‹ Le camp des bourgeoisesChapitre 3 sur 66 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

Les Mêmes, ADKIENNE, sortant de son appartement et tenant un

petit journal.

ADRIENNE

Ah ! pourquoi ?. . .

LAJONCHÈRE.

Tiens! elle va te répondre elle-même.

FERNANDE

Bonjour, ma tante.

ADUIENNE.

Bonjour, Fernande. .. Ah ! tu demandes pourquoi?... Parce qu'il est inouï qu'on ne puisse aller dans un théâtre sans tomber sur une pièce qui vous représente ces demoiselles, qu'ils appellent des dames aux camélias^ des filles de marbre , des femmes du demi-monde... est-ce que je sais?'^'^

LAJONCHÈRE, à part.

Bon ! voilà Adrienne sur son grand cheval de bataille, je demande à m^asseoir.

Il s'assied à gauche du guéridon.)

ADRIENNE

t Qu^est-ce que vous dites là?... Est-ce moi seulement qui me plains?... Je parle au nom de toutes les femmes... qui pensent, qui disent tout bas ce que, moi, j'ose dire tout haut.

LAJONCHÈRE.

C'est cela... le camp des bourgeoises.

ADRIENNE

Non, monsieur, le camp des femmes honnêtes, qui sont indignées de l'importance qu'ont prise ces... (s'animant.) Mais, pour qu'on en fasse dos héroïnes en cinq actes, il n'y a donc plus que ces créatures au monde?... il n'y a donc plus qu'elles qui soient jeunes, jolies, séduisantes ?... Dites-le.

LAJONCHÈRE.

Je proteste.

* Lajonchère, Fernande, Adrienne.

** Lajonclicre, Adrienne, Fernande à la cheminée.

-, ADRIENNE

Aussi, j'étais furieuse... et, sans cette petite madame Defrène, qui est affamée de spectacle...

FERNANDE

Vous seriez partie?

D'autant plus que j'étais dans une baignoire, où nous étouffions... tandis qu'une foule de ces charmantes personnes se prélassaient aux avant-scènes... Car elles accaparent les meillemes places, et toutes les lorgnettes sont braquées sur elles... Tous ces petits messieurs de l'orchestre sont comme cela, tenez... (eiic

fait le signe de lorgner à droite et à gauche.) C CSt pitoyable!

LAJ ONCHÉRE.

Ah! ah ah! ah!

Vous riez ?

ADRIEN NE

LAJONCHERE.

Non... je gémis, (iise lève.)

ADRIENNE

Aîr de l'Ecu de six francs.

Ainsi chaque soir nous ramène

L'original et le portrait :

Quand Marco parait sur la scène,

Marco dans sa loge paraît, •

Et c'est la même, trait pour Irait

Vos peintres de mœurs... trop tidèles.

Ont pour eux des bravos tout prêts,

Quant ils exposent leurs portraits

Devant un juiy de modèles.

Mais j'espère me dédommager ce soir.

FERNANDE

Ah ! une pièce nouvelle ?

ADRIEN NE, lisant.

« PvRAME ET Thisbë. » Cc titrc-là , au moins, oITro quelque chance... il faut espérer qu'il ne sera pas questi' n là-dedans do mesderao'selles Marguerite Gautier et compagnie... J'ai écrit

LajoDchère, Fernande, derrière le guéridon, Adrienne.

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