‹ Le camp et le tabernacle du désertChapitre 61 sur 68 · XIV. 1 Cor, II). Le voile exprime avec la môme puissance · texte numérisé non relu

XIV. 1 Cor, II). Le voile exprime avec la môme puissance

que, loin de déchirer le bandeau cachant à nos yeux les vérités et le chemin du ciel , le premier sacerdoce les recouvrait plutôt d'une épaisse enveloppe ; et ce qu'on a dit plus d'une fois du voile qui était sur le visage de Moïse f on peut le dire également du voile qui était devant le lieu trèssaint. À travers les ombres de la loi, la portion fidèle du peuple juif entrevit sans nul doute quelque chose des vérités divines, suffisamment pour être sauvée; mais la masse de la nation ne vit rien au-delà des formes matérielles et grossières du judaïsme. Et quant aux âmes vraiment pieuses , elles n'ignoraient pas qu'il existe pour elles une meilleure patrie; elles l'attendaient même dans l'espérance (Hébr., XI) et savaient qu'un jour le Messie leur en ouvrirait les portes, mais le chemin ne leur en était point encore manifesté.

^. Le *voile, demeuré debout pendant toute la durée delà sacrificature mosaïque, n'est tombé que devant le sacrifice du Rédempteur. Jésus a mis en lumière la vie et Vincorrufii' bilité par l' Evangile (2 Tim., I); il a manifesté les vérités et le chemin du ciel, comme Apôtre, puis comme souverain Sacrificateur de notre profession : dans ses enseignements, puis dans sa mort et dans son ascension. Le Consolateur, l'Esprit de vérité, qu'il a envoyé de la part du Père, nous a pleinement révélé la justice de Dieu qui est par la foi, celte justice qui est pour tous et sur tous ceux qui croient ( Rom. , I et III) Maintenant, ce que les anciens ne faisaient qu'entrevoir sous les ombres du sacerdoce légal, nous le contemplons sans voile dans l'Evangile; ce qu'ils ne discernaient que confusément dans le XVP du Lévilique, nous le lisons à face découverte dans le IX« des Hébreux. Quelle différence entre eux et nous ! non sûrement quant au salut, quant à sa certitude (car elle ne dépend pas plus de la mesure de la

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connaissance que de celle de la foi); mais quant à la jouissance du salul. A la lumière du Consolateur, descendu sur la terre depuis que Jésus est monté au ciel , nous suivons , non plus l'ombre du souverain Sacrificateur évangélique, mais le souverain Sacrificateur lui-même donnant pour nous sa vie sur la terre, puis allant porter dans ciel le sang dont la voix plaide éloquemment notre cause devant Dieu.

Le voile du lieu très-saint ne cachait pas seulement le sanctuaire : il le fermait aussi par cela même^ et, sous ce nouveau point'de vue, il exprimait encore de solennelles et douloureuses vérités. Il disait que, depuis la chute, le chemin du ciel est fermé à Fhomme ; il disait que le premier sacerdoce ne l'ouvrait point ; que, pareille à l'épée flamboyante des chérubins en Eden, la loi, ce ministère de mort, bien loin de frayer au pécheur l'accès à Dieu, le repoussé et le maudit; que, pour lui, le Dieu de Moïse est un Dieu invisible et vengeur, une majesté redoutable, inaccessible.

Le voile devait subsister devant tous les efforts de l'obéissance personnelle de l'homme et devant tous les sacrifices de la loi, pour ne tomber que devant l'obéissance du Fils de Dieu et le grand sacrifice de l'Evangile. Mais au moment où Jésus rend à la croix le dernier soupir, à cet instant-là même le voile du temple se déchire du haut en bas avec un fracas épouvantable (1) (Marc, XV, 37, 38); la terre tremble , les rochers se fendent, les sépulcres s'ouvrent, des morts se réveillent, et, trois jours après, — le jour de la résurrection de Christ, — sortant de leurs sépulcres, ils entrent dans la cité sainte , oii ils apparaissent à plusieurs

(1) Le voile du temple de Salomon avait, dit-on , soixante et dix pieds de hauteur sur un d'épaisseur. Celui du second temple ne devait pas avoir de moindres dimensions.

(Matlh. , XXVII) : scènes imposantes proclamant à la face des cieux et de la terre que^ par le déchirement de sa propre chair à la croix y Jésus venait d'ouvrir à son Corps mystique et les portes du sépulcre et celles de la cité céleste, où il allait entrer comme notre Représentant et notre Âvant- Coureur! (Jean, XIV. 1 Cor., XV).

Jésus, en mourant à Golgotha, nous a donc à la fois ouvert et découvert le chemin du ciel. Telle est la pensée de FApôtre. Il ne veut certainement pas dire aux Hébreux que personne n ait été sauvé sous le premier sacerdoce ( car H affirme précisément le contraire, ch. IX et XI); il veut exprimer , je pense, que ce n'est point en vertu du premier sacerdoce, mais par la foi seule au grand Sacrificateur des biens à venir, quon a été sauvé sous l'économie l^ale; il veut exprimer que le sanctuaire céleste n'a pas été ouvert et n'a pu l'être avant que le souverain Sacrificateur de la nouvelle alliance n'y eût fait son entrée, et ne l'eût solennellement inauguré et consacré par le sang que lui-même y a porté.

Au reste, pour mieux comprendre toute la pensée de l'Apôtre, il faut admettre que, pour lui, le voile, symbole complexe , représente en même temps les cieux que Jésus a traversés pour entrer dans les lieux saints véritables, el son Humanité dérobant aux regards de l'homme les gloires de la Divinité qui résidait en lui personnellement, comme le voile du tabernacle cachait à tous les yeux les splendeurs du lieu tràs-saint. Saint Paul, dans son admirable épître, nous montre le voile, tantôt soulevé (chap. IV et IX) et tantôt déchiré (chap. X). Le voile déchiré, c'est la chair de Jésus froissée, déchirée à la croix pour nous ouvrir le chemin de la vie. Le voile soulevé, ou plutôt les voiles soulevés, ce sont les cieux qu'il a traversés (IV, 14,

grec) pour entrer dans le saint des sainis^ dont il nous a frayé la route en sa mort et en sa résurrection , et où maintenant il comparait devant Dieu comme notre Précurseur et notre Avocat (VU et IX). Ainsi lesTleux images se complètent l'une Tautre, et leur réunion nous enseigne de quelle manière le Sauveur nous a ouvert le chemin du ciel, savoir par sa mort sanglante et par son ascension glorieuse, — en répandant pour nous son sang dans le parvis du tabernacle, puis en le portant devant Dieu dans le lieu trèssaint.

Telles sont donc les grandes vérités que le voile proclame. La désobéissance d'Adam avait fermé le ciel , l'obéissance de Christ l'a rouvert. Ce que la sacrificature légale, dans toute sa puissance, n'avait pu accomplir , la nouvelle sacrificature l'a fait dans sa faiblesse: devant le Christ infirme, expirant à la croix, le voile du sanctuaire s'est abattu pour jamais (1). Ne le relevons en aucune sorte, ni enfant qu'il cache la voie du ciel, ni en tant qu'il la ferme. Recevons simplement tout ce que l'Esprit saint nous déclare au sujet du salut parfaitement accompli en Christ mort pour nos offenses^ et ressuscité pour notre justification, nous défiant du judaïsme, car si le régime légal a passé, l'esprit légal demeure

et tourmente encore à leur insu bien des cœurs pieux

Jésus est le chemin nouveau qui mène au ciel ; par lui nous allons au Père sans nul*obstacle : au lieu de jeter, sur cette

(1) Dans la vision (TEsaïe (YI) , relative aux derniers jours, le voile n'est plus ; ear, à l'époque où le prophète nous transporte, Jésus a paru ; par sa mort^ il a fdeinetnent ouvert le chemin du ciel, et, par son Esprit^ il a complètement révélé les desseins de Dieu. Dans la vision de l'Apocalypse (XI), le temple est ouvert et l'arche de l'alliance vue dans le temple ,. pour exprimer qu'à Pépoque où ces choses s'accompliront, le mystère de Dieu sera consommé et f^einement manifesté.

vérité salutaire, le voile épais de nos doutes, laissons-la plutôt resplendir de tout son éclat, pour le salut des pécheurs et notre propre consolation. Puis, gardons-nous, victimes encore de l'esprit juif, de remettre en question la perfection du sacrifice de Christ , la pleine efficacité de sa mort et réternelle rédemption par son sang ( Hébr. , I, 3 ; X^ 14), ou de ne . répondre qu'avec une sorte de tremblement à l'appel du Seigneur , qui nous presse avec tant de charité de nous approcher du trône des compassions (Hébr., IV, 16. Eph., II, 18); niant ainsi de fait l'œuvre et la Parole de Christ, fermant ce qu'il a ouvert, le dépouillant de sa gloire de Sauveur, pour l'abaisser au rôle d'un aide, et nous privant enfin nousmêmes de la paix qu'il a léguée à tous ceux qui croient (Jean, XIV, 1). Que ce qu'il a déchiré demeure à jamais déchiré, que ce qu'il a soulevé reste éternellement soulevé, et que, par le chemin que lui-même nous a ouvert et que nulle puissance au monde ne peut fermer, nous allions tout droit au 4j-ône, tout droit au cœur du Père, bénissant de toutes les puissances de notre âme Celui qui nous le fraya au prix de tant de douleurs.

«• SBCTIOH. — DESCRIPTION DU LIRU TRÈS-SAINT.

Entrons dans le saint des saints sur les pas du souverain

sacrificateur... Il soulève le grand voile Quel éclat, quelle

magnificence! Au fond, à droite, à gauche, une paroi

d'or pur; au-dessus de nos têtes, le pavillon resplendissant de bleu , de pourpre , d'écarlate et d'or; devant nous, enfin, Farche entièrement revêtue d'or et les chérubins de gloire qui l'ombragent. Ce n'est pas cependant que le lieu trèssaint diffère en soi du lieu saint ; au contraire, les deux compartiments du tabernacle se ressemblent parfaitement,

à cela près néanmoins que la forme du lieu très-saint est carrée ^ tandis que celle du lieu saint est rectangulaire ; ce sont d'ailleurs les mêmes pilastres , plaqués du même or^ teints du même sang, oints de la même huile; c'est le même pavillon, ce sont les mêmes couleurs; c'est partout la même image du Rédempteur, de sa nature céleste, de sa mort expiatoire, de sa dignité royale, de sa gloire immortelle- Mais, au lieu que le lieu saint ne possède que les symbole» des grâces de Dieu, le saint des saints possède le symbole de sa présence personnelle; il est tout rempli des splendeurs de la Schechinah devant laquelle pâlit et s'éteint la lumière des lampes du chaodelier d'or.

L'arche est le principal ornement du sanctuaire et la gloire d'Israël (i Sam , IV). C'est un coffre de deux coudées et demie de long, sur une et demie de large et de haut, faix, comme la table, comme l'autel, de bois de sittim, entièrement revêtu d'or pur en dedans comme en dehors, ayant à se» côtés des anneaux de même métal, par lesquels passent les barres ou leviers de bois de sittim , pareillements recouverts d'or, qui servent aie transporter d'une station à l'autre dan» le désert. Les leviers restent toujours dans les anneaux. L'arche contient les tables de l'alliance ou du témoignage que Moïse y a déposées (Exode, XXV, 17. Deut. , X, 5. 2 Chr. V, 10); de là le nom qu'elle porte: arche de l'alliance ou du témoignage. Elle a tout à l'entour un couronnement d'or dans lequel s'encadre une table d'or massif de même largeur et de même longueur qu'elle-même, et qui la recouvre -entièrement. C'est le propitiatoire. De ses deux extrémités s'élèvent deux chérubins d'or tirés de lui et l'ombrageant de leurs ailes; la Bible les nomme chérubins de gloire (Héb., IX) à cause de l'éclat qu'ils jettent , en vue aussi peut-être des intelligences célestes qu'il représentent ; mais surtout parce

que c'est da milieu d'eux que l'Eternel manifeste sa gloire et fait entendre sa voix. Ils ont leurs regards tournés vers le propitiatoire. Leurs ailes, qu'ils étendent par-dessus Tarche, formant un léger cintre , figurent une sorte de siège sur lequel le Puissant de Jacob est assis sous le symbole de la Schechinah; c'est pourquoi, dans l'Ecriture, il est appelé le Dieu qui siège entre les chérubins. L'arcbe est donc son marchepied. C'est du haut de ce trône emblématique qu'il regarde, protège et gouverne Israël; c'est de là, qu'il écoute et reçoit les requêtes de son peuple; qu'il lui donne ses oracles et lui transmet ses volontés , par l'organe de Moïse oâ d'Aaron. Cest vers ce trône enfin que se tourne la nation dans le culte journalier qu'elle lui rend. L'arche est le gage de sa présence au milieu d'elle (Exode, XXV, XXVI, XXXVI. Lév. , XVI. Ps. XCIX, CXXXIL Hébr.^ IX. 1 Cbr., XXVIII. Ps. LXXX. Nomb. , IX).

Auprès de l'arche, nous remarquons la verge d'Aaron, signe et garant de sa vocation divine au sacerdoce, et l'urne d'or remplie de la manne miraculeusement conservée comme un mémorial des bontés du Seigneur envers son peuple et des soins paternels qu'il en avait pris au désert (Exode, XVI. Nomb., XVII ).(J).

Enfin , le lieu très-saint renferme encore un autre vase sacré, l'encensoir d'or. Il y a des encensoirs d'airain dans le parvis (Éxode, XXXVIII, 3), il y en a d'or dans le lieu saint (1 Rois, Vil, 50. 2 Chr. , IV, 22); mais celui dont nous parlons ne sert que pour la journée des propitiations, et le souverain sacrificateur seul a le droit de le manier (1)*.

(1) Cest Popinion la plus probable. On place ordinairement Fencensoir cPor dans le lieu saini, près de Taulel des parfums. Sur l'autorité de Iriser îen Josèphe et principalement sur celle de Tapôtre Paul , nota le met-

Tel est le lieu très-saint, image du ciel où Dieu réside au milieu des anges, — le lieu très-saint, ombre de la cité céleste également carrée en tous sens, illuminée de la gloire du Seigneur Dieu tout-puissant, mais en réalité, non plus en figure (Apoc., XXI, 16). Le lieu saint, c'était la grâce, le Dieu de la grâce, les richesses de la grâce. Le lieu très-saint, cest la gloire, ce sont les richesses de la gloire, c'est la pleine possession du Dieu de la gloire et la vision béalifique de sa face. L'Eglise de Jésus, marchant à la lumière du chandelier d'or^ ne connaît qu'en partie et ne prophétise non plus qu'en partie : de là , sur tant de points secondaires , les tâtonnements, les erreurs, les divergences de ses membres, unis d'ailleur» dans tout ce qui est fondamental. Mais, devant la splendeur du jour de Christ, devant l'éclat de la cité dont l'Agneau lui-même sera le flambeau, s'évanouiront leurs méprises ^ leurs préjugés, leurs erreurs et tous leurs dissenlimenls j parvenus alors, selon la prière de leur divin Chef, à l'unilé parfaite de la connaissance du Fils de Dieu, à la pleine stature de Christ, ils n'auront plus sur toute chose qu'une seule et même pensée , comme ils n'ont dès cette bei^re en lui qu'un seul et même sentiment (Apocal. Jean, XVIL Eph. , IV, etc. ).

L'arche est le type le plus émînent de Christ dans le tabernacle. Le coffre, ou corps de ce magnifique vaisseau, fait de bois de sittim, tout recouvert d'or pur, en dedans et en dehors; le coffre, selon nous, représente le Corps mystique du Sauveur, l'Eglise, mais l'Eglise vue dans la gloire. Pautons dans le lieu très-saint. Il y était sûrement placé de maulère à c& que , en avançant la main , le souverain sacrificateur pût aisément le prendre du lieu saint , pour y brûler les parfums dont îa fumée devait remplir le sanctuaire, avant qu'il lui fût permis de s'y présenter devant Dieu.

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vre et chétive en elle-même, mais revêtue de Jésus et rendue conforme à son Chef glorifié, elle reluit dès à présent devant Dieu comme l'or le plus fin.

Le propitiatoire fait d'or massif, cest Christ en relation avec son Corps mystique (Rom., III, 24, 25, grec y avec Lév., XVI, 14, 15, hébr. et sep/.). Car, avons-nous vu, il est tout dans le tabernacle: il est à la fois l'autel d'airain et la cuve; il est la table, le chandelier et l'autel d'or; il est la victime et le sacrificateur, comme il est le chemin^, la vérité et la vie, comme il est notre sagesse, notre justice, notre sanctification et notre rédemption.

L'or pur dont est fait le propitiatoire figure la sainte humanité de Christ. Le sang dont il a été aspergé le jour de la consécration du tabernacle, et celui dont il est teint tous les ans en la journée des propitiations, représentent le sang précieux dont Jésus s'est comme arrosé pour nous.

Remarquez que le propitiatoire s'encadre exactement dan» le couronnement ou bordure du coffre, de manière à ne former avec lui qu'une seule et même arche. Christ et l'Eglise forment un seul et môme Corps. Et comme le coffre n'est point sans le propitiatoire, ni le propitiatoire sans le coffre, ainsi Christ n'est point sans l'Eglise, ni l'Eglise sans Christ: ils se complètent mutuellement devant Dieu (Eph.,I).

Les positions respectives du propitiatoire et du coffre de l'arche expriment admirablement ce que Christ et l'Eglise sont l'un relativement à l'autre: lui d'en-haut, elle d'enbas ; lui, le couronnement, la Tête du Corps, elle, Vaccomplissement de Celui qui accomplit tout en tous (Eph., I). La gloire de Christ se reflète sur l'Eglise, comme la gloire du propitiatoire se reflétait sur le coffre. Voilà ce qui existe déjà devant Dieu, et voilà ce qui sera manifesté au dernier jour. Séparé du propitiatoire et dépouillé de son or, le coffre

n'était plus qu'une boite de bois de sittim. Séparée du Christ , l'Eglise ne serait plus qu'un assemblage de pauvres pécheurs, dépourvus devant Dieu de toute vraie justice et de toute vraie sainteté; (p. 218) mais unie à Christ, elle resplendit à ses yeux de toute la beauté de l'Epoux divin.

Le mot que nos versions rendent par propitiatoire signifie premièrement couvercle (comme celui qu'elles rendent par faire propitiation , apaiser, expier, signifie avant tout couvrir, cacher, Néh.,IV, 5). Il exprime fort bien ce que Jésus est pour nous en sa qualité de propitiatoire. Il a couvert nos péchés par sa mort, en sorte que, maintenant, ils sont effacés, oubliés, pardonnes, et nous pouvons dire avec le Psalmiste : Bienheureux est celui dont la transgression est pardonnée et dont le péché est couvert ( Ps. XXXII , 1 ). Pour mieux comprendre tout ce que le type a de frappant, souvenons-nous de la position du propitiatoire, placé au-dessus des tables de la loi renfermées dans l'arche, les couvrant et les cachant tout-à-fait, de telle sorte que Dieu, siégeant entre les chérubins, était censé ne les point voir. Eh bien ! voilà précisément ce qu'est, voilà ce qu'a fait le divin Répondant. En accomplissant la loi que son peuple avait violée il Ta, pour ainsi direy couverte et cachée entièrement, si bien que Dieu ne la voit plus, qu'elle n'a plus de voix devant lui pour accuser celui qui se place sous l'aile du Rédempteur (Rom., VIII, 33, 34). Jésus s'interpose entre le souverain Juge et la loi qui nous maudit (Gai., III, 10, 13); tellement que, au lieu de nous rejeter à cause de notre désobéissance , Dieu maintenant nous fait grâce en considération de l'obéissance parfaite que Jésus lui a rendue jusqu'à la mort (Phil. , II). Il ne veut plus, il ne peut plus nous imputer nos transgressions ; il ne voit, ni nos péchés, ni la loi qui nous maudit ; il ne voit plus que la pleine sa-

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tisfactioQ de Christ ^ plus que le vrai propitiatoire couvert de son propre sang, plus que TÂgneau mis à mort, se tenant conlinuellement devant lui (Apoc. , V).

