‹ Le calumet, poèmesChapitre 34 sur 47 · JARDINS · texte numérisé non relu

JARDINS

Li jors fus biaus et chaus fu li estes ; Les éves cloucent repairent es chanels A grant merveille reverdoient les prés ; Cil oiselet chantent es bois rames.

Garin le Loherain.

Crois-moi;, l'éden c'est notre chambre.

C'est la forêt, c'est le gazon Qu'a foulé l'or d'un talon d'ambre^ C'est la nuit où nous nous aimons.

Je ne hais plus rien des dimanches, Rire ne m'est plus défendu El je veux danser sous les branches Où je fis danser des pendus.

Nous reverrons les vieux villages Se dérouler devant nos pas Ainsi que d'anciennes images Que nous ne reconnaîtrons pas.

Pourtant si quelque soir l'ivresse Mauvaise des jours détestés M'étreint, oppose à ma détresse Le spectacle de ta beauté.

Et sans réclamer l'impossible Aveu du secret d'autrefois, Souviens-toi que je suis sensible Au sortilège de ta voix.

Nous saurons bien, sous les tonnelles, Donner du prix si nous chantons A la poésie éternelle Du bon poète Mirliton.

Rien n'est vulgaire, ma mignonne, Quand notre amour s'en est paré Et pour te tresser des couronnes Je sais des jardins ignorés.

Ils ont souffert de ma misère Corruptrice mais renaîtront Riches des grâces de naguère, Lorsque tes doigts purs ouvriront

La porte de la grille ancienne Dont la plainte, au fond de mon cœur, Revit pour que je me souvienne D'avoir affronté la douleur.

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