LK CHANDELIER DOR
au lieu de se glorifier de sa lumière particulière et de chercher à la faire remarquer en la séparant des autres, doit^ au contraire, la confondre avec la lumière commune, dans « un sentiment d'amour et d'humililé , se souvenant que nul n'a rien qui lui appartienne en propre; que c'est un seul et mime Esprit qui opère toutes choses , distribuant ses dons à chacun comme il lui plaît , et que l'Esprit qui se manifeste en chacun de nous , lui est donné pour Futilité commune (1 Cor.,XII> »
L'huile aromatique du tabernacle était fournie par le peuple. La véritable huile aromatique vient de Dieu; mais, en un certain sens, nous pouvons bien la fournir aussi nous-mêmes, savoir au moyen de la prière : prions donc, oui, prions Celui qui donne le Saint-Esprit à ceux qui le lui demandent, et infailliblement il mettra de Thuile en nos iam* pes. Sinon, lumignons fumants, au lieu de répandre autour de nous la lumière de la vie, la bonne odeur de Christ, nous exhalerions plutôt Tinfection du péché et de la mort. C'est particulièrement aux serviteurs de Dieu qu'il appartient de fournir ainsi d'huile leurs propres lampes d'abord, puis celles de leurs frères; c'est à eux surtout, c'est aux fils de rhuile se tenant devant le Seigneur de toute la terre, qu'il est recommandé de puiser abondamment la grâce dans la communion de Christ pour la répandre abondamment sur les âmes qui leur sont confiées (Zach., IV. — 1 et 2 Tim.).
Leur charge les appelle encore, selon le type, à faire brûler les lampes du chandelier, à les arranger continuellement devant l'Eternel (Exode, XXVIL Lév., XXIV), en prêchant fidèlement la Parole de vie, en repoussant, en combattant, par son moyen, les erreurs, la mondanité, les hérésies et toutes les falsifications de la vérité de Dieu, en sorte que la lumière de Christ, brillant de tout sqp lustre, éclaire
et réjouisse de plus en plus les rachetés du Sauveur, et
verse, en beaucoup de ceux qui ne le connaissent pas encore,
les saintes clartés et la vivifiante chaleur de TEvangile de paix.
Enfin, les fleurs du chandelier semblent placées là tout
exprès pour leur dire, comme à tous les chrétiens, que la
grâce évangélique doit relever sur leurs lèvres le prix de la
science évangélique. Oh! puissions- nous comprendre le
symbolel puissent nos discours, assaisonnés de sel avec
grâce, ressembler davantage à ceux de TEpoux dont le palais
n'est que douceur (Col., IV. Ps. XLV. Gant. , Y, 16), et de
FEpousedont «le parler est gracieux » (Gant, IV, 3)1 Mais
qu'à la fleur d'une profession aimable, corresponde en nous
le fruit d'une vraie sanctification 1 Gar, après tout, voilà ce qui
donne aux paroles leur force et leur autorité ; la science que
l'amour et la sainteté n'accompagnent point est une science
vaine, mieux faite pour éloigner les âmes de l'Evangile que^
pour .leur communiquer la lumière et la vie de Dieu.
Article 3. — U Autel dor.
Entre le chandelier au midi et la table au nord, en facede l'arche ou trône symbolique de Dieu, dont il n'est séparé que par le grand voile, est l'autel des parfums. Il est de bois de sitlim, recouvert d'or pur comme la table, long d'une coudée, large d'une coudée, haut de deux, ayant un couronnement d'or tout à l'entour et quatre cornes tirées de lui. Des anneaux d'or fixés à ses côtés reçoivent les barres, également de bois de sittim revêtu d'or, qui servent à le porter dans le désert. Aaron y brûle un parfum d'aromates chaque matin quand il prépare les lampes du sanctuaire, et chaque soir quand il les allume (D). C'est l'encens oa
248 L'AUTKL D'OR.
parfum continuel. Il est d'une composition particulière. Aucun autre n'est admis sur l'autel; nulle offrande n'y est reçue, nulle aspersion tolérée; seulement on en teint de sang les cornes, toutes les fois qu'il y a un sacrifice offert pour le souverain sacrificateur ou pour le peuple, et régulièrement chaque année en la solennité des propitialions. L'autel est une chose très-sainte à l'Eternel^ et Toblation des parfums à l'autel, assimilée à celle de l'holocauste, est l'une des attributions les plus éminentes du sacerdoce lévitique(l). Aaron en est plus spécialement revêtu. L'autel est placé en deçà du voile; mais il eût pu se trouver au-delà, si le souverain sacrificateur, ou lun de ses fils à sa place, n'eût dû s'en approcher tous les jours pour y brûler l'encens continuel (Exode, XXX; XXXVII; XL, 5, 26. Lév. , IV, 7, 18. Deut. , XXXIII, 10. 1 Chr., VI, 49. 2 Cbr., II, 6. Ps. CXXXIV. Es. ,XL1II, 24. Luc, I, 10) (2).
