‹ Le camp et le tabernacle du désertChapitre 41 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Nous voici devant le sanctuaire. Vu de dehors, il n'a rien, qui flatte Fœil : c'est un vaste hangar recouvert de tous côtés d une enveloppe de peaux de blaireaux ; néanmoins, lovoile ou tenture qui lui sert de porte et qui se lève en draperie à l'instant même pour laisser passer les sacrificateurs, nous permet d'entrevoir les magnificences du dedans.

Le tabernacle renferme deux compartiments , le lieu saint et le lieu très-saint, séparés par le grand voile. La charpente se compose de quarante-huit plateaux ou ais en bois de sitlim , longs de dix coudées (environ 17 pieds), larges d'une coudée et demie, revêtus d'or et reposant sur des soubassements d'argent. Cinq barres transversales du même bois, également plaqwées en or et passant par cinq anneaux d'or, lient toutes les parties de la charpente et en font un assemblage régulier et parfait. Dos soins tout parti-

culiers ont été donnés aux encoignures pour assurer la force et la solidité de lensemble. Cest un vrai mur d'or. Clos de toutes parts, le tabernacle ne s ouvre qu'à l'orient (1).

Il est bon d'ajouter quelqjues mots sur les soubassements. Au nombre de cent, et pesant juste un talent chacun (plus de cent livres), ils forment un fondement très-solide. Ainsi qu'on vient de le dire, ils sont d'argent, à Texception de ceux qui portent les pilastres auxquels est suspendu le premier voile (ces derniers sont d'airain comme ceux du parvis); l'argent qui a servi à les faire est le produit du rachat des Israélites âgés de vingt ans et au-dessus; c'est la rançon que chacun d'eux a dû payer pour sa personne à l'époque du premier dénombrement (2); elle est fixe, savoir un demi-sicle par tête, poids du sanctuaire (3), le riche ne pouvant rien donner de plus, ni le pauvre de moins, si bien que les Hébreux ont tous une part égale dans les fondements de la maison du Seigneur, et une part se liant en quelque manière à leur propre existence, puisque c'est au moyen de cet argent qu'ils l'ont rachetée. Ils étaient 603,560 à l'époque du premier dénombrement; ce nombre réduit

(i) On croit communément que les ais du tabernacle étaient soutenus par des cordages tenant à des pieux d'airain engagés dans le sol ( Exode , XXXYlir) ; mais le poids excessif des soubassements d'argent peut avoir rendu les cordes superflues.

(2) La taxe ou capitalion destinée à fonder, puis à entretenir le tabernacle, plus tard le temple, se payait probablement à chaque dénombrement nouveau , ou toutes les fois que l'exigeaient les réparations du temple et les besoins du service divin. Cest apparemment cette taxe que Jésus paya , pour accomplir ainsi toute justice ( 2 Rois , XII , 4. 2 Chron. , XXIV, 6. Néb. , X , 32. Matth. , XVII , 24).

(3) Poids gardé dans le tabernacle, puis dans le temple, pour servir d'étalon à tous les sicles qui auraient cours dans la Judée. On croit que le sicle sacré valait un peu plus de 2 francs.

• en demi-sicles faisait justement les cent talents employé» aux fondements du tabernacle. L'excédant, savoir 177S sicles, avait été en partie consacré à couvrir les chapiteaux ou couronnements des ais du tabernacle. Ainsi, l'on peut dire que les fondations et les couronnements du sanctuaire, le bas et le haut de la charpente, sont, en quelque sorte, de même substance, et que l'argent du rachat ou des propitiations se trouve en même temps à la base et à la cime de la maison de Dieu.

Sur la charpente du tabernacle sont étendues plusieurs enveloppes. D'abord, un magnifique tapis de lin ou coton très-fin aux mêmes couleurs que les voiles du parvis et du tabernacle, mais semé de broderies représentant des chérubins, et de tout point conforme au grand voile; il se compose de dix rouleaux en deux assemblages, ajoutés Tuu à l'autre à Faide d'agrafes ou crochets en or, le premier for-^ niant le plafond du lieu saint, le second celui du lieu trèssaint : c'est le pavillon.

