‹ Le camarade infidèleChapitre 71 sur 77 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

— Et nous ne pouvons plus feindre cte croire... que ce qui nous rapproche c'est vraiment la pensée d'Heuland... Je sais bien qu'il est ridicule de parler à une femme comme je le fais... Il est même permis de trouver que c'est un peu goujat... Mon frère prétend qu'il n'y a plus chez nous que de la bravade... et que le moindre sentiment naïf, spontané, serait plus honnête que nos points d'honneur...

Elle murmure :

— Votre frère a été très bon... Je l'ai vu plusieurs fois. Il m'a donné le courage de regarder en moimême...

— C'est tout ce qu'il s'agit de faire. Ce qu'était Heuland dans la réalité, la question n'est pas là. (Au reste, nous redeviendrons plus sensibles à sa jeunesse, à son bon cœur, à son désintéressement, lorsque nous ferons avec simplicité l'aveu de ses insuffisances.) L'important, c'est de ne pas nous méprendre sur ce que nous avons éprouvé pour lui.

Vaincue d'avance par tant de méthode, elle semble attendre un arrêt. Vernois porte la main à la poche intérieure de son veston, y palpe une enveloppe.

— Je dois vous avouer d'abord un abus de confiance. Avec les effets de votre mari, vous avez reçu

toutes celles de vos lettres qui se trouvaient dans son bagage, toutes, sauf une que voilà.

Au bout de ses doigts, l'enveloppe blanche vacille un peu.

— Il fallait savoir à qui retourner ces lettres : c'est mon excuse pour avoir ouvert celle que je tiens. Je n'en ai guère pour l'avoir lue jusqu'au bout ; j'en ai moins encore pour l'avoir gardée. Et quand je dis que l'intérêt d'Heuland a été le premier mobile de mon intervention, cela n'est pas tout à fait vrai ; le tout premier, c'est cette lettre.

— Je ne comprends pas.

— Une femme dont la tendresse trouvait pour s'exprimer des mots si simples, si touchants, la savoir menacée d'une révélation brutale et s'en tourmenter : c'était peut-être romanesque. Votre prénom l'est bien un peu, et je me souvenais d'une photographie où i on ne distingue que votre profil... Assurément je ne songeais pas tous les jours à cette petite armoire où A^otre mari cachait sa correspondance, car quel espoir avais-je de pouvoir me montrer utile ? Mais je ne l'oubliais pas; et lorsque, cet été, j'ai pu prendre inopinément quinze jours de repos, cette idée m'a conduit sur votre plage... Il faut vous figurer l'ignorance où presque tous les hommes sont d'une femme

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