A peine Aaron a-t-il allumé les lampes du chandelier d'or, qu'il s'avance vers l'autel d'or avec l'encensoir pour mettre les parfums sous les narines de Dieu (Deut. , XXXIII) : moment solennel de la journée! l'épaisse' fumée des aromates monte en tourbillonnant devant l'Eternel, et remplit en peu d'instants le sanctuaire (3).
(1) On sait que le roi Osias fut frappé de lèpre pour avoir osé prendre Fencensoir et faire les parfums à Pautel. Si , lors de la dédicace du temple, le roi Salomon avait pu officier aux deux autels , c'est apparemment, que, dans cette circonstance, il avait agi comme type du Messie, sacrificateur et roi tout ensemble ( 1 Rois, IX, 25).
, (2) On se demande i)ourquoi saint Paul , dans la description qu'il fait du tabernacle (Hébr. , IX) , omet Fautel d'or ; c'est peut-être que, en écrivint son épîlre , il avait sous les yeux la première description du tabernacle (Exode , XXV) dans laquelle il n'est pas fait mention de l'autel.
(3) Au point de vue sanitaire, l'oblation continuelle des parfums était indispensable : il fallait bien brûler, soir et matin dans le sanctuaire ,
L'AUTEL D'OR. 'iA9
Jésus est à la fois notre autel et noire Aaron. Il est d'abord notre autel : car c'est uniquement par son ministère et dans 8a communion que nous pouvons offrir à Dieu le Père un culte qu'il agrée. Il n'y avait en Israël qu'un autel des parfums; il n'y a dans l'Eglise qu'un Médiateur.
L'autel était d'or, avec un couronnement (que n'avait pas celui des holocaustes). Jésus-Christ, couronné de gloire , intercède actuellement pour nou^ dans les cieux.
L'autel des parfums comme celui des holocaustes avait quatre cornes correspondant aux quatre coins de la terre , apparemment encore pour exprimer cette vérité précieuse, que Jésus est accessible à tous les pécheurs qui le recher- ' chent de tous les points du globe et s'approchent de Dieu par son moyen. Tous nos besoins sont présents devant lui ; il offre incessamment pour nous le pur encens de la prière ; il prête Foreille à nos supplications, il recueille nos actions de grâce et les présente à Dieu réunies au parfum des .siennes : il n'est pas un vœu spirituel, pas un désir, pas un soupir pieux de notre cœur qui ne monte vers le trône des miséricordes, comme enveloppé de la justice éternelle et de l'intercession de Jésus-Christ.
L'autel, comme tous les autres vaisseaux du tabernacle , avait donc été consacré pour le service de Dieu par le sang des victimes (Hébr., IX); et il en était de plus arrosé chaque année en ses cornes dans la journée des propitiations. Jésus-Christ a de même été consacré médiateur par l'aspersion de son propre sang , et c'est de son parfait sacrifice que son intercession dérive toute son efficacité.
cette prodigieuse quantité d'encens , pour absorber et neutraliser ainsi TodeuT des lampes danâ lè lieu saint, et surtout celle des sacrifices dans le parvis.
250 L AUTKL D'OR.
Du sang sur les cornes de l'aulel y mais poinl sur Tautel même; aucune offrande, aucune aspersion quelconque sur ce vaisseau du sanctuaire; uniquement le parfum sacré. Rien non plus ne doit accompagner nos dévotions que le parfum de l'intercession de Christ ; nulle offrande , nul sacrifice, nul renoncement de notre part ne saurait ajouter la moindre valeur aux prières de notre souverain Sacrificateur, ni donner le moindre mérite à notre culte. H nous a pleinement réconciliés avec Dieu par sa mort , et nom a consommés pour toujours] en sorte que maintenant nous n'avons plus qu'à nous approcher du Père, pour recevoir de lui par Jésus tout ce que le sang de la nouvelle alliance nous a déjà mérité.
