‹ Le Canada en Europe [microforme]Chapitre 6 sur 9 · POI ES EE · texte numérisé non relu

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plus large somme d'éducation élémentaire élevée (higher kinds of elementary education) ou chez qu: une telle éducation soit réellement répartie sur une plus grande portion de la population. La piété et la bienvaillance des premiers possesseurs du pays, ont fondé, dans les séminaires qui existent sur différents points de la province, des institutions dont les ressources pécuniaires et l'activité ont longtemps été dirigées vers l'éducation. L’'instruction que l’on donne dans ces séminaires et ces collèges ressemble beaucoup à celle des écoles publiques d'Angleterre, pourtant elle est plus variée. [Il en sort annuellement de deux à trois cents jeunes gens instruit. … J’incline à croire que la plus grande somme de raffinement intellectuel, de travail de là pensée dans l’ordre spéculatif, et de connaissances que puisse procurer la lecture, se trouve, sauf quelques brillantes exceptions, du côté des Canadiens-frariçais.”

Voilà trente-quatre ans que ce qui précède est écrit. Nous étions alors sous le talon du vainqueur depuis quatre-vingts ans déjà, luttant chaque jour pour échapper à la mort nationale, pour prendre notre place au soleil. Dix ans après, nous avions 108,000 enfants aux écoles ; en 1870, il y en avait 217,000. Dans cet intervalle, nous avons conduit à bonne fin nos projets de réformes politiques. Il n’est point de nation chez qui la presse périodique ait fourni une plus noble carrière, et l’histoire du monde ne nous enseigne rien de plus beau que les luttes de nos parlements où se éécidèrent le sort des descendants des soixante-dix mille malheureux de 1760, abandonnés en proie aux haîaes, aux antipathies et aux caprices d’un ennemi puissant et peu accessih'e à la pitié.

SomMMAIRE.—Nos arnis, nos défenseurs.--Livres canadiens en France.—Bons témoignages.

Pour nous consoler des fâcheuses impressions que font naître partout en Europe les récits de certains voyageurs et savants, nous avons plus d’une page rédigée par des hommes réellement instruits. Le nombre de nos défenseurs est peu considérable, mais il en vaut la peine. Je nomfnerai surtout M. Rameau, qui plus que tous les autres nous a étudiés et compris; lord Durham, dont le coup d'œil était si juste et qui n’a pas craint de dire ce qu’il avait appris chez nous; M. Ampère, tout ravi et tout abasourdi de retrouver la France au bout du monde, la France si bien conservée ; Maurice Sand, qui couvre chaque phrase de ses lettres de point d'exclamation, et qui pour un rien se fixerait à Québec. M.

Marmier, qui parle toujours de nous comme ferait un frère exilé ; M. de Quatrefages qui croit volontiers à la coloration de notre peau, mais qui applaudit aux commenceinents de notre littérature.

Le Journal Officiel s'est fait l'organe des consuls de France en Canada ; il a publié ça et la, depuis une dizaine d’années, des Li articles propres à fixer les hommes sérieux snr notre compte. 11 L'Univers ne nous néglige pas non plus. Voici quelques lignes de Ü l’un de ses articles les plus récents : Œ

. | “ Parmi tant de nobles et généreuses quâlités, il est resté aux Français-Canadiens le culte du foyer, le respect des ancêtres. Leurs écrivains les plus célèbres se sont surtout donné la mission d'étudier le passé du pays qu’ils appellent encore la Nouvelle-France et qui, par un étrange phénomène, garde sous la domination anglaise les traits de la Vieille-France. Québec et Montreal. véritables foyers intellectuels, nous tiennent'au courant de ces travaux inspirés par la piété du patriotisme. Si nous ne leur accordons pas la place dont ils sont dignes, la faute en est, hélas ! aux labeurs et aux angoisses du moment. Nous vivons depuis de longues années comme des gens enfermés dans une digue menacée de toutes parts par les eaux envahissantes. Notre faible défense cède toujours d’un cèté ou de l’autre, et toujours il nous faut user nos forces à la consolider ou à la réparer.”

