‹ Le Canada en Europe [microforme]Chapitre 7 sur 9 · AR À · texte numérisé non relu

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LE CANADA EN EUROPE. at

forme plus polie et le goût plus pur dont on reconnait déjà l'influence chez l'écrivain canadien ; il a naturellement mieux le sentiment du beau, comme chez nous l'Italien à mieux le sentiment

” musical! Mais ce qui frappe surtout, c’est que chez eux on sent

plus ou moins l'ampleur de la conception tendre inclusivement vers cette jouissance des idées générales qui fe:me la sphère supérieure des opérations de l'esprit humaïn,—caractère qui fait défaut chez presque tous les écrivains américains.”

Après avoir cité quelques passages de livres canadiens (de Mr. Pabbé Ferland et de Mr. Etienne Paænt) M. Rameau dit: ‘ La vivacité au trait qui distingue ces tableaux et l'atticisme de l’esprit français, font voir que sur les hords du Saint-Laurent notre langue n’a pas plus dégénéré que notre caracière..... On peut présager aux canadiens une longue jeunesse et une rare énergie dans leur développement à venir.

Mr. Rameau a visité et étudié le Canada vers 1859 A cette époque, notre liliérature n’avait encore fait que son premier pas. Voici comment il nous juge, par nos livres, après avoir mis de côté les pages sans valeur qui, de toute nécessité, sont nombreuses dans ces premiers recueils :

‘Nous avons été frappé de cet instinct naturel de généralisation, que nous signalons ailleurs, faculté si puissante quand on sait ne pas l’exagérer. Chez tous, en effet, avec plus ou moins de jouissance et plus ou moins de succès, on sent poindre dans la pensée cette ampleur généreuse du sentiment, cette recherche de la relation générale des choses, qui dégagent l'intelligence humaine de l'étude trop stricte de son sujet, l’élèvent au-dessus des faits, accroissent sa puissan®e et lui permettent, quand le savoir et le génie intérieur viennent la teconder, d’entrainer à sa suite la science et J’humanité dans la carrière du progrès.”

“ Le premier fondement de leur force repose sur la simplicité de leurs mœurs. La science et les arts, pas plus que la liberté ne suffisent pour établir une société heureuse et durabie..…..Meilleurs que nous sous ce rapport, les Canadiens ont conservé les heureux côtés de notre caractère gai, affable, amaternr du beau et des arts, sans les avoir exagéré comme nous par cette possession libertine du plaisir et du lmxe.”

Après avoir dit qu'il vaut mieux pour les Canadiens-français de rester sous le drapeau anglais que sous celui de la France, M. Rameau ajoute :

“ Ayant élé élevés dans la pratique de la liberté, dont ils ont tiré d'excellents fruits, ils seraient promptement dégoûtés de nous, de notre administration et de nôtre gouvernement... Leurs

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mœurs, d’ailleurs, infiniment pius sévères que les nôtres, ne tarderaient pas à être froissées par nos habitudes et viciées peut-être par nos entrainements.

“ Si le développement des Canadiens-français en Amérique ne devait amener pour nous que la vaine satisfaction de voir les descendants de notre race propager avec leurs établissements la langue et le nom français, quels que fussent les généreux efforts qui auraient déterminé ce résultat, ce ne serait jamais qu’un fait historique d’une assez mediocre importance. Mais sous cette expansion matérielle doit pareillement se produire une conséquence intellectuelle et morale d’une incontestable gravité pour l'avenir de l’'Amériqne : en même temps que notre nomet notre langue, nos compatriotes devront propager le caractère propre de nos mœurs, de notre intelligence, et les aptitudes particulières qui

ont faitl :!‘t4 et l'importance de notre rôle dans l’histoire du monde eur .? HA BAT

SOMMAIRE,—Deux discours.—Conclusion,

Tout récemment, deux discours ont été prononcés, à Paris, par des amis du Canaña, M. Xavier Marmier et M. Rameau, M. Marmier a parlé devant l'Institut ; je me plais à citer un passage qui fera voir combien nous gagnerions à cultiver de pareilles amitiés :