Jésus est non-seulement noire autel , il est aussi notre souverain Sacrificateur, offrant pour nous le parfum continuel-, et parce qu'il est toujours vivant pour intercéder y il peut sauver entièrement ceux qui s'approchent de Dieu par son moyen (Hébr. , VII). Il est notre mystique Moïse sur la montagne , comme il est notre mystique Josué dans la plaine, armé tour à tour pour nous de Fèncensoir et de répée, toujours prompt à nous secourir et de toute l'éloquence de sa voix et de toute la puissance de son bras (Ex., XVII). Il bénit Dieu de notre part. Il nous bénit de la part de Dieu , faisant successivement descendre sur nous, par son intercession, les biens qu'il nous a pleinement acquis par sa mort, la nouvelle naissance, la foi, la justification de vie, la sanctification, ladoption, la force et la victoire dans le combat, l'assurance de la gloire éternelle. C'est à lui seul enfin que nous devons de vouloir et de pouvoir nous approcher de Dieu pour l'invoquer et le bénir.
Le ministère d'Aaron à l'autel d'or, bien que journalier , n'était point permanent, la bonne odeur du parfum
qu'il offrait à Dieu ne montant pas devant lui sans interruption ; Aaron, par exemple, n'avait pas en main les parfums lors de la plaie de Coré , et quand Moïse dit à son frère de courir prendre l'encensoir et d'en jeter la fumée entre les morts et les vivants pour arrêter le fléau de Dieu (Nomb!, XVI). Il n'en est pas ainsi de notre Aaron : toujours muni de l'encensoir, lui seul offre en réalité le parfum continuel; son ministère est permanent; et parce qu'il prie sans interruption pour l'Eglise, nulle plaie de jugement destructeur ne peut la frapper, soutenue et protégée comme elle l'est par la puissante intercession de Christ; quelle que soit sa faiblesse ici-bas, elle garde invariablement sa position devant Dieu.
Jésus n'est pas seulement notre Intercesseur; il est aussi notre Avocat, le Rédempteur tout-puissant qui plaide notre cause avec chaleur (Jér. , L, 34). Satan nous accusant à la fois dans notre conscience et devant le trône céleste, Dieu , dans son amour, a voulu- nous donner aussi deux avocats ou défenseurs (Jean, XIV. 1 Jean, II) : le Consolateur dans notre conscience, pour nous remettre incessamment en mémoire l'amour éternel et les promesses du Père, l'œuvre accomplie du Fils, et pour nous apprendre à les présenter à Dieu dans une filiale assurance et à les opposer victorieusement à l'accusateur : c'est l'avocat terrestre; — puis, Jésus dans le ciel, pour comparaître devant la Majesté divine et intercéder sans relâche en notre faveur : c'est l'avocat céleste. Aussi longtemps que l'Ennemi se tiendra debout devant Dieu pour nous accuser, aussi longtemps Jésus se tiendra debout devant lui pour nous défendre. Si quelqu'un a péché , dit saint Jean, nous avons un défenseur (grec) auprès du Père y savoir^ Jésus- Christ le juste. Mais de quelle manière nous défend-il ? C'est lui y continue l'Apôtre, qui est la victime de propitiation
pournos péchés et ceux de tout le monde (Zach., III. 1 Jean, II). Le sang qu'il a répandu sur la terre, voilà donc le fondement y le point d'appui de son intercession dans le ciel : voilà ce qui ferme la bouche au méchant et réduit à néant ses accusations, a Seigneur! tu as plaidé la cause de mon âme et tu as garanti ma vie (Lament., III). »
Remarquez la place de l'autel d'or situé comme en face de l'arche ou trône de Dieu, et la position d'Aaron maintenant arrêté devant ce noble vaisseau du tabernacle. Pendant que le peuple en dehors prie, le souverain sacrificateur en dedans, debout entre le peuple et l'Eternel assis sur les chérubins derrière le voile, mêle aux prières de la nation les parfums qu'il a reçus pour elle (Luc, I, 10)(1), lui conservant ainsi, lui maintenant de jour en jour, la pleine jouissance de toutes les bénédictions qu'elle possède. Eh bienl telle est aussi la place, tel est le ministère de Jésus , arrêté de même comme sur la limite du lieu saint et du lieu très-saint, debout entre l'Eglise militante et Dieu siégeant sur le trône de grâce dans le vrai tabernacle. C'est lui, c'est l'Ange Jéhovah (Gen., XL VIII , 16, hébr. Mal. ,111, I ) que le prophète de Pathmos voit en la présence de Dieu , tenant l'encensoir d'or et recevant beaiùcoup de parfums , afin de les offrir avec les prières de tous les saints sur l'autel d'or qui est devant le trône , ce glorieux antitype de l'arche ; lui seul peut se trouver à celte place et manier l'encensoir d'or (2) (Apoc. , VIII ). Il offre donc avec nos prières, ou plutôt, selon l'original, il donne, il ajoute ou mêle à nos prières les parfums qui lui
(1) Luc, I, 10, avec Actes III, 1. L'heure de trois heures après midi ( la neuvième heure du jour, suivant la maoière de compter des Juifs) , est appelée Vheure de la prière ; or, c'est vers cette heure-là qu'on offirait le parfum du soir (D).
