REMISES ET RETOURS
Les lettres de change s'achètent et se remettent quelquefois directement a la place sur laquelle elles sont tirées, avec ordre d'avoir des effets en retour, si les prix sont favorables; on doit observer que les cours réciproques entre deux places diffèrent toujours, de manière que la différence égale à peu près l'intérêt de l'argent et les frais de la remise. Ainsi le cours de Dublin différerait à peu près de celui de Londres d'environ 1 pour cent, afin de donner au remetteur de l'une des deux places un bénéfice régulier, pour les remises et retours sur les effets à 21 jours de vue, terme usuel.
Prenons un exemple. L de Londres achète un effet sur Dublin, à "il jours de vue, de £112 irlandaises pour £ 100 anglaises qu'il remet à son agent à Dublin , avec ordre de faire des retours en effets sur Londres à 21 jours de vue; et supposons qu'on donne en retour un effet de £ 100 anglaises, qui ne coûte (fue £ 111 irlandaises. Il y a £ 1 irland. pour cent de gagnée par la transaction. Il en serait de même si la remise avait été faite de Dublin aux mêmes termes.
Supputons maintenant qu'elle doit ôti-e la différence: l'intérêt de 5G jours, terme usuel, pour opérer les retom^s, le courtage, les frais de port, etc., monteront à environ 1 pour cent. C'est la différence régulière dans le change entre Londres et Dublin sur les effets de la date ci-dessus.
On doit cependant observer que la différence n'est pas toujours égale à l'intérêt et aux frais, mais qu'elle flotte suivant les circonstances, et qu'elle donne quelquefois ouverture h. des opéi-ations pioii tables.
Voici un exemple d'un effet envoyé de Londres h Hambourg, pour avoir des retours sur Londres.
£ 842 12 s. 1 tl. sterling sur Hambourg, à 3 usanccs, à 31 s. 8 cl. flamands par £ sterling lO.OOO marcs banco.
uiai.. l.aiMU si..
Commission, ^ pour ccnl 50 0
Double courtage, 2 pour mille 20 0
Frais de poste 3 4
Escompte, 82 jours, à .") pour cent 112 l
Net. en marcs banco î)81 i 8
Retours opérés de 3 billets, savoir :
£ 500 0 0 sterling, à 3 us., à 30s. lO^d 5789 1
200 0 0 à 2 us., à 30s. 11 d 2318 12
146 IG 4 à 2 us., à 31 s. Od 170(> 11
84G {g~A retours. 9811 8
842 2 1 remise.
£ 1 li 3
Gain qui n'égale pas tout à fait l'escompte et les frais de poste de retour. Mais si le cours de Hambourg sur Londres avait été de 30 s. 9 d. , l'opération eût été avantageuse. Ainsi 10 d. flamands par £ sterling peuvent être recfardés comme la différence exacte entre Londres et Hambour" à
usance.
Quand les retours s'opèrent directement, les remises s'escomptent comme dessus, mais on doit remarquer que l'intérêt de l'argent sur le Continent n'est pas limité comme en Angleterre, qu'il flotte suivant l'abondance ou la rareté des espèces, ou le crédit du papier. Dans les opérations de change, il est généralement évalué h.j pour cent par mois.
L'arbitrage du change est une comparaison entre les cours du change de diverses places, faite dans la vue de connaître la méthode la plus avantageuse de tirer ou de remettre des billets. On le distingue en simple et en composé. Le premier comprend les changes de trois places, et le second celui de plus de trois places.
C'est une comparaison des changes de deux places rapportés à celui d'une troisième, c'est-à-dire que c'est une méthode de trouver quel est le taux du change entre deux places, relativement au taux coté entre chacune d'elles et une troisième. Le change ainsi déterminé est ce qu'on appelle /^/vlt- arbitre.
Si par exemple le cours entre Londres et Paris est dç 24 fr. pour £ 1 sterling, et entre Paris et Amsterdam de 54 d. flamands pour 3 fr. (c'est-à-dire 36 s. flamands pour 21 fr.), le prix arbitré entre Londres et Amsterdam par Paris, est évidemment 3G s. flamands par £ 1 sterling; car 3 fr. : 54 d. flam. : : 21 fr. : 36 s. flamands.
