LE FAUNE
Monsieur le Faune, encore un air de violon ; Nos amants sont partis depuis cent mille années, Qu'ils reviennent ce soir fracasser du talon Le tombeau de leurs mai tresses assassinées.
Nous savons aujourd'hui ce qui les chagrinait Mais les mortes n'ont pas de pudeurs ridicules ; Jouez, dans la douceur de ces vêpres de mai, Un air triste sachant hâter le crépuscule.
Et puis jouez encore, improvisez aussi
Des rondes ! Nous serons jolies, ce soir, fillettes
Quand nos amants viendront rompre nos bandelettes.
Jouez, Monsieur le Faune, et n'ayez point souci De votre temps perdu, sûmes-nous pas attendre Cent mille années ? et le parfum de notrecendre
Rajeunira le monde et vos yeux obscurcis.