(3) Voir plus bas : Lieu irèê-iaint , Section 3.
ont été donnés pour en pénétrer tout notre culte, pour le purifiei' et le rendre ainsi parfaitement digne de monter devant Dieu. De nos mains, il reçoit les requêtes et les louanges que nous adressons au Père; des mains du Père , il reçoit la réponse à nos supplications, à nos actions de grâce, réponse de paix et d'amour. Voilà ce que fait Jésus. Ah ! Seigneur, déchire enlièrement, par ton Esprit, le bandeau que mon cœur incrédule replace continuellement sur mes yeux, afin que, au lieu de me voir, dans la prière, seul devant loi, mon Dieu, seul avec mes infirmités, je contemple habituellement le fidèle et tout-puissant Intercesseur que ta miséricorde a plaicé entre ma misère, et la sainteté, Jésus- Christ le juslBy que lu exauces toujours !
Admirez de même la corrélation qui existe entre le service des deux autels. A-t-il fini à l'autel des holocaustes, il commence à celui des parfums: au sacrifice continuel succède Tencens continuel. Correspondance également pleine d'instruction pour nous et confirmant tout ce que nous avons déjà dit sur le ministère que Jésus remplit dans le vrai sanctuaire : ce qui fait la force de son intercession dans le ciel, encore une fois, c'est le sacrifice parfait qu'il a accompli sur la terre ; c'est au nom du sang de l'alliance éternelle de paix , qu'il fait descendre sur ceux qui croient les incomparables richesses de l'alliance de paix.
Une autre circonstance lévitique exprime encore la corrélation que nous venons de signaler entre la mort et l'intercession de Christ : c'est à l'aide de charbons ardents pris à l'autel d'airain qu'Aaron brûle lencens à l'autel d'or ; supprimez l'autel, le sacrifice et le feu dans le parvis, et vous n'avez plus de parfums dans le sanctuaire; supprimez le sacrifice du Rédempteur sur la terre et vous ruinez de fait son intercession dans le ciel, puisque ses douleurs vicariales
23i LAUTEL D'OR.
sont ie prix auquel il nous a d'avande obtenu toutes les grâces qu'il demande actuellement pour nous.
L'autel n'a-t-il plus rien à nous dire? Nous avons
déjà fait remarquer que l'Etemel n'acceptait de parfum, sous la loi y que celui dont il avait lui-même donné la composition, et que, sous peine de mort, il défendait de lui en offrir aucun autre. Pareillement, sous FEvangile, le seul parfum qu'il agrée, c'est encore celui qu'il a préparé lui-même, à savoir l'intercession de Christ. Le Père l'accepte avec amour; car aussi Jésus ne lui présente de requêtes que celles qu'il a reçues pour nous, l'Avocat, le Défenseur, qui est dans le ciel, comme celui qui est sur la terre, priant pour les saints selon Dieu (I Jean , II, avec Jean , XIV, et Rom. , VIII).
Le parfum brûlé à l'autel était composé d'aromates divers et de grand prix, afin peut-être d'exprimer ainsi l'excellence et la variété des grâces que Jésus devait réunir en sa personne adorable. Il n'est rien en Christ qui ne soit parfaitement agréable à Dieu. Sa qualité de Fils unique du Très-Haut, de Chef et Sauveur de l'Eglise élue et aimée en lui dès avant les siècles, sa parfaite sainteté, son abaissement volontaire, son obéissance jusqu'à la mort, la pleine satisfaction qu'il a rendue aux attributs de Dieu dont il a manifesté et rétabli la gloire au milieu d'un monde impie , tout en Jésus est pour le Père un encens précieux dont il finira avec délices une odeur d'apaisement : le Nom du Bien- Âimé est à ses narines comme un parfum répcmdu (Gant., 1,2).
EnHn, plusieurs des aromates qui entraient dans la composition de l'encens sacré devaient être piles, comme si l'Esprit saint, par cette nouvelle circonstance, eût voulu marquer que le Messie, pour mieux exhaler tous ses parfums, serait un jour broyé sous le poids de la colère divine, jus-
L'AUTEL D'OK. 2o5
qu'an point de s'écrier : Mon Dieul mon Dieu! pourquoi m'as-tu abandonné?
