ÇO LE CALUMET
Fuis surtout;, reine de bonté.
Car vraiment je ne suis pas digne De ce bonheur qui. m'assassine.
Tu sens bon le linge plié
Sur une branche de lavande ; Loin des sources, te suppliant, Il est d'autres cœurs pantelants Pour ta pitoyable provcndc.
Toute prudence est dans tes mains, On ne mesure ni ma peine Ni ma joie et c'est une aubaine Qu'un drame barrant mon chemin.
Je préfère la Béatrice Qui, dans un coupable dessein, Depuis la rose de ses seins Jusqu'à son front d'impératrice
LE CALU31ET 9I
Guide la langue d'un pinceau Fragile ou la patte de lièvre, Avivant l'éclat de ces lèvres Ou le désir a mis son sceau.
J'aime les nuits de mi-carême, Les cigares, l'or dispersé, Une écharpc, un miroir glacé Et les violons de Bohême.
J'aime le feu, j'aime l'alcool Et sur tes mortels yeux d'idole, Autour des cils en auréoles, La jaune malice du khôl.
xMaîtresse au grand cœur juvénile, J'eusse souhaité fleurir tes mains D'ongles dorés si le destin T'eut voulu reine au creux des iles.
J'aimerais d'un fol appétit Tes flancs brodés d'images rares Qu'imaginent tes sœurs barbares Dans les jardins d'O' Tahiti.
Que le clair fardeau des dentelles Retarde nos vœux animaux, Que ta lèvre ait des feux d'émaux, Je t'aime mieux surnaturelle.
Et quand, pour gravir les degrés, Tu soulèveras l'opulence De tes jupes, qu'elles balancent De tièdes parfums ignores.
Ceux dont l'âme est par trop humaine Et les poètes innocents Qui trouvent leurs plus doux accents A n'ouïr qu'un chœur de fontaines
En rêvant d'éternel été Où, pour des fiançailles chastes, Resplendirait dans son seul faste L'originelle nudité,
Te confieront, ô mon amie, Que c'est un absurde péché Qu'orner ta chair, fleur de pêcher.
D'une parure de momie ;
Ils te diront que tu n'es plus Qu'une princesse de théâtre Et que tes seins chargés de plâtre Seraient plus beaux d'être plus nus.
N'écoute pas ceux qui t'attristent, Sais ton caprice le plus fou, Ils ont raison, mais, après tout, Si c'est ta façon d'être ariiste ?