HERBE TENDRE
A Paul Fort.
Les fillettes qui s'en vont à la messe Ont de gros souliers, des robes légères Et des rubans bleus plantés sur les fesses, Les garçons tondus marchent par derrière.
Le cabaret est gris-bleu et son toit Est rose. Au balcon se penche un drapeau Fané qui nous bénit de gestes droits Et je voudrais du lierre à mon chapeau.
L'auberge est comme une gendarmerie Où les prisonniers contents font ripaille ; O lèvres de sang, ô gorge mûrie, Nous ne dormirons guère sur la paille !
Les champs ne sont plus que des lits d'amour Et des carrousels faits pour les lapins, Le fou vient à nous, tendant ses bras gourds, Comme on porte Dieu en portant un pain.
Un vieux qui ne sait plus rien des dimanches Creuse un trou profond en hochant la tête, J'entends des Sylvains siffler dans les branches Et la vierge passe en habits de fête.
Le Juif ambulant parle des pays
Où les colporteurs dépistent les loups
Et de sœur Sarah la Mère-aux-Spahis,
Ton nom ? — Isaac L. , . — Tiens, voila cinq sous
Beau dragon joufflu, coiffe de crins rouges, Cingle ce ciel plein d'un air de trompette, Phœbus est guerrier et le cuivre bouge, Preste et mesuré comme une alouette !
— Parisien ? — Pas moins ; je repars demain, J'ai laissé là-bas tous mes souvenirs Et tous mes papiers. Serrons-nous la main Et n'en parlons plus, j'ai peur de mentir.
Sur le chemin creux pleure un Christ en pierre, Jésus voudrait bien rire avec les hommes, Il n'osera pas, suant de prières Voici le curé méditant la Somme.
Tu dormiras bien, fille des labours, J'aimais tes flancs ronds et tes bras hâlcs Mais j'ai fait des vers tout le long du jour Et mes vers me font chaste et désolé.