Par-dessus le pavillon se déroule le tabernacle ou tente, formé de trois enveloppes : la première, de poils de chèvre, également composée de deux grandes pièces, mais liées seulement par des agrafes d'airain, recouvre immédiatement le pavillon et le dépasse de tous côtés ; la seconde est de peaux de béliers, teintes en rouge; la troisième, de peaux de blaireaux. La tente, avons-nous déjà dit, est destinée à garantir la maison de l'Eternel des injures de l'air et de l'intempérie des saisons (1) (Exode, XXVI, XXX, XXXVI, XXXVII, XXXV11I,XL. Hébr., IX).

Tel est le tabernacle, long de trente coudées (4S à 50 pieds),

(1) Plusieurs croient cependant qu'elle n'était point destinée à cet usage et que Dieu protégeait sa maison miraculeusement.

large de douze, haut de dix. Sous les sombres couvertures qui l'enveloppent, l'œil spirituel du croyant découvre aisément les gloires intérieures et TexceUence cachée des choses célestes.

Remarquez d'abord ce qui est à sa base, Targent du rachat. Il nous rappelle à la fois notre culpabilité naturelle et la rédemption dont nous avions besoin. La circonstance que riches et pauvres paient exactement la même capitalion, nous donne à comprendre que devant Dieu toutes les âmes sont d'égale valeur, et que toutes étant également coupables, ont également besoin de la rançon que TAgneau sans tache a payée, non point avec de l'or ou de l'argent, mais avec son sang précieux. Ainsi l'argent des propitiations nous rappelle Jésus, le Rédempteur sur qui l'Eglise repose, comme les pilastres du tabernacle reposaient sur leurs soubassements , comme les assises du temple reposeront sur la pierre fondamentale (Eph., II).

Mais l'argent des propitiations n'est pas seulement à la base du tabernacle ; il est encore au sommet ( Exode , XXXVIll , 28) ; il en est en même temps la cime et le fondement: exprimant par sa position cette vérité précieuse que Jésus, le Prince et le Consommateur de la foi, est le couronnement de l'édifice spirituel qui s'élève à la gloire du Père , comme il en est la pierre angulaire et le fondement ; qu'il est à la fois le haut et le bas, le principe et la consommation de notre éternel salut; et qu'après nous l'avoir acquis dans son humiliation, il doit nous le donner en plénitude au jour de son glorieux avènement (Eph., IL Hébr., XII).

Le symbole nous montre encore ce que sont en euxmêmes les pilastres entrant dans la structure du Tabernacle en esprit : plateaux raboteux , giossiers , informes de leur nature, tirés de la forêt de ce monde pécheur et maudit,

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mais taillés^ mais travaillés, et polis par la grâce d\x Saint- Esprit, revêtus de Christ leur justice et leur sanctification , comme les ais du tabernacle étaient revêtus d'or, reposant enfin sur Jésus de qui seul ils attendent la pleine réalisation de leur bienheureuse espérance (Tile, II).

Non-seulement les saints, ais vivants du vrai Tabernacle, ont été revêtus de l'or pur des grâces de Christ ( Àpoc. , III, 18) ; ils ont été de plus arrosés du sang du Sauveur, baptisés et oints de son Esprit, comme les ais du tabernacle avaient été aspergés du sang de^ victimes (Hébr. , IX, 21) et oints de l'huile aromatique; et quiconque demeure étranger à Faspersion du sang de Jésus, au baptême et à l'onction de son Esprit, quiconque n'est point revêtu de sa justice, n'appartient pas encore à la maison divine qui s'élève d'âge en âge à la gloire de Jéhovah.

Les ais du tabernacle sont de bois de sittim, c'est-à-dire de même matière que la table de proposition, l'autel des parfums et l'arche, symboles du Sauveur. Sous ce nouveau détail, nous croyons entrevoir la conformité du Christ et des saints. Jésus s'est rendu semblable à nous en toutes choses sans péché , pour nous rendre semblables à lui-même. Il s'est abaissé jusqu'à nous, afin de nous élever jusqu'à lui. Et de même que nous avons porté l'image du terrestre, nous porterons aussi l'image du céleste. Pensée douce à mon cœur ! pauvre et misérable de ma nature comme je le suis , en Jésus-Christ je deviens précieux devant le Père; il m'a rendu , il me voit conforme à son Fils bien-aimé , pilastre revêtu d'or, partie intégrante, nécessaire de sa maison, dans laquelle j'ai ma place, ma destination, mes fonctions, et d'où, si je demeure en Christ, si je lui suis fidèle, nulle créature ne pourra m'arracher (Rom., VIII. Apoc, III, 12).

