‹ Le camp de Conlie et l'armée de BretagneChapitre 36 sur 45 · INJUSTES ACCUSATIONS CONTRE LES MOBILISÉS · texte numérisé non relu

INJUSTES ACCUSATIONS CONTRE LES MOBILISÉS

De graves accusations ont été portées , dans quelques écrits, contre les mobilisés bretons , relativement à la conduite qu'ils auraient tenue après l'abandon de la Tuilerie et dans le cours de leur retraite sur Rennes. Les chefs de la brigade d'Ille-et- Vilaine, — entre autres le général Lalande et le colonel d'Elteil, qui commandait la légion de Redon-Montfort, — émus de ces accusationSf ont cru devoir protester contre elles, en adressant à la Commission d'enquête de TAssemblée nationale le récit détaillé des incidents qui ont marqué cette retraite. Voici un eitrait des deux ouvrages qui ont surtout motivé ces protestations.

Dans la Deuxième armée de la Loire du général Ghanxy (édit. in-8o, p. 350-351) on lit ce passage :

« Désordres au camp de Conlie, — Pendant que ces marches s'opéraient , depuis le 12 janvier au matin , des incidents regrettables s'étaient produits dans quelques corps. Après leur panique de la Tuilerie, les mobilisés de la Bretagne, qui avaient les premiers repassé THuisne et la Sarthe , s'étaient retirés sans s'arrêter jusqu'à Ëvron. Leur passage à Gonlie avait amené du désordre dans ce camp ; les mobilisés qui s'y trouvaient avaient hâte de le quitter, croyant à un danger imminent, et le général de Marivault, parti pour Rennes, n'était plus là pour les maintenir. Le 13, malgré les ordres formels du général en chef, qui avait prescrit de ne quitter la redoute qu'après en avoir évacué les approvisionnements qu'elle contenait, les vivres furent pillés, un grand nombre d'armes et de munitions furent détruites ou abandonnées, et les troupes se retirèrent sur Assé-le-Bérenger, où une faible partie purent seulement être arrêtées, les autres continuant leur retraite sur la Bretagne. *

Un autre ouvrage dû à un homme de talent, ancien professeur à l'école de Saint-Cyr, et qui a su résumer sons une forme précise et populaire à U fois l'histoire de la dernière guerre , porte ce qui suit :

« A huit heures du soir, un bataillon prussien ayant fiût un

83» tR GAlfP DE CONLIE.

retour offensif contre la position de Ja Tuilerie, les mobilisés d'Ille-et- Vilaine qui F occupaient furent pris de panique, lâchèrent pied honteusement et entraînèrent par leur exemple un grand nombre de nos soldats^. Une partie de ces misérables se ruèrent sur le chemin de fer, où ik trouvèrent un train chargé de blessés; ils les jetèrent brutalement hors des wagons et prirent la place de leurs malheureux camarades pour se sauver plus vite et plus sûrement. L'histoire doit fiiire connaître et flétrir de pareils actes J ....

c La fuite honteuse des mobilisés de Bretagne, qui était déjà cause de notre dé&ite au Mans , eut encore un autre résultat; en passant par Gonlie, ils jetèrent U panique dans le camp, où des milliers de mobilisés étaient réunis; ceux-ci se débandèrent à leur tonr, pillèrent les vivres, détruisirent les armes et les munitions, et tous ensemble se sauvèrent en Bretagne. > (L. Dussieux, Histoire générale de la guerre de 1870-1871 , p. 183, 184.)

Nous ne reproduirons pas intégralement les deux lettres adressées à la Commission d'enquête pour MM. de Lalaode et d'Elteil; mais nous en extrairons les passages qui répondent péremptoirement aux accusations qu'on vient de lire.

