‹ Le Canada et l'Exposition universelle de 1855 [microforme]Chapitre 152 sur 243 · SIXIÈME GROUPE · texte numérisé non relu

SIXIÈME GROUPE

MANUFACTURES DE TISSUS, Classes 19, 20, 21, 22, 25.

Jetons un rapide coup-d’œil sur les dix-neuvième, vingtième, vingtunième, vingt-deuxième et vingt-troisième classes. Ces quatre classes comptaient à elles seules presque le quart du nombre total des exposants de toute l’exposition universelle, c’est-à-dire à peu près 5,000 exposants, La tendance générale, dans l’industrie des tissus, est vers le bon marché : aussi des cotons filés, qui coûtaient il y a dix ans 6 francs la livre, coûtent-ils aujourd'hui, dans les mêmes conditions, seulement 3 francs, et voyait-on à la galerie économique des étoffes en laine pour deux francs la verge. Cette marche vers le bon marché paraît être, d'époque en époque, soumise à deux conditions de progression ; d’abord ce n’est que du bas prix, c’est à-dire que la diminution du prix de vente ne s’obtient en premier lieu, généralement parlant, qu'aux dépens de la qualité du produit; mais arrivé là, l'industriel sent le besoin d'augmenter la valeur qualitative de son produit, et ses efforts font que, le prix de vente restant à la même réduction, l’article devient meilleur, rt au bout d’un certain nombre d'années on arrive à produire, pour un prix deux fois moindre, un effet d'une valeur intrinsèque égale à celle du produit d’une époque antérieure.

L’Angleterre tient la tête des nations dans le rapport de la quantité produite des cotons préparés à tous les degrés, et ne le cède à aucune sous le rapport de la qualité, excepté, peut-être, dans un genre particulier en quelque sorte à la ville de Like ; nous voulons parler de limitation des moires antiques en coton apprêté et imitant la soie. L’Angleterre à elle seule produit près de la moitié de tous les tissus en coton qui se vendent de par le monde ; elle compte 18,000,000 de broches dans ses ateliers, et file à peu près 600,000,000 de livres de coton annuellement. La France compte 4,500,000 broches à coton, et produit 144,000,000 de livres de coton filé. En Europe, l’Autriche suit la France, la Prusse et le Zolverein Autriche, l'Espagne vient ensuite, puis la Belgique, sous le repport de

la quantité, produite ; tous ces pays sont sensiblement au même niveau sous le rapport de la qualité des produits. On n’a parlé que des paye

qui ont exposé sérieusement, En dehors de l'exposition, il parait que les Etats-Unis comptent près de 6,000,000 debroches, et par conséquent se rangent de suite après Angleterre, et que la Russie vient immédiatement après l’Autriche quand à la quantité ; mais ces deux contrées n’ont pas encore, à tout prendre, sous le rapport de la qualité, atteint la perfection obtenue chez les nations désignées, dans beaucoup de genres de produits de l’industrie des cotons

On tend partout à introduire le coton en mélange avec les autres €léments des industries textiles, et à le substituer, pour beaucoup de tissus, aux laines, lins, chanvres et même aux soies, cela tout naturellement dans un but de bon marché ; on a, par exemple, les laines et cotons, soies et cotons, linset cotons et cotons mélangés avec d’autres matières encore,

Dans l'industrie des lins et chanvres, la France, l'Autriche, la Prusse et l'Irlande marchent en tête et d’un pas égal, quant à l'importance quantitative. L'Irlande Pemporte peut-être, dans l’ensemble des produits ordinaires, sous le rapport de la confection, mais la France l’emporte de beaucoup pour les tissus ‘açonnés et les beaux produits en général. Presque tous, ou du moins la plus grande partie, des produits de cette industrie, pour le Royaume-Uni, sont manufacturés en Irlande. La Belgique se distingue à légal de la France sous le rapport de la qualité, et se range avec les Etats Allemands immédiatement à la suite des pays déjà nommés, sous le rapport de la quantité. Dans l’industrie des lins et des chanvres, une grande partie du filage, sur le continent s'opère encore à La main, et surtout le filage lié avee la production du lin, Quel beau problème à résoudre que celui d'arriver, par Porganisation, à produire par le travail chez soi, sous des conditions capables de concourir dans un rapport important avec les produits des ateliers, et diminuer par là cette agglomération toujours croissante vers les centres de population, et cette espèce de prosmicuité des âges et des sexes des grandes fabriques, toutes choses qui produisent la démoralisation et la misère.