Quand le prix actuel ou direct (donné par la cote ou indiqué de tout autre manière) se trouve différer du prix arbitré, il peut y avoir de l'avantage à tirer ou à remettre indirectement, c est-a-dire à tirer par une place sur une autre, comme par Paris sur Amsterdam; ce qui peut se faire de trois manières différentes.
1° Londres peut tirer sur Paris, et ordonner à son correspondant de tirer sur Amsterdam.
2" Londres peut tirer sur Paris et ordonner à son correspondant d'Amsterdam de remettre la même somme à Paris.
3° Londres peut ordonner à son correspondant à I^aris de tirer sur Amsterdam , et de remettre la valeur à Londres.
L'opération de remettre indirectement ou de remettre à une place par une autre, comme à Amsterdam par Paris peut aussi se faire de trois manières.
1° I^ondres peut remettre à Paris et ordonner cà son correspondant, de cette place, de remettre la somme à Amsterdam.
2» Londres peut remettre à Paris, et ordonner à son correspondant d'Amsterdam de tirer sur Paris.
3° Londres peut prendre des effets sur Paris et les remettre à Amsterdam où ils sont négociés.
Dans les opérations qui précèdent, le profit et la perte se déterminent par une méthode que nous avons déjà donnée. Mais dans l'arbitrage on les connaît d'avance, et les divers résultats se comparent afin de déterminer la manière d'oj)érer qui est la plus avantageuse.
Pour le faire sentir par un exemple ftmilier, siipposons que le prix arbitré entre Londres et Amsterdam soit, comme nous l'avons admis, de 36 s. flamands par £1 sterling, et que le cours direct soit de 37 s. flamands. Dans ce cas Londres doit donner, quand elle tire directement sur Amsterdam, 37 s. flam. par £ 1 sterling; tandis qu'en tirant par Paris elle ne donnera que 36 s. flam. par £ 1 sterling. Ainsi l'intérêt de Londres est de tirer indirectement sur Amsterdam par Paris.
Au contraire si Londres remet directement à Amsterdam, il recevra 37 s. (lam. par £ 1 sterling, tandis qu'en remettant par Paris il ne recevra que 36 s. flamands. Ainsi Londres a intérêt de remettre directement à Amsterdam.
Exemple IL — Supposons que le change de Londres et de Lisbonne soit à
ARBITRAGE DU CHANGE. lit
68 d. parmilreis; et celui de I.ishoiine sur Madrid, de 500 reis par piastre; le prix arbitre entre Londres et Madrid est 3'i d. sterlinj^ par piastre. Car lOOO reis : 08 d. : : 500 reis : 34 d. Mais si le change direct de Londres sur Madrid est de 35 d. sterling par piastre, Londres en remettant directement à Madrid doit payer 35 d. par chaque piastre, tandis qu'en remettant par Lisbonne elle rien payera que 3i. Il est donc de l'intérêt de Londres de remettre indirectement à Madrid par Lisbonne.
Au contraire si Londres tire directement sur Madrid, elle recevra 35 d. sterb, par piastre, tandis qu'en tirant indirectement par Lisbonne elle n'en recevra que 34. 11 est donc de l'intérêt de Londres de tirer directement sur Madrid.
Il résulte de ces exemples et des principes posés page 108.
l'*" RiiGi.E. — Quand Londres donne le prix certain, elle doit tirer sur la place où le prix aibitré est plus bas, et remettre par celle où il est le plus haut.
11"^ RiîGLE. — Quand Londres donne le prix incertain, elle doit tirer par la place où le prix arbitré est le plus haut, et remettre par celle où il est le plus bas.
Ce que nous disons de Londres s'applique à toute autre place.
Pour donner de nouveaux exemples des arbitrages simples, on a choisi les places suivantes comme étant celles qui ont les rapports les plus fréquens. C'est Londres qui est regardée comme le centre de ces opérations.