Les positions respectives du propitiatoire et des tables de la loi, celui-là dessus, celles-là dessous , nous disent déplus que la loi , ne faisant que donner la connaissance du péché, est inférieure à la grâce qui nous en puriQe et nous en affranchit; que la grâce règne par la justice et domine complètement la loi (Rom., III, V).

On sait quel châtiment s'attirèrent les gens de Bcthsémès (i Sam., VI), pour avoir osé porter, sur les tables saintes," de téméraires regards en écartant le couvercle de l'arche. Un jugement non moins terrible tombera sur tous ceux qui , méconnaissant l'étendue et la perfection de la loi de Dieu , osent s'approcher de lui dans le sentiment de Jeur rectitude présumée, et soutenir sans couverture ou propitiatoire , la redoutable épreuve de sa loi sainte ; — sur tous ceux qui, rejetant l'expiation de Christ, cherchent à établir leur justice personnelle et ne se soumettent point à la justice de Dieu , car Christ est la fin de la loi en justice à tout croyant (Viom, y X).

Le propitiatoire s'encadre dans le couronnement du coffre et le déborde. L'obéissance de Christ ne couvre pas seulement nos violations de la loi , elle déborde par-dessus, selon la parole de l'Apôtre : La grâce surabonde oà avait abondé Foffense ; car, en Jésus il y a toujours et partout surabondance, superfluité, plénitude : sa grâce est immense, infinie comme lui-même.

Enfin, comme la loi de Dieu était dans l'arche, la volonté du Père est de même dans le cœur, dans les entrailles du Christ qui l'a pleinement accomplie (Ps. XL, 8) ; elle est aussi dans le cœur de son peuple qui l'aime dès à présent et

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raccomplit d'intention, bien qu'à cause de Finfirmité de la chair, il ne puisse l'accomplir encore parfailement, ce qu'il fera dans le corps incorruptible et spirituel dont Jésus le revêtira bientôt.

Mais que représentent les chérubins ombrageant le propitiatoire et le contemplant? (Exode, XXV, 20).... Apparemmeul les anges qui sont dans le ciel. L'or fin dont ils sont faits marque la pureté parfaite et la gloire des sublimes intelligences qu'ils symbolisent. Ils forment dans le tabernacle le siège ou trône de Dieu, comme les anges dont ils sont rimage le forment dans les lieux très-hauts oii le Saint-Esprit nous montre l'Eternel porté sur les chérubins ( Ps. XVIIl, 10). Us ont leurs faces tournées et leurs ailes étendues l'un vers l'autre, pour exprimer la parfaite harmonie qui règne entre les anges qui sont au ciel, et leur disposition constante à voler partout où Jésus les appelle pour exécuter à l'instant ses volontés (Ps. CIII, 20. Dan. , IX. Luc, XI , 2); toujours prêts à lui obéir, ils servent maintenant son Eglise comme ils l'ont servi lui-même pendant les jours de sa chair . (Matth., IV. Luc, XXIL Jean, I, XX. Actes, V, X, XIL llébr. , I , etc.). Mais ce que nous avons particulièrement à cœur de faire remarquer ici, c'est que les chérubins ont leurs regards fixés sur le propitiatoire, circonstance typique d'une grande valeur et dont saint Pierre nous donne la clef dans ces mots : Ce sont des choses dans lesquelles les anges désirent voir en se baissant , proprement en se courbant (1 Pierre, I, 12). Les chérubins, les séraphins, les archanges contemplent les gloires transcendantes de la rédemption; ils cherchent à en pénétrer les profondeurs, comme un homme se pencherait sur un abîme pour lâcher d'en découvrir le fond. Leurs regards demeurent arrêtés sur l'arche et le propitiatoire, sur Christ et son Corps; ils considèrent leur

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unité sainte et ses merveilleux résultats; ils y trouvent continuellement de nouveaux aspects à étudier, de nouveaux mystères à sonder, de nouveaux sujets d'admiration, d'amour et d'adoration. Ce sont pour eux les hauteurs des cieux et les profondeurs de l'abîme. Ah ! Seigneur détourne donc enfin nos yeux des vanités trompeuses sur lesquelles ils se portent si facilement , pour les fixer invariablement sur toi seul , sur les incompréhensibles richesses de ta charité , et que désormais, imitateurs des trônes, des dominations, des principautés, des puissances, nous n'ayons plus qu'une étude , celle de l'amour éternel que tu nous as témoigné en Jésus-Christ, Dieu manifesté en chair, justifié far P Esprit ^ vu des anges y prêché parmi les nations, cru dans le monde , élevé dans la gloire et comparaissant pour nous devant toi ( 1 Tim., III. Hébr., VII, IX) (K).

La Schechinah ou la Gloire resplendit au-dessus de l'arche. C'est du milieu des chérubins que, d'une voix claire, distincte, articulée, comme si elle émanait d'une bouche humaine, elle parle à Moïse qui^ pour écouter ses divins oracles , vient se placer dans le lieu saint tout près du grand voile (Exode, XXV, 22; XXX. Nombr. , VII , 89, etc.). Manifestation visible de l'invisible majesté de Dieu , la Gloire était tout à la fois un symbole et un gage de l'incarnation future de la Parole éternelle qui, dans la plénitude des temps, devait revêtir notre nature, et, parlant le langage des fils des hommes , nous i évéler le doux Nom du Père : car, depuis la première désobéissance, toute communication de la Majesté suprême avec l'humanité déchue a lieu par le moyen du Fils, qui a fait les siècles, qui gouverne l'Eglise e^ demeure le même hier, aujourd'hui, éternellement (Jean^ I. Gai., IV. Hébr.,I, etc.).

Admirez enfin la position du propitiatoire relativement à

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la Schechinah et au coffre de l'arche. Placé entre les deux ie propitiatoire les réunit en un seul et même vaisseau, Tar che du Dieu dlsraël. Telle esl aussi la position du Christ relativement au Dieu trois fois saint et à l'Eglise. Intermédiaire entre les deux, en relation tout à la fois avec l'Eglise qui est d'en-bas et avec Dieu qui est d'en-haut , avec notre nature humaine et avec la Majesté divine, nœud béni de leur union, Christ les réconcilie en sa personne; il les réunit en lui dès maintenant dans la pensée suprême , il les réunira de fait au dernier jour ; il en forme un seul Corps , l'Eglise qui est en Dieu le Père et en Jésus-Christ, le Seigneur (1 Thess., I, 1), rapprochant ainsi ce que le péché semblait avoir séparé pour toujours, restaurant, mais dans l'Eden céleste, la relation intime que le Créateur avait primitivement établie entre l'homme et lui dans l'Eden terrestre. Il y a plus : selon le symbole , il réunit de la sorte , non-seulement Dieu et l'homme , mais encore l'Ange élu. C'est là ce qu'enseigne l'Esprit saint, quand il dit que Dieu a déjà pacifié y au moyen du sang de la croix, tant les choses qui sont sur la ferre que les choses qui sont dans le ciel; et quand il ajoute que , dans l'économie de la plénitude des temps, Dieu réunira, qu'il récapitulera (grec) ou résumera sous une seule Tête, à savoir Christ, toutes choses, soit celles qui sont dans les deux, soit celles qui sont sur la terre (Col., I. Eph., I). Aussi, dans l'épître aux Hébreux , ce même Esprit nous montre-t-il les myriades d'anges comme aggrégées et en quelque manière incorporées à la réunion générale et à l'assemblée des premiers^ nés inscrits dans les deux (Hébr., XII). Voilà comment Jésus, comment le céleste Propitiatoire a déjà, par son sacrifice, rapproché , réuni ce que le péché paraissait avoir désuni, séparé, dispersé sans retour. Dieu, l'homme et l'ange; c'est ainsi, que, au jour de son avènement, il doit refor-

mer, plus glorieux que jamais, le faisceau béai que U chute avait brisé, et restaurer enfin rbarmouie universelle (1).

Telle est Tarcbe, ce trône emblématique de la réconciliation , ombre pâle et décolorée du trône de grâce sur lequel est assis le Dieu des compassions. Auprès de ce siège de la miséricorde et de la majesté de Jéhovah , est la verge d'Âaron qui vient de reverdir , de pousser des boutons et de donner des fleurs et des fruits à maturité (Nombr., X VH) : — la verge d'Aaron, tout à la fois gage du choix irrévocable que TElernel a fait de la famille du frère de Moïse pour le sacerdoce lévitique, et témoignage miraculeux de désapprobation donné par le Seigneur aux nivelleurs d'alors^ — la verge JAaron , symbole enfin de la sacrificature permanente de Jésus-Christ. Elle est dès longtemps flétrie ; celle de Christ fleurit éternellement , et les fruits do vie, de justice , de paix et de gloire qu'elle porte, dureront dans tous les siècles.

Taudis que la verge d'Aaron nous rappelle Celui qui est notre souverain Pontife, la manne renfermée dans l'urne d'or également placée à côté de l'arche, la manne nous rappelle non moins vivement Celui qui est Timpérissable aliment de notre âme. Cependant la manne , qui est cachée dans le lieu très-saint, n'a pas absolument la même signification que le pain qui est exposé à la vue dans le lieu

(1) Christ prime (Col. , 1 , 18 , grec) en toutes choses , selon Ir volonté da Père. Parce qu'il s'est anéanti lui-même , Dieu l'a souverainement éleré ( Phil. , 11) ; il a voulu qu'il fût tout à la fois la Tète el l'Epoux de l'Eglise (Eph., I) , le Roi des Juifs, le Roi des nations, la Tète des principautés et des puissances (Col. , I) , et ainsi , le centre , le point de jonction , le lien glorieux de toutes les catégories d'êtres saints et heureux. Voilà probablement ce que, avec des yeux plus exercés , nous saurions vcwr dans le symbole. Mais ici nous ne l'éludions que relativement à l'Eglise ( p. 7).

LA JOUiiNÉB DES PROPlTIATIOPfS. 289

saint : entre les deux symboles,, il y a probablement cette différence, que le pain représente Christ en tant qu'il est notre aliment sur la terre, et la manne, ce précieux Rédempteur en tant qu'il doit être un jour notre aliment dans le ciel^ au lieu que le pain du lieu saint est destiné à fortifier le fidèle durant la lutle qu'il soutient ici-bas, la manne cachée,- incorruptible, du lieu très-saint, semble plutôt destinée à le repaître éternellement après la victoire : ce sont les joies pures, divines, ineffables, que Dieu prépare à ceux qui auront surmonté le monde et le malin, les délices éternelles, inénarrables de la pleine communion du Seigneur et de la vision béatifique de sa gloire (Apoc, II) (1). Ah ! cher Sauveur 1 nourris-nous donc , en deçà du voile , du pain de vie, afin qu'étant par lui restaurés dans Thomme intérieur, et rendus capables de combattre jusqu'à la fin le bon combat, nous puissions un. jour savourer, au-delà du voile, la manne cachée que tu tiens en réserve pour tous ceux qui auront vaincu,

3« SBCTIOH. - LE LIEU TRÈS-SAmT DANS LA JOURNÉE DES PROPITIATIONS (LéY., XVI, XXIII, 27-32).

La solennité des propitiations , ou grand jeûne de la nation juive, avait régulièrement lieu le dixième jour du septième mois, premier de l'année civile. Le chapitre XVP du Lévitique est en entier consacré à la décrire. Il prescrit d'abord les choses qu'Aaron devait préparer ou faire en ce jour dans le parvis (vers. 1-13). Il nous le montre ensuite pénétrant dans

(1) A moins que, sous le type de la manne céleste, on n'aime mieux voir un aliment que Dieu destine au corps spirituel des saints glorifiés , comme la manne commune ou matérielle du désert était TgUment terrestre qu'il avait approprié au corps mortel des Hébreux.

le sanctuaire avec le sang des victimes immolées dans la cour (vers. 14-19). Il expose enfin le& cérémonies postérieures à la sortie du souverain sacrificateur hors du sanctuaire (vers. 20-29).

§ I. — Préludes de rentrée dam le lieu très-saint (vers. 1-13).

Vers. 1. — Dieu , réglant le cérémonial de ce grand jour y attribue au seul Aaron le droit d'entrer dans le lieu très-saint, et d'y accomplir lés propitiations typiques. Jésus a seul accompli les propitiations réelles.

Vers. 2,3. — Aaron ne pouvait entrer dans le sanctuaire que ce seul jour de Tannée; et le vers. 3 prescrit lefe sacrifices qu il devait offrir à Dieu pour lui-même et sa maison, savoir un veau pour le péché, puis un bélier pour rholocauste; car le sanctuaire était clos, et, pour l'ouvrir, il fallait des sacrifices. Le ciel était fermé aux pécheurs, et le sacrifice de Jésus a seul pu leur en procurer l'accès.

Vers. 4. — Après l'emblème de l'expiation , vient celui de la sanctification , deux grâces également nécessaires pour entrer au ciel : Aaron, dépouillé de ses vêtements de gloire, se lave tout le corps avec de l'eau. — Puis , il prend les saints vêtements de lin qui l'assimilent à la sacrificature ordinaire, et , blanc alors de la tête aux pieds , il préfigure le Saint de Dieu qui devait accomplir notre rachat dans l'humiliation de notre nature humaine (Hébr. II).

Le vers. 5 prescrit de même deux sortes de saciifices pour la nation, savoir, l'oblation pour le péché, puis l'holocauste, pour celui-ci, un bélier, pour celle-là, deux boucs dont l'un réservé pour Azazel, tous deux livrés à Aaron par l'assemblée : la congrégation d'Israël, se reconnaissant coupable

LA JQUR.NEK DES PROPITIÀTIONS. 21U

devant Dieu, transférait à ces animaux ses péchés et sa condamnation (1).

Vers. 6. — Après cela, le chapitre règle dans quel ordre seront offerts les sacrifices de ce jour. Premièrement, celui pour le péché d'Aaron et de sa famille; car, avant que d'officier pontificalement et de représenter la nation dans cette imposante solennité, il convient qu'il se purifie d'abord luimême et sa maison. Mais Christ , étant le Saint de Dieu , n'a pas eu besoin , dit saint Paul, d'offrir des sacrifices, d'abord pour ses propres péchés, ensuite pour ceux du peuple (Hébr. VII).

Vers. 7-10. — Puis, Aaron présente les deux boucs devant le Seigneur à l'entrée du tabernacle d'assignation (lieu saint) €t jette sur eux le sort, laissant à Dieu le choix de Celui qui doit être pour l'Eternel y c'est-à-dire offert en sacrifice. Jésus est l'Agneau du choix de Dieu, livré par son conseil et selon sa divine prescience ( Actes, II ).

Le second bouc est Azazel. On a beaucoup écrit sur le sens de ce mot, mais il demeure incertain (2). La version grecque des Septante et la Vulgate traduisent , bouc envoyé (envoyé au désert), bouc émissaire. Comme on le verra tout-à-lheure, les deux boucs constituaient un seul et même symbole, un type complet du Rédempteur.

Jusqu'ici l'indication des choses qu'Aaron devait préparer ou faire dans le parvis. Nous touchons au moment de l'exécution. Attachons-nous aux pas du souverain sacrificateur.

Vers. 11. — Il est dans le parvis, près de l'autel , immo-

(1) Autres sacrifices pour ce même jour (Nomb. , XXIX, 7-11).

(2) Azazel était peut-être le nom de quelque démon ; car, au vers. 8 , €es mots, pour Azazel ^ sont opposés à ceux-ci, pour VEtemeL En tout cas, c*est bien le sens que les Juifs ont donné par la suite à cette expression.

292 LÀ lOURNËE DES PROPITIAXIONS.

^ fant le veau ou jeune taureau dont il doit perler le sang devant Dieu. Puis, il s'avance vers le lieu saint. Le voilà maintenant arrêté devant le grand voile qu'il soulèvera tout à l'heure : vivante image de Christ s'avançant ( Hébr. , IX, 11, grec) vers le sanctuaire céleste, s'acheminant de l'autel au propitiatoire, c'est-à-dire allant porter devant Dieu le sang quîl a répandu sur le Calvaire.

Vers. 12. — A peine arrivé sur la limite du sanctuaire ( lieu très-saint), Aaron étend le bras, et, saisissant derrière le grand voile (qu'il ne soulève pas encore tout-à-fait) l'encensoir d'or pur, il le garnit de charbons ardents pris à Fautel de l'holocauste (1) (Lév., IX, 24; X, 1). Puis, sur les charbons, il répand les aromates rédiiits en poudre dont il a rempli ses mains; et, replaçant l'encensoir dans le lieu trèssaint (2), il le laisse fumer ensuite devant l'arche, pendant qu'il va prendre à l'autel de l'holocauste le sang du veau qu'il venait d'égorger. En peu d'instants, le saint des saints sera tout rempli de la fumée des parfums. C'est ainsi qu' Aaron se prépare comme un voile, comme un manteau de nuée, pour s'en envelopper entièrement quand il paraîtra devant le Saint d'Israël , le Roi. L'encens qu'il brûle nous rappelle un encens d'un autre genre, celui dont Jésus-Christ enveloppe devant Dieu toute noire personne et tout notre culte. Ici revient la vision de l'Apoc. , VIII ( p. 252 ), et c'est même ici qu'elle a tout spécialement son application, puisque c'est à ce moment

(1) L'autel qui est devant V Etemel : ces derniers mois désignent tout vaisseau, toute partie du tabernacle (Lév., VI, 25, etc.) : ici, l'autel des holocaustes , au vers. 18 , celui des parfums ; le contexte détermine le sens local cte cette expression.

(2) Martin traduit : // rapportera de la maison dans le voile , phrase inintelligible. Lisez : // le portera au-dedans du voile , c'est-à-dire , dans le lieu très-saint.

LA JOURNÉE DES PRaPITIÀTIONS. 293

que le souverain sacrificateur se trouve placé directement entre l'autel et le trône ^ tenant en ses mains Tencensoir rempli des parfums qui lui ont été donnés. Le parallélisme entre Apec, VIII, 3 et Lév., XVI, 12, 13, est frappant. Mais, au lieu qu'Aaron posant l'encensoir devant l'Eternel retournait ensuite au parvis, Jésus demeure en la présence du Père et intercède pour nous continuellement.

Tout est prêt pour entrer dans le lieu très-saint. Le veau est immolé, la fumée des parfums a rempli le sanctuaire. Aaron, sous la protection de la nuée d'encens^ va donc porter devant Dieu le sang du sacrifice. Il est,, comme on Ta vu, de retour dans le parvis. .A travers les voiles, symbole des cieux créés, il va tout-à-l'heure se rendre de l'autel de l'holocauste au lieu très-saint... C'est l'heure la plus solennelle peut-être du culte des Hébreux ; c'est l'image la plus saisissante de l'ascension du Rédempteur et de son entrée dans le ciel , où maintenant il présente devant le Père, assis sur le trône de grâce, le sang des vraies et éternelles propitiations.

§ II. — Entrée du souverain sacrificateur dans le lieu très-saint ( vers. 14-19).

Le souverain sacrificateur, portant dans un bassin d'or (Ex., XXV, 29) le sang du veau, se rend donc enfin de

l'autel au propitiatoire.... Il a franchi le premier voile Le

voici devant le second Il le soulève dans un saint tremblement.... Aussitôt la gloire du lieu très-saint resplendit à

ses yeux au milieu même de l'épais nuage des parfums

Le sang qu'il y porte lui en a seul ouvert l'accès; il n'y est reçu qu'aveo le sang, que par la vertu du sang de la victime immolée ( Hébr. IX ).

