CHAPITRE V
et philanthropique. Ainsi fut fondé Montréal. La communauté se développa de plus en plus, bien que ses intentions pieuses reçussent de rudes assauts de la part des sauvages; elle eut même, pendant une centaine d'années que dura la guerre sanglante contre les Cinq Nations, à en soutenir le principal choc. Cependant, les missions et le négoce des fourrures prospérèrent. Courageux soldats, femmes dévouées à la cause, clergé, outlaws. Indiens, chacun joua son rôle dans cette petite épopée dont la cathédrale Notre-Dame rappelle le théâtre, ainsi que la statue érigée à la mémoire de Maisonneuve et de ses braves compagnons. Les palissades furent remplacées plus tard par des bastions ; les églises en bois par des édifices de pierre. Dans la première partie du dix-huitième siècle, des milliers d'Indiens campaient en dehors des murs lorsque les grands convois de fourrures arrivaient du Grand-Ouest; en 1760, au moment où Québec tomba au pouvoir des Anglais, Montréal possédait déjà sept à huit mille habitants.
Pendant la guerre de l'Indépendance américaine, Montréal fut occupé par le général américain Montgomery qui voulut en faire la base d'une tentative sur le Canada; mais les Français refusèrent d'aider leurs anciens ennemis contre ceux qui, depuis, leur avaient fait tant de bien : Montgomery échoua.
Les annales de la cité abondent en incidents pittoresques et dramatiques. Le voyageur qui est tant soit peu attiré par l'histoire du vieux Canada ne saurait manquer de passer quelques heures au château de Ramesy, bâti, il y a deux cents ans, dans le style français et occupé d'abord par les gouverneurs français puis par leurs successeurs anglais. Véritable fantôme de l'ancien régime, au cœur de l'active et moderne cité, on a réuni
dans ses salles spacieuses une collection rare de portraits, de curiosités de toute sorte et de grande valeur, se rattachant à l'histoire de Montréal sous les Français et les Anglais.
Mais nous ne pouvons décrire Montréal au point de vue auquel nous nous sommes placés pour Québec. Peu de voyageurs songent à tout ce passé en y arrivant et ses habitants n'y pensent guère non plus. Ce qui nous intéresse surtout dans Montréal, c'est la capitale commerciale du Canada, avec ses quatre cent trente mille habitants, ses entrepôts superbes le long du fleuve et la flotte de voiliers et de paquebots qui s'y abrite. Montréal est la tête de différentes lignes de navigation et le débouché de tout l'Ouest. Le bord de l'eau n'y est pas gâté comme dans beaucoup de grands ports par de laides constructions maritimes : les bâtiments massffs de la ville s'avancent jusqu'au large quai qui borde le Saint-Laurent. De nouveaux docks et des embarcadères sont en cours de construction, qui gâteront peut-être leur effet, mais qui répondront aux besoins du trafic, et là oii, il y a quelques années, un seul pont tubulaire franchissait les trois kilomètres qui séparent les deux rives du fleuve rapide, deux autres ponts beaucoup plus larges, ceux du Grand Tronc et du Pacifique Canadien, arrivent à peine à suffire à la circulation des trains de marchandises et de voyageurs.
Montréal est bâti naturellement en damier et s'élève doucement de la berge jusqu'au pied du Mont Royal qui lui donne son nom ; du magnifique parc qui le couronne, on jouit d'un panorama absolument unique. Des bords du fleuve, on aperçoit un si grand nombre de clochers d'églises que l'on pourrait se figurer que l'influence ecclésiastique est ici encore très grande et agit sur le développement matériel de la ville : il n'en est