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disparut sous les rayons du soleil? Voilà ce qui nous reste à voir pour nous former une idée précise de la dernière transformation géologique de notre province.
Le mouvement d'élévation superficielle qui caractérisa l'epoque glaciaire se ralentit d’abord, et ensuite s'arrêta. Puis se produisit un mouvement inverse, se faisant, lui aussi, avec une lenteur séculaire. C'était le commencement de ce que les géologues ont Appels l’époque Champlain. Bientôt l’océan envahit la surface du continent. Le climat devint plus tempéré et le glacier fondit avec une rapidité d'autant plus grande qu’il en restait moins à fondre. Les substances terreuses charroyées par la glace se dispersèrent çà et là sur le continent en amas irréguliers et plus ou moins volumineux, La pluie, lavant sans cesse les collines, entraina dans les vallées les parties les plus meubles des détritus glaciaires, et ne laissa en place que les cailloux les plus gros, les plus pesants.
L’affaissement continental fut plus marqué vers le nord et cette cause, jointe aux inondations provenant de la fonte du glacier, fit que l’eau des lacs, des rivières d'alors, avait des niveaux beaucoup plus élevés que les niveaux actuels. C’est ce qu'il est facile de constater en examinant les vestiges de rivages que l’on trouve autour de nos lacs et le long de nos rivières. Près des lacs Erié, Ontario et Supérieur, on voit des rivages à 200 ou 300 pieds au-dessus du niveau actuel de l'eau. Il est probable que ces grands lacs de l’ouest ne formaient à cette époque œn’une seule et même masse d’eau, une immense mer intérieure. Le lac Saint-Jean était aussi plus vaste que maintenant ; il devait s’étendre, au sud-est, jusqu’à la baie des Ha! Ha! et à plus de quarante milles au-delà de son lit actuel au nord et à l’ouest.
Le fleuve Saint-Laurent finissait à Montréal. Un immense bras de mer, s’échappant du golfe, recouvrait toute la vallée du Saint-Laurent et communiquait au sud avec le lac Champlain.
L'existence de cette méditerranée canadienne est complètement démontrée par les coquillages marins quon trouve en différents endroits de notre province.
itons entre suires localités, Beauport, où se voit, à
250 pieds au-dessus du fleuve, un lit puissant de voquillages marins absolument semblables à ceux qui vivent maintenant dans le golfe Saint-Laurent. De sémblables dépots se trouvent encore aux ‘Frois-Pistoles, à Saint-Jean-Chrysostôme, au lac Saint-Jean et ailleurs et toujours à des niveaux assez élevés au-dessus du fleuve, A Ottawa, se trouvent empâtés dans la glaise, des squelettes de poissons (Ma/lotus villosus) vivant encore, eux aussi, dans les eaux salées du golfe. J’allais oublier de mentionner les restes d’une baleine ({Belugo vermontana,) trouvés à une assez grande hauteur sur les bords du lac Champlain.
De ces faits, nous sommes en droit de tirer une double conclusion: 10 Les eaux de l'océan ont envahi
artiellement notre patrié à cette époque particulière
e son histoire géologique. ?20 Les'lacs et les rivières, gonflés par les eaux du glacier, modifiés également dans leur distribution et la rapidité de leur cours par l’affaissement du continent, couvraient également une portion considérable du pays.
Grâce à l’envahissement général des parties’ basses par les eaux douces ou salées, les matériaux terreux charroyés et dispersés çà et là par le glacier, furent remaniés et déposés avec ordre, en lits réguliérs, dans les eaux tranquilles des mers et des rivières. C’est à cette époque que remonte l’origine des immenses plaines arables qui s'étendent sur la rive sud du fleuve, depuis la Rivière-du-Loup jusqu’à Montréal et au-delà. C'est à cette époque que se sont déposées les riches alluvions du Saguenay et du lac Saint-Jean.