“ Le Canada ! Jamais je n’oublierai l'impression que je ressentis en le visitant pour la première fois. Je veuais de traverser une partie des Etats-Unis, qui, je dois Je dire, ne m'avaient point converti à leur république. Après un dur trajet dans les wagons égalitaires, après deux ou trois transbordements au millieu d’une foule tumultueuse et batailleuse, soudain quel changement! Devant moi, dans des plaines paisibles, s'élèvent des maisons avec le jardin et l’enclos, comme on les voit en Normandie. A mes yeux apparaissent des pihysonomies dont je me plais à observer l’honnête etbonre expression; à mes oreilles résonne l’idiome de la terre natale. Mon cœur se dilate; ma main serre avec confiance une autre main. Je ne suis plus en pays étranger. Je suis sur le sol du Canada, dans l’ancien empire de nos pères. Quei empire |! de l'est à l’ouest, une espace de cinq cents lieues. A l’une de ses extrémités les profondeurs du golfe Saint-Laurent ; à l'autre, le lac Supérieur, le plus grand lac de l'univers. Entre ces deux immenses

nappes d’eau, des forêts d'où l’on peut tirer des bois de construction pour le monde entier, des pâturases, des champs de blé et de maïs, les rustiques loghouses des défricheurs le long des clairières, les riants villages, les villes superbes au bord des fleuves et des rivières, et toutes les œuvres de l’industrie et de la science moderne : chemins de fer, bateaux à vapeur, télégraphes. Cette belle contrée, trois fois plus étendue que l'Angleterre et l'Irlande, était à nous, et se rejoignait par le bassin du Mississipi à a Louisiane, conquise aussi par nous. Et, de tout cela, rien à la France, pas le moindre hameau. Non. Mais la France est là vivante én un plus grand nombre de familles qu’au temps où elle avait là ses citadelles et ses gouverneurs. Sa conquête territoriale lui a été enlevée; sa conquête d'affection s’est accrue par l’accroissement continu de la population.

Qu'en se figure une de ces plantes dont un coup de vent emporte le germe sur une plage lointaine où il prend racine, où il se développe, où il produit des rejetons qui, peu à peu, s’élèvent au milieu d’un amas de plantes étrangères. C'est l’image de cette population française si petite d’abord, mais si ferme, qui a grandi entre les tribus indiennes, qui les a graduellement deminées, et qui maintenant conserve sous le régime britannique, dans les villes comme dans les campagnes, les traits distinctifs de sa nationalité ; dans les villes, tout ce qui représente l’idée intellectuelle : écoles et musées, livres et journaux, des hommes instruits, des écrivains de talent, et des salons où règnent encore ces habitudes de bonne grâce, d’exquise politesse dont la France a donné le modèle au monde entier ; dans les campagnes, l’humble travail agricole de l’habitant, c'est ainsi que l’on désigne les descendants üe nos anciens in, comme si eux seuls résidaient à poste fixe dans le pays, comme si les Anglais et les Américains qui y sont venus successivement étaient seulement les passagers.

Et le fait est qu’il reste solidement établi dans sa ferme cet honnêté habitant. Si petite qu’elle soit, il ne pense point à la quitter, il ne se laisse point séduire par tout ce qu'il entend raconter des fructueuses plantations en d'autres contrées, des spéculations du commerce et de l’industrie. Si petite qu’eile soit, il se plaît à la cultiver, content de vivre au lieu où il est né, et de faire ce que son père a fait.

