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CHAPITRE PREMIER

Paquebots américains et canadiens. — En vue de la terre. -~ Belle Isle. — Les pêcheurs de Terre-Neuve. — Le French Shore. — Dans le golfe du Saint-Laurent. — Débarquement à Québec. — Les hôtels.

La première fois que l'on visite le Canada, soit comme touriste, soit avec l'intention de s'y établir, on ne devrait jamais s'y rendre que par le Saint-Laurent, pendant les six mois environ qu'il est libre. Cette route offre au voyageur le spectacle d'une des régions les plus belles et les plus impressionnantes de l'Amérique du Nord D'ailleurs, cet itinéraire, de deux jours plus long, occasionne moins d'ennuis et de frais que le trajet banal et relativement peu attrayant par New- York, et s'il n'est pas à recommander aux gens pour qui chaque minute représente des dollars, il intéressera beaucoup les personnes moins pressées, et qui peuvent se passer des somptueuses installations offertes par certains transatlantiques de la ligne de New- York pour s'assurer la clientèle des millionnaires.

D'ailleurs, aujourd'hui, des paquebots de cinq ou six mille tonneaux et plus, pourvus de tout le confort moderne, remontent le Saint-Laurent.

Qu'il nous soit permis à ce propos, en nous fondant sur notre longue expérience, de dire un mot des avantages d'un paquebot portant quatre-vingts passagers de

première sur celui qui en porte cinq cents et du vaisseau qui fait treize à quinze nœuds sur celui qui en fait vingt. Avec un nombre restreint de passagers, la vie commune est plus agréable; la durée du voyage permet aussi aux gens qui ont des goûts communs de sympathiser et de se créer des relations qui peuvent être très utiles plus tard, surtout si l'on a l'intention de s'établir. Enfin, il ne faut pas oublier que plus la vitesse est grande, plus il fait froid et plus l'on est mouillé sur le pont, et que même par une mer calme d'été, en filant vingt nœuds, on est désagréablement secoué.

Au point de vue cuisine, il nous suffira de dire que la nourriture sur les bateaux canadiens est tout à fait satisfaisante tant au point de vue de la qualité que de la variété ; le touriste qui ferait déjà le difficile devrait s'attendre à être bien malheureux dans ses voyages dans l'Ouest, et le futur colon qui se montrerait exigeant s'est évidemment mépris sur sa vocation, comme il ne manquera sans doute pas de s'en apercevoir bientôt. En ce qui concerne l'aménagement des premières, la moyenne des paquebots canadiens donne, pour dix à quinze guinées, le même confort que ceux de New- York pour dix-huit à vingt et une.

En somme, le voyage à Montréal par New-York, si l'on tient compte du tarif plus élevé, des frais de séjour, du billet de chemin de fer, du supplément pour le wagon-lit et des repas, revient à environ 250 francs de plus que la route par mer, et pour beaucoup de voyageurs, même pour les émigrants les plus aisés, 250 francs sont toujours une somme.

On pénètre dans le golfe du Saint-Laurent en passant soit par le nord, soit par le sud de Terre-Neu^-e. La première de ces routes, qui est la plus courte, n'est

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