ÉTALO^JS DES POIDS ET MESURES D'ANGLETERRE
On ne sait rien de précis sur les étalons primitifs des mesures et poids anglais. Celui de longueur passe pour avoir été 6xé eu 1 101 par Henri 1", qui fit ajuster l'ancienne idna ou brasse, dont la grandeur correspond à celle du vard actuel, à la longueur de son bras.
Les étalons primitifs des poids et mesures de capacité sont également peu connus. Il fut ordonné en 1266 (51 d'Edouard 111), « que le peny anglais, dit sterling, rond et sans rognure, pèserait 32 grains de blé froment tirés du milieu de l'épi; que 20 pence feraient 1 once; 12 onces, i livre ' ; 8 liv., 1 gallon de vin; et 8 gallons de vin, 1 boisseau de Londres, ou la huitième partie du quarter. »
Dans les règnes suivans on adopta des étalons plus uniformes. Celui de longueur ne subit pourtant aucune altération, si on en excepte quelques vérifications que le temps avait rendues nécessaires; mais les mesures de capacité en ont éprouvé d'assez fréquentes. D'après la loi que nous avons rapportée plus haut, elles étaient évaluées au poids, méthode suivie encore en divers pays et la plus rigoureuse , mais non la plus commode.
Quant aux étalons primitifs de poids, savoir les grains de froment, il paraît qu'ils furent bientôt remplacés par des grains métalliques , qu'on suppose être les mêmes que les grains troy actuels. Mais leur origine importe peu. Il suffit que les étalons adoptés soient uniformes.
L'étalon anglais, qui sert d'unité de poids, est la livre troy qui pèse un quart de moins que ne prescrit la loi ci-dessus, le poids du penny ayant été réduit à 24 grains au lieu de 32 *.
' La livre (que les Romains ajipelaient pondus ou poids, ainsi que iibra ou balance) forme l'étalon ou l'unité la plus répandue pour les poids, comme le pied pour les mesures. Il est à observer qu'ils ont généralement été divisés dans le même nombre de parties égales, et que leurs divisions portaient anciennement le même nom d'ancia, qui signfie le -^ d'un tout. L'once et le pouce ont ainsi la même dérivation, l'une étant dite uncia lihrœ , et l'antre uncia pedis.
' Il y a dans presque tous les pays deux espèces de livre; l'une pour les métaux précieux, l'autre pour les objets ordinaires. La première se divise généralement en 12 onces et la seconde en 16. L'échelle duodécimale a l'avantage d'être exacicraent divisible par 3 et par G; mais le système binaire, c'est-à-dire celui des divisions par 7,7, \, rï , elc , est regardé comme le plus simple et le plus convenable dans les opérations ordinaires du commerce domestique Mais dans les calculs de commerce étranger et de science, la division décimale est de beaucoup préférable.
INTRODUCTION. xr
Kii 1526 (18 Henri VIII i la livre troy fut adoptée pour la lisrc de l'hôtel des monnaies, à la place de la livre des monnayeurs, ou livre de la Tour, qui pèse -pr de moins, ou 5400 grains.
Les poids employés dans l'usage ordinaire sont l'ancienne livre commerciale (vol. I); la /iùra tnercatoria de 15 onces; et le poids avoirdupoids. L'usage de celui-ci fut décrété la 24* année du règnede Henri Y1II(1532), pour les viandes et autres provisions; mais cette loi a été révoquée en 1541.
En 1588, la reine Elisabeth fit placer à l'échiquier la livre avoirdupoid'ï comme étalon, sans rendre néanmoins une loi à ce sujet. Elle ordonna aussi d'y placer une copie de lu livre troy appartenant au corps des orfèvres, où elle sert encore d'étalon légal. Des copies de ce poids furent aussi envoyées à la monnaie et aux autres établissemens publics.
En 1758, un comité de la chambre des communes fut chargé de constater l'état des poids et mesures anglais. Il s'adjoignit plusietns mécaniciens habiles, tels que le célèbre opticien Bird et l'essayeur de la monnaie lïarris. Ce comité, qui avait lord Carysford à sa tète, lit preuve de sagacité; il prépara deux étalons, le yard et la livre troy, qui sont encore aujourd'hui conservés avec grand soin et considérés comme fort exacts.