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Remarquez que les pilastres sont les mêmes dans tout le tabernacle , dans le lieu très-saint comme dans le lieu saint: partout le même bois, plaqué du même or, ayant la même base et le même couronnement, recouvert du même pavillon. Les saints sur la terre et les saints dans le ciel sont les mêmes saints, revêtus de la même justice, appuyés sur le même fondement, riches du môme héritage et de la mémo gloire, abrités, cachés sous Failedu même Rédempteur. Seulement ce qu ils ne possèdent qu'en espérance et dans les arrhes de l'Esprit de ce côté-ci du voile, ils le posséderont réellement et complètement de l'autre côté; à la splendeur de la gloire éternelle , ils contempleront Celui qu'ils ne voient maintenant que dans le miroir de la Parole.

Les ais du tabernacle sont liés les uns aux autres par de fortes encoignures ( comme dans le temple les pierres seront cimentées de manière à former entre elles un ferme et solide édifice); et la charpente est, en outre, traversée par des barres qui la tiennent bien assemblée et étroitement unie dans toutes ses parties. Que devons-nous voir sous ce nouvel emblème? Apparemment la communion précieuse, intime, indissoluble, que le Père a établie entre les divers membres du Corps de Christ; comme aussi le moyen divin, le nœud mystique de cette sainte communion , l'Esprit de Jésus liant étroitement entre eux les ais du Tabernacle en esprit de manière à en former un tout indivisible : vérité bénie que la Parole exprimera plus tard sous l'image du temple et celle du corps humain.

Les ais sont de plus liés ensemble dans le tabernacle par les tenons et les mortaises qui les fixent aux soubassements, comme les pierres, encore une fois, le seront dans le temple par le ciment qui les unira, comme les membrips le sont dans le corps humain par les jointures qui les mettent

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en communication (Eph., IV). Ce qui nous rappelle les belles fonctions du ministère évangélique^ destiné par le Seigneur à unir, à relier entre eux les divers membres de son Eglise, à les rapprocher, à les assembler dans la sainte unité de son corps. Voilà ce qu'il fut à son origine, et voilà ce qu'il est encore aujourd'hui, dans la mesure possible, partout où il comprend son rôle, sa vocation, partout où il cherche plutôt les intérêts de Christ que le triomphe de telle ou telle dénomination, de telle ou telle vue particulière. Le vrai serviteur de Jésus n'a rien tant à cœur que d'assembler avec le Maître, et rien ne lui inspire tant d'horreur que la pensée de diviser, de désunir, de disperser avec Satan.

Deux mots, en terminant, sur les enveloppes du tabernacle. Le pavillon ou plafond du sanctuaire que nous entrevoyons de la place où nous sommes; le pavillon, comme le voile du parvis, comme celui du lieu saint, nous rappelle, par sa richesse et son éclat, la grandeur suprême et la gloire de Jésus-Christ, tandis que la tente qui le recouvre de ses trois enveloppes nous rappelle la nature humaine du Rédempteur humilié, voile épais dérobant à l'œil charnel les splendeurs de sa personne et les mystères de son royaume. Il protège et couvre ses rachetés, comme le pavillon recouvrait les ais du tabernacle; il les couvre à présent de sa grâce dans le lieu saint, il les couvrira bientôt de sa gloire dans le lieu très-saint.

Telle est la maison matérielle du Seigneur, pâle reflet de la maison spirituelle qu'il remplit maintenant de sa présence en grâce par le Saint-Esprit, et que, entièrement achevée, il remplira de sa présence en gloire, selon le beau type de la loi (Exode, XL, 33-35, p. 12 et 13 ). Oh ! puisse mon âme en faire aussi partie! puissé-je être un ais vivant , un pilastre animé de ce divin Tabernacle, revêtu de l'or pur

de la personne et des grâces de Christ, aspergé de son sang par la foi, baptisé de son Esprit, assis, fondé sur lui seul, éternellement fixé dans sa maison , tout recouvert dès maintenant de sa justice , pour l'être enfin de sa gloire au jour de sa bienheureuse apparition ! Amen.

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