le bois noir de corindons ardents Et du toc fabuleux d'horreurs philosophales Pour que le pur secret fleurisse entre tes dents.

Fume ! impavide et doux^ comme on boit des vins rudes : C'est d'entre ce brouillard que surgit le dieu vrai Et tes clairs yeux ravis par ces similitudes Reconstruiront cent fois l'empire et la forêt.

Dévotieux alors tu secoueras la cendre De ta pipe, au hasard, le vent accomplira L'équitable partage aux lys tremblants d'attendre L'acre pollen par quoi le songe renaîtra.

Il suffît d'un poison banal, d'une herbe sainte, D'une plante au bouquet tenace mais subtil Cueillie un soir d'amour ou d'adorable feinte, Pour prolonger ton rêve et grandir ton exil,

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Or, c'est l'Art ! use aussi de ruse et de malice, Crache des ronds avec l'esprit de ton petun Et tu les dédieras, poète, en sacrifice A ta reine qui rit dans l'herbe et les parfums.

Elle sait bien que cet azur noir c'est le Verbe La louant d'être ainsi promise à ton vœu seul Et de dresser, parmi l'espoir des hautes herbes, Ses pâles bras aimés, ainsi que des glaïeuls.

A Jean MOREAS < en lui adressant Les Féeries

Ceux d'entre nous de qui le souvenir est lourd

Disent : « Hugo jadis me taquina l'oreille

Comme Napoléon pour flatter un tambour

Imberbe et valeureux. » Et d'autres s'émerveillent.

Plus jeunes, d'avoir eu l'adorable faveur,

Un soir de temps affreux, d'offrir leur main virile

A Verlaine malade et traînant par la ville

Son génie inlini et sa vaste douleur.

Plus tard je connaîtrai le sort des vieux poètes

Que l'espoir de la palme, hélas ! ne soutient plus.

Je serai las, brisé, doigts gourds, bouche muette Et pourtant glorieux de vous avoir connu.

i^^ mai 1907

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