‹ Le camarade infidèleChapitre 48 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

Ni les caisses qui encombrent l'antichambre, ni les meubles déjà déplacés, ni l'absence de Clymène par cette après-midi de dégel, ne causent de surprise à Vernois. Il dit qu'il attendra et, sans quitter son pardessus, gagne le salon déjà dégarni de bibelots. Il écoute s'éloigner la femme de chambre, l'entend refermer la porte d'une office. Alors il va vers le piano, écoute encore, puis vite, saisissant le meuble par une de ses poignées, l'écarté du mur, passe derrière, s'agenouille pour tâter la boiserie, trouve la serrure d'un petit placard, y introduit une clef qu'il tire de sa poche et qu'il parvient à faire tourner. Il tâtonne et sa main tombe sur ce qu'il cherchait, cinq ou six

liasses de lettres ficelées. 11 glisse les premières dans ses poches, serre le reste sous son bras, entre sa veste et son manteau, pousse la porte et se relève. Mlle Gassin est à trois pas de lui.

Il sort aussitôt la phrase qu'il avait préparée pour le cas d'une surprise :

— J'ai laissé tomber une pièce de monnaie qui a roulé sous ce piano... Quelle poussière !...

Il se met en devoir de ramener l'instrument à sa place, mais avec peine, n'ayant plus qu'un bras libre. Mlle Gassin pousse un cri en reconnaissant, au bord 4 'une de ses poches, la couleur du papier à lettres.

— Qu'est-ce que vous avez dans vos poches ?

— Mais comme d'habitude, des papiers. Aidez-moi à repousser le piano.

Elle ne bouge pas :

— Où avez-YOus trouvé ces lettres ?... Il y avait une cachette là derrière ?... Vous saviez où elles étaient C'est donc pour cela que vous êtes venu sans prévenir ?

— Il était temps... Mme Heuland m'écrivait, il y a deux jours, que les déménageurs avaient commencé... J'ai craint d'arriver trop tard.

Il est parvenu, d'une seule main, à faire rouler le meuble. Encore un coin de tapis à redresser et tout

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