Quant à l'acte de cruauté brutale prêté aux mobilisés bretons contre des blessés, notons d'abord que M. Dussieux, en se faisant l'éditeur de cette accusation, a omis d'en indiquer la source, ce qoi permettrait d'y opposer uo démenti pur et simple. Mais voici des renseignements très-précis fournis par le colonel d'Elteil, qui ne laissent rien subsister de ces allégations :

t Partie vers neuf heuresde Pontlieae (le 12 janvier au matin), la brigade d'lI]e*et-Vilaine fut conduite jusqu'à l'entrée de U ville du Mans par un officier d'état-major qui, marchant à côté du général de Lalande , fit prendre à la brigade un chemin qui , de Pontlieue , allait rejoindre la ligne ferrée de Tours , et c'est en suivant cette ligne que les mobilisés arrivèrent à la gare.

c A ce moment (dix heures et demie environ), tout était calme dans ce vaste établissement. Dans les salles d'attente converties en ambulances, il n'y avait aucun mouvement extraordinaire. Le conunandant Guilbault, qui causa un instant

* Pour comprendre toute Tinexactitade et tonte l'injastice de cdU phrase, il faot relire ci-denui , dani le rapport , le chapitre intitula : L'affaire dt la TuHerits ipëcialement de la page 159 à la pag» 164.

avee le chef de gare, crut cependant remarquer qu'on y for^ mait un train , chargeant du matériel paraissant appartenir à des employés de la garé. La brigade sortit de la gare à Theure indiquée plus haut, prenant la direction de la route de Gonlie, passant un pont sur la Sarthe , pont déjà encombré par des corps venant de la rive gauche de l'Huisne , qui battaient en retraite depuis le matin.

c Dans ce passage à la gare tout s'est fait avec ordre, et si à ce moment avait eu lieu U scène atroce citée dans l'ouvrage de M. Dussieux, dès le jour même, le chef de gare et les nombreux employés qui étaient encore à leur poste n'eussent pas manqué de flétrir, comme ils doivent l'être, de pareils actes. En outre des chefs de bataillons et des officiers de compagnie, il y avait eu tête de la brigade le général de Lalande ; si de pareils £iits s'étaient produits ^ les employés présents ne se seraient-ils pas adressés à cet officier général? N'auraient-ils pas fait appel aux officiers , avec lesquels ils venaient d'échanger quelques paroles sur les événements du jour ? i^

En ce qui touche le pillage des vivres restés au camp de Gonlie, il n'eut lien que le 13 , il fut le fait des fuyards débandés de l'armée de Ghanzy, surtout des traînards, soldats de toutes armes, mêlés ensemble dans le plus grand désordre, parmi lesquels il pouvait y avoir quelques mobilisés. Mais il est certain que le gros des mobilisés d'IUe-et-Vilaine, la trèsgrande majorité des six bataillons qui s'étaient trouvés à la Tuilerie, restèrent durant leur retraite groupés autour de leurs chefs, gardèrent leurs armes et ne firent aucun désordre à Gonlie. Voici ce que dit à ce sujet le général Lalande :

c Les six bataillons d'Ille-et-Vilaine ont passé la nuit (du 11 au 12) à Pontlieue sans pouvoir entrer au Mans. Le 12 janvier, au matin , ils sont partis sous mes ordres pour se rendre à Gonlie , où nous ne sommet arrivés < que tard dans la soirée , vers sept heures et demie ou huit heures, les hommes harassés de fatigue et mourant de faim pour la plupart. Le lendemain, à la pointe du jour, j'envoyai un maréchal des logis de mon escorte an commandant da camp (le colonel Jéhenne, des mobilisés de la Loire-Inférieure, ou le général Morin) pour savoir si je pourrais faire des vivres en passant près du camp, route de Sillé-le-Guillaume et d'Évron. Le commandant du camp me fît répondre que je pouvais avoir tout ce que je désirerais; qu'il y

* U s'agit ici da bourg de Conli«, diftent da camp de 1 ,500 mètre» environ.

await 100, (KM) rations, et que probablement one très*grande partie serait abandonnée par suite de la marcbe des Prussiens. Je donnai l'ordre à tous les cbefs de bataillon de fiûre des vivres pour trois ou quatre jours, ne sachant où nous pourrions en toucher dans notre retraite. Tous les bataillons se conformèrent à mon ordre , sauf un seul , qui passa devant le camp sans s'y arrêter; ceci se passait le 12, bien avant midi. — Or, le camp de Gonlie a été pillé le 13 et le 14 par les traînards de toute l'armée venant du Mans. *

Le colonel d'Elteil dit de son cAté :

c Les mobilisés d'IUe-et- Vilaine arrivèrent à Gonlie vers sept heures du soir et durent bivouaquer en partie sous la halle du village , tandis que les autres allèrent jusqu'au camp , où ils passèrent la nuit dans les baraques de l'ambulance.