La mesure de longueur fut ajustée par M. Bird, d'après les étalons employés à l'échiquier et ceux qui appartenaient à la société royale. ]M. TIarris se chargea du poids, prit pour étalon la livre troy conservée à la monnaie. Il se présenta une difficulté. Ce poids se trouva de 1 ^ grain plus pesant que la livre de l'échiquier. Afin de s'assurer ou était l'erreur, le comité fit demander le poids primitif de la chambre des orfèvres, sur lequel ils avaient l'un et l'autre été construits : mais on ne se rappelait pas même qu'il y avait eu un étalon dans cet établissement. Les commissaires adoptèrent alors l'étalon de la moimaie, regardant la faiblesse de celui de l'échiquier comme l'effet de l'usure. Voici en quels termes ils s'expriment.
« Les poids de l'échiquier ont été employés pendant plus de 170 ;tns pour en confectionner d'autres, et la différence qu'ils présentent aujourd'hui provient sans doute de ce fréquent usage.» Voyez les rapports des comités de la chambre des communes, vol. II, page 419.
Il s'agissait de savoir quel poids on adopterait pour étalon , si l'on prendrait le troy ou l'avoirdupoids : le comité a dorme la préférence au premier.
« Parce que, dit-il, c'est le plus connu dans notre législation, le plus anciennement usité, celui qui sert à l'appréciation des monnaies.
« D un autre côté, le poids avoirdupoids est d'une autorité douteuse.
XTJ INTRODUCTION.
quoique peu propre à être adopté pour étalon, l'habitude le rend néces- «iaire pour évaluer les onces, les deniers, les grains troy que la livre avoirdiipoids doit peser. »
Le comité ayant reconnu que les divisions de l'étalon de la monnaie n'étaient pas exactes , les a corrigées.
Une copie de cet étalon a été remise à la chambre des communes, et une autre à l'essayeur en chef de la monnaie, où elle est soigneusement conservée avec l'appareil à peser au moyen duquel on a comparé dernièrement les étalons étrangers. Ceux qui étaient trop courts ont été apprécies avec ime Jiouvelle balance hydrostatiqiie d'une grande précision, qui est due à M. John Barton, sous-contrôieur de la Monnaie.
La comparaison générale commença par celle de la livre parlementaire avec l'étalon de l'échiquier, qui fut tiré de la Monnaie par ordre du chancelier de l'échiquier. Celui-ci était de 1 v grain plus léger que la livre parlementaire, et ses divisions présentaient des inexactitudes encore plus grandes.
Le comité devait corriger cet étalon, mais le parlement fut dissous en 1760 et le travail abandonné.
Depuis cette époque les étalons sont restés dans le même état, quoique cet objet ait souvent fixé l'attention du parlement et de la nation, surtout depuis qne le système métrique est adopté en France.
En 1816 la chambre des communes présenta luie adresse au prince l'égent au sujet des poids et mesures. Ce prince chargea une commission de vérifier et de déterminer la longueur du pendule battant les secondes à la latitude de Londres, ainsi que le rapport des mesures de longueur adoptées en France et en Angleterre.
Les commissaires choisis parmi les membres de la société royale firent, au mois de juin 1819, un premier rapport qui contient les recherches les plus étendues sur les divers systèmes de poids et mesures. Ils ne proposaient aucun changement dans les étalons anglais pour la longueur et le poids , tels qu'ils furent établis par le comité de 1758. Ils les avaient trouvés exacts.
Les commissaires combattent le projet si souvent rappelé d'adopter les étalons étrangers afin de rendre les communications plus fiiciles. Ils ne pensent pas que cet avantage compense le trouble que tout changement de système entraîne dans les transactions domestiques.
Quant à l'étalon de longueur, à la longueur du pendule et à celle du mètre, voici en quels termes ils s'expliquent :
« Nous préférons la livre parlementaire, exécutée en 1760 par M. Birtl.
INTRODUCTION. jvij
Elle est faite avec une rare exactitude , et c'est celle qui s'accorde le mieux avec les vérifications qui ont été faites depuis, et surtout avec l'échelle employée par sir Georges Shuckburg.
