CHAPITRE V TJ
rien, quoique la population française soit un peu en majorité. En arrivant une fois par le bateau, nous entendîmes des Américains échanger des remarques qui montrent bien leur ignorance extraordinaire de ce qu'est le Canada. <( Eh bien ! en voilà une ville, disait un jeune homme que la vue de Montréal semblait surprendre au plus haut point. — Il y a plus de clochers que de cheminées, repartit un autre. ■ — Je vous crois, répliqua le mentor de la bande qui y avait déjà été auparavant, c'est une petite ville assez active, mais quand on sait s'y prendre, on peut voir tout ce qu'il y a à voir en une journée. » Il se mit alors à expliquer à ses compagnons comment on pouvait réaliser cet exploit, et nous les vîmes un peu plus tard, en voiture, exécuter à la lettre ce programme, à grande vitesse.
Les rues commerçantes sont étroites et un peu tristes, à cause des maisons hautes et massives qui les bordent, aux façades généralement revêtues du calcaire gris local, mais Montréal a été construit pour durer. Si l'on s'élève vers des rues plus gaies avec leurs magasins achalandés et leurs maisons d'habitation, on y retrouve la même impression de richesse, de solidité et de confiance dans la suprématie commerciale future de la ville.
Celle-ci contient d'ailleurs de remarquables monuments : la cathédrale catholique, immense et imposante, construite sur le modèle de Saint-Pierre de Rome; l'Université Mac Gill, avec ses vastes terrains et ses longs corps de bâtiments, digne de la communauté religieuse la plus riche du Canada, les Presbytériens, et rivale de celle de Toronto. Orgueil de Montréal, elle a été dotée richement par nombre de Canadiens écossais; elle comprend des facultés de lettres, droit, médecine et science que fréquentent plus de mille étudiants; les médecins qu'elle forme sont très recherchés dans tout
le Canada. I.cs grandes artères, les rues Notre-Dame, Saint-Jacques et Craig, bordées de constructions en calcaire gris, massives et élevées, qui les font paraître étroites et d'un aspect un peu écrasant, sont sillonnées nuit et jour par des trams électriques. Banques, bureaux d'assurances et de navigation, magasins énormes se dressent en files interminables et presque fatigantes. Et pourtant c'est une ville dont la croissance a été normale et saine; son importance correspond aux six millions d'habitants qu'elle représente.
La législation canadienne s'est toujours opposée à l'entretien, dans les villes, d'une population ouvrière oisive et improductive comme en Australie, tandis (ju'un continent entier, par derrière, manquait de bras : le Canada a traversé de rudes étapes et c'est son labeur acharné qui l'a sauvé; la vie d'autrefois dans les bois, les camps d'abatage, la prairie ont été pour lui un excellent apprentissage. L'ouvrier en état de travailler et surtout le vagabond qui viendrait mendier dans les villes ou demander du travail au gouvernement, quand il peut gagner sa vie dans les campagnes, serait plutôt mal reçu au Canada. Montréal échappe heureusement à cette plaie : sa prospérité repose sur des bases solides.
La Banque de Montréal est l'une des grandes banques privilégiées du monde entier : l'excellence des banques canadiennes est très connue, mais la Banque de Montréal est la plus vieille, la plus importante et la plus réputée; celles de Toronto et autres ont des succur- .■çales innombrables entre l'Atlantique et le Pacinque; elles sont exclusivement anglaises ; il y a bien des banques françaises, mais, à part une exception, elles sont loin d'avoir la même importance.
Le visiteur éprouve une sorte de soulagement à sor-