‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 37 sur 45 · MÉPRISE DE M. JULES FAVRE · texte numérisé non relu

MÉPRISE DE M. JULES FAVRE

Kous avons vu figurer dans le rapport de M. de la Borderie un M. Le Luyer, ancien capitaine d'infanterie, nommé d'emblée général par M. Gambetta> qu'il avait séduit en lui soumettant un plan d'après lequel on pouvait former un général en quelques heures > des pfiGciers généraux en deux jours, des officiers, des sous-officiers et des soldats en huit jours au plus.

Cette méthode , parfaitement en harmonie avec les théories militaires de M. Gambetta , avait tellement séduit le ministre de la Guerre (celui qui confondait dans ses dépêches Épinay • sur«^rge avec Epinay-Saint-Denis) , que M. Le Luyer reçut de lui de pleins pouvoirs pour organiser la déCense nationale dans les Gôtes-du-Nord suivant sa méthode , sans s'inquiéter de l'op^ position du général Legay-d'Arcy, commandant de la subdivi« sion, I qu'on briserait an besoin i . (Voir à ce sujet U dépêche datée de Bordeaux, 28 janvier 1871, reproduite ci-dessuil p. 232.)

M. Le Luyer, brave homme au demeurant, et qui payait avoir cru sincèrement à Tefficacité de son plan , donna sa dé* mission , aussitôt qu'il eut acquis la conviction de son impossibilité d'exécution.

Mais son intervention devait provoquer un incident bien curieux.

M. Jules Favre était enfermé dans Paris au moment où ce personnage jouait son rôle dans le drame de U défense nationale.

Quand le blocus de Paris fut levé, le négociateur de Ferrières apprit l'existence de cet étrange négociateur de M Gambetta. Obsédé par le souvenir de son ami Laluyé et abusé par la ressemblance des deux noms , il fit ordonner immédiatement à M. Emmanuel Arago, alors ministre de l'intérieur à Bordeaux, de révoquer au plus vite «le sieur Laluyé, commissaire du Gouvernement dans les Côtes-du-Nord, et, de nommer un préfet pour ce département. »

Voici , du reste, le texte même de la-^épéche :

■ Paris , 9 février, 1 h. 55 mâtin.

c Minisire ImérièurâM. Arago, ministre de l'Intérieur

à Bordeaux,

c Je vous confirme la dépêche de M. Jules Favre , qui vous fait comiaître la nécessité de révoquer immédiatement M. La- LDYÉ {sic) , commissaire du Gouvernement dans les Gêtes-du- Nord, et de nommer un préfet dans ce département.

Voilà', sans doute , les préoccupations qui empêchaient , à la même époque, M. Jules Favre de se souvenir que l'armée de l'Est tenait encore la campagne au moment de l'armistice. Il pensait trop à Laluyé et pas assez aux cent mille hommes que son criminel oubli allait condamner à la retraite .la plus désastreuse, pas assez à l'héroïque général que ce même oubli devait conduire au désespoir et au suicide.

(Paris^oumal , 6 janvier 1874. j

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