Sien cheminant par les sentiers du Bas-Canada, vous rencontrez un de ces habitants, soyez sûr que, jeune ou vieux, le premier il vous saluera très-poliment, et poir peu que vous témoigniez le. désir de vous arrêter dans son village, il vous invitera à visiter sa maison, une très-humble maison, mais très-propre, les murs blan-

chis à la chaux, et des fleurs sur les fenêtres ; point de meubles superflus, ni de provisions luxueuses; quelques jambons peut-être et quelques bouteilles dans le cellier, pour les jours solennels ; nulle grosse somme dans l'armoire, mais certrinement deux o" trois actes qui constatent la filiation de cet honnête paysan et son origine. Ce sont ses titres de noblesse. {1 sait par-là que son aïeul est venu de la Normandie ou de la Bourgogne, de la Bretagne ou de la Franche-Comté. Si vous pouvez lui parler de la province à laquelle se rattachent ses traditions de famille, il en sera très-touché Heureux philosophe ! La modération de ses goûts écarte de lui la griffe de l’avarice et de l’ambition. Ses habitudes d’ordre et de travail lui donnent le bien-être, sa croyance héréditaire, sa croyance religieuse lui assure la paix du cœur.

Nous devons rendre justice aux Anglais. En prenant possession du Canâda, 1ls s'engageaient à respecter son culte, se: institutions, ses coutumes !, et ils ont loyalement tenu leur omesse. Les seigneurs canadiens ont gardé leurs prérogatives, les fermiers leurs contrats, le clergé catholique ses dotations et ses priviléges. d'’ai vu à Montréal, une procession sortant de la cathédrale en grande pompe et défilant entre deux lignes de soldats anglais, revêtus de leur uniforme de parade, debout et silencieux dans l'attitude la plus respectueuse.

Jadis, notre empire canadien s'appelait la Nouvelle-France. En le voyant aujourd’hui, avec ses lois, ses mœurs d’un autre temps et sa langue qui a gardé la sévère élégance du dix-septième siècle, nous pourrions bien l'appeler l’anrienne France, et j’ajouterais la fidèle et charmante France.” k

Le numéro du Correspondant qui nous apporte ce discours renferme l’entrefilet suivant : ‘ Nos lecteurs apprendront sans doute avec intérêt que, par suite d’un récent voyage, M. A. Sauton, libraire, rue du Bac, 41, a noué avec le Canada des relations assez suivies qui lui permettent de recevoir régulièrement les ouvrages publiés en langue française dans ce pays. La notice des livres, journaux et recueils périodiques qu’il vient de faire paraître, montre combien le Canada est resté français, cette littérature était, jusqu’à ce jour, bien peu connue chez nous. Par les comptes-rendus que nous espérons bientôt faire de quelques-unes de ces publications, on appréciera à quel degré la foi et les sentiments élevés de la vieille patrie sont restés vivants dans cette colonie perdue, mais restée digne de

son or'gine. M. Sauton se chargera de faire venir tous les livres

1 Durant les premiers trois quarts de siècle l'Angleterre a fait tout ce qu'elle a pu pour nous écraser.

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que nos lecteurs désireraient, et aussi d'envoyer les ouvrages que les auteurs voudra ‘1! faire parvenir dans ce pays.”

Conclusions de cet article : les Européens ne nous connaissent pas.

Ceux qui ont entendu parler du Canada et des Canadiens n’on‘ que de fausses notions sur notre compte. Des voyageurs et des écrivains de la presse légère se plaisent à entretenir cette ignorance et à l’aggraver. Nous n'avons point d’organe ensEurope pour défendre assidûment notre cause et faire taire les détracteurs.

Cinq ou six h8mmes éclairés en France, et autant en Angleterre sont tout ce que le Canada possède d'amis au monde en deñors de son territoire. Ces amis n'appartiennent point anx cercles bruyants des groupes populaires ni à cette littérature en vogue qui vise par dessus tout à produire de la sensation. Ils écrivent des livres et font des conférences qui, par leur nature même, ne sont pas généralement recherchés de la foule. L'excellence de leurs œuvres qui s'adressent plus haut, fera toujours qu'ils nous aideront peu à transformer l'opinion des masses à notre sujet, —mais ils seront écoutés et ils feront école dans un milieu où les nations comme les simples individus, tiennent à honneur de se produire.

Montrons-nous sensibles aux sympathies que l’on nous témoigne; s’chons reconnaître nos amis; —quant aux autres, il suffit de nous en amuser de temps en temps.

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