c Toute la nuit du 12 au 13, le mouvement de retraite s'accentnant davantage, des troupes nombreuses traversèrent le village de Gonlie en suivant la grande route de Sillé-le-Guil* laume. ^

c Le 13, à huit heures du matin, la brigade se trouvait réunie près des magasins aux vivres du camp, et les hommes y recevaient, sur bous réguliers qui aujourd'hui pourraient être représentés au besoin par l'administration du camp, des vivres pour un jour. Après la distribution, la brigade se mit en route pour Sillé-le-Guillaume , d'où, sur de nouveaux ordres, elle dut continuer sur Evron , couchant à Assé-le-Bérenger. »

Enfin, il y avait, comme on le voit par le rapport (ci-dessus p. 163-164), un groupe de mobilisés d'IUe-et-Vilaine, 800 hommes environ, qui, s'étant vus momentanément séparés du reste de la brigade , ne la rejoignirent que le 14 à Evron. Le lieutenant-colonel d'Elteil , qui se trouvait à la tête de ce groupe, en parle ainsi :

« Le 12 janvier au soir, les mobilisés qui suivaient le lieutenant-colonel couchèrent dans un village à une lieue et demie en arrière du Mans. Le 13, ils arrivèrent à Gonlie ven midi, et traversèrent le camp vers une heure, mais en suivant toujoun la grande route... Gette route est, à la hauteur du camp, encaissée de deux ou trois mètres ; un escadron de cuirassiers garnissait la hauteur du camp et en défendait l'entrée aux hommes isolés qui auraient voulu y pénétrer. »

Il est donc bien établi que s'il y a eu pillage au camp de Gonlie, ce fait ne peut être imputé aux mobilisés d'iUe-et- Vilaine. Encore moins pourrait-il l'être à ceux de la Loire-

lofërieare (légion de Paimbœuf-Saint-Nazaîre), dont nous avons vn l'histoire dans la précédente section de cet Appendice,

Toutefois, dans le passage qae nous avons cité en commençant, le général Gbanzy écrit que « les vivres furent pillés malgré les ordres formels du général en chef, qui avait prescrit de ne quitter la redoute qu'après en avoir évacué les approvisionnements. «

Cette nouvelle accusation regarderait les mobilisés de Paimbœuf-Saint-Nazaire. Elle n'est pas fondée, car les vivres n'étaient poiut dans la redoute. Quant aux armes et munitions qui s'y trouvaient , on a vu (ci-dessus p. 336) qu'avant de partir, la légion de Paimbœof avait eu soin de les transporter sur le qnai du chemin de fer. Le général avait promis d'envoyer des wagons; il n'était rien venu , on ne pouvait mieux faire. Voir, au reste , le récit de M. l'intendant Descrimes (ci-dessni p. 826-329).

LE GÉNÉRAL GHARETTE ET M. 6AMBETTA

On a va dans le rapport (ci-dessus, p. 214-216) que la proposition de donner après la bataille du Mans au général Gharette le conunandement supérieur de toutes les forces destinées à défendre la Bretagne, avait été faite , recommandée avec instance par le général Ghanzy, et repoussée par M. Gambettapour des motifs politiques.

Gomme il y a eu à ce sujet, depuis la distribution du rapport, une controverse dont nous parlerons dans un instant, il convient de donner ici les principales dépêches officielles (télégrammes), relatives à cette affaire. Les voici :

« Bordeaux , 23 janvier, 9 h. 35 matin.

« Délégué Guerre à Gambetta, Lille.

a Je vous serai obligé de me répondre au sujet de Gharette, pour lequel je vous ai télégraphié il y a trois jours. Le général Chanzy insiste de nouveau vivement pour que le commandement de tous les mobilisés bretons soit confié à ce général. Je vous ai fait connaître que , cette mesure ayant un côté poli^ tique, j'étais dans l'impossibilité absolue de prendre aucune décision. Veuillez me donner vos instructions pour cette affaire , à laquelle le général Ghauzy attache une grande importance. // dit que ce sera le seul moyen pour lui de reprendre l'offensive sans compromettre la Bretagne.

« G. DE Fretcinet. *

B Bordeaux , 23 janvier, 10 h. 50 matin.

« Délégué Guerre à général Chanzy, Laval.

{Extrême urgence).

c J'ai reçu dans la nuit vos deux dépêches de 3 h. 45 soir et de 12 h. 28 matin.