Rien de plus simple alors que l'explication de ces masses rocheuses qui surgissent abruptement au milieu des plaines argileuses des campagnes du Saguénay et du bas du fleuve. Le glacier canadien à usé et enlevé les lits rocheux sur lesquels il se déplaçait proportionellement à leur friabilité plus ou moins grande. Evidemment, les arètes des roches les plus dures ont résisté plus que le reste à cette action destructive. Elles sont restées en relief, tandis qu’auprès d'elles se creusaient des gorges et des vallons ‘ Les alluvions de l’époque Champlain, déposées sur cette surface irrégulière, ont nivelé'tout d'abord les cavités les plus'pro-
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fondes en les remplissant, et les saillies les plus élevées sont restées en dehors des dépots argileux et sableux, Cette explication est la seule qui puisse rendre compte de tous les faits. | Nous avons dit plus haut que le grand glacier canadien FER au commencement de l’époque Chamlain. Or, ceci exige nécessairement un changement ans le climat glacial de l’époque précédente. Le glacier n’eut pas fondu si la température moyenne n’eut pas été sensiblement modifiée. Y a-til des preuves que l’époque Champlain fut plus chaude que l'époque glaciaire ?--Elles ne manquent pas. Nous n’en citerons qu’une seule, c’est la présence, à nos latitudes, d’animaux qui ne vivent que dans les climats chauds, comme certaines espèces d'éléphants qui dépassaient en dimension les éléphants modernes; de grands édéntés qu’on ne retrouve pius maintenant que dans les pays tropicaux ét encore avec des proportions fort réduites. | Nul doute que ce changement de climat n'ait été améné par l’abaissement lent et progressif des parties nord &e notre continent: abaissement d'autant plus rononcé qu'on l’étudie plus au nord. Si, en effet, à Québéo, Jes traces. des. anciens. rivages se trouvent à 200, 400 et 500 pieds au-dessus de l'océan, ces rivages sont à 1000 pieds et au delà sur les bords de la Baie d'Hudson. Ceci n’indique-t-il pas d’une manière claire que les contrées septentrionales se sént enfoncées, urant l’époque Champlain, plus qué les pays méridionaux?
Nous touthons at terme de notre longue et fastidieuse excursion. Encore un pas, encore un événement éologiqué, et notre pays nous apparaîtra tel que nous e voyous aujourd'hui, avec les montagnes, les plaines, les lacs et les rivières qui font sa richesse et Sa beauté. Puis le Créateur jettera sur notre sol fertile les semences de nos essences forestières, et cette surface Asus disparaîtra sous un riche tapis de verdure. A l'ombre de nos forêts nous verrons courir des troupes nombreuses d'animaux de toutes sortes jusqu à ce que l'homme des bois vienne à son tour planter son wigwam sur le bord de nos grands lacs et de nos rivières,
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Le récit de ce dernier épisode de notre histoire de 300,000 ans est relativement court et facile, Au moment où les eaux dé SG Ve Champlain couvraient encore une grande partie de la surface de notre patrie, un second mouvement ascensionnel, affectant la même portion du continent américain, se déclara. Les eaux de l'océan se retirèrent là où elles sont maintenant. Les lacs se vidèrent en partie et les rivières, plus rapides, creusèrent plus profondément le lit où elles coulent encore aujourd'hui. Ce mouvement ne fut peut être
as continu, comme on pourrait tout d'äbord le croire. Sur les rivages des lacs et des rivières on voit apparaître à différentes hauteurs des terrasses argileuses ou sableuses correspondant à autant de phases différentes du mouvement général. On doit croire que ces phases se sont succédé tranquillement les unes aux autres, et rien n’autorise à les regarder comme des commotions spasmodiques qu'aurait éprouvées la surface de notre globe, L'ensemble de cette dernière période a reçu des géologues le nom d'époque récente ou des terrasses.
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Résumons en terminant lés principaux faits que nous a fourni l'observation, aidée de l'induction et de l'expérience.
ous avons vu notre pays couvert primitivement de forêts séculaires, exposé pendant de longues années, endant des siècles, au froid incessant d’un rigoureux
iver. Tout disparait sous l’épais linceuil d’un immense glacier. Et pendant que le silence le plus absolu s'étend sur sa blanche surface, les profondeurs du courant glaciaire attaquent les roches, les pulvérisent et, de leurs mille débris, forment la matière première du sol qui nous nourrit aujourd'hui. Epoque glaciaire.
Son œuvre achevée, le glacier disparait et laisse nôtre patrie couverte des détritus qu'il transportait avec lui. Le continent s'enfonce, les eaux douces ou salées le recouvrent en partie etremanient les moraines glaciaires. Dans ces eaux tranquilles les sables, les argiles se déposent avec une grande régularité, entrainant avec elles les débris d'animaux, mollusques ou
qui peuplaient les mers d'alors. Epoque Champlain.
Enfin arrive l'époque récente, Un dernier mouvement de bascule se produit. La surface de l'Amérique arctique se soulève ; l’eau Géserte le continent, les riches alluvions émergent et forment un sol des plus riches qui se recouvre bientôt d'une vigoureuse vêgétation, Le climat canadien qui, à l’époque Champlain, permettait aux éléphants de vivre ici comme dans les chaudes régions de l'Inde, se refroidit et se rapproche peu à peu de notre climat actuel.
À quoi attribuer ce refroidissement ? Très probablement au mouvement ascendant de la surface nord de l'Amérique. Ce mouvement se continue encore de nos jours, comme il est facile de le constater d’après des observations directes faites au Groenland et au Labrador, et d’après certains faits observés par le regretté P. Petitot dans les régions glacées de la rivière Mackenzie.
