‹ Le calumet, poèmesChapitre 33 sur 47 · ART POETIQUE · texte numérisé non relu

ART POETIQUE

Que la paix emplisse votre ombre Livres, traîtres amis si chers !

Elle est faite des deuils sans nombre D'un triste enfant. Des jours moins fiers

Que telles nuits où la chandelle M'était encore un vrai Soleil M'ont fait prisonnier des chapelles Où les dieux morts tiennent conseil

Le cœur fardé de moisissures, Les sens pourris de vieil encens, J'ai rouvert d'une main moins sure Vos pages qu'un filet de sang

Soulignait à la bonne place ; Et puis des vins et des tabacs M'ont fait rêver, mais tout s'efface Et je ne vous relirai pas.

Aux vases que la mousse ronge Une main a changé les fleurs Et sur mes yeux perclus de songe Cette main a séché les pleurs !

Je me souviens de vous, mes livres, Comme je me souviens des nuits D'ivresse, or il me reste à vivre Tous les beaux jours qui n'ont pas luit.

Deux ou trois refrains de ballades, Un proverbe mis en chanson Calmeront assez les foucades D'appétits qui s'apaiseront.

Je crois, minuits de ma jeunesse, En de ticdes après-midi, Je crois aux heureuses paresses, Je ne crois plus au Paradis.

Que mes chants si je chante, ô lyre ! Soient ceux d'un meneur de troupeaux Qui ne connaît pas son délire Et sait à peine qu'il est beau.

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