« En ce qui concerne votre proposition de donner le com-

APPENHIGE. 343

mandement des mobilisés bretons à Gbarette, cùmme elle a un côté politique, j'ai dû la soumettre préalablement à M. Gam* betta. C'est ce que j'ai fait, il y a trois jours. Je la repro* dois aujourd'hui. Dès qne j'aurai une solution , je vous an ferai part.

« C. DK Frbycinbt, •

a Bordeaux , 23 janriar. 2 h. 55 soir.

« Guerre à général Chanzy, Laval,

tM. Gambetta pense qu'tV y aurait des inconvénients à constituer àCharette une sorte de commandement régional. Le mieux, dans son opinion , serait de lui adjoindre , purement et simplement, un certain corps de mobilisés bretons, avec lesquels il guerroierait comme Ûpowski et Gatbelineau. Si cela vous convient, indiquez-moi le nombre de mobilisés que vous jugeriez utile de lui donner, en sus des volontaires qu'il a déjà. // faut en tout cas éviter de donner à Charette une sorte de supréma^ tie politique. Il doit rester ce qu'il est, le chef militaire d'un corps de partisans.

« G. DS Freyginbt. 9

Un défenseur officieux de M. Gambetta *— le journal la République française, du i«' janvier 1874— a prétendu, malgré l'évidence des faits et des mots, que la politique était étrangère au refus de M. Gambetta, et que s'il n'avait pas nommé M. de Charette au commandement supérieur des forces de Bretagne, c'était pour une tout autre cause.

c Un seul instant de réflexion (dit ce journal) eût suffi au rapporteur pour se convaincre qu'une telle nomination était impossible, alors que, pour mieux couvrir la Bretagne, le Gouvernement, d'accord avec le général Chanzy, venait de décider que le 17* corps prendrait position à lÂval. Or, ce corps d'armée était sous les ordres du général de Colomb , le plus ancien des généraux de division de l'armée régulière, t

En d'autres termes, les règles de la hiérarchie militaire et l'ancienneté de grade empêchaient de subordonner le général Colomb au général Charette.

On pourrait répondre que, dans tout le cours de sa dictature, M. Gambetta ne s'est guère soucié d'observer ces règles, témoin, entre autres, le 18« corps d'armée , qui fut, pendant un

temps, commandé par un colonel de très-fratche date (M. Billot), ayant sous ses ordres un général de brigade (M. Feillet- Pilatrie).

Mais il y a une réponse plus péremptoire ; c'est que la difficulté hiérarchique alléguée par la République française n'existait pas. « Un seul instant de réflexion eût suffi au rédacteur pour se convaincre • que si M. de Freycinet avait eu cet argument à sa disposition, il n'aurait pas manqué de l'opposer — daos sa dépêche — à U demande du général Ghanzy , pour colorer le refus de M. Gambetta. Mais il n'avait garde d'en dire mot, car personne notait encore proposé d'attacher le général Colomb àladéfense de laBretagne, C'est seulement aprèsle refus opposépar M. Gambetta au commandement supérieur du général Charette que le général Ghanzy produisit un nouveau plan de défense où il était question de M. de GoIomb.Le refus est du 23 janvier, ce nouveau 'plan apparaît pour la première fois le 24, dans le télégramme suivant :

« Lavai, 24 janvier.

« Général Chansy à Guerre , Bordeaux ^ (Gonadentielle.)

tt Toujours préoccupé du danger que pourraient courir la Bretagne et la Loire-Inférieure si je quittais mes positions actuelles, et sentant néanmoins qu'il me faut être libre pour reprendre les opérations et poursuivre un résultat, je vous propose le parti suivant , dans lequel j'ai cherché à tout concilier. Donner au général de Golomb la mission de défendre la Bretagne, couvrant Rennes et Nantes; lui laisser à cet effet* deux divisions comme base de son armée; grouper sous ses ordres les forces de Bretagne sous trois ou quatre chefs, dont Gharette et Gathelineau, ayant chacun 10 à 15,000 hommes et une zone de pays à protéger; renforcer le 16« corps, très-réduit par le feu et les maladies , en lui ajoutant la division prise au 17«.

i Goùcentrer immédiatement les forces de Bretagne sur les positions à prendre pour la défense , et me porter avec les 16<^, 19« et %i^ corps , formant l'armée active , en avant de Gaen , me reliant par ma gauche jusqu'à la Seine , et au besoin au

' Voir Chansy, Dtuteièm» armétde la Loire, in-S», p. 394.