294 LÀ JOURNÉE DES PROFIT lATIONg.

Tout ceci est plein de mystères. Jésus ^ après s'être offert lui-même en sacrifice, a porté là-haut le saug qu'il avait répandu pour nous ici-bas. Il est entré dans le sanctuaire éternel par la vertu de son propre sang (Hébr. , IX, 12, grec). Voilà ce que déclare expressément la Parole et voilà ce que demandait impérieusement la sainteté de Dieu. En effet , les rapports de Jésus avec le Père n'étaient plus les mêmes. Descendu du ciel Fils de Dieu, il y remontait Fils de Dieu tout à la fois et Fil» de Thomme, Tête et Représentant de l'Eglise qui est son Corps ; il ne pouvait donc y rentrer en vertu du seul droit que lui donnait sa Divinité Devenu péché pour ses brebis, immolé pour leur salut, puis mis dans un sépulcre, le grand Pasteur de l'alliance éternelle (Jean, X. Zach. , XIII) ne pouvait sortir de la tombe et monter au cieux, la demeure du Saint, que par l'efficacité du sang de l'alliance éternelle (Hébr., IX, XIII). Ce sang de grand prix, dont il a rempli ses mains et qui l'a consommé souverain Sacrificateur, lui a donc ouvert le .tombeau d'abord, puis le ciel. Ce même sang doit un jour les ouvrir l'un et l'autre à tout son Corps mystique, à tous les saints , et dès cette heure il ouvre à leurs prières l'accès au vrai Tabernacle. Le souverain Berger a frayé la voie : les croyants n'ont maintenant plus qu'à le suivre.

Le pontife juif est donc en présence de l'arche; il trempe le doigt dans le sang du veau, puis il en fait aspersion jusqu'à sept fois sur et devant le propitiatoire.

Vers. 16. — Il retourne ensuite à l'autel de l'holocauste, égorge le bouc pour le péché du peuple, et après avoir également rempli un vaisseau du sang de la victime, il reprend le chemin du sanctuaire où il répète la même cérémonie , renouvelant les mêmes aspersions mr et devant le propitiatoire (vers. 15, héfyi\).

LA JOURNEB DES PROPITIATIONS. 295

L'aspersioQ du sang sur le propitiatoire est peut-être l'acte le plus importaat de ce jour. Elle achève Texpiatioa nationale (Lév., XVI, 15; IV, 17; VI, 30), commencée devant l'autel et consommée devant Tarche. Alors seulement le peuple est sanctifié, et pleinement affranchi des peines temporelles qu'il avait encourues, dans l'année qui venait de s'écouler, comme violateur des lois du Prince de l'Etat et des ordonnances du Chef de l'assemblée (Eglise).

Tout ceci encore est plein de mystères. Jésus-Christ, dans son ascension et sa comparution devant le Père, a consommé l'expiation qu'il avait commencée en sa mort. Il a placé devant lui le sang qui prononce de meilleures choses qu'Abel, le sang de l'aspersion (Hébr., XII), ainsi nommé par une allusion manifeste à l'aspersion du sang des victimes légales sur le propitiatoire. Le sang de l'alliance est maintenant sous le regard de Dieu ; il le voit continuellement ; il nous bénit, il nous exauce en réponse à la voix de ce sang d'une valeur infinie, qui, sans paroles, plaide éloquemment notre cause devant lui.

Le sang, dont le propitiatoire a été fiirrosé dans ce grand jour, demeurera toute l'année sous les yeux de Celui qui siège entre les chérubins. Le sang de Christ demeure à perpétuité devant le Seigneur assis sur le trône des gratuités, environné des anges de sa gloire. Ei je regardai ^ dit le prophète évangélique , et voici, au milieu du trône et des quatre êtres vivants , et au milieu des anciens , un Agneau qui était là comme égorgé , ayant sept têtes et sept cornes qui sont les sept Esprits de Dieu envoyés sur toute la terre (Apec. , V, 6. Hébr. , IX, 24 ; VII , 25 ; XII , 24 ).

Jésus présente à Dieu continuellement son Corps dans lequel il a souffert la mort pour nous. C'est une intercession de fait, un plaidoyer muet et qui ne cesse point. Comme le sang

290 LA JOURNÉE DKS PR0PITIATI0N9.

cTAbel criait nuit et jour vengeance contre Gain, ainsi le sang de Jésus crie nuit et jour gracie sur nous qui croyons. Too- . jours présent, toujours puissant devant Dieu , il exprime incessamment le désir du Sauveur, que nous ayons part aux fruits de sa mort , et dit de plus que ce. vœu du Bien-Aimé du Père est incessamment accompli. Dieu voit le sang y toujours frais, toujours éloquent, comme au jour où Christ le plaça sur le propitiatoire; il en entend la voix, et beaucoup mieux que nous il en sait la valeur, car c'est lui qui Tap- . pelle le sang précieuœ de l'Agneau sans tache (1 Pierre, I). Oh! puissions-nous en connaître, nous aussi, la vertu! puissions-nous le voir, le contempler sans cesse, et comprendre que, si le Père a haut élevé l'Agneau mis à mort, s'il l'a fait asseoir à la droite de sa magnificence dans les lieux célestes (Apoc. . V, 6. Hébr. ,1, 3), c'est afin que • nous puissions d'autant mieux le regarder de tous les b(mt$ de la terre et jouir à plein de son grand salut (Esaïe, XLV). Mais^ hélas! nos pensées sont encore beaucoup trop juives, nos impressions trop légales; bien souvent le trône érigé dans les cieux nous apparaît comme celui d'un Juge, plutôt que d'un Père, comme tin tribunal , dont on ne s'approche qu'avec une sorte de tremblement. Nous oublions que si, par lui-même, il n'est que le trône de Dieu y du Dieu de sainteté, depuis que Jésus s'y est assis il est devenu le trône de Dieu et de t Agneau y le trône de grâce ^ nom doux au cœur , mais si peu compris ! Nous oublions que le sacrifice du Sauveur, ayant complètement assuré les droits de sa justice, Dieu maintenant peut donner un libre cours à sa miséricorde; et que non-seulement il peut nous bénir, mais qu'il y est désormais engagé. Le sang de Jésus, éternellement présent devant lui, est le prix, le prix payé de toutes les grâces de la nouvelle alliance, grâces âe

vie, d'absolulioa , de sanctification, de paix, d'amour, de dévouement ; et quand nous les réclamons au Nom de Christ et du sang qu'il a versé pour nous, c'est notre bien que nous demandons , c'est ce que le Sauveur nous a pleinement acquis par sa mort, ce qu'il nous conserve et nous maintient par son intercession.

Le sacrifice de Christ est donc la cause méritoire , le fondement de la Rédemption. Si nous pouvions en douter, le tabernacle se chargerait de nous le rappeler à chaque instant. Voyez avec quelle opiniâtre constance il en replace devant nous l'image bénie, de la porte du camp jusqu'au saint des saints! Le sang , toujours le sang, partout le sang ! Olez le sang, et le tabernacle n'a plus d'existence, le culte lévitique plus de signification, plus de but, le pécheur enfin plus de moyen de purification, plus d'espoir.

Mais si le sang de Christ nous apparaît à chaque pas que nous faisons dans le tabernacle, il est bon néanmoins d'ajouter qu'il ne s'y présente pas toujours sous le même aspect. — Le sang à l'autel , par exemple, n'a pas exactement la même signification , la même valeur, que le sang au propitiatoire. Le sang à l'autel (vers. 11 et 15), c'es^ le rachat de nos transgressions, cest l abolition de nos péchés y par le sacrifice de Christ (Hébr. , IX); le sang au propitiatoire, c'est notre pleine justification. Le sang à l'autel, c'est le sang répandu, c'est l'expiation faite en notre faveur, c'est la quittance générale offerte pour nos dettes ; le sang au propitiatoire , c'est le sang reçu, c'est l'expiation agréée, c'est la quittance générale, et notre personne elle-même acceptée à cause du sang toujours présent devant Dieu. Enfin , le sang à l'autel , c'est la paix de notre âme; le sang au propitiatoire, c'est, en outre, le droit que nous possédons en Christ d'entrer dans les lieux saints, où notre Sauveur l'a porté; c'est le libre

accès auprès du Père sous les auspices de ce sang précieux qui purifie notre conscience des œuvres mortes et crie continuellement grâce sur nous (Hébr. , IV, IX et X).

Mais, hélas! combien d'âmes, d'ailleurs pieuses, qui voient le sang à la croix , et rarement peut-être au ciel ! qui reçoivent l'expiation, et ne jouissent pas de l'accès filial au sanctuaire où Jésus comparaît pour nous! Combien d'âmes qui croient au pardon des péchés, et cependant ne s'approchent de Dieu qu'avec une sorte de malaise, au lieu d aller à lui pleines d'assurance pour lui présenter leurs requêtes et leurs actions de grâce, et s'égayer saintement sous son regard ! Ah l que désormais , comprenant mieux le symbole et voyant le sang de l'alliance , non-seulement sur le propitiatoire , mais encore devant ce siège de la majesté divine et sur la voie qui mène au saint des saints , elles s'approchent plus librement du trône des miséricordes dont l'accès leur est largement ouvert par la mort sanglante du Fils de Dieu !

Poursuivons l'exposé des cérémonies du jour des propitiations.

Vers. 16. — En même temps que la purification des péchés du peuple, Aaron a fait celle du sanctuaire, le nettoyant^ dit notre texte, des souillures des enfants d'Israël; car les Hébreux l'environnent de toutes parts, et si leurs personnes n'y pénètrent pas, leurs péchés en quelque sorte y pénètrent, et il doit être purifié. Ce n'est pas toutefois que cette purification se fasse par des cérémonies particulières; elle se trouve tout naturellement accomplie par celles que nous venons de décrire, ainsi que l'indique la liaison des versets 15 et 16.

Paul dit aux Hébreux (ch. IX), que la purification du sanctuaire céleste a dû se faire par de plus excellente

sacrifices que ceux qu'on vient de mentionner. On conçoit sans peine que le tabernacle terrestre ait eu besoin de purification ; mais le céleste !.... Voici probablement la réponse à la question : Nous avons dès cette heure accès au ciel en esprit; mais jusqu'à notre pleine rédemption , nous demeurons sous l'influence du péché qui habite encore en nous , bien qu'il n'y règne plus. Le ciel où nous entrons par tous les exercices de notre foi, où déjà nous sommes assis en la personne de Christ, le ciel même serait donc comme souillé par notre présence, si le sang de l'aspersion n'était là, toujours là , pour le purifier.

On le voit : il n'a pas suffi à Dieu de pourvoir à la pureté personnelle de ceux qu'il introduit devant sa face ; jaloux de la pureté du ciel, domicile arrêté de sa demeure, il a voulu pourvoir de même à sa purification. Il l'a fait au moyen du sacrifice de Jésus-Christ. Le même sang a lavé le sanctuaire et les adorateurs ; il n'a rien laissé d'imparfait, ayant satisfait en même temps à toutes les exigences des attributs divins et à tous les besoins de

l'âme humaine Approchons-nous donc maintenant de

Dieu sans nulle défiance ; entrons librement dans ses parvis , et que désormais l'appréhension d'en ternir en quelque sorte l'éclat et la pureté par notre présence, ne nous en tienne plus éloignés; qu'elle n'éteigne plus à l'avenir sur nos lèvres la prière, la louange ou l'adoration.

Vers. 17. — Le souverain sacrificateur, ayant achevé la purification du peuple et du lieu très-saint, a quitté le sanctuaire dans lequel il ne rentrera plus d'un an. Le voilà dans le lieu saint. Il le purifie par les mêmes aspersions de sang. N'oublions pas qu'il y est seul durant toute la cérémonie des propitiations : car, un seul regard, furtif ou même involontaire, de ses fils, jeté par eux dans le lieu très-saint, au mo-

300 LA JOURNÉE DBS PROPITlATlOIfS.

ment où le sacrificateur-oint soulevait le voile pour y entrer ou pour en ressortir, la moindre indiscrétion commise à ce moment-là eût sur Theure été punie de mort (vers. 2, 17). Voilà bien la loi, répéterons-nous; voilà le ministère de condamnation et de mort. Mais, ô bienheureux changement opéré sous la nouvelle dispensation I ô puissance du nouveau sacerdoce ! la famille du céleste Aaron entre maintenant avec lui dans le vrai sanctuaire et s'y présente, en esprit devant Dieu, non point un jour seulement dans Tannée, mais tous les jours, mais à toute heure ; non comme devant un Juge, mais comme devant un Père; non dans la crainte et le tremblement de la loi, mais dans Tadoption filiale de l'Evangile*

Vers. 18, 19. — Le souverain sacrificateur ne se borne pas à purifier le lieu saint en général ; il purifie en particulier l'autel d'or (Exode, XXX, 10) en teignant du sang des victimes les cornes de cet ustensile sacré. L'autel est le vaisseau le plus éminent de cette partie du tabernacle, l'instrument le plus remarquable du culte, et le symbole spécial de la communion du Seigneur et de son peuple : de là sûrement cette purification do l'autel plutôt que de la table, plutôt que du chandelier. Comme on le sait, elle ne se renouvellera pas d'un an, sauf le cas d'un péché d'erreur commis par le souverain sacrificateur ou par l'assemblée (Lév., IV).

LA JOURNÉE DES PROFIT! ATiONS. 301

§ m. — Cérémonies postérieures à la sortie du souverain sacrificateur hors du sanctuaire.

Vers. 20. — Le souverain sacrificateur, ayant achevé dans le sanctuaire tout ce que prescrivait le cérémonial divin, est maintenant de retour dans le parvis. Quel moment pour la nation ! Les anciens Juifs disaient que celui-là ne connaissait point la douleur qui n'avait pas vu Israël pendant l'absence du souverain pontife, et que celui là non plus ne connaissait point la joie qui ne l'avait pas vu quand le grand sacrificaleur sortait du sanctuaire pour bénir le peuple attendant son retour. Le seul fait de ce retour annonçait à l'assemblée que la purification nationale était accomplie, la propitiation acceptée, et les relalions.de l'Eternel avec son peuple restaurées, ou, si Ton veut, maintenues et affermies. Jésus, ayant de même porté devant Dieu le sang de TAgneau sans macule, et Dieu l'ayant accepté, la purification de nos péchés est accomplie, et maintenant le Sauveur, par son Esprit descendu du ciel, fait annoncer en tous lieux le rachat éternel qu'il nous a chèrement acquis par sa mort, et dont nous jouirons en plénitude au jour de sa glorieuse apparition.'

Vers. 21. — Aussitôt de retour dans le parvis, le souverain sacrificateur présente devant Dieu le bouc vivant resté jusqu'ici devant l'entrée du lieu saint ( vers. 7 ) , et, posant les deux mains sur la tête de Tanimal, il confesse sur lui toutes les iniquités des enfants d'Istaël^ et toutes leurs fautes, selon leurs péchés y et les met sur la tête du bouc.

Ainsi qu'on Ta vu plus haut (p. 150), l'imposition des mains exprime l'identification du pécheur et de la victime, et le transfert, la transmission, qui a lieu, des péchés de

302 LA JOURNÉE DES PROFIT lATIONS.

l'homme coupable à l'animal innocent. Christ, identifié de même avec nous, a pris sur lui toute notre souillure, et nous en a complètement purifiés. Le mol de roriginal, Iraduit par imposer ou poseVy signifie proprement poser en appuyant, appuyer. 11 nous montre, avons-nous dit (p. 150), l'animal abaissant, courbant en quelque manière la tête sous le fardeau qu'on lui impose. C'est ainsi que Jésus s'est volontairement chargé de nos iniquités , et que, courbé sous le poids de nos forfaits, il nous a procuré la vie par ses douleurs (Esaïe,Lm, 6. Gai., III, II).

Vers. 21, 22. — A l'oblation ou présentation du bouc vivant succède immédiatement son envoi dans le désert, envoi qui nous rappelle celui du passereau vivant dans la cérémonie de la purification du lépreux ( Lév. , XIV). L'animal, figurativement chargé de toutes les prévarications de l'assemblée , est livré par le souverain sacrificateur à un homme qui le conduit au désert, oii on le laisse aller ensuite en pleine liberté. Les deux boucs se complétaient mutuellement : tandis que le bouc égorgé subissait la peine des péchés du peuple, le bouc envoyé les emportait loin de la présence de Celui qui siégeait entre les chérubins. Ils constituent donc ensemble un seul et même type de Christ : le premier nous le montre comme mis à mort à cause ^ de nos offenses, le second comme ressuscité à cause de notre justification (Rom. , IV. Apoc. , I, 18); ou, si l'on aime mieux, le premier symbolise Jésus «fait péché pour nous, et le second exprime l'effet de sa mort vicariale, c'est-à-dire l'entière disparution de nos offenses et notre éternelle rédemption. Car, en prenant sur lui nos transgressions, Jésus les a mises loin de nous comme TOrient est loin de rOccident (Ps. CIII). Et voici maintenant ce que Dieu dit au pécheur qui croit : Regarde y fat fait passer de dessus toi

ton iniquité ( 2 Sam. , XII , 13. Zach. , III, 4) ! Dieu ne voit point de péchés en Jacob ni de perversité en Israël ; il a mis dans sa bouche un chant de triomphe royal (^Nombr. , XXIII, 21); et, rachetée par son amour, l'Eglise chante : On a cherché le péché de son peuple et on ne l'a point trouvé. Il n'y a plus de condamnation pour ceux qui sont en Jésus- Christ..,, car Dieu a condamné le péché dans la chair de Christ (iév. , L, 20. Rom., VIII, 1-4).

Tel est le symbole des deux boucs. Puissions-nous le recevoir complet! Mais, hélas! beaucoup de personnes croient au bouc immolé qui ne croient pas, dans la même mesure du moins, au bouc envoyé l tout en acceptant la substitution de Christ au pécheur maudit, elles ont infiniment de peine à en recevoir les bienheureuses conséquences , savoir l'expiation parfaite de leurs péchés éternellement éloignés du souvenir de Dieu; et, bien qu'elles vivent sous la grâce, elles osent à peine répéter ce qû'Ézéchias et Michée disaient pourtant sous la loi : Il a jeté mes péchés arrière de lui ; il a plongé nos iniquités au fond de la mer (Esaïe, XXXVIII. Mich., VII).

Vers. 23-25. — Après l'oblation et l'envoi du bouc, Aaron lave de nouveau sa chair, et, reprenant ses vêtements de gloire, il offre à Dieu les holocaustes de ce jour : deux holocaustes, comme il avait offert deux sacrifices pour le péché , un pour sa famille et l'autre pour la nation. Il avait présenté les sacrifices expiatoires dans les saints vêtements de lin ; il présente les holocaustes dans les vêtements de gloire. Il y avait sûrement une raison lévitique de la chose : l'offrande pour le péché, surtout celle de ce jour, était comme chargée de l'anathème de la nation , au lieu que l'holocauste montait en agréable odeur devant Dieu. Mais il y avait de plus une raison mystique (p. 111): vêtu comme

304 LÀ JOURNÉE DES PHOPlXIÀTIOIXa

un simple sacrificateur, Aaron avait préfiguré Jésus humilié, souffrant la malédiclion pour nous ; paré des insignes de sa charge, il représentait Jésus élevé sur le trône du Père, après nous avoir obtenu un éternel rachat. Son humanité siège avec honneur à la droite de la magnificence dans les lieux très-hauts. Le bandeau royal ceint le front du souverain Sacrificateur de l'Eglise. Les noms de tous ses enfants, comme autant de joyaux , resplendissent sur ses épaules et sur son cœur. Cependant sa gloire n'est point encore manifestée et elle ne le sera pas non plus avant qu'il ait achevé l'œuvre de son intercession. Alors la terre, qui ne l'a vu encore que dans les vêtements de lin , le verra dans les vêtements de gloire ; alors , selon son désir et selon nos vœux , Jésus sortant du sanctuaire céleste , dans toute la splendeur de sa dignité sacerdotale, bénira ceux qui l'attendent pour le salut (Exode, XXVIII. Ps. CX. Hébr., I, 3; IX, 28. Col, III).

Maintenant les propitiations sont achevées et les rapports entre l'Eternel et son peuple affermis : paix,, confiance, joie universelle dans la nation. — Paix , confiance , joie universelle dans l'Eglise qui sait qu'en Jésus elle est, non-seulement rachetée de la condamnation, mais justifiée, mais acceptée et rendue agréable au Père, et que Ses rapports avec lui reposent désormais sur une base inébranlable, sur Christ lui-même, victime de péché et victime d'holocauste, hostie d'anathème tout à la fois et d'agréable odeur.