Tel est le Médiateur que le Père nous a donné. Une chose nous manque pour nous approcher plus librement de Dieu par lui, c'est de mieux comprendre, c'est de croire plus simplement tout ce qu'il est pour nous comme Intercesseur. Recourons à son ministère sans nulle crainte. Son cœur est avec nous, et son amour est comme un feu que beaucoup d'eaux ne sauraient éteindre (Gant. , VIII, 7 ). La même charité qui le porta jadis à laisser sa vie pour nous, le porte actuellement à se souvenir de nous continuellement devant le Père et à faire valoir en notre faveur les mérites inûnis de son obéissance volontaire jusqu'à la mort de la croix. « Sous le parfum de sa prière, sachons marcher rem- I) plis d'ardeur. » Il est notre Frère , il est notre Ami, il pourvoit à tout, il suffit à tout, il purifie tout; reposonsnous entièrement sur lui.
Mentionnons, en terminant cet article, un fait merveilleux dont l'autel d'or rappelle naturellement le souvenir. C'est auprès de ce saint vaisseau, mais alors dans le temple, et à l'heure de l'encens journalier, que le père de Jean-Baptiste vit apparaître l'archange Gabriel, envoyé des cieux pour lui annoncer la venue immédiate du Libérateur promis dès le commencement. Jamais ange n'avait reçu pour la terre un si beau message , et jamais lieu n'avait été mieux choisi pour le rendre. G'était bien auprès de l'autel delà louange, et pendant que la multitude en prières implorait sur Israël les bénédictions de Dieu qu'il convenait d'annoncer la naissance de Gelui que préfigurait, à ce momentlà surtout, le sacrificateur Zacharie , de ce grand Pontife des biens à venir qui allait nous les acquérir en s'immolant pour nous à Tautel d'airain, puis nous les communiquer en intercédant pour nous à l'autel d'or (Dan., IX. Luc, I).
Article 4. — L'Autel d'or (smle).
Mais ie souverain sacrificateur n'offrait pas seul les parfums à Faulel; les sacrificateurs ses fils, oints de la même huile , les offraient avec lui. Il en est de même encore sous TEvangile : les chrétiens sont appelés à offrir à Dieu Tenceos de leur culte dans la communion de Christ, selon la parole de Malachie accomplie dàs à présent quant à TEglise, en attendant qu'elle se réalise pour Thumanité tout entière : En tous lieux on offrira à mon Nom le parfum et une oblation pure; car mon Nom sera grand parmi les nations y a dit T Étemel des armées (Mal. , I ). Il ne suffît pas, en effet, que Jésus intercède et qu'il bénisse, il faut aussi que nous intercédions et que nous bénissions, nous ses rachetés; il faut que nos prières et nos louanges, mariées aux siennes, montent devant Dieu continuellement: qui ne prie ni ne bénit pas soi-même, n'a pas encore reçu l'encensoir et les parfums , et jusqu'à maintenant demeure étranger à la famille du céleste Aaron.
Il n'était permis quaux sacrificateurs, oints de l'huile sainte, d'offrir à Dieu le parfum matériel; il n'appartient non plus qu'à ceux qui ont reçu lonction du Saint-Esprit d'offrir à Dieu le parfum spirituel; eux seuls prient et bénissent véritablement, car eux seuls prient et bénissent *par Jésus et dans la grâce de son Esprit (Eph., VI, 18. Jude, 20). A tous les autres. Dieu dit de fait, comme à ce roi de Juda : Il ne t'est point permis d'offrir le parfum (2 Chr. , XXYI). Hors des rangs de la sacrificalure royale, hors de l'Eglise et de la communion de Christ, il n'accepte ni vœux ni hommage; c'est en Sion que la louange lui est rendue, et c'est là seulement quil la reçoit (Ps. LXV). Oh! puisse l'encens de la prière et de l'obéissance y monter à lui plus abondant et plus pur (1 Tim.,ri, 8)!