L'année dernière, la maison Jean-Baptiste Rolland et Fils, de Montréal, a mis en dépôt chez M. Sauton, libraire, à Paris, les livres et les brochures publiés en Canada depuis un an ou deux. Cet envoi est très-bien accueilli par quelques Revues et journaux qui en oxt eu conraissance. D’autres livres suivront les premiers. Nous ne pouvons que féliciter les MM. Roliand de leur patriotisme + et de leur esprit d'entreprise, et nous leur prédisons encore plus 1h de succès s’ils veulent se borner à n’envoyer en France que nos {! meilleurs ouvrages, ceux qui sont regardés ici depuis quelques 4. années comme de bons produits des plumes canadiennes. 4

Les Français d'Europe ne sauraient s'intéresser autant que nous aux nouveautés qui sortent de nos presses ; ils rechercheront toujours de préférence les ouvrages qui représentent le côté le plus fidèle et le plus attrayant de notre littérature. Ne nous exposons ; pas davantage à faire passer pour des écrits célèbres chez nous, i certaines brochures qui, à nos yeux mêmes, n’ont que le mérite qu'elles empruntent à des circonstances locales entièrement inconnues là-bas. N'envoyons pas non plus de reproductions d'anciens manuscrits ma! imprimées, criblées de coqu.lles, et tellement fagottées en un mot que les parisiens ne savent plu: comment s’y

prendre pour ne point éclater de rire,—témoince que M. Alfred Blot dit du Journal du notaire Badeaux :

“M. Badeaux, notaire de la ville des Trois-Rivières, écrit le Journal des opérations de l’armée Américaine, lors de l'invasion du Canada en 1775-76. Le style de M. Badeaux est semé d’archaïsme et de provincialismes, qui ont un goût de terroir trèsprononcé. La plupart des actis.,5 des républicains, dit l'écrivaiu royaliste des Trois-Rivières, me paraissent tenir plutôt du barbarisme que de la noblesse de leurs sentiments.”

Ce pauvre manuscrit a été rédigé en 1775-76, jour par jour, au milieu des événements de l'invasion arméricaine. Badeaux, qui jouait un rôle actif dans les affaires de sa ville natale, ne fut jamais un littérateur et ne se piquait pas de passer pour.tel. De nos jours, une copie très-mal faite de son manuscrit a été imprimée, les typographes ont renchéri sur ce que le texte original et la copie ont de défectueux, si bien qu’en comparant l’imprimé avec l’original, jy ai trouvé près de quatre cents fautes, dont plusrours sont graves et d’autres assez amusantes, jugez-en : “ Ce msi, St. Luc est parti.” Badeaux avait écrit: Ce matin le lac (la glace du lac Saïnt-Pierre) est parti.” Voilà ce qui est offert aux étrangers comme échantillon de notre littérature. Mettons-y donc plus de discernement une autre fois.

Par occasion, cependant, des livres canadiens out pu pénétrer en France dans certains cercles élevés et être lus et commentés avant aujourd'hui ; j'en fournis des preuves en plus d’un endroit de cet article. Dans son étude sur l'unité de lPespèce humaine, M. de Quatrefages refuse de croire que nous soyons dégénérés comme on le dit ; après avoir fait l'éloge de notre vigueur physique, il ajoute : “ Ce sont ces hommes rwdégénérés petits de corps et d'idées, qui entretiennent à Québec, à Montréal, le goût de la littérature et des arts, et iittent au nom de l'intelligence élevée, contre les tendances à peu près exclusivementutilitaires des colons anglais. Enfin, bien que ne se recrutant plus dans la mère-patrie depuis la cession du Canada à l'Angleterre, ces mêmes hommes, ces Celtes transplantés ont longtemps constitué la très-5rande majorité de la ponulation ... ils se multiplient avec une rapidité bien remarquable.”

M. Rameau écrivait, il y a quinze ans bientôt:

“# C'est à peine si ce petit peuple, abandonné en 1760 dans une entière ignorance par toute l'aristocratie sociale, commence à se relever et à renaître à la vie intellectuelle... cependant, lorsque l'on passe de l'étude des Américains aux Canadiens, une différence tranchée saisit l'esprit et lui signale l'instinct plus artistique, la

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