Plusieurs matières textiles nouvelles, où du moins nouvellement exploitées dans des proportions sérieuses, occupent en ce moment l’attention : ce sont l’Urlica-nivea, dont l'Angleterre nous offrait à l’exposition des applications, en lui donnant le nom d’herbe-de-Chine (China srass,) les agaves, lu jute, le chanvre de Manille, les filaments de palmier, de murier et de dallier, et grand nombre d’autres. Que ne font pas les tribus sauvages des bords du Pacifique, avec lPécorce du cèdre? C’est mème une des tendances du jour de rechercher lPapplication de nouvelles matières textiles aux industries qui ne comptaient jusqu’à ce mos ment que le chanvre et le lin pour matières premières, et cela vient de la demande toujours croissante, pour les besoins de la marine surtout. Ce

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fait général, et constant depuis longues années, devrait bien nous faire songer en Canada que notre sol, notre elimat, les circonstances hydro logiques da pays s'adaptent merveilleusement à la culture du « hanvr | qu'autrefois le pays exportait,

Dans lndustrie des laines fes mêmes condit'ons relativesse présentent. c’est-à dire que la France, PAutriche, la Prusse, l'Ang'eterre, les 1° dt Allemands et la Belgique sont les premières nations sous le rapport de la quantité produite, et que presque tous les peuples marchent de pair sous le rapport de l'excellence de La production. Mais il est juste d'ajouter que le progrès en Angleterre, en France et en Belgique, pour ce qui a rapport aux draps fins tient exclusivement aux eforts des industriels, tand's que pour PAutriche, la Prusse, Ta Saxe, il reconnaît en partie pour cause une situation toute spéciale relative

à la matière première : les troupeaux de la Saxe, de la Siésie, de la

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Hongrie et de la Moravie sont les plus beaux du monde en laines,

Sous le rapport du prix des draps à qualités égales, les différents pays semblent se classer comme suit, "par ordre de bon marehé : PAutriche, à Prus-e, la Saxe, la Belzique, la France et l'\ngleterse; les conditions de bon marche de la matière et du bas prix de la main-d'anvrie font dans ce sens, à l'Autriche des conditions d’une faveur exceptionnelle,

Les élofes en laines se divisent d'abord en étofles brodees, tissus ot feutrées ; les étofles tissies se partagent ensuite en trois specialitie, savoir: les tissus légers et ras, faits avec de longues laines préparées an peigne. (laines peignées) ; les tissus foulés et drapés, confectionnés avec les lain < courtes travaillées avec les eaides (laines cardces) : enfin les tissus mixtes, spécialité assez vague dans sa définition.

L’Angleterre confectionne surtout dans le genre des tissus à longnes laines, PAutriche dans les laines courtes et vrillées. La Kiance excolte dans le genre des hautes nouveautés et des étofles brodces: es cacheumires français, entre autres, sout les seuls Gui font concurrence à ceux de l'Inde,

A côié des etoiles en laine viennent se placer tous ces tissus, dans lose quels les cuis et les poils de divers animaux entrent pour matières uniques, on mélangées avec le coton, la laine où le fl L’'Allemazsne à été la seule contrée qui ait montré des étoffes faites de laines prses des chiflous de draps usés ; on appe le en France ceïte industrie Rendéssaice, La Diollande, autrefois si cclèbre dans Findustrie des draps et sifière de sa spécialité, est aujonrd hu: une gloire déchue, et otire peut-être lex emple le plus rappant daus es enre, dure dieu leuce rapide et comp'ète,

L'indusire es soies comprit près de 1009 exposants; les pays qui figniaient en première ligue dans ce genre, se classaient comme suit: Fian:e, 521 exposants; Su sse, 9E; Autriche, 505 Prusse, 49; Etats

Sardes, 37; Angleterre, 35 ; Espagne, 30 ; Toscane, 30; Etats Pontificaux, 12 ; le reste des exposants se partageaient entre tous les autres états et colonies qui ont exposé.