L*ÀUTBL DOR. ^
Les sacrificateurs juifs k se tiennent continuellement )) devant la face de Dieu , faisant des encensements en sa w présence et bénissant le peuple en son Nom (Deut., X, 8^ I) 1 Chr., XXIII, 13); » qu'à leur exemple, les sacrificateurs évangéliques prient le Père en tout temps, en toute occasion (Luc, XXI, 36. Phil., IV, 6), offrant ainsi le parfum continuel; qu'ils bénissent de la maison de l'Eternel leurs frères et tous les hommes (Ps. CXVIII), courant comme Aaron, avec l'encensoir et les parfums, partout où il y a quelque plaie à arrêter (Nomb., XVI), intercédant comme Job pour ceux qui les offensent , afin que Dieu ne les traite point selon leur folie (Job, XLII) : c'est l'une des plus nobles prérogatives du sacerdoce chrétien Je recommande^ disait Paul à
Timolhée,'îw'on fa^e des requêtes ^ des prières ^ des supplications et des actions de grâces pour tous les hommes; pour les rois et pour tous ceux qui sont constitués en dignité , afin que nous puissiofis mener une vie paisible et tranquille , en toute piété et honnêteté ; car cela est bon et agréable devant Dieu y notre Sauveur , qui veut que tous les hommes soient sauvés et qu'ils viennent à la connaissance de la vérité (1 Tim. , II, 1-4).
Nous avons dit que Dieu , sous la loi , n'acceptait d'encens que celui dont lui-même avait donné la composition ; il n'accepte non plus de parfum, sous l'Evangile, que celui que lui-même a préparé : avant tout, l'obéissance et l'intercession de son Fils unique; puis, les prières et les louanges qu'il forme en nous par son Esprit : tout autre encens est désagréable à ses narines et ne peut qu'attirer son déplaisir sur celui qui le présente. Et comme autrefois il ne recevait d'aromates que ceux qui étaient brûlés à l'autel d'or, il ne reçoit aujourd'hui d'invocations ni d'actions de grâces que celles qui lui sont adressées dans la communion de Jésus-Christ
âj» L'AUTEL B OR.
C'était da feu de l'autel de Tholocauste, feu descendu do ciel, que les sacrificateurs remplissaient leurs encensoirs pour offrir le parfum devant Dieu ( Lév. , X ) ; c'est le feu divin 9 c'est le Saint-Esprit, qui doit brûler l'encens spirituel que nous lui offrons maintenant par Jésus; bannissant de notre culte toute chaleur fausse et imaginaire , cherchoos donc la vie dans la puissance de TEsprit plutôt que dans notre propre fond qui n'est que froideur et que mort, et n'oublions jamais que toute ardeur factice consume à la longue au lieu de réchauffer.
Poursuivons les analogies. Aaron et ses fils offraient à Dieu les mêmes parfums. Les chrétiens s'associent par la foi aux prières et aux louanges que Jésus présente au Père et font aussi monter à Dieu celles qu'il met dans leurs cœurs par son Esprit Mais tout en nous, et jusqu'aux prières et aux louanges qu'il nous inspire , doit être purifié : les soupirs du Consolateur, traversant, pour aller au Père, un canal où le péché habite encore, ont besoin d'être parfumés en quelque sorte de la bonne odeur de Christ; il faut que llntercesseur, priant pour nous dans le ciel, purifie de tout alliage humain les invocations et les actions de grâces que forme l'Intercesseur priant en nous sur la terre : c'est pour cela qu'il porte en son front la lame resplendissante dont nous connaissons maintenant la vertu mystérieuse (Exode, XXVill, 38, p. 109), et qu'il a reçu beaucoup d'aromates pour les mêler à nos supplications, à nos vœux, à tous nos actes d'adoration. 11 absorbe, il ôte tout ce qui doit être ôté ; il ajoute tout ce qui doit être ajouté. Dans ce qui nous semble le plus mêlé de misères» tellement que notre œil y discerne à peine quelque bien , il sépare le précieux du vil, et présente à Dieu ce qui est de son Esprit» accompagné de la bonne odeur de son oblation. Nos prières n'ont point de
TAUTEL D OR. 2λ
vertu par elles-mêmes , il leur communique la pleine efficacité des siennes ; elles sont faibles, il les rend puissantes; elles sont indignes, il les rend parfaitement dignes. Elles ne monteraient pas d'elles-mêmes devant Dieu ; c'est de la main de TAnge-Pontife (Apoc., VIII, 3), c'est confondues avec le parfum de son intercession de manière à former ensemble un seul et même nuage d'encens, qu'elles s'élèvent devant le Père ; ou plutôt, la fumée des parfuma de l'Ange monte, et avec elle la prière des saints ; enveloppée et comme portée par elle, unie, mariée à l'intercession de Jésus, elle est recueillie comme un encens précieux dans les coupes d'or qui sont devant le trône ( Apoc. , V).