Y a-t.il dans tout ceci autre chose qu'une œuvre d'imagination ? qu'une pure :“ntaisie ne reposant sur aucune base scientifique sérieuso ? Les faits que je vous ai cités en grand nombre répondent d'eux-mêmes à cette question. Sans vouloir affirmer solennellement dans tous ses détails cette merveilleuse histoire de plusieurs milliers de siècles, je crois qu’il serait imprudent de taxer de fausseté les grandes EL re du tableau que je viens de vous tracer. D'autant plus que cette théorie de la formation de notre sol rend parfaitement compte de certains faits que nous sommes à même de constater tous les jours.
Pourquoi, par exemple, le sol du Saguenay est-il exceptionnellement fertile, si ce n’est parcequ'il est composé des débris de roches laurentiennes, riches en feldspath et par conséquent en sels de potasse, de soude et de chaux. substances éminemment utiles: à la croissance des plantes. Pourquoi la plaine de Québec estelle elle-même si fertile ?— Uniquement parce que son sol, à elle aussi, vient en grande partie des roches laurentiennes broyées, décomposées et transportées là par les glaciers. Pourquoi le sol des contrées montagueutess comme certains districts des comtés de Beauce,
e Dorchester, contient-il tant de roches ?—Parce que
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ce sol a perdu, sous l'influence des pluies de l’époque Champlain, les débris meubles qu'y avait laissés le grand glacier. Les cailloux les plus lourds sont restés en position, la partie méuble est éen grande partie disparue. Pourquoi y a-t-il plus de probabilité de trouver un $ol plus riche dans les plaines du nord que dans celle de l'extrême sud? Parce que, dans ces dernières, les débris des roches laurentiennes sont ‘nécessairement plus rares. Voilà pourquoi j'ai beaucoup plus de confiance dans la festifité prolongée et continue des rie lac Saint-Jean que dans celle des cantons u sud,
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Je vous disais àu commencement de cette étude, que nous avions.à faire l’histoire de 300,000 ans, je ne crois pas qu'il y ait eu dans ce chiffre l'ombre d'une exagération. Permettez-moi de vous en exposer les preuves; ce sera mon dernier mot. La chute Niagara est distante de six à sept milles du lac Ontario. Comme toutes les autres chutes, elle use le rocher qui lui sert de lit et peu à peu elle se rapproche du lac Erié. La rapidité. de ce mouvement de recul est difficile à apprécier, à. mesurer d’une manière précise. Aussi les évaluations qu’on en a faites varient-elles ormément Cependant on peut dire qu’en supposant que la ciute recule vers le lac Erié d’à peu près huit pieds par siècle ouest sûr de, dépasser sa plus grande vitesse de déplacement. Admettons ceÿx ndant cette progression ; nous trouvons alors que pour parcourir les quelqués milles qui la séparent er ‘Ontario il lui a fallu plus de 300,000 ans. Or, il.est certain que, pendant l’époque Champlain, cette chute, n'existait pas là où elle est. maintenant, puisqu'on trouve des lits de coquillages de cetie époque sur les bords delarivière Niagara, à des hauteurs telles que lä nappe d'eau qui leur servait d’habitation devait s'étendre à plus de six millesen aval de la chute, Il s’est donc écoulé plus de 300,000 ans depuis l'époque Champlain jusqu’à nous.
Or cette longue suite de siècles, quelque formidäble qu’elle soit, st comme un point si On la compare aux
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autres époques géologiques, surtout aux époques anciennes; et ce serait par millions d'années qu'il faudrait peut-êue calculer la durée de l'existence de notre globe. De tels nombres ne disent plus rien à l’imagination, et il est impossible de les apprécier exactement, Ne sommes-nous pas en droit de dire, comme conclusion générale, que l'existence de l'humanité tout entière, comparée aux époques géologiques, n’est que le rêve d’un instant, une moisissure, un point imperceptible qui ne se mesure pas tant il est étroit. Et cependant, cette moisissure humaine, cet être éphémère qui ne compte pas dans la supputation géologique, c’est pour lui que toutes les forces de la nature étaient en jeu depuis le commencement. C’est pour lui que la rovidence ménageait, par l’action continue d’une foule de causes merveilleuses dans leur simplicité, notre petite terre, perdue elle-même comme un atôme dans l’immensité de l’espace.—Pourquoi cela ?—Qu'il nous soit permis de croire que dans ce grain de poussière animée, Dieu voyait comme un soufile divin ennoblissant et surnaturalisant tout; il voyait une âme non et immortelle. Et notre pauvre petite terre, ieu la contemplait déjà comme le marche-pied de son Christ, Sauveur et Rédempteur de tout l'univers.