10* corps, et être «innprét à me porter sur Paris dès que Faidherbe pourra reprendîre l'offensive. *

. Non-seulement le plan de défense de la Bretagne mention» nant le général Colomb ne fut proposé cpie le 24, après le refus du commandement supérieur demandé pour Gharette ; mais ce nouveau plan ne fut adopté par le Gouvernement que trois jours plus tard, oonmie le prouvent ces deux dépêches :

« Laval , 27 janvier, 12 h. 29 matin.

« Général Chamy à ministre Guerre , Bordeaux,

« Vous ne m'avez pas fait connaître si vous approuviex mon projet de défense de la Bretagne, donnant au général de Colomb, qui conserverait deux divisions du 17^ corps, le commandement de toutes les forces bretonnes réparties sous Cathelineau, Gharette, Berranger et Lipowski.

« Général Chanzy. «

« Bordeaux, 27 janvier, 10 b. matin.

c Guerre à général Chanzy, LaoaL — Extrême urgence,

« J'approuve votre projet de défense de la Bretagne tel que vous Taves proposé , et je croyais même vous l'avoir dit hier. Vous pouves donc procéder à son exécution.

« G. ns Frkvcuikt. «

Au reste, bien qu'elle ne figure ni dans le rapport sur Gonlie ni dans les Annexes de l'édition officielle, nous avons pu nous procurer une copie de la dépêche télégraphique dans laquelle M. Gambetta lui-même fait connaître à 11. de Freycinet ses sentiments au sujet du conunandement supérieur de la Bretagne demandé pour M. de Gharette par le général Chanzy; elle est ainsi conçue :

Lille, 22 janvier, 12 h. 5 matin.

c Ministre Guerre à délégué Freycinet, Bordeaux,

t Je reçois votre dépêche datée de cinq heures et demie du soir. Vous savez maintenant où je suis venu et pour quelles

causes je sois vena ici. Ma présence était indispensable et y fera quelque bien.

c Quant à Taffaire Gharette , je vous prie de faire savoir à qui de droit qne l'idée de ce grand commandement régional ne me paraît pas réalisable. Je veux bien que l'on pense à donner à M. de Gbarette un corps de mobilisés à commander; mais quant à l'investir d'une autorité aussi vaste que celle dont on a parlé , voilà qui ne se peut admettre. Vous avez dû voir déjà certaine dépêche du préfet d' Angers qui s'effraye du commandement donné à Gathelineau ; jugez de ce que seraient les ré" clamations I Écrives donc dans ce sens.

t Je vous remercie de votre dévouement, j'y compte toujours et vous prie, mon cber ami, de croire à tous mes sentiments.

« LkON GâMBETTA. •

Au ton de cette dépêche, on peut juger que M. Gambetta y ouvre à son délégué, sans aucune réserve, le fond de son cœur. S'il eût eu contre le commandement supérieur de Gharette quelque objection, quelque scrupule tiré des règles de la hiérarchie militaire , évidemment il lui en aurait parlé.

liais il ne s'en doute même pas : contre la nomination de Gharette à ce commandement il n'a qu'une raison, qu'une objection, la crainte de réclamations pareilles à celles que faisait entendre M. Engelhard, préfet d'Angers, contre le commandement donné à M. Gathelineau dans Maine-et-Loire. Or, ces réclamations nous les connaissons (voir ci-dessus p. 220 à 223); la dépêche même à laquelle se réfère M. Gambetta, nous l'avons lue (ci-dessus p. 220). Toutes ces protestations — nous le savons — sont uniquement inspirées par les préjugés, les an-* tipatbies, les intérêts du parti politique auquel Mi Engelhard et M. Gambetta appartenaient.

Si M. Gambetta a repoussé le conounandement supérieur demandé pour le général Gbarette « ici, comme dans l'afbire Gathelineau, il a donc — très-sciemment, très^volontairement et de son propre aveu — sacrifié à l'intérêt de son parti l'intérêt de la défense nationale, tel que le lui représentait le général Ghanzy.

Son prétendu scrupule pour l'observation des règles biérar** chiques est un conte inventé après coup*

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