Enfin, le vers. 26 prescrivait les purifications que l'homme qui avait conduit le bouc au désert devait subir avant de rentrer au camp ; et le vers. 27, ce qui devait être fait à l'égard de la chair du bouc immolé. C'est Tun des incidents les plus remarquables de ce grand jour. Le sang

IX JQUnNËB DES PROPITIATIO^. 305

de ce bouc , ayant été porté dans le sanctuaire pour y faire propitiation, sa chair, au lieu, d'être mangée par les sacrificateurs comme celle des offrandes expiatoires ordinaires, était tirée et brûlée hors ducamp(Lév., VI, 30). Cette circonstance lévitique éclaircit un passage des Hébreux (XIII, iO-12). Nous avons y dit saint Paul, un aiUel dont ceux qui servent dans le tabernacle n'ont pas le pouvoir de manger. Car les corps des bêtes y dont le sang est porté pour le péché par le souverain sacrificateur dans le sanctuaire , sont brûUs hors du camp. C est pourquoi aussi ^ Jésus, afin qu'il sanctifiât le peuple par son propre sang , a souffert hors de la porte. Christ est donc l'autel de la nouvelle alliance. Il en est aussi la victime et la viande. Mais au mystique aliment a seule droit la sacrificature évangélique; le sacerdoce et risraël selon la chair ne sauraient y toucher,; une clause de leur loi, la même que nous avons plus d'une fois mentionnée, s'y oppose formellement; car la sainte hostie de TEvangile appartient précisément à celte classe de vie iimes dont le Lévitique défend positivement la manducatîon, son sang ayant été porté dans le sanctuaire pour y faire propitiation, et son corps sacrifié hors de la porte (hors de Jérusalem) (Lév., IV, VI, 30; XVI); elle leur est donc interdite aussi longtemps qu'ils demeurent soumis à la loi, de sorte que voici maintenant pour eux l'inévitable alternative : ou qu'ils renoncent pour jamais à toute communion avec Jésus-Christ, à toute part aux fruits précieux de sa mort, ou bien qu'ils rompent complètement avec le judaïsme (1).

(1) Il faut se rappeler que le sacerdoce et le culte lévitiques subsistaient encore au moment où Paul traçait ces lignes ; elles pouvaient s'adresser plus spécialement à ceux des sacrificateurs (jui hésitaient encore entre Jéiius et la synagogue.

L'Apôlre^ ajoutait (vers. 13, 14): Jésus, pour nous racheter, s'est laissé conduire hors du camp (hors de Jérusalem), chargé de notre ignominie. Suivons-le maintenant chargés de son opprobre glorieux. Rejeté par la nation juive, excommunié par elle, il Ta rejetée, excommuniée à son tour, il a rompu avec la race incrédule et perverse ; rompons de même avec elle, rompons avec son culte, avec toutes ses pratiques, ombres fugitives des biens que nous possédons; rompons avec la loi qui la régit, dispensation temporaire, provisoire, impuissante à procurer le salut et désormais accomplie. Sortons vers Jésus , vers le vrai souverain Sacrificateur qui , pour nous, est entré dans le vrai sanctuaire, où il a porté le sang qu'il a versé pour nous hors de la porte , le sang qui purifie et consomme notre conscience et nous ouvre le chemin des cieux; sortons hors de la Jérusalem d'à-présent, de la cité qui va périr, pour rechercher celle qui est permanente et dont Dieu lui-même est l'architecte el le fondateur. — Parole d'une saisissante et lugubre actualilé! glas funèbre sonnant le dernier jour de Jérusalem ! malheur au sanctuaire, malheur au sacerdoce, malheur à la nation !

Adressée particulièrement aux Hébreux, la parole de l'Apôtre nous est néanmoins applicable à plus d'un égard. Sortons à notre manière hors du camp, séparons-nous d'un monde hypocrite qui rejette le Christ, tout en lui disant: Seigneur, Seigneur 1 d'un monde sur qui vont tomber les jugements de Dieu. Chargés de l'opprobre glorieux de Celui qui se chargea de notre honte, cherchons sur les pas de Jésus, cherchons, à travers la douleur, et par-delà le tombeau, un monde meilleur , le royaume immuable^ la sainte et éternelle cité qu'il nous a ouverte par sa mort et où il nous prépare des places par son intercession.

hk JOUaNÉB DES PROPITIÂTIONS. 307

Ainsi qu'on vient de le voir, les sacrifices expiatoires occupent une place considérable dans lasolennité des propi- (iations , et cela doit être, puisque c'est un jour d'humiliation et déjeune. Ces sacrifices ont, du reste, une frappante analogie avec ceux, qu'on offrait pour le souverain sacrificateur ou pour l'assemblée (Lév. , XVI avec IV); dans les uns comme dans les autres, le sang des victimes était porté dans le sanctuaire (lieu saint ou lieu très-saint), et leur chair brûlée hors du camp. Mais tous ont-ils exactement la même signification , la même valeur typique ?

Le sacrifice annuel était, selon nous, la base, le point d'appui des autres sacrifices et généralement de toutes les immolations légales , le fondement des rapports de l'Eternel et dç la nation. C'était tout particulièrement ce sacrifice, dont le sang demeurait continuellement sur le propitiatoire, qui permettait à Dieu d'habiter au milieu d Israël et d'accepter le culte et les offrandes de son peuple. Les autres oblations expiatoires semblaient plutôt destinées à restaurer, ou si l'on veut, à maintenir, entre l'Eternel et la nation, les rapports qu'avait établis le sacrifice annuel; c'est pourquoi, le sang en était mis, non sur le propitiatoire, mais sur l'autel d'or, symbole de la communion journalière du Seigneur et de son peuple. Voilà donc, au point de vue lévitique, la relation qui existe entre ces , diverses oblatipns. Au point de vue symbolique, le sacrifice annuel semble avoir été l'image par excellence du sacrifice de Christ dont le sang, toujours présent devant Dieu, est la base permanente, immuable, des rapports qu'il . soutient avec nous, le sûr fondement de l'acceptation de notre personne et^e notre culte ; tandis que les autres sacrifices auraient plutôt exprimé la vertu journalière de ce même sang précieux , auquel nous avons continuellement recours

306 LÀ JOtRNÊE DES PROPITIATIONS.

ponr maintenir ^ ou restaurer la communion qu'il a primitivemcmi établie entre nous et Dieu.

Telle est la solennité des propiiiations. Image imposante de l'efficacité perpétuelle du sacrifice de Jésus-Christ, elle devait se renouveler d'année en année et jusqu'au jour où les ombres s'enfuiraient devant les réalités (vers. 29-34). Jamais elle n'était si remarquable qu'en Tannée jubilaire. La trompelte qui annonçait le retour de celle grande aonée de la race élue se faisait entendre le jour même des expiations. Après que le souverain pontife, sorli du sanctuaire, avait béni le peuple au nom de Jéhovah , la joyeuse trompette, saluant Tannée de la bienveillance, l'an favorable du Seigneur, proclamait la remise complète des dettes, la délivrance générale des captifs et Tenlière réhabilitation de TIsraélite dépossédé dans les droits et Théritage de ses pères ( Lév., XXV, 10). Alors un cri d'allégrese relentis- «ait de Dan jusqu'à Beerséhah. Tout Israël soupirait après œ beau jour, ombre d'un jour mille fois plus beau, de celui où la trompette du septième ange proclamera le vrai jubilé de Dieu, où Jésus, où le Roi-Pontife, vêtu de gloire, rassemblera , des quatre vents des cieux , ses élus déjà riches delà pleine rémission de leurs dettes, rachetés alors de la tombe, pour les bénir solennellement, pour les introduire dans la pleine possession de Théritage dont ils n'ont encore que les arrhes, et consommer enfin leur éternel salut (Eph.,I, 14. Héb., IX,28)(L).

ic 0ficTlOir. — LE LIEU TRÈS-SAINT DAN» LA JOURNÉE DES PROPITIATIONS ; Lér., XVI (Suite).

^iens découlant pour nous du Ministère sacerdotal de Christ.

Le service des propitiatioos revient donc à trois circonstances principales. Le souverain sacrificateur immole les victimes dans le parvis. 11 en porte ensuite le sang devant Dieu dans le lieu très-saint. Puis, il ressort du sanctuaire, et le fait même de son retour annonce à rassemblée dlsraël que Texpiation nationale est accomplie et pleinement acceptée. S'il était dans Tannée un jour où il fût appelé à prononcer sur le peuple la solennelle bénédiction qu'il avait reçue pour lui (Nomb., VI), assurément c'était bien le jour des propitiations.

Le service sacerdotal de Christ se résume de même en trois circonstances principales. Après avoir offert pour nous le sacrifice qui a lavé nos offenses, il en présente maintenant à Dieu le sang dans les tabernac!es célestes ( sa comparution devant Lui , comme victime expiatoire, remplissant l'intervalle qui s'écoule entre sa venue en chair et sa venue en gloire); puis il doit apparaître sur les nuées du ciel pour mettre ceux qui Tattendent en pleine possession du salut qu'il leur a mérité (Hébr., IX, 28).

Voilà ce que la Parole de Dieu nous révèle , de la Genèse à l'Apocalypse, notamment au chapitre IX® de l'épître de saint Paul aux Hébreux. Dans ce chapitre remarquable , comme dans le XVP du Lévitique dont il est la clef, le drame sacerdotal est complet (L). On y contemple le souverain pontife allant de l'autel au propitiatoire, puis revenant pour bénir ceux que le Père lui a donnés.

Dans TuD et l'autre chapitres, le grand sacrificateur, visible pendant le sacrifice, invisible pendant l'intercession, redevient visible au moment de la solennelle bénédiction des siens.

Le XVI« du Lévitique, quand le voile de Moïse n'est plus sur nos yeux, nous laisse donc voir à découvert tout ce qu'il y a de [Hus grand dans la Révélation : l'abaissement de Christ et son obéissance vicariale jusqu'à la mort de la croix, sa comparution pour nous devant le Père^ puis son prochain avènement ( Apoc. , XIX ,11).

En même temps que les souffrances et les gloires de Christ, le chapitre nous laisse entrevoir aussi tout ce qui en découle pour nous : de son abaissement, la rémission de nos péchés; de son exaltation à la droite de Dieu, notre libre accès au trône des gratuités divines ; de son bienheureux retour, la bénédiction solennelle et l'entière rédemption de ses bien-aimés. Ces biens précieux, ces richesses de la grâce et de la gloire, Paul , en son épttre aux Hébreux, les désigne d'un seul mot, perfection ou donsommation (Hébr., VII, XII, grec). Jésus-Christ, par son ministère sacerdotal, a consommé ceux qui croient, c'est-à-dire qu'il leur a acquis ce que leur position naturelle, leur état de chute requérait, ce que la loi, ce que la sacrificature n'avait, ni la puissance, ni la mission de leur procurer, ce qui pourtant est l'objet d'une vraie sacrificature, le but pour lequel elle est instituée, à savoir, la triple bénédiction que nous venons de rappeler.

Avant tout, le pardon des péchés, pardon réel,, effectif, complet, la purification de la conscience, grâce découlant de la première phase du ministère de Christ, de son parfait sacrifice : tel est, en effet, le premier degré de la consommation. Si les sacrifices lévitiques, écrivait Paul aux fidèles de la circoncision, sanctifient le peuple quant à la chair,

FRUITS DU SACEaDOCE DE CHRIST. 311

combien plus le sacrifice de Christ purifiera-t-il, quant à la conscience, ceux qui cherchent leur salut dans la mort du Rédempteur ( Hébr., IX) 1 Ce que toutes les oblations légales n'avaient pu faire, Toffrande unique de Jésus-Christ Ta donc entièrement accompli. Elle a lavé , elle a consommé pour toujours ceux qui croient; elle les a totalement débarrassés du lourd fardeau de leurs offenses , elle a anéanti leur culpabilité devant Dieu, et maintenant leur privilège est de n'avoir plusauctme conscience de péchés (Hébr., X, 2).

Plus aucune conscience de péchés I dit l'Apôtre; telle

est, en effet, la grâce que le Père nous a destinée et préparée en Christ dès avant la fondation du monde; car, dit saint Paul, c'est par sa volonté que nous sommes sanctifiés y au moyen de l'offrande du Corps de Jésus-Christ y faite une seule /bas (Hébr., X).

Plus aucune conscience de péchés ! telle est la grâce que le Fils nous a acquise par sa mort et par sa résurrection, et dont il nous assure et nous maintient la jouissance par sa comparution devant Dieu ; car, dit saint Paul , par une seule offrandCy il a consommé à perpétuité ceux qui sont sanctifiés par elle (Hébr., X). Une seule fois y une seule offrande, dit l'Apôtre, c'est le mot qu'il ne se lasse pas de répéter dans son épître aux Hébreux , et ce mot dit tout : heureux qui le comprend et le reçoit en simplicité de cœur I

Plus aucune conscience de péchés ! telle est enfin la grâce inappréciable que le Saint-Esprit nous révèle dans la Parole du salut et qu'il replace continuellement sous nos yeux dans le divin mémorial de l'eucharistie ; voilà la vérité bénie qu'il appliquée notre âme pour la purifier de toute souillure. Car, remarquez-le bien, il ne purifie pas lui-même notre conscience, il ne la purifie pas directement; mais il rend témoignage au sang qui la nettoie, et c'est ainsi qu'il glorifie

en nous l'Agneau de Dieu. Tel est son ministère. Cest à Jésus cruciGé, c'est à son expiation parfaite quil nous adressa le jour de noire conversion; c'est à Jésus crucifié qu'il nous adresse encore à présent pour que nous soyons journellement nettoyés de toute souillure de la chair et de l'espriL Car aussi, remarquez-le de même, c'est à la propitiatioo de Christ, plutôt qu a l'élection , par exemple , ou à toute autre vérité que nous pourrions également nommer, c'est à la propitiation de Christ que la sagesse divine a trouvé boa d'attacher la vertu de purifier notre conscience. Ne l'oublions point dans la pratique; et, pleinement soumis aux directions de l'Esprit saint, laissons-nous par. lui ramener de jour en jour à l'Agneau mis à mort : c'est le sûr, c'est l'unique moyen de retrouver ou de conserver la paix avec Dieu.

La purification de la conscience, la rémission complète des péchés : tel est donc le bienfait qui résulte pour nous de la première phase du ministère sacerdotal de Christ, de sa mort, et telle, est aussi la première des bénédictions comprises, dans l'épître aux Hébreux, sous le nom général de consommation : c'est le lépreux déclaré net par le sacrificateur ( p. 72 ).

La seconde bénédiction, c'est Taccès filial auprès du Père et l'habitation du ciel en esprit, bénédiction découlant de la seconde phase du ministère de Christ, c'est-à-dire de son entrée dans les lieux saints véritables et de sa comparution devant Dieu pour nous. C'est le second degré de la consommation du fidèle; c'est le lépreux admis dans le camp, mais pas encore dans sa tente. Nous avons déjà fait remarquer que Jésus est entré dans le ciel, non en sa qualité d'être parfait, de Fils de Dieu , et dans son droit personnel et divin (p. 294), car alors il eût pu se contenter de dire:

Portes^ élevez vos linteauio ! el à rinstantjesjpor/es éternelles se fussent haussées devant le Seigneur de gloire ; mais il y est entré comme Chef de l'Eglise, comme souverain Sacrificateur en relation intime avec des créatures pécheresses , et il n'a pu y êlre admis que par la vertu du sang qu'il a versé pour nous. Mais par cela même le sang qu'il a porté dans le ciel ne Ta pas ouvert a lui seul; il Ta de plus ouvert à tous ceux qui sont de lui ; aussi l'Apôtre déclare-t-il expressément que nous avons pleine liberté d'entrer dans le sanctuaire par le sang de Jésus (chap. X). Pleine liberté d'eriirer^ dit saint Paul : mot faisant allusion sans nul doute à la solennelle entrée du souverain sacrificateur dans le sanctuaire terrestre. Par Jésus, le ciel nous est ouvert, sans que nul être au monde puisse le fermer devant nous, et le droit que nous avons de pénétrer dans le palais du Seigneur et de le visiter soigneusement est le même que celui de Christ: il repose sur le même fondement^ sur la valeur infinie du sang de l'Agneau.

Le fidèle est de sa nature un pauvre lépreux ; mais aussitôt purifié par la foi au sang de Jésus et déclaré net, ce lépreux change de caractère ; le pécheur devient un adorateur, et comme tel il est admis dans la communion du Seigneur et de son peuple ; il est un sacrificateur, et dès-lors sa place est dans le sanctuaire auprès du céleste Aaron, car où est le chef et le prince du sacerdoce, là nécessairement se trouve avec lui sa famille. Il peut maintenant se présenter devant le Père avec une âme entièrement libre de toute conscience de péchés; ce que Jésus lui a mérité par sa mort, il le lui conserve et le lui maintient par son intercession , et , pour en jouir, le fidèle n'a besoin que de croire d'un cœur simple à l'éternelle efficacité du sang qui demeure à perpétuité devant Dieu.

Voilà donc la p^t du croyant, part douce et glorieuse, inconnue sous la loi , non-seulement à rassemblée dlsraël qui adorait le Seigneur hors du parvis, mais aux sacrificateurs eux-mêmes qui officiaient dans Tintérieur du tabernacle; telle est la prérogative du chrétien, sa position sacerdotale comme l'a lui a faite le Dieu trois fois saint : le Père par sa vblonté, le Fils par son sacrifice et son intercession, le Saint- Esprit enfin par son témoignage et par son action intérieure; car, c'est en lui que nous avons accès auprès du Père, par Jisus-Chrisl (Eph., II). Auparavant pécheur, hors d'état de paraître devant Dieu, maintenant adorateur, une fois et pour toujours purifié, le croyant peut s'approcher, avec une hardiesse toute filiale, de Celui qui sonde les cœurs, pour l'invoquer ou le bénir, sans avoir jamais à craindre que la moindre coulpe soit trouvée en lui, que la moindre ofTense, la moindre transgression, puisse encore lui être imputée. L'âme chrétienne qui ne jouit pas de cette grâce, qui n'a pas devant le Père une conscience .purifiée et une entière liberté, ne comprend pas ses droits en Christ; elle a oublié, ou elle a perdu ce qui lui avait été donné le jour, où, par la foi , le sang du Sauveur avait été mis sur elle ; elle méconnaît, elle nie ce que Jésus a fait , elle dit implicitement qu'il doit le refaire , le recommencer, c'est-à-dire répandre de nouveau son sang pour nous : elle ne reçoit point le témoignage du Saint-Esprit.

Enfin, la troisième bénédiction résultant du ministère sacerdotal de Christ , bénédiction complétant , couronnant l'œuvre de notre salut, c'est notre éternelle glorification , conséquence de la troisième et dernière phase de la sacrificature du Seigneur, c'est-à-dire de sa venue prochaine en gloire pour apporter la pleine délivrance à tous ceux qui auront aimé son apparition. C'est l'admission du lépreux dans sa tente ^

FEUITS DU SACERDOCK DE CHRIST. 315

c'est la consomnaatioD au sens absolu du mot (Hébr., XI, 39, 40). Et tous ceux-là, dit saint Paul (il parle des anciens), tous ceitX'là qui ont reçu témoignage par le moyen de la foi, n'ont point obtenu la promesse : Dieu ayant pourvu à quelque chose de meilleur pour nous, afin qu'ils ne fussent pas consommés sans nous.

