LES MINERAIS
Bien que le Cambodge soit un pays plus spécialement de plaine, il contient aussi quelques richesses minières, dont nous devons parler. Il est incontestable que, Ià aussi, une extension considérable pourrait être donnée aux entreprises.
Minerais de fer. — 1 existe dans la montagne de Phum Deck (circonscription de Kompong Thom), des mines de fer, Ce minerai est depuis longtemps exploité par les Kouys, que les Cambodgiens méprisent comme des sauvages.
On désigne ces minerais sous le nom soit de pierre lourde soit de pierre légère. La première est plus riche en métal, mais le métal est mou et convient moins bien,de l'avis des indigènes ,que le second à la fabrication des armes, des instruments tranchants, des outils d'agriculture et les fers de scie. Le minorai est un oxyde de fer contenant 70 0/0 de mélal! son rendement par le procédé cambodgien,
est d'environ 65 à 66 o/o.
Au feu, le fer est très pur. A l’élirage, il est très doux et très malléable; la cassure est nette et à grains serrés et fins. ,
Il peut fournir un acier ordinaire, Pour travailler le fer, les Cambodgiens emploient le charbon de bois. Il en résulte un fer carburé qu’on peut tremper.
Citons à ce propos le passage suivant de M, Fuchs dans son Mémoire sur les gîtes métalliques de l'Indochine, page 104: «l’hématite pure (pierre lourde), compacte, ou fragmentaire ; la limonite pure ou faisant partie du conglomérat tufacé (pierre légère), enfin la sidérose, constituent des minerais de fer d’une grande richesse, comparable à celle des minerais pyrénéens.
» Leur pureté est en rapport avec leur teneur élevée en fer ; les analyses faites sur les échantillons rapportés par M. Boulangier ayant montré l'absence totale du soufre ou des traces insignifiantes de phosphore.
» Les minerais de Phum Deck sont donc des minerais de choix, se prêtant parfaitement aux nouvelles méthodes de la métallurgie du fer et pouvant donner, dans les meilleures conditions possibles, d'excellents aciers Bessmer ou Martin. »
Les procédés d'extraction et de transport sont encore primitifs. Mais on s'étonne que de pareilles richesses soient ainsi négligées.
Pierre à chaux. — On trouve encore, en assez grande quantité, la pierre à chaux. On l’exploite dans des mines situées :
1° À Phnôm-Tratung (province de Buntéaiméas) ;
2 A Phnôm-Kaulang (province de Péam) ;
3° A Phnôm-Sà (province de Kampot).
Phnôm-Penh emploie toute cette chaux, vendue & francs les 100 kilogs, pour les bâtiments.
Les indigènes fabriquent encore de la chaux très inférieure avec des coquillages.
Nous verrons que l'argile du sol, très commune au Cambodge, est très employée pour faire de la brique.
Grès. — On trouve encore du grès fin à Kampot, dont on fait les pierres à aiguiser et les statues bouddhiques qui sont répandues dans tout le pays: au moment des hautes eaux, les jonques viennent en charger au pied même des montagnes.
On extrait cette pierre à ciel ouvert, de père en fils, par des moyens très primitifs, et il n’y a guère qu'une centaine d'ouvriers, parce qu’une croyance populaire veut que ceux qui s’occupent de cetravail aient la vie courte.
Mais il faudrait des perfectionnements, car cette nouvelle ressource du sol pourrait être très utilement exploitée. 3
Granits. — A côté de cette pierre, s’en trouvent de très dures pour les routes,du granit feldspathique
ra E Er dans la résidence de Takéo, notamment à Léai Bor où il est à fleur de sol, dans Tréang.
À Kompong Cham, le basalte et le quartz sont abondants.
Dans la résidence de Pursat, le marbre, et dans la montagne de l’Éléphant, le charbon qu'on y a signalés, ainsi que le gisement aurifère qui a été prospecté en 1894 par la Mission Pelletier à Botkham, sur la Sénace, demeurent,comme presque toutes les pierres que nous venons de rappeler, à peu près complètement inexploitées, faute de main-d'œuvre, de moyens de transport et de capitaux, car les montagnes se trouvent comme prisonnières des impénétrables forêts qui les séparent du fleuve.