« Nous proposons en conséquence de la faire servir de base à tous les poids et mesures légales, et nous déclarons que la longueur du pendule à secondes, daus le vide, au niveau de la mer, est à Londres de 39,1.'J93 pouces, et que celle du mètre français est 39,37079 pouces, les étalons anglais étant à 62° Fahrenheit. »
Le troisième rapport du comité confirme les deux autres au sujet des mesures de longueur. Pour ce qui est des poitls, la livre troy parlementaire de 1758 conserve sa valeur ainsi que la livre avoirdupoids , qui reste fixée à 7000 grains troy.
ETALONS FRANÇAIS.
Nous avons déjà expliqué la base du système métrique établi en France. Il nous reste à spécifier les principaux étalons et à faire voir le rapport qu'ils ont avec ceux d'Angleterre. Ce sont le mètre, le kilogramme et le litre, que l'on conserve avec les autres étalons, à rbôlel des poids et mesures, à Paris.
La longueur du mètre, telle qu elle a été déterminée par le comité dont il vient d'être question, peut être considérée comme coïncidant avec les résultats du professeur Pictet, qui la trouva, en 1802, de .39,371 pouces; partant la capacité du litre est exacte. Ainsi le rapport eutre les uiesures d'Angleterre et de France est depuis long-temps déterminé avec exactitude; mais on n'en peut dire autant des poids. La comparaison qui en a été faite à l'hôtel de la Monnaie, a fait découvrir une erreur considérable fvoyez une note, article France). Depuis, on a tenté d'autres vérifications qui exigent que nous entrions dans quelques détails.
On verra dans cette note qu'en 1712, la société royale de I^ondres et l'académie des sciences de Paris, essayèrent de déterminer le rapport des poids et mesures, pour lesquels elles échangèrent quelques étalons. Toutes leurs expériences s'accordaient; mais les poids qu'elles comparaient, n'étaient pas exacts, car on a reconnu récemment que la livre anglaise, envoyée en France, ainsi que les doubles que conservait la société royale, étaient d'environ 4 grains trop légères. Cette circonstance fit que la livre française avec laquelle on la comparait se trouva de 5 grains anglais trop
xviij INTRODUCTION.
pesante, excès qui fut ensuite transporté par le calcul sur le kilogramme,
qu'on fit d'environ 1 1 grains anglais trop fort.
Il paraîtinconcevable qu'une erreur de cette importance ait si long-temps échappé. C'est pourquoi on jugea conven.ible de soumettre la question aux autorités françaises. Une livre troy anglaise, vérifiée à la Monnaie de Londres, fut transmise par lord Castlereagh au comte Siméon , ministre de l'intérieur, avec le détail des expériences faites sur les divers kilogrammes qui avaient été envoyés en Angleterre. D'après ce rapport , il paraît qu'en général le poids était pour chaque de 15434 grains. Quelques-uns se trouvèrent plus pesans, mais aucun ne fut plus léger, si on excejjte le kilogramme de Paris, qui ne pesait que 15433 grains. Jusques-là il avait été évalué à 15144 grains.
La réponse du comte Siméon, datée du 28 février 1821, contient un état des expériences faites à l'hôtel des poids et mesures de Paris, sur la livre anglaise dont nous avons fait mention. Les résultats coïncident parfaitement avec ceux qu'on avait obtenus à Londres sur le kilogramme. Ainsi la livre s'est trouvée peser 373 grammes 233 milligrammes, quoique jusquelà elle n'eût été évaluée qu'à 372,919 grammes.
« Si les résultats obtenus, est-il dit dans la dépêche, en employant les kilogrammes que votre gouvernement avait tirés de quelques autres villes de France, ne donnent pas aussi exactement la valeur de ces poids en grains anglais, ce ne peut être que parce qu'ils étaient ajustés suivant les règles prescrites pour les poids du commerce, c'est-à-dire avec une tolérance en plus. »
D'après cela, il est évident que les kilogrammes dont on fait usage dans les affaires ordinaires sont un peu plus pesans que les étalons, d'où il résulte qu'on peut considérer le kilogramme commercial comme formé de 15434 grains. C'est la valeur que nous avons adoptée dans le cours de cet ouvrage.