Jusqu'ici, l'Apôtre écrivant aux Hébreux, n'avait employé le mot de^consommation que dans un sens partiel, incomplet (VII, 11, 19; IX, 9; X, 14): c'était la consommation ou purification de la conscience , c'était l'accès auprès de Dieu. Maintenant, c'est plus que le pardon, plus que l'accès filial auprès du Père; c'est, encore une fois, la consommation au sens plein , absolu du mot ; .c'est la promesse faite à Abraham entièrement réalisée (Gen., XII , XXII); c'est la souveraine et parfaite béatitude, le repos, enfin, le repos de la gloire , dans lequel le puissant Consommateur de la foi , le céleste Josué , doit introduire les siens au grand jour de son avènement (Héb. , IV, VJ, XI, XII, XIII). La grâce est la perfection commencée ; la gloire , la perfection consommée. C'est vers ce but (dit l'Apôtre, dans la parole citée), qu'aspirent les saints de l'ancienne alliance; car, bien que leurs combats aient précédé les nôtres , ils ne doivent cependant pas y parvenir avant nous; ils attendeiit avec patience dans le séjour oii ils se reposent de leurs travaux, nous attendons au milieu de la lutte , que le Corps de Christ, entièrement rassemblé, soit introduit, par la meilleure résurrection, dans la meilleure patrie, objet commun de nos vœux. Telle est, dirons-nous encore, telle est la suprême bénédiction que le Père nous avait préparée en Christ dès avant les siècles, que le Fils nous a acquise par sa mort et doit nous conférer en son avènement, que le Saint-Esprit enfin nous révèle dans lalParole et nous fait dès cette heure

316 FaUiTS DU SACERDOCE DE CHRIST.

anticiper par la foi. Voilà la glorieuse perspective qu'il ouvre devant nous, de la première à la dernière page de la sainte Ecriture j de la prophétie d'Enoch à celle de Jean ( Jude, 14. Apoc. , XXII, 20), mais très-particulièrement dans l'Epître aux Hébreux : c'est le dernier mot du sublime tableau que le chapitre IX™* de cette épître trace du ministère sacerdotal de Jésus et des ineffables bénédictions qu'il attire dès à présent et doit attirer sur nous éternellement (Héb., IX, 28). Le Christ , dit saint Paul , sera vu une seconde fois sans péché par ceux qui T attendent pour le salut. Il reviendra , non pOMv. abolir le péché y il Ta fait; mais pour apporter le salut ^ le salut complet, effectif; car ce que l'Eglise est sauvée maintenant , ce n'est qu'en espéranpe : elle a les arrhes de la rédemption , elle ne la possédera point en plénitude avant le jour de Christ.

Résumons : la purification de la conscience, l'habitation du ciel comme adorateurs et la gloire éternelle : tels sont donc les magnifiques résultats qu'a pour nous le ministère sacerdotal de Christ. Maintenant, chers lecteurs, ces incompréhensibles richesses de l'amour divin , acceptons-les dans une foi simple; mais en même temps dans un esprit de repenlance évangélique; c'était dans leje&neet l'humiliation de la loi qu'Israël recevait les bénédictions découlant des propitiations typiques: c'est dans l'humiliation de l'Evangile que nous devons recevoir les bénédictions découlant des propitiations réellesj alors nous en jouirons véritablement

Puis, selon le besoin actuel de notre âme, envisageons tantôt l'une, tantôt l'autre de ces mêmes bénédictions, arrêtant tour à tour les yeux sur Jésus déjà venu pour aboUr DOS péchés, sur Jésus qui maintenant au-delà du voile, ouvre à notre foi le ciel , le trône, le cœur de Dieu, tous ses trésors; sur Jésus enfin qui va revenir porté sur les nuées

FRUITS DU SACERDOCE DE CriRIST. 317

des cieux, afia de dous introduire dans les demeures éternelles de la paix.

Depuis dix-huit siècles , il est séparé de nous comme par un voile : c'est Joas gardé dans le sanctuaire (2 Rois, XI); c'est le Christ caché y et c'est aussi le Christ assis , attendant ce qui reste y savoir que ses ennemis soient mis comme le marchepied de ses pieds {Co\. y III. Hébr. , X. Ps. CX). Nous croyons en lui , quoique nous ne le voyons pas encore (1 Pierre, I). Mais bientôt le Christ caché sera le Christ révélé, le Christ assis sera le Christ debout, recevant des mains de Dieu le sceptre de l'empire universel; bientôt le mystique Joas , le Roi-Jéhovah ( Ps. XCVIII , 6 , hébr.) ^ revêtu de la gloire du Père, et fidèle à ses promesses, associera l'Eglise son épouse à toutes les félicités et à tous les triomphes de sa royauté pontificale^ Son amour pour elle l'a fait descendre et mourir ici bas; son amour l'a fait remonter aux lieux très-hauts où maintenant il lui prépare des places ; son amour va bientôt le faire redescendre du ciel qui l'a contenu jusqu'à ce jour, pour prendre à lui sa bien-aimée, sa parfaite, sa colombe, et Tintroduire enfin dans la maison du Père où quelque chose manque à son bonheur aussi longtemps qu'elle n'y est pas avec lui (Jean., XIV). Déjà nous pouvons entendre le bruit des pas de l'Epoux. Oh ! qu'il nous prépare à sa rencontre ! Rappelons-nous l'attitude d'Israël attendant le retour du souverain sacrificateur qui était allé porter, au-delà du voile, le sang des propitiations: tous les regards étaient tournés vers le sanctuaire d'où le grand pontife allait ressortir pour annoncer au peuple que l'expiation nationale ^taît achevée et le bénir solennellement au nom de Jéhovah. Eh bien ! que telle soit aussi notre attitude. Attendons des cieux le Sauveur y le Seigneur Jésus-Christ y qui transformera le corps de notre

humiliation pour le rendre conforme au corps de sa gloire. Attendons , c'est le mot du Saint-Esprit ; mais en même temps hâtonSy bâtons par nos soupirs le retour du souverain Sacrificateur de notre profession (2 Pierre, III. Phil. , III. Apoc., XIX); sur les ailes de l'espérance et de l'amour, volons au-devant de Celui qui va consommer, dans l'apparition de sa gloire ce qu'il a commencé dans sa mort, ce qu'il poursuit dans son intercession; et, puisqu'il a clos toutes ses révélations par le solennel avertissement trois fois répété : Voici, je viens promptemenf , amen I ah ! que tous nos cœurs s'empressent de lui répondre : Oui y Seigneur Jésus y viens! (Apoc, XXII).

5« 0BCTiOir. — POSITION SACERDOTALE DE L'ÉGLISE.

* Nous avons dit que les croyants trouvent leur pardon dans le sacrifice du Sauveur, leur justification complète et leur libre accès au sanctuaire éternel dans son ascension et sa comparution devant Dieu, leur glorification dans son prochain retour. Revenons sur le second de ces points qui caractérise à la fois l'état actuel du Christ et la position sacerdotale du chrétien.

Voici deux personnes qui s'y prennent bien différemment pour aller à Dieu. Uune d'elles, se flattant de pouvoir se passer du tabernacle, du sacrificateur et du sang de l'aspersion, veut aller à lui par une autre voie que celle que Jésus nous a frayée en sa mort et sa résurrection ; elle ne sera pas mieux reçue sous l'Evangile que ne l'eût été, sous la loi, l'Israélite téméraire qui eût tenté de s'approcher du Seigneur autrement que par le tabernacle, par le sacrificateur et les sacrifices divinement institués.

Une autre personne, au contraire, sachant que Jésus est

POSITION SACEaDOTALE DE L EGLISE. 319

le chemin , comm(f il est la vérité et la vie, ne veut aller au Père que par le Fils ; mais, faible en la foi , loin de comprendre le droit qu'elle possède en Christ de s'approcher librement du trône de Dieu , .elle ose à peine se présenter comme à la porte de son palais. Eh bien ! replaçons-nous, avec cette chère âme, en présence des augustes symboles du lieu trèssaint et de l'infaillible interprétation que l'Esprit de Dieu nous en a donnée. Quel tableau que celui qui se déroule devant nous dans l'épître aux Hébreux et dans la révélation de saint Jean I

C'est d'abord le trône de grâce, antitype glorieux du propitiatoire; le trône de paix, ceint de l'arc-en-ciel, symbole de paix (Gen., IX. Esaïe, LIV. Hébr., IV. Apoc. IV).

C'est le Dieu de paix, assis sur le trône des miséricordes pour répandre sur nous les biens de l'alliance de paix que Jésus nous a pleinement acquis au prix de ses douleurs.

C'est Jésus-Christ lui-même comparaissant pour nous en la présence immédiate de Dieu. Le Saint-Esprit nous le montre, tantôt debout, tantôt assis: assis comme Sacrificateur-Victime, comme l'Agneau mis à mort, dont le sang est continuellement devant Dieu sur le vrai propitiatoire (Apoc, V. Lév., XVI) : debout, entre l'autel et le trône, comme Sacrificateur-Intercesseur, priant pour nous sans relâche jusqu'au jour de notre entière rédemption (Apoc, VIII. Rom., VIII).

Il est pour nous un vrai sacrificateur. Il en possède toutes les qualifications, l'appel de Dieu, la compassion , la fidélité, et il les possède dans leur perfection. L'appel de Dieu : car celui-là, dit saint Paul, l'a solennellement investi de la charge sacerdotale qui lui a dit : Tu es Sacrificateur pour toujours, selon l'ordre de Melchisédec (Ch. V). De là pour nous un premier motif de confiance. En effet, quand nous nous

approchons de Dieu par Christ, c'est par le divin Intermédiaire que lui-même a établi sur sa maison , en sorte que nous sommes pleinement assurés d'avance qu'il ne repoussera point la prière ou le vœu, la supplication ou la louange, que nous ferons monter à lui par Jésus; en nous le donnant pour Médiateur, il s'est engagé et comme obligé luimême à accueillir de sa main notre personne, nos requêtes et nos adorations.

A rappel de Dieu, Jésus réunit la compassion^ la sympathie (Hébr., II, IV, V). De là pour nous un second motif de confiance. Quand je vais au Père par le Fils, ce n'est pas seulement par le Médiateur de son choix ; c'est par un Sacrificateur miséricordieux , lequel ayant souffert étant tenté peut aussi secourir ceux qui sont tentés (Hébr., II). Il peut secourir , dit l'Apôtre. La puissance ou capacité dont il parle est celle qui résulte, non de la Divinité du Sauveur, mais de son Humanité; elle naît de l'identité de nature, de la similarité, de la communauté de condition. Jésus ne la possédait pas avant son incarnation. Participant à la chair et au sang comme moi ; placé, durant les jours de son abaissement, dans les mêmes circonstances; ayant connu la vie avec toutes ses peines, et appris ^ par l'expérience personnelle des choses qu'il a souffertes , l'obéissance en tout ce qu'elle a de plus difficile, il sympathise parfaitement avec nioi dans toutes mes épreuves et toutes mes tentations, et maintenant qu'il est assis à la droite du Père, il accomplit pour moi son ministère d'Intercesseur dans une patience que rien ne lasse et dans une cliarité que rien n'altère.

Enfin , je puis compter de même sur la fidélité de Jésus : sa miséricorde m'en est un gage assuré. Le pontife lévitique, bien qu'environné d'infirmités personnelles et par là gén^ ralement disposé au support, ne savait pourtant pas toujours

POSITIOxN SACERDOTALE DE L'ÉGLISE. 321

maîtriser son impatience, comprimer les éclats de son dépit ou de sa colère; et la mauvaise disposition de son cœur pouvait réagir d'une manièi^ fâcheuse sur l'exercice de sa charge. Mais il n'en est point ainsi de Christ. Toujours rempli de bonté, d'indulgence, d'amour, il est aussi toujours prêl à me soutenir, à me secourir de toute la puissance de son intercession (Hébr., II, V). De là pour mon âme un nouveau motif de confiance. Mes faiblesses, mes infirmités, mes fautes journalières , ne rebutent point mon Rédempteur; sans jamais se lasser, il présente à Dieu mes prières et mes louanges parfumées des siennes; il implore et fait descendre sur moi continuellement les bénédictions de Talliance éternelle de paix, et, jusqu'à la dernière pulsation de mon cœur, je l'aurai pour Intercesseur et pour Avocat auprès du Père. Il est le même hier, aujourd'hui , éternellement (Hébr., XIII). U m'aime d'un amour infini, de tout l'amour qu'il me témoigna sur le Calvaire. Au sein de la gloire qui l'environne, il n'oublie point son enfant qui est encore dans le monde (Jean, XVII). Du haut des cieux, où les archanges -s'inclinent devant lui, il me voit, il me regarde dans les cordiales affections et les fidèles compassions du frère le plu§ tendre et dé l'ami le plus dévoué. Dans toutes mes angoisses, il est luimême en angoisse; dans toutes mes luttes, il m'assiste de toute la puissance de celte voix de Jésus-Cbrist, le Juste, que le Père écoute toujours , en même temps que de toute la force de ce bras qui a tiré les mondes du néant, qui les porte et les régit (Es., LXIII. Hébr., I).

Sacrificateur accompli par Fappel divin, par ses profondes sympathies et son inaltérable fidélité, Jésus l'est aussi par ses souffrances expiatoires et par sa mort (Hébr., II et V). Nous l'avons dit : le sang qu'il a versé sur la terre lui a pleinement ouvert^ et à nous en lui et par lui, la tombe d'abord^ puis

le ciel, sanctuaire de son sacerdoce, où maintenant il intercède pour nous, et où il fait servir à nôtre plus grand bien , le souverain pouvoir qu'il a reçu du Père ; le sang dont il a rempli ses mains , et qui Ta consommé sacrificateur (Exode, XXIX), le sang de Taspersion qu'il a placé devant Dieu (Hébn, XII), prononce sur nous sans nulle interruption des paroles de grâce, de miséricorde et de paix.

Bénissons Dieu qui nous l'a donné. Il est bien le Médiateur qu'il nous convenait d'avoir. Sacrificateur universel, il offre l'assistance de son ministère à tous les pécheurs, quels que* soient leur nation, leur caractère, ou le degré de leur culpabilité. Sacrificateur royal, au pouvoir du Pontife il réunit celui du Prince, du Prince de justice et du Prince de paix, faisant dès cette heure régner par son Esprit la justice et la paix dans notœ âme, en attendant qu'il les fasse régner universellement dans le monde. Sacrificateur établi avec serment, son sacerdoce est irrévocable, et nous savons que, par son serment autant que par son choix, Dieu s'est comme lié d'avance à écouter la voix de son Bien-Aimé Fin- Yoquant pour nous. Il est, en outre, un Sacrificateur parfaitement saiut d'une part, un Sacrificateur que nul péché, nulle infirmité ne peut jamais arrêter dans lexercice de ses divines fonctions; et, de l'autre, un Sacrificateur parfaitement bon, parfaitement doux, compatissant, d'un abord facile, toujours disposé à accueillir le pauvre pécheur, à prêter l'oreille au misérable criant à lui. Et comme jamais le péché ne l'interrompt dans ses fonctions sacerdotales, jamais non plus la mort ne le contraint à remettre son ministère à un autre. Le sacerdoce demeure éternellement dans ses mains. Il y demeure avec mes intérêts les plus chers. Jésus est toujours vivant, toujours présent pour moi devant le trône des miséricordes, avec Bon cœur plein de tendresse, avec

son sang qui parle tout haut en ma faveur. Quelle que soit la grâce dont mon âme a besoin dans ce moment, je puis l'obtenir par sa médiation : est-ce l'assurance renouvelée du pardon de mon Dieu ? Jésus la demande avec moi et pour moi; est-ce une nouvelle mesure des lumières du Saint-Esprit? Jésus la demande avec moi et pour moi; estce une augmentation de foi, d'amour, de zèle, d'humilité, une impression plus vive, plus habituelle, plus sanctiQante, de mon adoption? Jésus la demande avec moi et pour moi^ ot quand je me tais, sa bouche parle encore (Hébr., VII).

Enfin , pour résumer en un seul mot et couronner tout ce qu il a dit sur les qualifications de notre souverain Sacrificateur, le Saint-Esprit ajoute qu'il est le Fils de Dieu! (Ch., VII, vers. 28). Le Fils de Dieu! que voulons-nous de plus? Dieu pouvait-il nous accorder un témoignage pi us éclatant de son amour qu'en établissant sur nous son Fils unique comme souverain Sacrificateur? pouvait-il nous donner un meilleur gage de sa disposition constante à nous exaucer, à nous bénir, comme aussi, d'autre part, nous adresser un appel plus pressant à nous approcher de lui sans nulle crainte par le Fils de sa dilection ?

Tel est donc le majestueux et encourageant tableau que le Saint-Esprit place devant nous dans le XVI^ du Lévitique €t dans l'épître aux Hébreux, son divin commentaire. Pour rassurer toujours mieux notre infirmité, pour confondre toujours plus notre incrédulité , voici maintenant la solen* nelle invitation qu'il nous adresse (Hébr. , IV et X) : Puis donc que nous avons un grand souverain Sacrificateur qui a traversé les cieuoo^ Jésus y Fils de Dieu, retenons avec forcé notre profession. Car nous n'avons pas un souverain Sacrificateur qui ne puisse sympathiser à nos infirmités j mais nous. en avons un qui a été tenté en toutes choses à notre ressemblancCy-

324 POSITION SACERDOTALE D£ L ËGLISK.

mais sans péché. Approchons-nous donc avec assurance du trône de la grâce, afin quenou^ recevions miséricorde et que nous trouvions grâce pour un secours opportun. — Approchonsnous avec un cœur vrai y dans une pleine certitude de foi y ayant des cœurs arrosés et purifiés d'une mauvaise conscience y et le corps lavé d'eau pure.

Arrêtons-nous un moment sur cette admirable parole. Puis donc que nous<][vonSy dit le Saint-Esprit, un grand souverain Sacrificateur (le pontife hébreu n'en était qu'un petit )y Jésus y tacitement opposé à Aaron, le Fils de Dieu, opposé au fils d'Hamram : un souverain Sacrificateur qui a traversé lescieuxy au-dessus desquels il est maintenant élevé (I, 3; VII, 26), et qui sympathise à nos infirmités; — puis donc que nous avons un tel souverain Sacrificateur , approchons-nous de Dieu par lui. Approchons nous. C'est le mot qui caractérise la nouvelle dispensation. Tandis que la loi plaçait devant le pécheur des barrières qu'il ne pouvait franchir, fût-il un Moïse ou un Aaron : barrière au pied de Sinaï (Exode, XIX), barrière pour le peuple devant la porte du parvis, barrière pour les sacrificateurs devant celle du propitiatoire (Lév., XVI); tandis que, de fait, et sous peine de mort, elle disait au pécheur : « N'approche pas ! » l'Evangile , au contraire, lui dit: «Approche, car aujourd'hui, par Jésus, plus de distance, plus de barrière entre l'homme et Dieu; le voile est déchiré, le chemin du ciel pleinement ouvert : approche avec une pleine certitude de foi. »

Approchons-nous donc, car tel est notre droit, si nous croyons. Approchons-nous avec assurance, ne ramenant pas toujours sous l'Evangile les appréhensions serviles de la loi , ne remettant pas éternellement en question notre droit de nous approcher de Dieu, parce que nous trouvons encore en nous de la tiédeur, des misères, comme si c'était par nos

POSITION SACKRDOTÂLti DE L'ÉGLISE. 32S

disposilions personnelles, par la ferveur de nos affections, par exenople, que nous avons accès auprès du Père et non par le sang de Jésus-Christ ! Approchons-nous avec une liberté toute filiale; mais, d'autre part, approchons-nous avec un cœur vrai y ou franc, c'est-à-dire, avec un cœur exempt de toute défiance et de toute hypocrisie, recevant dans une entière certitude de foi les vérités bénies que le Lévitique symbolise et que l'épître explique et développe. Approchonsnous avec un cœur purifié d'une mauvaise conscience pair une foi simple et ferme en la pleine suffisance et Féternelle efficacité du sacrifice et de l'intercession de Jésus-Christ , et le corps lavé de toute souillure par l'aspersion de ce sang qui nettoie tout en nous, la chair comme l'esprit, le dehors comme le dedans. Approcbons-nous, par le chemin nouveau et vivant que Jésus nous a ouvert comme au travers de sa chair déchirée par le supplice de la croix ; car c'est le seul chemin qui mène au sanctuaire; approchons-nom, avec le sang de Christ dans nos mains , lavés à fond dans le sang de Christ. Approchons-nous, enfin, pour recevoir (grec) et non pour obtenir, ou pour offrir; car Jésus nous a déjà tout mérité; allons, pauvres, allons, vides, recevoir, de la main du Père, ce dont nous avons toujours besoin, ce qu'il est toujours prêt à nous donner, ce qui nous appartient en Jésus, savoir la miséricorde qui passe journellement par-dessus toutes nos offenses et la grâce qui nous soutient dans tous nos combats , nous rassure et nous console dans toutes nos afflictions.

