CHAPITRE III
l-^* •■CTiOH. - LE VOILE.
Nous voici donc arrivés sur la limite du lieu saint et du lieu très-saint, devant la demeure du Dieu de Jacob , resplendissante de l'éclat de la nuée miraculeuse, sur le seuil mêmeda palais du Roi Jéhovah, image du ciel où Dieu réside sur un trône dont l'arche n'était qu'un pâle reflet. Le grand voile en ferme l'entrée. Comme celui du parvis et celui du tabernacle, il est de fin lin retors, brodé de bleu , de pourpre et d'écarlate, mais de plus semé de chérubins, et parfaitement conforme au pavillon du tabernacle. 11 est quelquefois appelé le voile de tapisserie ou de couverture, parce que, dans les traites du désert, il est posé sur l'arche , en sorte que, conservant toujours la même destination, dans les marches comme dans les haltes, il dérobe à tous les regards la gloire de l'arche de l'Eternel. Les anneaux et les agrafes d'or qui lient ensemble les deux grands assemblages du pavillon , dont l'un recouvre le lieu saint et l'autre le lieu très-saint, sont immédiatement placés au-dessus des colonnes revêtues d'or auxquelles le voile est suspendu et en rehaussent encore l'éclat (Exode, XXVI, XXXVI, XXXVIL Nomb., IV, 5).
Nous l'avons déjà dit, le voile du lieu très-saint correspond à celui du lieu saint et à celui du parvis, et rappelle le
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Seigneur Jésus en tant qu'il doit être un jour notre finale entrée dans la gloire du ciel , comme il a été notre première entrée dans TEglise par la foi, comme il est maintenant y par son intercession, notre introducteur journalier auprès du Père. Les trois couleurs dont brille le voile, et les chérubins qui en relèvent la splendeur, rappellent de même Jésus, la victime expiatoire, Jésus, le Roi céleste dont les anges forment le cortège et la cour; et le lin du blanc le plus éclatant, sur lequel se détachent les irois couleurs, indique la sainteté de Christ et la perfection de son sacerdoce , le fin lin dans TEcriture étant l'emblème ordinaire de la pureté (Apoc., VI, VU, XV, XIX).
Abaissé pour les sacrificateurs fils d'Aaron , le grand voile ne se levait que pour le chef de la maison sacerdotale et seulement le jour des propitiations : lui seul avait le droit de paraître en la présence immédiate de Dieu. Il y avaiit sûrement une raison politique de cett€ disposition légale : FEternel étant le prince de la nation , le sanctuaire, sa demeure , son palais au milieu d'elle, il voulait, par cette solennelle interdiction , créer, puis entretenir, dans l'esprit de ses sujets, un sentiment profond de vénération pour le saint des saints ei pour Celui qui l'habite. Mais il y avait surtout une raison myalique de cette même disposition. Pour la comprendre, il faut se rappeler que le voile avait deux buts, indiqués lun et l'autre dans l'épître de saint Paul aux Hébreux (IX et X) : cacher le lieu très-saint , et par cela même en fermer Taccès.
Avec quelle force le voile envisagé sous le premier aspect
parle à notre imagination ! avec quelle éloquence il nous dit
que, depuis la chute, les choses divines nous sont cachées,
que rhomme ne sait point le chemin du ciel, et ne peut le
connaître que par une révélation! (Mallh., XI. Jean, 1, 18;