Il paraît que la France seule produit à peu près la moitié de tous les articles en soie qui se vendent de par le monde, et dans cette industrie la France brille autant par la supériorité de ses produits que par la quantité de sa production ; rien ne peut se comparer aux articles en soie des manufactures de Lyon, Paris et Saint-Etienne.

Naturellement, dans le but que veut atteindre cet ouuvrage, il e“t inutile de Pétendre au-delà des limites d'informations générales, sur les industries qui précèdent et quelques-unes de celles qui vont suivre : ainsi dont, les remarques générales consignées ici n’ont pour but que de faire connaitre ces faits d'ensemble des industries, qu’il n’est permis à personne d’ignorer, et qui au reste, peuvent éclairer jusqu’à un certain point le négociant sur la situation des divers marchés, tant sous le rapport de la qualité d’abord que du prix ensuite.

Passons aux articles de la vingt-troisième classe, ayant trait aux industries de la bonnetterie, des tapis, de la passementerie, de la broterie et des dentelles.

Pour donner une idée des distances qui séparent la valeur intrinsèque des différents produits de cette classe, il suffira de dire que, pour la plupart de ces industries, le prix des fils qu’on emploie varie, depuis 16 chelins de notre monnaie jusqu’à 250 louis la livre, c’est-à-dire, dans la proportion de 1 à 500. Et pour donner une idée de l'importance de la fabrication des dentelles et broderies, qu’il suffise de dire qu’elle emploie dans l’Europe environ 1,300,000 femmes et jeunes filles. Cette industrie offre d’autant plus d'intérêt que, de toutes celles que le luxe entretient, elle est presque la seule qui permet à l’ouvrière de travailler dans la maison de la famille et ne l’expose pas à cette prosmicuité dangereuse des ateliers ; ici la jeune mère travaille, entourée de ses enfants, sous le toit de son mari, et la jeune fille, sous le toit paternel, entourée de ses frères et sœurs et sous l’œil de sa mère,

On imite, à la mécanique, la dentelle, dans ces fulles faits de coton, et qui se vendent aussi bas prix qu’un sou le mètre linéaire.

Les matériaux qui entrent dans la fabrication de tous ces tissus admirables, sont les fils de lin, de soie, delaine, de coton, quelquefois mélangés avec des fils d’or et d'argent.

La France et la Belgique laissaient, bien loin derrière elles, toutes les autres nations dans la fabrication des dentelles, points et broderies ; la France l’emporte sur la Belgique dans la confection des dentelles de soies noires, biondes et blanches, et dans les fantaisies; la Belgique

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vrage, il énérales, qui vont ont pour ies, qu’il

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l'emporte sur la France dans les points de Bruxelles et les Valenciennes. A la suite de ces deux contrées viennent l’Autriche, la Suisse et PEcosse,

L'industrie des galons, lacets, cordons, etc., enfin la passementerie et surtout la passementerie religieuse, à l'usage du culte catholique, ont fait briller surtout la France, la Belgique, l’Autriche et la Suisse.

Dans la tapisserie, il y a une industrie, qui s’exploite à la maison, dans le ménage; que la Suède surtout exploite, et qui à attiré lattention, comme art, comme exploitation et comme question sociale, —c’est la confection à la maison de tapis brodés à l’aiguille.

Ceci nous amène à dire seulement, un mot de la si belle industrie française de la tapisserie, mentionnons les tapis d’Aubusson et de tant d’autres fabriques, et de proche en proche les tapisseries de Beauvais et des Gobelins qui sortent, elles, du champ de l’industrie pour s’installer de plein droit dans le domaine de l’art; quand on rend sur une trace, avec des fils de laine, et la composition et le dessin et Pexpression et la couleur de la péche miraculeuse de Raphaël et du Christ mort de Philippe Champaigue, on est artiste et artiste habile. On sait que Beauvais s’occupe plus particulièrement des tissus brodés consacrés à l’ameublement.

A l'exposition des tentures des Gobelins s’ajoutait ces beaux produits des tapis veloutés, dits de la savonnerie, qui fait aujourd'hui partie de établissement des Gobelins ; un de ces tapis dont le velours, fait à l’aivuille, a plus d’un pouce d’épaisseur, et auquel quatre ouvriers travaillent depuis 7 ans, coûte 120,000 francs.

Les pays qui se rangaient le plus près de la France dans la tapisserie, étaient l'Angleterre, l'Autriche et la Prusse.

VIfi.

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