SCÈNE X
LAJONCHÈRE, ADRIENNE.
ADRIENNR, après avoir ferme' la porte, allant droit à son mari, qu'elle regarde fixement, pendant qu'il peigne ses favoris. D un ton bref.)
Ah çà! monsieur... êtes-vous décidément devenu aveugle et obtus?...
LAJONCHÈRE, surpris.
Obtus?
ADRIENNE
Vous n'avez pas vu l'éclair qui brillait dans mes yeux?... vous n'avez pas deviné l'orage qui grondait sous mes paroles?
■ Adrienne, Christian, Lajonchère.
SCKNE X. 27
LAJONCHÉRE, in<iiiiet.
Adriciilic!...
ADRIEMSE, avec rr.ëpris.
11 ne vous ost pas venu un instant à la pensée que cette porte coinimini(iuo à votre cabinet... qu'après avoii' doiuié ciuelques ordres^ je pouvais y entrer, dans ce cabinet!... et de là!...
LAJONCIlÈUEj cpouvantu.
Tout enteudre peut-être ! . . .
ADUIENISE.
Tout !
L AJONCHÉRE^ à pari.
Voilà le bouquet !
ADRIEN NE, avec force .
A genoux, monsieur, à genoux !
LAJOJNCHÈRE.
Écoute, Adrienne!...
ADRIENNNE.
Taisez-vous!... A dater de ce jour, vous n'êtes plus -mon mari, vous êtes mon esclave!... Vous ne ferez plus un pas hors de celte maison sans moi !
LAJONCHÉRE.
Ah! mais!...
Votre cercle, votre américaine, je supprime tout !
LAJONCHÈRE.
Ah! mais!... *
ADRIENNE
Kt enfin, cette adresse, que vous avez mise dans le chapeau de votre complice !... (Mouvcinom de LajonciirTe.) Je la veux !
LAJONCHÉUE.
Ah ! c'est trop fort !
ADRIENNE, près du guéridon.
Je l'exige!... Écrivez! là, à l'instant!... le nom de cette femme !... Écrivez!
LAJONCHÈRE, prenant son cliapcaii el reiifoiiçaiit sur si lêtc.
Lh bien! non, madame!
ADRIENNE
Plaît-il?
LAJONCHÉRE, avec énergie.
Puisque VOUS savez tout, je ne vous cacherai rien!... * J'aurai le courage de mes débordements!.... je serai cynique!
ADRIENNE
Vous vous révoltez !... une émeute!...
LAJONCHÈRE, solennellemeiU.
Non, madame, c^est une révolution!... Je brise le joug que vous avez posé sur ma tête !...
Qu'est-ce que j'ai posé sur votre tête?
LAJONCHÈRE.
Le joug, que je brise!... Je vais, de ce pas, dîner avec Christian... et nous serons quatre!... quatre, vous l'avez entendu!... quatre !
Air des Amazones.
Des préjugés d'un notaire en ménage Je suis, madame, à jamais détrompé !
La liberté succède à l'esclavage !
ADRIENNE, rtD^C ^erfam.
Mais, voyez donc ce cheval échappé I
LAJONCHÈRE, vîvement.
Bravo! très-bien! du mot je suis frappé.
{Avec feu.) Un cheval, soit, que son ardeur entraîne. Qui, las du frein qu'il a longtemps souffert Rompt ses harnais, son licol et sa chaîne. Prend le galop et va se mettre au vert •'... Je romps enfin mon licol et ma chaîne. Au restaurant je vais me mettre au vert !
ADRIENNE
Vous me faites pitié !
LAJONCHÈRE.
Madame!...
ADRIENNE
Oh! que c'est beau!... un pauvre petit moment de courage Lajonchère, Adrienne.