RATS
religieux, dont le plus beau spécimen se trouve dans les ruines d’Angkor. :
Ils sont d’un naturel apathique et indifférent, qui leur fait négliger leurs affaires et mépriser tout travail un peu rude. A ce tempérament se joint la passion de l'indépendance poussée jusqu’au mépris des contrats qui les lient.
Il en résulte que les Cambodgiens, favorisés exceptionnellement par la fécondité naturelle des terres arrosées par le Mékong, toujours certains de récolter ainsi le peu de riz nécessaire à leur subsistance, de se procurer les poissons apportés par le fleuve ou le gibier qu'ils peuvent chasser dans les forêts voisines, ne songent ni à multiplier les productions ni à introduire de nouvelles cultures pour l'exportation. Ils négligent même toute entreprise, éloignés qu'ils sont de s’employer chez les autres aussi bien que de travailler pour eux-mêmes. Les seuls travaux auxquels ils s’adonnent volontiers sont les métiers artistiques : dessin, peinture, sculpture, leur apathie s’en accommode, car il ne faut exercer aucun effort violent pour s’y livrer.
Les Cambodgiens s’occupent encore de la pêche pendant les inondations, parce qu’elle est des plus aisées et que le poisson se livre pour ainsi dire dans la main du pêcheur, tant il est alors abondant. Mais ils ne songent ni à améliorer leurs engins ni à étendre leur clientèle. Quant aux autres productions
qui demanderaient quelque soin, ils les abandonnent aux étrangers, qui deviennent chaque jour plus nombreux.
Historique. — C'est d’ailleurs l'image même de leur histoire : autrefois, les Cambodgiens, du vai° au xviue siècle,étaient un peuple puissant. Maisils devinrent en butte aux convoitises des Siamois,qui pénétrèrent jusqu'aux provinces du Grand-Lac en 1810, et des Annamites qui disputèrent ensuite le royaume même au père du roi Norodom, Aug-Duong, qui ne réussit qu'à régner difficilement comme vassal de ses ambitieux voisins. Les Annamites mirent à Phnôm Penh un mandarin, qui gouverna le Cambodge, mais fut chassé avee l’aide des Siamois, par les Cambodgiens eux-mêmes. Cependant, ceux-ci se laissèrent envahir et submerger par ces deux peuples, quise sont battus sur le territoire du Cambodge, s’en expulsant alternativement par la guerre. Ils n’échappèrent à ce double péril que par l'intervention des Français, qui les protègent depuis 1863, époque à laquelle l'amiral La Grandière, gouverneur de l’Indo-Chine, obtint du prince héritier, devenu depuis Norodom I‘, que notre représentant représenterait aussi officiellement le Cambodge à l’égard de la France. Celle-ci complétait peu après cette convention par un traité avec le Siam, en 1867, et le protectorat fut encore renforcé par un nouveau traité avec le roi Norodom, en 1884. La France
enfin compléta l'intégrité territoriale du royaume par une convention avec le Siam du 12 décembre 1904. On peut ainsi dire que le protectorat n'existe plus guère que de nom et que le roi n’a plus aucune initiative, la France étant souveraine.
Mais, les Cambodgiens, bien qu'ils aient retrouvé la sécurité du lendemain, sommeillent encore dans leur apathique indolence: c’est ainsi que, malgré tous les efforts faits par la France pour réveiller en eux le désir du progrès économique, nous retrouvons dans ce pays les capitaux et les principaux commerces aux mains surtout des Annamites et des Chinois. Les premiers sont environ 200.000.
Les 4/5 de la population se trouvent groupés le long du fleuve; quant aux autres terrains, pourtant immenses, ils ont été autrefois cultivés, mais sont compl ètement délaissés. On voit à quel avenir économique peut être appelé le Cambodge sous l'influence de la colonisation européenne qui, depuis quelques années, augmente d'importance régulièrement.
En un mot, examinons comment se répartit à peu près, au point de vue économique, la population du Cambodge, en dehors des colons européens.
Les Chinois. — Les Chinois, qui sont tous riches, utilisent, dans ce pays particutièrement fertile, leurs grandes qualités d’industriels et de commerçants. Certains d’entre eux se fixent au pays et font souche, ce qui est très profitable à la population autochtone.
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Les Siamois, les Annamites. — À côté des Siamois les Annamites sont à la fois des navigateurs passionnés et des travailleurs fort résistants. Ils occupent surtout l'emploi de coolies, de rameurs, d'ouvriers pour les rudes travaux.
Malais, Indiens. — Les populations indiennes comprennent les ralabams et les Chélis, les premiers important surtout des étoffes de l'Inde et de fabrication anglaise ; les autres se livrant, au grand dommage des indigènes et des européens, à la banque et surtout à l’usure.
Quant aux Cambodgiens, ils se réservent le rôle d'intermédiaires, de vendeurs dans des Kompongs (marchés des produits locaux) pour les denrées du pays nécessaires aux 15.000 immigrants qui, chaque année, viennent au Cambodge au moment de la crue et y séjournent pendant la durée des inondations, Les Cambodgiens font un peu de culture, sont pêcheurs et se livrent à quelques travaux artistiques.
Tels sont les éléments de la vie économique du pays; nous allons les étudier en présence l’un de l’autre, et voir dans quelle mesure les habitants ont su lirer parti de la situation naturelle du Cambodge ct comment leurs protecteurs, les Français, les ont guidés dans celte exploitation de leurs richesses. En même temps, nous signalerons les progrès qu'il reste à faire, en étudiant par le menu chacune des manifestations de la vie économique du Cambodge, sous le protectorat français.
P. Dreyfus a
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