Tel est le symbole. Je ne connais rien dans toute la Bible qui soit mieux fait pour nous encourager à déposer avec confiance nos faibles prières dans les mains sacerdotales de Jésus , regardant moins à l'indignité de nos personnes ou aux défectuosités de nos dévotions, qu'à la suprême dignité' de notre Représentant et à la perfection de son ministère, et comprenant que, pour rendre notre culte agréable à Dieu, il suffit de l'encens dont Jésus l'accompagne, sans que nous cherchions à le pai fumer, en quelque manière, des dispositions d'une piété factice, ou d'une ardeur purement humaine.
Voilà ce qu'il fallait répéter, et ce qu'il nous importerait de croire plus simplement. Oui, tout ce qui monte au ciel par Jésus participe à la pleine valeur de l'oblation de Jésus; et Dieu, pour manifester le prix qu'il attache à l'œuvre de son Fils , accepte d'avance avec amour tout ce qui lui est offert de sa main : aussi, demander au Nom de Jésus, est-il le sAr moyen d'obtenir! alors notre personne, nos prières, nos actions de grâce, tout en nous a devant le Père la bonne odeur du Bien- Aimé (Gant., I). Abattus, ou près de nous lasser en servant
300 LÀLTEL DOR.
Dieu^ rappelons-nous donc le ministère actuel de notre souverain Sacrificateur et la valeur qu'il donn^, non-seulement à nos prières , mais à tout Fensemble de notre service. C'est à son intercession quelesPbilippiens durent le privilège de voir agréé de Dieu , comme une offrande de bonne odeur , le faible témoignage d'amour qu'ils avaient pu donner à Paol^ et d'entendre avec étonnement l'Apôtre leur dire qu'ils étaient remplis des fruits de justice qui sont par Jésus-Christ à la gloire de Dieu (Phil., I, IV); c'est à celte même intercession que plusieurs de ceux qui maintenant déplorent leurs manquements journaliers, devront d'entendre un jour, avec bien plus d'étonnement, cette douce et ravissante parole : « Cela va bien , bon et fidèle serviteur, entre dans la » joie de ton Seigneur ! »
Encore un petit nombre de remarques. La*formede l'autel, les cornes qui s'élèvent de ses quatre angles, nous rappellent notre devoir de prier pour les saints dispersés aux quatre vents des cieux, comme eux aussi prient pour nous; elles nous enseignent de plus que leurs prières et les nôtres se rencontrent à l'autel d or où elles s'unissent et se confondent avec les parfums de l'Ange pour monter ensemble devant le trône de Dieu.
L'autel était sanctifié chaque année par l'aspersion du sang des victimes; notre culte a continuellement besoin d'être purifié par le sacrifice et l'intercession du Sauveur.
Quant aux diverses substances aromatiques qui composaient le parfum brûlé sur l'autel , elles peuvent symboliser les grâces diverses dont l'Esprit saint compose les prières des enfants de Dieu , ces soupirs inexprimables qu'il forme en eux (Rom. , VIII) et qui renferment tant d'éléments divers d'humilité , de repentance et de foi ,- de reconnaissance et d'adoration, de vœux ardents et de saintes aspirations
LAUTfiL DDR. 26i
vers le ciel : éléments précieux dont l'âme fidèle ne se rend pas toujours compte , mais que démêle et comprend Celui qui sonde les cœurs et les reins. Ces pieux élans, ces requêtes, ces toutes sortes de prières et de supplications accompagnées d'actions de grâces , sont mille fois plus agréables au Père que tout ce que nous pourrions arranger dans notre propre sagesse; il les reçoit avec amour des mains de notre grand Sacrificateur, et les exauce au-delà de nos meilleurs souhaits, en faisant abonder en nous cette paix de Dieu qui surpasse toute intelligence et garde nos cœurs et nos pensées en Jésus-Christ ( Bph. , VL Philip. , IV).
Les sacrificateurs juifs se sont lavés dans l'eau de la cuveavant d'offrir les parfums à l'autel. Lavons nos mains dans la grâce de Christ avant de présenter à Dieu notre culte, nous souvenant qu'il réprouve l'encens offert par des tnains , impures et des cœurs éloignés de lui. Ne continuez plus ^ leur dit-il, à m' apporter des oblations de néant] le parfum m'est en abomination ( Esaïe, I, 13). Celui qui fait un parfum d'en-cens y dit-il au sujet de l'homme qui marche dans ses propres voies et l'irrite par ses œuvres, c'est comme celui qui bénirait une idole (Esaïe, LXVI , 3, 4) : parole sérieuse qui s'adresse tout d'abord à l'âme inconvertie prétendant le prier ou le louer avant d'avoir été lavée par Christ et ne sachant pas que, pour aller à l'autel d'or, il faut passer par l'autel d'airain (Esaïe, I, 16); — mais, qui concerne tout autant lé fidèle oubliant que , pour offrir à Dieu des parfums qu'il agrée, il faut se laver chaque jour dahs le sang et l'Esprit de Jésus, et, renonçant à toute volonté propre, bannir de son cœur tout interdit.