Telle est la douce et rassurante invitation qui retentit pour nous du fond du sanctuaire depuis que Jésus y a porté le sang des propitiations. Et maintenant, c'est à de pauvres pécheurs Qu'elle s'adresse; car eux seuls ont besoin de la miséricorde qui couvre toutes les ini^

quités, et de la grâce qui guérit toutes les infirmités. Mais Satan fera tout pour l'altérer, là falsifier, cette parole précieuse, ou pour nous la faire oublier ; il fera tout pour nous éloigner du trône des compassions ou nous en barrer le chemin. Déployant devant nous la liste de nos péchés , il nous dira sans doute : « Oses-tu bien, misérable comme tu l'es, te présenter devant le Dieu saint! » Armés à notre tour de la Parole de vérité, résistons au Diable et il s'enfuira loin de nous : disons à l'Adversaire : a Arrière de moi , Satan 1 » car il est écrit : Approchons-nous avec assurance du trâne de la grâce; disons -lui : En me rappelant, comme tu le fais, mes péchés, mes transgressions, toutes mes misères, lu mets toi-même dans mes mains un glaive pour t'en frapper, puisqu'ainsi lu me rappelles tout à la fois le pressant besoin que j'ai de recourir au trône de la miséricorde, et le droit que je possède en Christ de m'en approcher avec assurance, et sur l'heure même, pour y recevoir un secours opportun; plus je suis misérable, plus aussi la miséricorde de mon Dieu m'est nécessaire et sa Parole m'autorise à la réclamer de son fidèle amour.

Signalons, en terminant, deux erreurs pratiques qui nuisent considérablement à notre libre accès aux lieux saints.

On admet bien en théorie que Jésus, comparaissant pour nous devant le Père, est toujours prêt à nous introduire auprès de lui ; mais on l'oublie aisén^enl dans l'application. On tombe dans une erreur pratique que l'Israélite ne commettait point et qu'il ne pouvait pas non plus commettre. Il avait tous les jours sous les yeux le grand sacrificateur établi sur Israël et ne le perdait pas de vue; il ne le séparait pas , dans ses pensées , il ne l'isolait pas , de la maison de Dieu ; il ne s'isolait pas lui-même de la présence et du ministère du médiateur que l'Eternel avait donné j il le

suivait, au contraire, dans toutes les fonctions de sa charge, mais jamais peut-être avec plus d'intérêt qu'en la solennité des propiliations. Il comprenait le service de ce grand jour et la vertu du sang qu'on allait porter dans le lieu très-saint : il savait que la dignité de la personne et la perfection relative du service de son représentant suppléaient devant l'Eternel à tout ce qui manquait à sa propre personne et à son pro- . pre service, 'Ct que le Seigneur agréait des mains du souverain sacrificateur les vœux, les oblations, les sacrifices dumoindre enfant de la nation : voilà ce qui faisait sa coafîance.

Eh bien, c'est un sentiment analogue qui devrait faire aussi la nôlra Mais, hélas! qu'arrive-t-il le plus souvent? Nous isolons, dans l'habitude de nos pensées, nous séparons, la maison de Dieu, nous nous séparons, nousïious isolona nous-mêmes, de la présence et du ministère du Médiateur que Dieu nous a donné; nous perdons de vue l'Intermédiaire, le Représentant *divin, ou nous ne sommes pas suffisamment persuadés que la dignité suprême de sa personne et la perfection de son office suppléent devant le Père à tout ce qui manque à notre personne et à notre service; que c'est à la face de son Oint que Dieu regarde, et que, lorsqu'il contemple Jésus, il voit en lui tous ceux qui lui sont unis par la foi, et les voit lavés, justifiés, sanctifiés dans le Fils de son amour, associés à la plénitude de son excellence et de sa gloire. Seigneur l ouvre donc entièrement les yeux de notre esprit, et que, désormais, l'image, la douce image de Jésus, le Ministre du vrai sanctuaire (Hébr., VIII), ne s'éloigne plus de nos pensées ! Alors , tout en pleurant sur nos fautes , comme l'Israélite sur les siennes en la journée des propitiations , nous serons pleinement consolés; alors, au lieu de tenir nos regards tristement abaissés

838 POSITION SACERDOTALE DE VtGhlSK

sur nous-mêmes , nous les arrêterons plutôt sar le Sauveur que tu nous as donné et sur les insignes augustes dont tu l'as revêtu : sur Féphod à Taide duquel il nous obtient journellement les lumières et les directions dont notre âme a besoin ; sur la lame mystique qui nous rend continuellement agréable devant tes yeux ; sur le pectoral où nos noms resplendissent comme autant de joyaux , où tu les lis avec amour et où nous apprendrons à les lire avec • bonheur ; — nous les arrêterons sur l'encensoir d'où monte à toi le doux parfum de l'intercession ; sur la main divine qui le tient, sur cette main , jadis percée pour nos forfaits, qui s'abaisse maintenant sur nous pour nous couvrir de son ombre et qui lout-à-l'heure va nous ouvrir la maison du Père; — nous les arrêterons, enfin, sur cette bouche adorable qui ne sait prononcer sur l'Eglise que des paroles de clémence et que lui dire : L'Etemel te bénisse et te garde ; V Eternel fasse luire sa face sur toi et te fasse grâce, F Etemel tourne sa face vers toi et te donne la paix t (Nomb. , VI).

Il est un autre point que nous admettons de même dans la théorie et que nous perdons également de vue dans la pratique. Nous oublions trop souvent, nous qui croyons, que c est toujours sous la protection , toujours sous la sauvegarde du sang de Jésus, de ce sang de grand prix qui est en même temps sur nous et sur le propitiatoire, que nous allons à Dieu. Mis, en effet, sur notre âme par l'Esprit saint le jour où nous avons cru, il y demeure comme le sang de la purification du lépreux (p. 71 et 72), comme le sang de la consécration sacerdotale (p. 98-100), le sang de la victime d'anathème (p. 61 et suiv. ), et de l'Agneau pascal. Dieu le voit toujours sur notre personne. Il le voit aussi toujours sur le propitiatoire , et le voit comme

le sang de Faspersion qui assure devant lui la pleine acceplation de notre culte , et * purifie en même temps le sanctuaire oti nous le rendons. Oh! que, par son Esprit, il nous donne de le voir aussi nous-mêmes; oui, dé voir le sang de Jésus tout à la fois sur notre conscience qu'il nettoie des œuvres mortes, et dans le sanctuaire qu'il purifie et où il prononce sur nous de meilleures choses qu'Abel : alors nous irons à Dieu saqs nulle défiance ; ,a1ors* le trône céleste sera bien toujours pour nous le trône du Dieu de sainteté, le trône d'où jaillissent des éclairs et des tonnerres, et nous ne l'aborderons que dans les saints tremblements d'une crainte toute évangélique; mais il sera aussi le trône de l'Agneau, et nous nous en approcherons dans la sainte hardiesse deis rachetés du Fils et des bien-aimés du Père.

Le sang de Christ nous a donc préparés pour le ciel et il a préparé le ciel pour nous; le sanctuaire céleste nous est ouvert, aussi pleinement ouvert maintenant qu'il doit l'être au jour de Christ; et Dieu nous dit : Venez, venez! — qu'estce donc qui nous retiendrait encore loin de lui? Hélas!

notre seule incrédulité.

Nous avons dit plus haut que Christ, debout devant le trône comme sacrificateur-intercesseur , est assis dans le trône comme sacrificateur-victime, comme Agneau mis à mort. Eh bien! disons en terminant que cette altitude du Seigneur mérite de notre part une attention toute particulière. C'est, en effet, celle que lui attribue le ps. CX® et l'épître aux Hébreux. Paul, revenant fréquemment sur cette posture de Jésus, met en opposition Christ assis et Aaron debout CHébr. , X , 11-14 ) (1). Aaron debout , c'est l'attitude

(I) Lisez : Tout sacrificateur est debout ^ etc. (grec), et non assiste y mol qui voile la pensée du Saint-Esprit.

du serviteur devant son Maître, et du serviteur recommençant toujours son œuvre, savoir les mêmes sacrifices, et les recommençant toujours par la raison quils n'ôtent jamais les péchés. Christ assis y c'est, au contraire, l'attitude du Seigneur, et du Seigneur ayant achevé son œuvre sur la terre, , savoir celle delà purification de nos péchés accomplie par le sacrifice de lui-même (Hébr., 1,3), la contemplant avec une pleine satisfaction^ et la présentant au Père avec une entière confiance. Heureuse, bienheureuse, l'âme qui comprend la séance du Fils à la droite du Père 1 la posture de Jésus comme Sacrificateur- Victime lui dit tout ce qui peut la rassurer, la réjouir, tout ce qui peut encourager son accès auprès du Père; car elle lui dit que la propitiation est achevée et de plus acceptée, que l'Eglise est rachetée, et que tout est accompli; elle lui dit, elle lui crie : Le chemin du ciel est désormais ouvert; entre , béni de l'Eternel! pourquoi re^terais'tu dehors (Gen.^ XXIV)? l'Agneau qui est dans le trône, l'Agneau toujours présent devant le Père, n'est-il pas la réponse vivante, éternelle, pleinement suffisante, à tous les reproches de ta conscience et à toutes les accusations de ton ennemi ?

Rien n'a tant causé de mal à l'Eglise que le judéo-christianisme ou confusion des deux économies. Il s'offre à nous dans l'histoire sous quatre aspects principaux : le légalisme, le nationalisme, le cléricalisme et le formalisme. Le formalisme dont nous allons nous occuper est, comme le mot l'indique, un attachement plus ou moins servile, routinier, bigot à certaines formes de culte (1), à certaines pratiques.

(1) Le culte est individuel , domestique ou public : c'est sous ce dernier point d« vue surtout , qu'il en est question dans cet articU.

GULTfi DE L'ÉGLISE. 331

et cérémonies religieuses, à certains lieux établis ou désignés pour les accomplir. C'est une imitation plus ou moins franche du culte hébreu, un retour plus ou moins complet au patron juif, à la chair, à la lettre, au système des figures et des ombres. Sous les formes les plus crues, il trône dans les églises déchues de la chrétienté. Sous des formes plus dissimulées, il s'introduit jusque dans les congrégations les plus pieuses, oÈi la répétition constante des mêmes ordonnances, dégénérant vite, si Ton n'y prend garde, en une sorte de routine ecclésiastique, de stéréotypie religieuse, peut gêner à la longue l'action du Saint-Esprit et ravir aux dévotions communes des chrétiens ce qui en fait la valeur , à savoir, la vérité, la liberté, la simplicité, la fraîcheur, /e détendu y la spontanéité.

Nous ne connaissons rien de plus propre à combattre, à ruiner le formalisme que l'étude simultanée du Lévitique et des Hébreux.

Le culte, sous l'économie des ombres, était l'ensemble du service qu'Israël rendait à Dieu, dans le sanctuaire terrestre, par l'organe du souverain sacrificateur et selon les lois que Dieu lui-même avait donnés (Lévit,). Le culte, sous l'économie des réalités, est l'ensemble du service que Tlsraël nouveau lui rend, dans le vrai sanctuaire, par l'organe du vrai souverain Sacrificateur, selon la parole évangélique et dans la grâce du Saint-Esprit (Hébr.y

Cette définition du culte sous l'Evangile contient au fond les points suivants : sa nature et sa forme, l'Etre adorable qui en est l'objet, le lieu dans lequel il est rendu , la Personne glorieuse qui le dirige, ceux qui le rendent, et la règle enfin d'après laquelle ils servent Dieu. De ces points y que nous allons reprendre l'un après l'autre, découleronl

332 CULTE I>E L ÉGLtSU.

naturellement les principanx caractères du culte évangéUque, par opposition au culte formaliste.

1. La forme du culte. — Le vrai culte étant Texpression sincère et complète de tous les besoins d'un cœur pieux , Texpansion libre et spontanée de tous les sentiments que la grâce divine y fait naître, se prête naturellement, par sa forme extérieure, à tous les mouvements de TEsprit saint dans rassemblée qui le rend (1), laissant un libre essor à tous les doDS, à toutes les grâces qu'il lui plaît de répandre au milieu d'elle, aux prières, aux louanges, aux actes de confiance au Seigneur, de respect, d'amour, d'adoration. De là naît ce premier caractère du culte évangélique, à savoir, la variété, l'ampleur, la plénitude et cet aimable laisser-aller qui le distingue de la raideur, de la sécheresse, de la pauvreté et de la désolante monotonie du culte formaliste.

2. L'Etre adorable qui est l'objet du culte. — C'est Dieu , Dieu qui est esprit et veut être servi, non plus en tel ou tel lieu sur la terre, comme jadis sous la loi, mais en esprit et en vérité, et dans Jes lieux saints qu'il nous a pleinement ouverts par Jésus-Christ : de là la spiritualité, la grandeur et l'élévation du culte évangélique, caractères que compromet gravement le formalisme, en substituant la règle, la coutume à la spontanéité, la prière liie, par exemple, à la prière lil}re. — L'Etre adorable qui est l'objet de notre culte, c'est encore le Dieu de paix qui nous invite à nous approcher de son trône avec confiance, pour recevoir miséricorde et grâce au jour du besoin : de là la hardiesse filiale, l'aban-

(1) Toute église doit avoir des assemblées réservées exclusivement à rexposition de la Parole par les serviteurs de Christ ; mais , d'autre part , c'est une grande erreur d'appeler culte d'une église , une réunion religieuse dans laquelle un seul bomme parle et prie.

don, rinlimité du vrai culte, caractère que ne compromet pas moins le formalisme, en substituant pour l'ordinaire Fofficialité aux libres épanchements d'un cœur soumis à l'action de l'Esprit de Dieu.

3. Le sanctuaire dans lequel le culte est rendu. — En un sens, c'est bien, si vous le voulez, la maison dans laquelle se réunissent ceux qui servent le Seigneur en commun; mais, en réalité, et aux yeux de la foi , c'est une maison qui n'est point faite par des mains d'hommes. Comme il n'y avait, sous l'ancienne dispensalion, qu'un seul tabernacle ou un seul temple établi de Dieu , et que le Seigneur n'agréait de prières et de louanges que celles qui lui étaient présentées dans ce tabernacle, ou dans ce temple unique, par le sacri6cateur de son choix et selon les lois que lui-même avait données, il n'y a Bon plus sous la nouvelle dispensation qu un seul sanctuaire^ celui dans lequel nous entrons sur les traces de Jésus. Sauf le corps du chrétien dans lequel le Seigneur habite, en effet, par son Esprit, la Parole de Dieu ne reconnaît plus de tabernacle sur la terre. Si l'Eglise a plusieurs lieux de réu- ' nions, elle n'a pourtant qu'un seul sanctuaire, comme l'ancien Israël avait plusieurs synagogues, mais un seul et unique temple. C'était vers la maison terrestre et figurative que les saints tournaient autrefois leurs regards; c'est vers la maison céleste que nous dirigeons maintenant les nôtres. Ils adoraient à distance, nous adorons dans le sanctuaire même: oui , c'est dans les parvis célestes, vraie sphère de nôtre culte, que nous bénissons Celui qui donne la grâce et la gloire; c'est là que , sous le regard de Jésus notre Avant-coureur dont la présence au ciel est le gage assuré de l'accomplissement de notre salut; c'est là que , dès celte heure, nous célébrons la pleine et éternelle rédemption qu'il nous a acquise par sa mort. D'où résulte ce nouveau caractère de l'adoration selon

l'Evangile, — la noblesse, la majesté, le grandiose tfun culte qui ne se laisse point enfermer dans l'étroite enceinte du vase contenant nos corps, qui ne se trouve à l'aise, ne respire et ne vit que dans le vrai temple et devant le trône de Dieu; puis, encore cet autre caractère non moins important, la catholicité; car, enfin, ce n'est pas seulement avec la minime fraction de chrétiens qui m'entourent dans la chambre ou dans la chapelle où je m'assemble habituellement avec eux, que je me trouve réuni : c'est , de fait, avec toute la portion de l'Eglise qui est actuellement sur la terre, et qui s'approche avec moi du trône des compassions , vrai centre d'unité, point de ralliement, rendez- vous général de la famille de Dieu. De là, de nouveau, ce caractère essentiel du culte, la catholicité; de là, pourrions-nous ajouter en quelque sorte, la permanence, la conlihuilé de ce même culte; car, si la chapelle ou la chambre, où nous le servons en commun, n'est pas toujours ouverte, le sanctuaire céleste l'est toujours-; à toute heure, à chaque instant, je puis m'y retrouver en esprit avec mes frères, membres de la même congrégation, m'y présenter avec eux devant le Père, Tinvoquer, le servir et l'adorer dans leur compagnie et dans la communion générale de ses rachetés.

Voilà, certes, de beaux, de grands, voilà de nobles caractères dii culte évangélique, mais dont le dépouille presqu'entièrement le formalisme, et bien souvent le formalisme le plus orthodoxe, en faisant succéder au sanctuaire terrestre un autre sanctuaire que le ciel ; en attribuant à une chapelle, à un temple, à un lieu quelconque de rassemblement, ce que Dieu n'avait attribué qu'au tabernacle du désert et au temple de Jérusalem , ce qu'il n'attribue maintenant plus qu'au ciel, à savoir, sa présence spéciale.^ immédiate, la grandeur, la majesté, la pro-

duclion des vraies émotions pieuses; eu attachant, à une construction terrestre et purement humaine, une idée particulière de sainteté, d'influence religieuse, et de je ne sais quelle magie ecclésiastique; en un mot, en substituant mesquinement au sanctuaire éternel, la chambre, la chapelle, ou môme la cathédrale; à l'Eglise, à la famille de Dieu, la coterie, la congrégation ou la dénomination.

4. Celui qui dirige le culte. — Selon l'opinion reçue, c'est le ministre de la congrégation qui dirige le culte (pour ne pas dire qui l'absorbe); selon la Parole de Dieu , c'est Jésus, ministre du sanctuaire et du vrai tabernacle. Le ministre, s'il est converti, n'est .que l'organe, la bouche de l'église; il porte devant le trône les prières, les louanges de l'assemblée; il les dépose dans les mains de Jésus, qui les purifie et les présente à Dieu parfaitement dignes de son acceptation. C'est Lui proprement, c'est notre grand pontife qui dirige le culte de TEglise , comme c'était Aaron qui dirigeait le culte d'Israël. Dieu désavoue tout autre intermédiaire officiel entre nous et lui, tout autre ministère sacerdotal, protestant ou romain. Or, Jésus-Christ est pour nous un souverain Sacrificateur compatissant et fidèle, par qui toujours nous avons un libre accès auprès du Père et dont la voix est toute-puissante devant lui. D'où résulte encore une fois ce caractère essentiel du culte selon le cœur de Dieu , la confiance, l'abandon, la liberté filiale : caractère que la foi seule peut réaliser et que ruine de fait le formalisme sacerdotal , en substituant l'intermédiaire terrestre à l'Intermédiaire divin.

Je l'ai dit, j'admets l'intermédiaire terrestre. Il est là, d'ailleurs, nécessairement là,, qu'on le veuille ou non; on l'aura toujours, sous un nom ou sous un autre, ou même sans nom. Je l'accepte de bon cœur, s'il est sacrifica-

3a<( CULTE OE LÉGLISE.

ieur, bien entendu, avant d'être ministre. Je le reçois comme étant la bouche de Téglise réunie ; mais je ne veux pas qu'il se croie, en quelque sorte, obligé par sa charge de faire à lui seul dans le culle l'édification de ses frères; je ne veux pas que le ministre de la congrégation voile à mes yeux le Ministre du sanctuaire, que l'intercesseur humain me cache le véritable Intercesseur. Enfin , je ne crois pas non plus qu'il soit l'organe exclusif de l'assemblée : tout fidèle est sacrificateur et peut, s'il en a reçu la grâce, remplir la fonction dont il s'agit. Je dis, s'il en a reçu la grâce; car, d'un autre côté, jamais je n'accorderai que cette belle fonction puisse être remplie par tout fidèle sans exception ; elle n'appartient qu a ceux à qui le Saint-Esprit a conféré le don qu'elle suppose : tout chrétien n'est pas mieux venu à prendre la parole pour moi devant Dieu, qu'il ne l'est à m'instruire ou à prêcher l'Evangile aux inconvertis (M).

