DES DÉPOTS QUATERNAIRES ET ALLUVIAUX
Nous avons déjà signalé en Canada l'existence des formations palæozoïques et de la base du terrain houiller ; mais, exception faite des dépôts post-tertiaires, les formations plus récentes y manquent entièrement. Le terrain superficiel du Canada est formé d’argile stratifiée avec des sables et des graviers, et recouvertes en quelques parties par un terrain de transport. Les couches stratifiées contiennent les restes de beaucoup d'espèces d'animaux marins identiques avec ceux qui habitent aujourd'hui le golfe du Saint-Laurent. Des concrétions calcaires dans une couche d'argile près de la cité d’Outaouais renferment en grande abondance le capelin (Mallotus villosus), associé quelquefois avec le Cyrlostomus lumpus, et grand nombre de feuilles d’arbres exogènes. Les squelettes d’un cétacé et d’une espèce de Phoca ont été trouvés dans les argiles de Montréal, où des couches remplies de coquilles existent à une hauteur de cent-soixante mètres au-dessus du niveau actuel de la mer. On a même remarqué des argiles stratifiées, mais sans fossiles, à une élévation de trois cent cinquante mètres. Les os séparés de lÆlephas primigenius et d’une espèce de cerf ont été trouvés dans un gravier stratifié sur le bords du lac Ontario. Dans la vallée du Saint-Laurent, l’on distingue plusieurs terrasses qui marquent les différentes limites de la mer pendant le dépôt de ce terrain post-tertiaire.
Les argiles de ce terrain, qui forment la surface d’une grande partie du pays, sont souvent calcaires, et constituent un sol très-productif. Le terrain de transport, qui ne recouvre qne desespaces restreints, est formé d’alluvion provenant toute du nord. Dans la partie orientale de la vallée du Saint- Laurent, ce terrain est composé presque exclusivement des débris du système laurentien; mais, dans la partie sud-ouest du Canada, les ruines des formations palæuzoïques sont mèlées avec celles des roches cristailines.
Le sol du sud-est du Canada est composé des débris des roches mêtamorphiques palæozoïques qui forment la chaîne de montagnes que nous avons déjà décrite comme une prolongation des Alléghanis. Dans Îles montagnes Laurentides, les terres sont très-fertiles près des calcaires et des feldspaths à base de chaux, et l’on remarque que les habitants se sont établis partout sur les affleurements de ces roches, tandis que les régions des gneiss et des quartzites restent encore incultes.
Les matériaux économiques des dépôts superficiels sont des argiles propres à la fabrication des briques et des vases de grès, qu’on exploite dans beaucoup de localités. Dans les environs de London, Toronto et Cobourg se trouvent des argiles donnant des briques blanches et jaunes, qui sont fort estimées. Des sables à moule et des trivolis sont aussi abondants dans différents endroits. Des dépôts de marne coquillière, trèsimportante comme engrais, se trouvent souvent en couches d’une grande étendue ; entre autres localités, on peut citer Sheffield et Olden près de Kingston, les environs de la cité d’Outaouais, Stanstead et New-Carlisle.
Le peroxyde hydraté de fer, limonite, est très-répandu au Canada ct forme des dépôts superficiels qui ont s uvent une étendue considérable, Les forges de Saint-Maurice, près des Trois-Rivières, sont alimentées depuis un siècle par le limonite des environs, et un fourneau pour le traitement du même minerai a été dernièrement érigé à Champlain dans le même voisinage. Ilest digne de remarque que bien que le minerai de $aint- Maurice contienne beaucoup de phosphate, il fournit de la fonte et du fer malléable, d’une excellente qualité. Dans le comté de Norfolk, sur les bords du lac Erié, il y a aussi des couches de limonite qui sont exploitées depuis longtemps, et il faut également signaler les dépôts considérables du même minerai à Vaudreuil et à Saimi-Vallier.
Ces limonites, sur le nord du Saint-Laurent, sont souvent associées avec des ocres ferrugineuses dont les gisements les plus remarquables sont ceux de Pointe-du-Lac et de Sainte-Anne-de-Montmurency. Les ocres de Pointe-du-Lac sont exploitées, et donnent, par différents procédés, une variété de couleurs qui sont fort estimées. Le phosphate de fer, vivianite, sous forinc pulvérulente, se trouve en quantité avec le limonite de Vaudreuil.
Des étendues considérables dans la partie est du Canada sont couvertes par des savanes qui fournissent des tourbes, mais ce combustible est jusqu’à présent presque inconnu au pays. Ilse rencontre beaucoup de ces savanes sur le nord du fleuve, depuis Mille-Iles jusqu'à Champlain, une distance de près de quarante lieues, et sur le côté opposé du Saint-Laurent on les trouve par intervalle, depuis le comté de Beauharnois jusqu’à la Rivièredu-Loup, sur une étendue de plus de cent lieues. La savane de Saint- Hyacinthe couvre une superficie de près de deux lieues, et il y en a d’autres qui sont encore plus grandes, La tourie a souvent quatre ou cinq mètres d'épaisseur, et elle est d’une qualité supérieure. La tourbière de Longueuil, dans les environs de Montréal, est exploitée depuis un an, et fournit un combustible qui deviendra plus tard très-important pour un pays où la houille manque et le bois est déjà devenu cher.
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