‹ Le camarade infidèleChapitre 11 sur 77 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

laisse apercevoir ni le front ni les yeux, mais la faible lumière du quinquet durcit le dessin d'un nez qui peut passer pour spirituel et d'une bouche aux coins de laquelle les années ont mis un premier avertissement.

— Alors vous ne voulez pas dire ce qui vous rend si rêveur ?

Vemois commence posément :

— C'est bien Mme Heuland, n'est-ce pas, qui signe ses lettres d'un C souligné d'une barre ?

— Mon Dieu, vous aurait-elle écrit ?

— Quand un de nos camarades tombait, nous étions bien forcés de trier les papiers qui traînaient dans ses poches ou dans sa cantine. Il y a beaucoup de lettres qu'il valait mieux ne pas renvoyer aux familles. Vous savez la manie qu'avait Heuland de ne rien jeter. J'ai dû dépouiller de vraies liasses, car sa dernière permission remontait bien à trois mois. Beaucoup de lettres de sa femme... beaucoup d'autres aussi.

— Ecrites... par qui ?

— Par une femme. Pas signées d'ailleurs. D'une écriture couchée, un peu anguleuse.

— Vous avez bien fait d'épargner aux siens cette révélation. Personne ne le croyait capable d'une folie.

— Vous estimez que rien n'a transpiré ? que ni

Mme Heiiland ni sa famille n'ont eu le moindre vent de l'aventure P

— Mme Heuland ne me fait pas ses confidences, mais la manière dont elle cultive ses souvenirs prouve qu'elle n'a jamais douté de son bonheur. Quant à ses sœurs, qui l'ont toujours jalousée (elles ne lui pardonnent pas de s'être mariée, alors qu'elles, les aînées, montaient en graine) soyez sûr que le moindre soupçon, elles l'auraient exploité contre leur beaufrère.

Il suffît d'un regard intéressé pour la faire poursuivre :

— Si vous saviez les airs que prenait cette famille à l'égard de la vieille Mme Heuland et de son fils. C'était encore plus risible qu'odieux. On ne sait pas si, dans leur manoir, ces demoiselles de Pontaubault mangent autre chose que des choux et des pommes de terre ; peut-être un morceau de lard le dimanche. Mais quand elles s'étaient bien repues chez leur beau-frère, il fallait les voir échanger des clins d'yeux chaque fois qu'il prenait la parole. Pas ostensiblement, de peur de se faire remettre à leur place par Mme Heuland. Mais c'étaient des soupirs, des froncements de sourcils. Elles s'en croient parce qu'elles savent les dates des rois de France depuis Mérovée et elles n'ont pas manqué

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