Nous avons déjà fiait remarquer la merveilleuse corrélation qui existe entre le service des deux autels, et, signalant la vérité cachée sous l'emblème lévilîque, nous avons dit
2Gi rALÏËL DOft.
que rintercession de Christ emprunte toute sa vertu da sacrifice qu'il a accompli pour nous. Eh bien, c'est de la même source que nos prières dérivent toute leur puissance ; et Dieu n'accepte d'invocations ni d'actions de grâces que celles qui lui sont adressées dans une foi sincère en Jésus immolé pour nous^ et qui ont été comme lavées dans le sang de l'Agneau mis à mort.
Enfants de la nouvelle sacrificature , approchons-nou» maintenant du Père pour le prier et le bénir en toute liberté filiale : c'est pour cela qu'il a mis en nos mains l'encensoir; disons avec le Psalmiste : Que ma requête te soit Mgréabk comme le parfum , et F élévation de mes mains comme l'oblation du soir (Ps. CXLI) ; sacrifions à Dieu la louange ei rendons nos voeux au Souverain ( Ps. L). En même temps que l'adoration est notre culte raisonnable , elle est notre privilège et notre bonheur. Jamais, dans le service journalier du tabernacle, la première sacrificature ne se trouvait plus près du lieu très-saint que lorsqu'elle brûlait les parfums sur l'autel d'or, à côté du voile; jamais non plus la nouvelle sacrificature, dans le culte qu'elle rend à Dieu chaque jour, n'est plus près du vrai sanctuaire et ne respire davantage l'air du ciel , que lorsqu'elle lui présente le parfum de la louange 9 dans la. communion de Jésus-Christ, le mystique autel et le prince du sacerdoce évangélique.
Le monde ne bénit pas Dieu qui le comble journellement de ses faveurs; il ne lui rend point la gloire qu'il a le droit d'attendre de l'ouvrage de ses mains ; rends-la-lui , toi^ sacrificature spirituelle! Appelée à exercer un jour sur la terre renouvelée le sacerdoce royal (Apec.) , appelée à la gouverner avec Christ, à prier et à bénir pour elle (B), prélude dès cette heure à ce noble ministère; bénis le suprême Dispensateur de tous les biens ; bénis-le, non-seulement pour
ASPERSION DfiYArfT US, VOILE. à68
toi y mais pour toute la création dont lu es le pontife , et n'oublie pas un de ses bienfaits. Si tu te tais^ qui le louera ? Fais fumer Fencens sur son autel, et que, de cette terre qu'il a remplie des témoignages de sa bonté, s'élève à lui par ton organe le parfum continuel de la louange et de l'adoration.
Mais I9 sacrificatnre évangélique ne comprend^ hélas t que bien imparfaitement sa belle mission , elle ne Taccomplit que bien languissamment : quel soulagement pour le cœur de savoir que le grand Sacrificateur de notre pro« fession, que Jésus est là, toujours là devant l'autel , avec son encensoir et ses parfums; et que, par lui, plus que par l'Eglise entière, plus que par toutes les intelligences célestes réunies, Dieu reçoit toute la gloire qui est due au souverain Bienfaiteur du genre humain.
3* fflCYlOH. — ASPERSION DE SANG DEVANT I^E GRAND VOliE
(Ut„1V).
C'est une cérémonie exceptionnelle, faisant partie d'un service que nous avons décrit plus haut : commencé à l'autel de l'holocauste, il continue devant le grand voile pour se terminer à la porte du camp ( p. Si ). Il a lieu, comme on le sait , à l'occasion d'un péché d'ignorance commis par le sacrificateur-oint ou par l'assemblée. C'est précisément le second de ces cas qui vient de se présenter. L'assemblée ayant péché y une victime a été abattue au pied de l'autel de l'holocauste dans le parvis, et le sang en a été porté dans le lieu saint par le souverain sacrificateur ; Aaron en a teint les cornes de l'autel d'or; puis, il en a fait aspersion devant le voile et comme sous le regard de celui qui est assis entre 1^ chérubins : par cette dernière cérémonie , il a consommé