‹ Le calumet, poèmesChapitre 42 sur 47 · LE VIN DU PAUVRE · texte numérisé non relu

LE VIN DU PAUVRE

C'est l'assommoir eucharistique Où le mal a d'âpres vertus, Où se tient le congres lyrique Des vieux remords qui se sont tùs,

Hôtes choisis I Ce gosse insigne, Sachant qu'il ne vieillira pas, Raille la vieille qui se signe, Un rêve effleurant son front bas.

J'aime bien aussi ceux qui trichent Et qui, s'ils étaient mis en croix, Feraient des paradis en friche JailUr les rosiers de la foi.

Pour cet autre fumant la pipe En mijotant dans son vin bleu, J'imagine que cette lippe Est grasse du baiser des cieux.

Ce fantôme à longs poils d'apôtre Discrédité, le doux barbon, Au feu disant ses patenôtres File un chapelet de charbon.

Le patron trône, accueille, expulse Car il est juste et bien portant, Le chien roux dévorant ses puces M'est un témoin réconfortant.

Que sur le comptoir cénotaphe Un beuf ceint d'un tablier blanc Fasse chanter le phonographe Pour enchanter les mécréants.

Moi j'irai demander aux filles Tristes parfumées de vin chaud S'il est vrai qu'un vrai soleil brille Dans l'ombre moite des cachots.

Oh ! si soudain parait l'Infante Cherchant son tuteur étourdi.

Une rose en sa main tremblante, Ne lui refusez pas crédit !

Est-ce le vent ? Est-ce ma peine ?

Est-ce la pluie? Est-ce du sang?

Il fait bon, on pressent à peine La paix sournoise qui descend.

O frère assassin, je t'envie, Toi qu'ils juguleront demain Et qui dans la nuit suis ta vie Avec un poignard à la main !

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