DEUXIÈME PARTIE
est en placd. Mlle Gassin commence à prendre peur de son air buté.
— N'était-il pas plus simple, dit-elle, de m 'indiquer l'endroit... à moi qui suis toujours dans la maison Pourquoi ne l'avez-vous pas fait pendant tout cet hiyer ?
Elle n'ose pas encore comprendre.
— Donnez-les-moi !
Mais il boutonne plus étroitement son manteau :
— Je vais sortir le premier. Vous me rejoindrez au coin du boulevard. Nous irons ensemble chez mon frère et j 'y brûlerai tout cela devant vous.
Elle s'élance vers lui :
— Jamais, jamais I Vous n'avez pas le droit I Ces lettres m'appartiennent ! Elles sont tout ce qui me reste de mon bonheur...
Elle essaie de saisir un des paquets, mais il le retient avec trop de force pour (ju'elle ait espoir de s'en emparer. Alors elle s'accroche à ses vêtements :
— Donnez-les-moi I Je vous jure que je n'en ferai pas mauvais usage. Croyez-vous que si je voulais démontrer la vérité, je ne saurais pas trouver d'autres preuves ? Pourciuoi faites- vous le cruel, vous qui êtes bon ?
Collée à lui, elle a passé les bras autour de son cou,
et soudain elle lui baise éperdûment la figure. Il se dégage avec brusquerie et peu s'en faut qu'il ne tire son mouchoir pour s'essuyer. Ils se dévisagent, mais comme dans un brouillard, aucun d'eux n'étant sûr d'avoir compris ce qui vient de se passer chez l'autre.
— N'allez pas croire, murmure-t-elle... Donnezmoi seulement mes lettres.
Ah, s'il pouvait entendre tout à coup le ronflement des chaudières et rouvrir les yeux sur les éclatants tissus qui sortent tout ruisselants des bains colorés I Il finit par répondre :
— Mademoiselle, je ne suis pas fat... Et si vous saviez comme j'ai peu de loisirs... pour rêver à ce qui n'est pas mon travail !
Elle reprend, sans plus oser le regarder :
— Ce n'est pourtant pas votre travail... qui vous ramène ici tous les quinze jours.
— Ce n'est pas l'amour non plus, Mademoiselle. La gêne de chacun des deux s'augmente de ce qu'il
croit avoir en face de lui un adversaire parfaitement maître de ses moyens.
— Etant petit, reprend Vernois, j'ai trop souffert des contrecoups de la passion pour ne pas la détester et la craindre... J'ai vu des hommes que j'aimais, trop cruellement humiliés... Je bénis mon frère