5. Ceux qui adorent Dieu. — Ce n'est pas une catégorie particulière de croyants, que Jésus a faits rois et sacrificateurs à Dieu son Père ; non, ce sont généralement tous ceux qu'il a lavés de leurs péchés dans son sang (p. 196); tous ont reçu la grâce, et tous ont l'obligation de prier Dieu et de le bénir par Jésus, dans la communion de l'Esprit. De là, pour la troisième fois, la spontanéité et la catholicité du culte ; la spontanéité , car ce n'est pas seulement le ministre comme tel ; c'est moi, par l'organe du ministre sans nul doute, mais moi aussi dans ma capacité de sacrificateur^ moi dans l'exercice de mes fonctions personnelles , qui m'approche de . Dieu par Jésus-Christ : noble caractère du culte qu'affaiblit ou nie de même le formalisme, en substituant le ministre au sacrificateur, en développant, en outrant, l'esprit clérical, au détriment de l'esprit sacerdotal. Puis, la catholicité : car; il faut le répéter , ce n'est pas seulement avec les

qaelqaes fidèles qui m'entourent que je sers Dieu ; c'est avec loute la portion de la famille chrétienne qui se trouve actuellement sur la terre , avec le corps entier de la sacrificalure évangélique. Heureux quand ma foi

réalise cette douce vérité ! mon âme alors a ce qu'elle

aime^deTair, de l'espace, de l'horizon; elle étouffait dans le formalisme , elle se dilate dans la communion générale des enfants du Père : noble caractère , fruit précieux du vrai culte, mais qu'anéantit encore le formalisme, en substituant là congrégation ou la dénomination, la section, la secte peut-être, à l'Eglise de Dieu, l'esprit de corps à l'esprit du Corps (du Corps de Christ), la coterie à la sacrificature royale, la communion tife nos saints à la communion des saints y la bigoterie à la vraie dévotion ; mettant à l'étroit, fermant, torturant ce cœur que l'amour universel des frères devait remplir de ses plus douces et plus nobles affections, serrant à l'étau du sectarianisme , national ou séparatiste , cette âme rachetée à gra^id prix que ne devaient comprimer d'autres étreintes que celles de la charité de Chrisl.

6. Enfin, la règle du vrai culte chrétien. — La règle d'après laquelle le culte évangélique doit être rendu, c'est naturellement la parole évangélique^ Dieu n'admettant point ici l'invention , la création de l'homme. La volonté propre de ceux qui le servent lui déplaît dans ses manifestations religieuses encore plus que dans les autres. Il ne tolère pas mieux l'arbitraire, le caprice, sous l'Evangile, qu'il ne le tolérait souà^la loi; pas mieux chez les disciples de Christ que chez le méchant Achaz, par exemple, et son digne associé le souverain sacrificateur Urie (2 Rois, XVI). Il veut être servi, non selon, les pensées de l'homme qui ne sont que folie dans les choses spirituelles , mais selon les sieùnes qui ne sont que sagesse, lumière et bénédiction. En fait de culte,

en un mot^ il ne laisse rien à notre choix. ^ et n'agrée pas plus le service volontaire que le service formaliste, car au fond c'est la même chose : sa Parole déclare qu'il n'en peut supporter Pennui (Esaïe, I ).

Tel est le culte évangélique. L'Esprit saint en est l'âme. Cet Esprit qui est descendu du sanctuaire céleste depuis que le Sauveur. y est monté; cet Esprit qui nous a révélé le Seigneur Jésus, qui nous l'a fait connaître, en particulier, comme notre souverain SacriBcateur , et par Lui nous a ouvert le saint des saints ; ce même Esprit forme en nous la prière, la louange et l'adoration; il inspire, il anime et vivifie notre culte : car c'est en Lui , dit saint Paul , que nous avons accès auprès du Père par Jésus-Christ ( Eph., II, VI. Jude, 20). Puissions-nous en faire plus habituellement Texpé- Tience! puissions-nous désormais , abjurant dans le culte social tout formularisme et tout formalisme, « tant celui qui jnet la vie dans certaines formes , que celui ^ui la met dans l'absence de ces mêmes formes ; » puissions-nous chercher, puiser la vie à la source de la vie , c'est-à-dire , en la personne même du Seigneur Jésus! alors nous connaîtrons tout ce qu'il y a de douceur et de profit pour Fâme dans la communion du Père^ du Fils et de la famille des croyants ; tout ce qu'il y a de consolation en Christ et de soulagement dans la charité Qu'il en soit ainsi ^ mon Dieu!

dans toutes nos assemblées, et que, véhicule divin, ton bon Esprit, venant en aide à notre infirmité, nous introduise dans le sanctuaire d'en-haut ; que > sur les ailes de la foi, il nous porte, il nous place, devant le trône de tes gratuités, qu'il nous pose entre tes bras et nous fixe enfin sur ton cœur!

Le tabernacle nous a donc révélé tout le conseil du Dieu^ trois fois béni , l'amour éternel du Père , le sacrifice expiatoire du Fils, et Toeuvre sanctifiante de TEsprit. Il nous a montré Christ sous toutes ses faces , la rédemption dans

toutes ses applications Revenant maintenant sur nos

pas y refaisant en sens inverse le chemin que nous venons de parcourir^ allons nous replacer au désert sur une des éminences qui dominent le camp dlsraël et d'où notre

œil puisse Tembrasser en entier Spectacle imposant

qui nous émeut comme la première fois 1 Deux millions d'êtres humains sont là, devant nous, rangés dans Tordre le plus parfait sous leurs bannières respectives. Jéhovah, sous Temblème^de la Nuée miraculeuse, les protège et les garde de tout mal ; il pourvoit à tous leurs besoins. Le sang des victimes, mis sur le propitiatoire, parle toujours de paix eo leur faveur; il y a toujours, pour les sacrificateurs, lumière^ bonne' odeur, nourriture dans le lieu saint; toujours Teau purificatrice dans la cuve du parvis; Tholocauste monte toujours en suave odeur devant Dieu, tandis que les cendres de la génisse, gardées hors du camp en un lieu net, sont toujours là pour purifier l'Israélite de tout contact avec la mort.

Nous ne demaDdoDS plus Texplicalion du symbole. Jésus^ habitant dans l'Eglise par le Consolateur, la protège, la bénit, pourvoit magnifiquement à ses besoins ; le sang de la sainte et adorable Victime est toujours sur le vrai propitiatoire, criant grâce, grâce sur nous; il y a toujours pour nous lumière, bonne odeur, aliment dans la maison de Dieu; Feau de la purification sacerdotale est là , toujours là , pour nous laver de toute impureté; enfin, la bonne odeur de l'holocauste monte en notre faveur devant Dieu continuellement.

Mais quel spectacle extraordinaire vient tout-à-coup frap- * per nos regards ? La Nuée miraculeuse qui resplendit sur le tabernacle a fait un mouvement (Nomb., IX). Aussitôt les sacrificateurs ont saisi leurs trompettes et en ont sonné longtemps et avec éclat. C'est le signal du départ (Nomb., X). Toutes les tribus s'émeuvent. Chaque division d'Israël se dispose à prendre dans la traite la place qui lui est assignée. Celle que Juda commande, ouvre la marche. A peine s'estelle ébranlée qu'Aaron et ses fils , entrant dans le tabernacle, dépendent le grand voile et en recouvrent l'arcfee (car la défense d'entrer dans le sanctuaire ne regarde que le moment où la Nuée le remplit); sur le voile, ils étendent une couverture de peaux de blaireaux, et, par-dessus cette couverture, un drap bleu; ils enveloppent de même l'un après Fautre tous les vaisseaux du lieu saint et du parvis, caractérisant, par cet acte, la dispensation légale, dispensation d'ombres et de symboles, qui jetait, sur les biens à venir, un voile épais que la nouvelle économie a totalement soulevé (Nomb.,IV, V1I,X).

Sitôt que les sacrificateurs ont recouvert les saints vaisseaux, les lévites s en approchent; d'abord les Guersonites charge de détendre toutes les tapisseries du tabernacle et de les placer sur deux chariots destinés à les recevoir. Après

CONCLUSION. Z\t

eux, lés Mérariles désasseinblent la charpente quils posent sur quatre chariots; puis, tous ensemble., ils partent sous la conduite dlthamar, second fils du grand pontife Âaron.

Alors les Ironapettes sacerdotales retentissent de nouveau (Nomb., X), et la seconde division de l'armée de Jacob > rangée sous l'étendard général de Ruben, se met en mar^ che, suivie des Kéhathites portant sur leurs épaules l'arche et les autres vaisseaux sacrés. C'est à cela probablement que fait allusion le prophète quand il dit (Es., LU) : Purifiezvous , vous qui portez les vaisseaux de f Eternel ! exhortation ^ qui s'adresse de même aux lévites de la nouvelle dispensation. Au moment où les fils de Kéhath ont levé l'arche, Moïse a dit : Lève-toi y â Eternel y et tes ennemis seront dissipés y et ceux qui te haïssent, s'enfuiront de devant toi- (Nomb., X); c'est la parole qui devait plus tard servir de prélude au P&. LXV1II« dont elle est aussi la clef. L'arche prolectrice se trouvait donc ainsi placée au centre de Farmée d'Israël (1).

Immédiatement après l'arche et les autres vaisseaux portés par les Kéhathites, vient la troisième division d'Israël y formée des tribus d'Ephraïm, de*Manassé et de Benjamin , ce qui nous fait comprendre cette belle invocation du Ps. LXXX: Toi qui pais y Israël... réveille ta puissance au-devant d'Ephraïm , de Benjamin et de Manassé. Enfin , la quatrième division, sous la bannière générale de Dan, ferme la marche, et l'Eternel est l'arrière-garde de son armée (Es., LU), comme il en est aussi l'avant-garde.

(1) n est probable que, dans la marcbe, les vaisseaux gardaient Tespeclivement les places qu'ils occupaient dans le repos : d'abord Tarche, puis Fautel d'or et les autres vaisseaux du lieu saint, puis Tautel d'airuin.

Z^2 CO.NCLUSIOxX.

C'est dans cet ordre admirable que les tribus s'avancent vers la terre promise, à travers les stables de l'Arabie, marchant sans interruption jusqu'au moment où s'arrêtera la nuée qui dirige et protège leurs pas (Nomb., IX). Alors, tes fils de Kéhalh poseront l'arche, et Moïse dira : Retourne, o Etemel! aux dix mille milliers d* Israël t (Nomb., X); les Mérarites dresseront le tabernacle , les Guersoniles le revêtiront de ses tentures, les Kéhathites y mettront à leurs places respectives l'arche et tes vaisseaux du service; et sitôt qu'ils se seront éloignés (Nomb., X, 21), le souverain sacrificateur ôtera les enveloppes de l'arche ^ et y après avoir suspendu le grand voile, sortira du lieu très-saint pour n'y plus rentrer que le jour où te camp se lèvera de nouveau, ou bien dans la solennité des expiations. Les sacrificateurs découvriront de même les autres vaisseaux du tabernacle ; après quoi, sacrificateurs, lévites et tribus, dresseront leurs tentes tout autour du pavillon de l'Eternel , selon la disposition générale que nous avons indiquée à la page 40 de cet écrit.

Tel est l'ordre suivi dans tes campements et les marches du désert. Avant de terminer , rappelons en peu de mots ce que devinrent par la suite l'arche et le tabernable du Seigneur.

Au passage du Jourdain , Tarche sainte marche en tèle de rarmée de l'Eternel (Josué, III, 11, et IV, 11), introduisant te peuple dans la terre de la promesse. Alors ce n'étaient plus les teviles qui la portaient;* les sacrificateurs, plus nombreux qu'autrefois au désert, s'étaient chargés de ce précieux fardeau. Devant Tarche du Dominateur de toute la terre, les eaux du Jourdain s'enfuirent, et les tribus le traversèrent à pied sec (Josué III. Ps. CXIV), laissant entre elles et le Irônc de Dieu la distance d'environ deux mille coudées.

Quelques jours après, les murs de Jérico s'écroulaient devant l'arche de Jéhovah.

Après la conquête de Canaan, le tabernacle fut transporté à Siloh (Josué, XVIII, 1 ), où il demeura pendant tout le temps des juges.

Le premier livre de Samuel s'ouvre par une scène du plus vif intérêt: Elkanahet Anne montent à Siloh pour adorer le Seigneur; bientôt après Samuel vient au monde, et sa mère reconnaissante le consacre à Celui qui Ta donné. Le jeune Samuel, lévite, de la famille de Kéhath'(l Chr., VI, 22-28), vaque au service de l'Eternel dans le tabernacle, revêtu d'un éphod de lin ( 1 Sam., Il, 18).

Telles sont les riantes images que nous offre le début du-^ livre (ch. I — III). Mais, avec le chap. IV% commence un ordre de choses bien différent. Jusque-là l'arche de l'alliance, placée dans le tabernacle, était demeurée parmi les enfants de Jacob. Dès ce moment, l'arche et le tabernacle seront séparés l'un de l'autre, pour ne plus se retrouver réunis jusqu'au règne de Salomon. De douloureux événements vont avoir lieu. La gloire d'Israël tombe au pouvoir des incirconcis , et la maison sacerdotale est visitée par de terribles châtiments. Les Philistins conduisent en triomphe l'arche sainte dans la maison de Dagon, leur dieu. Mais l'impure idole, tombant devant le trône du Seigneur, se brise, et l'Eternel, après avoir frappé ses faux adorateurs, frappe à leur tour ses ennemis. Les Philistins promènent, de ville en ville, l'arche du Dieu fort, et avec elle ses jugements; puis ils prennent le parti de la renvoyer en son lieu. A la vue de l'arche revenant au milieu d'Israël, les Bethsémites tressaillirent d'abord de joie ; mais , ayant soulevé le couvercle et jeté dans l'intérieur des regards indiscrets, ils attirèrent sur eux de grands châtiments. Effrayés, ils at-

Ui COIfCLUSlOlf.

voyèrent Tarcbe aax habitants de Rirjatb'Jéharim qui la conduisirent dans la maison d'Abinadab , où elle séjoarna vingt ans et où avec elle séjoHrna la bénédiction de Dieu (ISam, VI, Vil).

Mais que devint le tabernacle après que Farche en eût été enlevée? 11 n'en est phis question dans la Bible jusqu'au temps on David, entrant dans le lieu saint accompagné de ses gens, mangea les pains de proposition qu'il avait reçus de la main du sacrificateur Abialhar. Le tabernacle à ce moment était à Nob (1 Sam., XXI). Plus tard, au début du règne de Salomon, on le trouve à Gabaon sans qu'on puisse dire comUiCnt il y avait été transporté. Salomon y offrit à Dieu mille holocaustes sur Tautol d'airain (2Chr., I) (1).

Revenons à l'arche que nous avons laissée à Kirjatb-Jéharim. Elle y resta pendant tout le règne de SaUl, et jusqu'au moment où David reçut à Hébron la couronne royale d'IsraGl. Alors il convoqua tout le peuple, dû torrent d'Egypte jusqu'à rentrée de Hamalh , pour ramener, de Kirjath-Jéharim à Sion , l'arche du Dieu de Jacob. Mais les bœufs qui la conduisaient ayant glissé, Huza étendit témérairement la main pour la retenir, et tomba sur-le-champ frappé de Dieu (1 Chr., XII, XIII). Saisi de frayeur, et n'osant plus la diriger vers la demeure qu'il lui avait préparée, il la fit entrer dans la maison d'Hobed-Edom où elle demeura trois mois. Et f Etemel, dit le récit sacré, bénit la maison d'Hobed'Edom et tout ce qui lui appartenait (i Chr., XIII).

Au bout des trois mois, David, ému d'une sainte jalousie, voulut avoir auprès de lui l'arche du Seigneur; mais, rendu

(I) Cesi Tautc] auprès duquel se réfugièrent Aclon\jah et Joab (1 Rois, I et 11} ; à moins ce(>endant que le premier n'ait cherché son salut auprès de Fautel que David son père avait provisoirement fait construire à Jérusalem , et sur lequel on sacrifiait aussi (1 Rots, III , 15).

plus sage par le châtiment d'Huza, et comprenant enfin que l'arche, au lieu d'être placée sur un chariot et tirée par des^ bœufs, devait être portée par les sacrificateurs ou les lévite» (Deut., X, 8. Norab., IV, 15-20. 1 Chr.,XV, 2), le roi dit aux chefs de leurs pères : Sanctifiez-vous y vous et vos frères y et transportez V arche de V Étemel ^ le Dieu d'Israël ^ au lieu que je lui ai préparé; parce que vous n'y avez pas été la première fois , r Eternel notre Dieu a fait une brèche parmi nous; car nous^ ne l'avons pas recherché comme il est ordonné (i Chr., XV). Aussitôt que David eut placé l'arche dans la tente qui lui était destinée (2 Sam., VI), il offrit devant elle des holocaustes et des sacrifices de prospérité, et fit entonner en son honneur le beau cantique qui se lit 1 Chr., XVI : c'est la réunion de divers psaumes ou fragments de psaumes ( CV , XCVl); puis, il chargea le lévite Asaph et ses frères de faire le service devant l'arche dans la cité de David, pendant que Tsadok, le sacrificateur et ses frères, le feraient dans le tabernacle à Gabaon (1).

L'arche demeura donc où David l'avait placée jusqu'au règne de Salomon ; elle n'en sortit qu'une fois , lors de la révolte d'Absalom, et pour un instant, car aussitôt le roi la renvoya dans la cité de David, en disant à Tsadok : Reporte V arche de Dieu dans la ville ; si fai trouvé grâce devant r Eternel y il me ramènera , et me la fera voir y avec son taber* nacle ; que^ s'il me dit ainsi : Je ne prends point de plaisir en toi y me voici y qu'il fasse de mm ce' qu'il lui semblera bon ! (2 Sam., XV, 25, 26).

Salomon fit bâtir le temple d'après les instructions divines

(1) Le tabernacle où Ton va prendre une corne remplie d'huile afin de sacrer Salomon (1 Rois, I), est la tente que David avait fait dresser pour l'arche sur la montagne de Sion (2 Sam» , VI).

34fl CONCLUSION.

qu'il avait reçues (1 Chr., XXVIII, 19 ), et sur le modèle général du labernacle. Il Tédifia sur cette montagne de Morijah (2 Chr., III) , où l'Eternel, arrêtant la main d'A- ' braham, s'était lui-môme pourvu d'une victime pour l'holocauste, et où David , plus tard, avait vu le Seigneur disant à Fange qui frappait Israël, à l'occasion du; dénombrement : Cest assez y retire à cette heure ta main (2 Sam., XXIV). Les pierres qui servirent à le construire ayant été préparées hors de la Terre-Sainte, il s'éleva sans aucun bruit de marteau ni de hache. Aussitôt achevé, l'arche qui comptait alors près de cinq siècles d'existence, y fut déposée, et, après ses longues pérégrinations, elle trouva son repos dans la magnifique habitation préparée pour la recevoir, dans le palais de la sainteté de Dieu (Ps. V). Le plancher, le plafond, les parois en étaient de bois de cèdre revêtu d'or; deux chérubins, de bois d'olivier, également recouverts de lames d'or, en remplissaient toute la longueur de leurs ailes étendues. Le moment choisi pour la solennelle introduction de l'arche dans le sanctuaire était remarquable , c'était le grand jour des tabernacles ( 1 Rois, VI, VII, VIIL 2 Chr. Y). Quel moment pour la nation ! Alors, l'arche du Seigneur apportée de la cité de David, la lente et les vaisseaux apportés de Gabaon (1 Rois, VIII), après une séparation de plusieurs siècles se retrouvèrent ensemble dans la riche demeure que Salomon avait érigée, et l'unité du tabernacle, si longtemps rompue, fut enfin rétablie. Puis, la Gloire de l'Eternel remplit le temple comme elle avait rempli Je tabernacle ( 1 Rois, VIII ).

L'arche posée, non plus sur le sol, mais sur le plancher d'or arrangé pour elle (1 Rois, VI, 30), fut donc solennellement introduite dans le temple de Salomon, pour y demeurer comme dans le lieu de son habitation perma-

nente; ensuite les barres, symbole de 3on temps de pèlerinage, furent tirées en dedam (2 Rois, VIII, 8), aest-à-dire^ amenées oonlre le voile, mais non entièrement ôtées. L'arche orna le temple jusqu'au jour de son entière subversion. Puis, tombée au pouvoir des Chaldéens, elle ne reparut plus dès-lors. Dieu n'ayant pas voulu qu'elle fût replacée dans le second temple (celui de Zorobabel restauré par Hérode, Jean, II), où l'Etre glorieux, dont elle était le symbole par excellence , devait entrer personnellement ( Mal. y 111,1. Aggée, 11) (1).

Ainsi qu'on le voit, l'arche demeura la même dans le temple que dans le tabernacle, et elle fut aussi replacée dans le même compartiment de la maison de Dieu, comme étant le signe et le gage particulier de sa présence bénie au milieu de son peuple. Mais, à l'exception de l'arche, ainsi déposée dans le lieu du repos de l'Eternel (2 Chr., VI, 41 )y tous les autres vaisseaux du tabernacle furent changés et remplacés par d'autres vaisseaux plus magnifiques. A la cuve d'airain succéda la mer de fonte; à l'autel de bois de sittim recouvert d'airain , l'autel d'airain massif, vrai Ariel (lion de Dieu , hébr.\ consumant l'holocauste comme un lion dévore sa proie (Ezéch. , XLIII, 15); au lieu d'un seul candélabre, le temple en eut dix et d'une merveilleuse beauté ( 1 Rois, Vil); au lieu d'une seule table de proposition, il eut dix tables: en sorte que, au lieu dé sept lampes, il en

(1) Les docteurs juifs disent qu'il manquait au second temple, cinq choses qui se trouvaient dans le premier (celui de Salomon) : l'Esprit de prophétie , la Schechinah , le feu sacré brûlant continuellement sur l'autel, les urim et les thummim, et l'arche de l'alliance. Quand Israël sera rentré dans la Terre-Sainte , on ne parlera plus de Parche de VEtei-nel, dit Jérémie (chap. III) \ elk ne leur montera plus au4>œur ; car alors on possédera TElernel en personne.

348 GOKGLUSiON.

avait soixante et dix brûlant conliDuellement devant TEternel; au lieu de douze pains ^ œnt vingt exposés devant lui nuit et jour.

Telle est l'histoire sommaire du tabernacle et de l'arche^ depuis rentrée du peuple en Canaan jusqu'à l'érection du premier temple. Or, puisque le tabernacle et l'arche représentaient Christ et son Corps, ce qui leur arriva ne peut-il pas être également considéré comme uue sorte de préGguration des destinées générales de l'Ëglise et de son Chef?

Il y a deux périodes dans l'histoire du tabernacle : la première durant laquelle il est transporté d'un endroit à un autre, durant laquelle l'arche, son principal ornement, l'arche, trône du Dieu de Jacob, va, pour ainsi dire, de station en station , errant de lieu en lieu, au désert d'abord, puis en Canaan , conduisant pas à pas et protégeant le peuple élu , sans trouver de repos nulle part. La seconde période est celle pendant laquelle le tabernacle et l'arche trouvent, enfin, leur repos dans la demeure magnifique que le Seigneur leur avait préparée.

Eh bien, dans la première période de leur histcnre, la tente et l'arche pèlerines symboliseraient peut-être la condition de Christ pendant les jours de son humiliation, de Christ errant de ville en ville, de bourgade en bourgade, cachant sous l'humble forme du serviteur les gloires du Fils de Dieu, de Christ, enfin, toujours préoccupé de ceux que le Père lui a donnés, les éclairant de sa lumière, les guidant de son œil^ protégeant leurs pas au sentier de la vie et travaillant sans relâche à leur éternel salut. Par cela même, la tente et l'arche pèlerines symboliseraient aussi l'état présent de l'Eglise , pèlerine ici-bas comme le fut son Chef qui marche devant elle au chemin de ce monde ^ lui frayant

la voie au travers de ses ennemis , la dirigeant de jour en jour par sa Parole et son Esprit , la couvrant enfin de son impénétrable bouclier et la conduisant par la croix à la gloire (Ps. LXVIII, 1 , etc. Hébr. , II, XIII. Mich., II, etc.)

Dans la seconde période de leur histoire, la tente et Tarche stationnaires nous rappelleraient de même le Seigneur Jésus achevant, consommant, dans son exaltation, ce qu'il a commencé en son abaissement, et l'Eglise, son Epouse, entrant, après ses longues et laborieuses pérégrinations, dans la demeure éternelle que le Prince de paix, le vrai Salomon, lui a préparée, afin d'y contempler et d'y partager la gloire que le Père a donnée au Fils avant que le monde fût (Jean,

XVlL2Thes.,II,etc.).

Voilà du moins les pensées qu'éveille en nous l'histoire du tabernacle et de l'arche^ Revenons sur la première période , la tente et l'arche pèlerines. '

Elle se subdivise naturellement en deux parties : la première, d'Aaron à Héli, durant laquelle la tente et l'arche sont réunies, celle-ci étant à sa place dans celle-là ; la seconde , d'Héli à Tsadok (ou, si l'on veut, de Samuel à Salomon), durant laquelle l'arche > symbole spécial de la présence divine, est conduite de place en place chez les Philistins d'abord, puis à Bethsémès, à Kirjath-Jéharim , enfin dans la cité de Davicl, jusqu'au moment où, sous le règne de Salomon , l'unité du tabernacle et de l'arche est enfin rétablie.

Eh bien , à ces deux états successifs de la tente et de l'arche pèlerines, sembleraient correspondre aussi deux états successifs de l'Eglise pèlerine. D'abord visiblement unie dans tous ses membres, elle se mêle ensuite avec le monde et perd son unité extérieure tout en conservant son unité intérieure et spirituelle : unité qu'elle ne saurait perdre, puis-

3iJ0 CONCLUSION.

que l'Esprit de Jésus en est le lien; mais unité pourtant compromise^ affaiblie, par la ruine de la première. La fausse église de Rome, divisée dans son apparente harmonie , se vante faussement de posséder l'unité visible du Corps de Christ et s'en contente. L'Eglise de Jésus, au contraire, d'accord avec eHe-même dans son apparente division , possède Tunité spirituelle, et trouve qu'elle lui suffit. Elle n'est plus dans son état primitif, et le regrette assez peu. Elle ne se présente plus au monde comme ce Corps dont parle l'Apôtre (Eph. , IV), bien coordonné ^ étroitement uni, par Je moyen de toutes les jointures de communication, croissant en toutes choses dans Celui qui est la Tête (1). L'arche est bien toujours dans son sein, mais elle n'y est plus à sa place. Christ , selon sa promesse , demeure toujours avec nous par sa Parole et son Esprit , mais le Consolateur n'est pas entièrement à Taise au milieu de nous. Il est contristé par ses enfants mêlés au monde et divisés entre eux. D'un côté, pour ainsi dire, l'arche et ceux qui^rvent auprès d'elle ; de l'autre , le tabernacle ^ ceux qui servent au tabernacle. Etat pénible et désastreux de dislocation, de démembrement, de dispersion, dont Satan se réjouit, dont le Consolateur s'attriste, dont l'Eglise souffre inévitablement! Mais, voici, de meilleurs jours viennent; le Prince de paix, mettant sous nos pieds le prince de ce monde, va purifier bientôt ce que ladversaire a souillé; il va distinguer, séparer ce qu'il a confondu, rallier ce qu'il a dispersé, et rétablir Tunité complète de son Corps mystique, mais dans la gloire immortelle du vrai sanctuaire. Alors sera

(1) Il s'agit ici de l'Eglise sur la terre , de l'Eglise dans son apparence , puisqu'il s'agit de l'Eglise à laquelle le Seigneur a donné les ministères et • les dons (Eph. , IV, et I Cor. , Xlt).

pleinement exaucée la troisième et dernière requête que Jésus adressait au Père pour les siens , dans l'admirable prière contenue au chap. XVIPde l'évangile selon saint Jean.

Nous n'ajouterons plus qu'un pelit nombre de réflexions.

On a vu que, dans le temple, la mer de fonte avait succédé à la cuve d'airain. Eh bien, ce vaisseau magniQqueaux dimensions colossales, ayant la forme dune coupe et dix coudées de diamètre(l Rois, VII. 2 Chr., IV), ne pourrait-il pas être envisagé comme une noble et éloquente imnge des richesses incompréhensibles de la grâce divine; de cette charité dont nulle intelligence créée ne pourra jamais sonder la largeur et la longueur, la profondeur et la hauteur; de celte mer sans fond comme sans rives, qui lave dès à présent et fait disparaître toutes les offenses de tous ceux qui croient, et qui doit laver de même et faire entièrement disparaître le crime d'Israël et la souillure des nations? Les douze bœufs, regardant aux quatre vents des cieux, sur lesquels reposait la mer d'airain, ne pourraient-ils pas figurer aussi les douze apôtres, fondements del'Ëglise, qui ont proclamé dans Te monde et proclament encore par leurs écrits, la bonne nouvelle de la grâce évangélique, de la source qui demeure toujours ouverte pour la désobéissance et l'iniquité? (Eph., II. Zach.,XIII. Apec, XXI).

Nous avons dit que le temple deSalomon avait une mer de fonte aux dimensions colossales , au lieu que le tabernacle n'avait qu'une cuve d'airain ; qu'il avait dix chandeliers et dix tables, au lieu d'une table et d'un chandelier. Eh bien, sous ces prophétiques symboles, l'Esprit saint n'aurait-il pas également voulu nous donner à entendre qu'à ^ mesure que les économies se développent, que le plan de la rédemption se déroule, la grâce, la lumière et la nourriture vont toujours croissant pour son peuple? n'aurait-il pas

35) CONCtCSlON.

voulu nous faire pressentir que les bénédictions de pardon, de sainteté^ de œnnaissance et de vie^ dont Israël jouira sous le règne prochain du mystique Salomon, dépasseront infiniment tout ce qu'il a jamais possédé jusqu'ici, selon la parole du prophète: «La lumière d'un jour sera alors comme celle de sept jours (Esaïe, XXX) ? »

L'arche est le seul et unique vaisseau du tabernacle qui soit demeuré le même dans le temple, pour nous faire comprendre que, petite ou nombreuse, méprisée ou honorée, humiliée dans le siècle présent ou exaltée dans le siècle à venir, l'Eglise a toujours Christ au milieu d'elle, Christ son ornement et sa gloire, Christ qui pour elle demeure le même hier, aujourd'hui, ^rnellemenL

Enfin , les sacrificateurs , après avoir posé Farche sur son plancher d'or, en ont retiré les barres sur le devant, sans les ôter entièrement, comme pour exprimer en symbole que, sous le règne futur du Prince de paix, les saints, ayant terminé leurs longs pèlerinages, se souviendront avec adoration qu'ils ont été voyageurs sur la terre, et que, sous la sûre et fidèle garde de leur Dieu, ils sont heureusement parvenus au repos éternel que son amour Içur avait préparé.

Note A, p. 97. — SiJésm-Christ a été Sacrificateur sur la terre.

Jésus- Christ a commencé son sacerdoce à la croix par Toblation de son corps, et il Tachève maintenant dans le ciel par son intercession. En preuve de cela , nous alléguerons tous les passages qui comparent Jésus aux sacrificateurs, fils d'Aaron, et lui attribuent tous les actes d'un sacrificateur ; nous alléguerons tous les types lévitiques de son sacerdoce , el tous les témoignages qui déclarent qu'il a offert sur la croix un vrai sacrifice (Hébr., VU, IX), Toblation de son propre corps : oblation correspondante à celle des victimes légales , oblation faite une seule fois , oblation qui a dû précéder sa séance à la droite du Père et sur laquelle enfin repose toute son intercession.

On objecte Hébr., VII ï, k. Si Jésus -Christ était sur la terre^ Une serait pas sacrificateur. Mais Paul , en ce passage , ne nie pas que Jésus n'ait été sacrificateur sur la terre, il contredirait ce qu'il affirme ailleurs (ch. VII, IX, X) ; il parle ici , non du sacerdoce de Christ en général, mais du second acte de ce sacerdoce uniquement, de l'intercession. Si Jésus-Christ était actuellement sur la terre , il ne pourrait pas être sacrificateur 5 car, ayant accompli l'oblation , il doit maintenant accomplir l'intercession ; or, dans quel sanctuaire le ferait, il ? dans celui de Jérusalem ? mais Dieu l'a donné à Aaron et à sa famille, pour y offrir les dons et y faire le service qui sont le symbole el l'ombre des choses célestes.. Il n'y a donc pour Jésus d'autre sanctuaire que le ciel. A chaque sacrificateur son tabernacle j au Fils de David, lescieux: c'est le seul' où il puisse accomplir son ministère

d Intercesseur, et c'est aussi celui qui lui a été solennellement assigné (Ps. CX); c'est là qu'il remplit maintenant la seconde fonction du souverain sacrificateur.

Telle est évidemment la pensée de l'Apôtre. Il a toujours devant les yeux ce qui se faisait dans la jourùée des propitiations. En ce jour solennel, le souverain sacrificateur lévitique, après avoir offert les victimes expiatoires, ne restait pas dans Te parvis, image de la ^ terre ; il allait en porter le sang daiis le lieu très-saint , image du ciel ; s'il ne Teût pas fait , il n'eût pas rempli toutes les parties de son ministère. Jésus, de même, n'a pas dû, il n'a pas pu remplir sur la terre toutes les fonctions de son sacerdoce ; il ne peut accomplir l'intercession que dans le ciel.

Le type des propitiations ( p. 290) établit donc notre thèse. Comme le sacrificateur lévitique était un vrai sacrificateur avant d'entrer dans le sanctuaire et quand il égorgeaifc les victimes dans le parvis, ainsi , Jé^us a été sur la terre un vrai sacrificateur quand il s'est offert lui-même en oblation pour nous. Celui qui répand le sang est sacrificateur ; il l'est dans le parvis comme devant le propitiatoire.

On objecte aussi Hébr., V, 5 : Christ ne s^est point glorifié luimême pour être fait souverain sacrificateur; mais celui-là Pa glorifie^ qui lui a dit : Cest toi qui es mon Fils y je t'ai aujourd'hui engendré. A quoi nous répondons que le point traité par l'Apôtre n'est pas de savoir quand Jésus a été institué sacrificateur, mais par qui il l'a été. Paul établit la divinité de l'appel du Christ à la charge sacerdotale, sans se préoccuper de la question de temps. Puis, on attribue gratuitement au mot glorifier un sens qu'il n'a point ici ; il -D'exprimé autre chose sinon que celui qui a conféré à Jésus-Christ l'honneur du sacerdoce , c'est le même qui lui a dit : Tu es mon Filsj etc.

Note B, p. 103. — Double aspect de la Sacrificature de Christ.

Il ne faut pas confondre la sacrificature spirituelle de Christ avee sa sacrificature visible. C'est dansGen., XIV; Ps. CX ; Zach., Vï , etc. , que nous trouvons le caractère de celle-ci ; c'est surtout dans le XV le du Lévitique que nous devons chercher le caractère decelleià. La sacrificature, d'après le type d'Aaron, est celle que notre Sei-

gneiir exerce actuellement. La sacrifîcature à la ressemblance de Melchisédec est celle qu'il exercera dans Féconomie prochaine. Alors il gouvernera Israël et les Gentils, comme nous voyons Melchisédec (Gen., XIV) régner, pour ainsi dire, sur Abraham et sur les Cananéens. 11 gouvernera toutes les nations , au milieu desquelles il fera fleurir la justice et la paix , ce que confirment les plus belles pages de la prophétie, notamment le Ps. LXXIl. Et non-seulement il gouvernera les peuples , mais il intercédera pour eux. Glorieux intermédiaire entre la terre et le ciel, comme Melchisédec son type, il bénira Israël et les nations de la part du Dieu souverain ; il bénira le Dieu souverain de la part d'Israël et des nations. Jérusalem , ville du Grand Rdi , méritera pleinement alors son beau nom de Salem , cité de paix.

Telle est la gloire réservée au Fils de l'homme, Dominateur de la terre à venir (Hébr., H). Déjà le Seigneur a, par sa mort, acquis la royauté sacerdotale. Il l'a reçue des mains du Père en sa résurrection ; mais il ne l'exercera qu'en son apparition. 11 faut qu'auparavant il détruise ses ennemis. C'est le siyet du Ps. (^X et de l'Apocalypse. Dès le début du livre (ch. [«'), Jésus-Christ apparaît comme le premierné de la tombe et le prince des rois de la terre ; ces deux choses sont inséparablement unies; mais il n'entrera dans son règne (XIX , XX) qu'après avoir terrassé ses adversaires. En attendant , il demeure assis à la droite de la Magnificence divine jusqu'au moment où, selon le Psaume , ses ennemis seront mis pour le marchepied de ses pieds ; où , dans la puissance du Père , il les brisera pour régner éternellement à la façon de Melchisédec (1).

Alors il associera à la gloire de son sacerdoce royal tous ceux qui auront accepté les bienfaits de son sacerdoce aaronique. Aussi , dès la première page de l'Apocalypse, disent-ils par Torgane de Jean : Il nous a aimés , et nous à lavés de nos péchés dans $on sang , et nous a faits rois et sacrificateurs à Dieu, son Père, (Apoc. ,1,6): voilà leur droit. Un peu plus bas (ch. V), ils s'écrient ; Tu nous as rachetés à Dieu par ton sang , de toute tribu j langue , peuple et nation , et tu nous as faits rois et sacrificateurs à notre Dieu , et nous régnerons sur

(1) Remarquez que, dans le Ps. CX, comme dans TApocalypse, chap. XIX, lo premier ennemi que lie Christ brise aycc le sceptre que Dieu lui transmet de Sion , c*eit VAntichriiL — La mort sera le demUr^

êa terre : voilà leur chant. Phis bas encore , et quand le Christ vient prendre Fempire qui lui est promis ( chap. XX ) , VApocalypse nous les montre r^ant avec lui sur la terre comme rois et sacrificateurs : voilà leur espérance changée en réalisation , et leur droit en possession.

Au reste , il est bon de l'ajouter, Tune et l'autre sacrificatures de Christ présupposent son incarnation, son obéissance jusqu'à la mort et ses douleurs expiatoires. Le Seigneur ne monte au plus haut des cieux , il ne s'y assied à. la droite du Père , il n'intercède et n'a le droit de régner sur ses ennemis qu'après être descendu dans les lieux les plus bas de la terre , afin d'y mourir pour les pécheurs ; l'une et l'autre sacrificatures sont la récompense de son obéissance volontaire jusqu'à la mort de la croix (Phil. , II).

Note C , p. 106. — Les Urim et les Thummim.

Nous voyons d'une part les urim et les thummim placés sur le cœur d'Aaron , et de l'autre , Dieu donnant ses réponses au souverain sacrificateur, pendant que celui-ci portait le pectoral chargé de ses pierres précieuses: ce qui rend fort probable l'opinion que les urim et les thummim li'étaient autre chose que les pierres du pectoraLG'est l'avis de Josèphe et de la plupart des rabbins. L'identité semble résulter également de la comparaison de deux passages (Ex., XXXIX , 8-21, et Lév., VIll ,8), l'un qui parle des urim du pectoral sans nommer les pierres , l'autre qui parle des pierres sans nommer les urim. Elle résulte encore de la manière simple et naturelle dont l'Ecriture présente toujours ce mode de consultation divine, auquel elle n'a jamais l'air d'attacher la moindre idée de mystère (Nomb., XXVII, 21. Juges, 1,2*, XX y 1& i Sam., XXIII). Le dernier exemple qu'elle cite est celui de David consultant , par ce moyen , l'Etemel à Tsiklag (i Sam., XXX, 7, 8).

La voix miraculeuse des urim paraît s'être éteinte avec la théocratie pour faire place à la parole oraculaire des prophètes. On croit assez généralement que les urim furent perdus en même temps que l'arche dans la captivité de Babylone , et perdus sans retour. Ce qui a pu faire penser qu'on les retrouva , c'est une fausse manière de rendre Esdras , H> 63 • £l AUirsatha leur dit qu'ils m mangeassent

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